Christophe Petit : Egletons est très connue en France, et au-delà pour toutes ses formations dans le domaine des travaux publics

Christophe Petit : « Egletons est très connue en France, et au-delà pour toutes ses formations dans le domaine des travaux publics »

Le site d’Egletons a une cohérence d’activité thématique très forte qui lui apporte de la visibilité au niveau national et international, notamment pour ses formations du CAP au doctorat dans le domaine du génie civil et de la maintenance/ réparation des ouvrages. L’Université de Limoges y propose des DUT, des licences pro, des cursus licence-master. Elle développe aussi de la recherche sur la même thématique à savoir la réparation et le diagnostic. Le point avec Christophe Petit, enseignant-chercheur et responsable du site universitaire d’Egletons.


Les formations du campus d’Egletons attirent-elles plutôt un public local ou national ?

En général en France, les IUT génie civil recrutent à environ 80% des élèves régionaux et à 20% des élèves hors région. A Egletons, les proportions sont inversées ce qui signifie que nous avons vraiment une reconnaissance au niveau national. Notre master compte une majorité d’étudiants internationaux. J’ai personnellement contribué avec ardeur à la création des masters dans les années 2000 afin d’assurer la pérennité des formations à Egletons et éviter la chute des effectifs.

Pouvez-vous nous parler de la recherche développée à Egletons ?

Elle se fait au travers du GEMH (Groupe d’Etude des Matériaux Hétérogènes). Cette équipe travaille sur deux thématiques historiques principales : la plus ancienne tournée vers l’entretien et le diagnostic des chaussées (routières, aéronautiques). Nous sommes la seule équipe de recherche en France à consacrer autant de moyens universitaires sur cette thématique. Plus récemment, sous l’impulsion de la Région, est venue s’ajouter une thématique sur le bois de construction et la maîtrise de son vieillissement notamment en extérieur. Cette thématique fait la
particularité d’Egletons. Nous sommes réellement les seuls à être axés sur l’aspect vieillissement du bois associé au confort hygrothermique de l’habitat.

Pouvez-vous nous donner des exemples d’application de vos recherches concernant les chaussées ?

Les recherches se font sur les matériaux bitumineux, les entreprises les plus innovantes dans le domaine se trouvant en France (Colas et Eurovia notamment). Nous apportons des méthodes de diagnostic aidant à la réparation des routes. Nous nous positionnons également sur l’utilisation des déchets dans la route. Une nouvelle thématique transversale se construit aussi petit à petit sur le volet réparation, maintenance, diagnostic qui a été le cœur de la création de notre master unique en France dans les années 2000. Aujourd’hui, 16 ans après, nous restons les leaders et pratiquement les seuls à faire une formation spécifique dans ce domaine. La ville d’Egletons est maintenant très connue en France, et même au-delà pour toutes ces formations proposées dans le domaine des travaux public, grâce à l’Université de Limoges mais aussi aux autres écoles.

Avez-vous des collaborations avec d’autres universités ?

Concernant la partie bois, nous avons des relations étroites avec les quelques laboratoires français spécialisés dans ce domaine, notamment Bordeaux, Epinal mais aussi Montpellier. Pour la chaussée, nos collaborations se font avec les laboratoires de l’IFSTTAR (Institut Français des Sciences et Technologies des Transports, de l’Aménagement et des Réseaux) et avec ceux de l’ENTPE (Ecole nationale des Travaux Publics de l’Etat). Nous avons pour projet de constituer une équipe de recherche commune IFSTTAR-GEMH. Enfin au niveau international, nous entretenons des collaborations avec l’Université de l’Illinois (USA), le BRRC (Belgium Road Research Center), l’Université de Parme, l’Université delle Marche à Ancone (Italie), et l’Université Polytechnique de Catalogne (Espagne),…

Pouvez-vous nous citer quelques exemples de partenariats avec des entreprises ?

Nous travaillons avec des entreprises très connues telles que Colas, leader mondial dans son domaine et Eurovia, leader européen. Colas a très peu de contrats de recherche avec des partenaires extérieurs puisque sa puissance de recherche en interne est très importante. Avoir un contrat de recherche avec eux démontre donc la reconnaissance de notre savoir-faire. Nous entretenons des relations avec Eiffage Travaux Publics et d’autres partenaires sous forme de projets ANR. Nous collaborons avec une petite entreprise qui s’appelle Texinov tournée vers l’innovation ; elle fabrique des grilles de carbone ou de fibre de verre. Notre rôle serait de les incorporer dans la route afin de la renforcer, de la réparer.

Comment les collectivités territoriales soutiennent-elles le campus d’Egletons ?

Le Maire actuel est très intéressé par l’évolution de sa ville en campus. Il travaille sur cette évolution avec le recteur et l’université ; il souhaite moderniser les installations afin de créer un véritable campus élargi aux autres écoles et pas seulement à l’université. D’autre part, dans le cadre d’un plan d’investissement d’avenir, des projets de réflexion globaux sur la ville ont été amorcés afin de recentrer les déplacements étudiants. Actuellement la résidence étudiante est vétuste et se trouve à 2 km de la ville. De même, les transports en commun sont inexistants et les jeunes de la ville (université, lycée, école) ne se croisent pas. Il s’agirait donc de créer de nouveaux accès afin de créer une émulation.

Quel est le poids économique de l’université à Egletons ?

Très fort. L’éducation représente le second employeur de la ville après l’usine Charal. De plus nous avons 450 étudiants, mais en regroupant les différentes écoles, il y a environ 2000 élèves pour une ville qui ne compte que 6000 habitants. Enfin Egletons a été labellisé « campus des métiers » ! C’est un label qui a une grande importance puisqu’il permet d’émarger notamment à des demandes de plan d’investissements d’avenir et d’avoir une crédibilité dans les projets.

Travaillez-vous avec les autres sites distants ?

Nous travaillons avec Brive sur des projets sous l’impulsion de Raymond Quéré. Par exemple Medibat, projet de bâtiment intelligent où l’on croise nos compétences en termes de construction avec leurs compétences en matière de systèmes électroniques. Un autre exemple de perspectives de collaboration possible : XLIM, avec ses recherches très avancées sur les technologies d’antennes, pourrait nous aider à mettre en place un outil de diagnostic sans contact des ouvrages. L’université favorise les croisements thématiques, ce qui est une force.


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