Les sirènes de police dans la ville : un essai à la croisée des Sémiotiques du Droit, des Objets et de la Ville The police sirens in the city: an essay between the Semiotics of Law, Semiotics of the Objects and Semiotics of the City

Eduardo C. B. Bittar

  • Professeur Associé au Département de Philosophie et Théorie Générale du Droit de la Faculté de Droit de l'Université de São Paulo (USP, Brésil). Il a été Président de l'Association Nationale des Droits Humains (ANDHEP, 2009-2010) et 2ème. Vice-Président de l'Association Brésilienne de Philosophie du Droit (ABRAFI-IVR, 2009-2016). Il a été Visiting Professor à l'Université de Bologne (2017), Visiting Professor à l'Université Paris-Nanterre (2018) et Visiting Researcher au Collège de France (2019). Membre de l'International Association for Semiotic Studies (IASS/AIS, 2022). Membre de l'Association Française de Sémiotique (AFS, 2022). Il est chercheur N-2 au CNPq-Brésil (2020-2023).

  • Université de São Paulo

https://doi.org/10.25965/as.7672

Index

Articles du même auteur parus dans les Actes Sémiotiques

Mots-clés : corps-prison, discours policier, Sémiotique de la Ville, Sémiotique des Objets, Sémiotique du Droit, symbolique policière

Keywords : police discourse, police symbolic, prison-body, Semiotics of Law, Semiotics of the City, Semiotics of the Objects

Auteurs cités : Juan Alonso ALDAMA, Jacques Fontanille, Michel FOUCAULT, Antoine GARAPON, Algirdas J. GREIMAS, Manar HAMMAD, Eric LANDOWSKI, Claude ZILBERBERG

Plan

Texte intégral

1. Introduction : la présence de la voiture de police dans la ville

Note de bas de page 1 :

Cf. Fontanille, 2005, p. 43.

Paris, un lundi matin, vers 10 heures, la ville encore somnolente est traversée par le son intense des sirènes de plusieurs véhicules de police. Paris, Rome, Madrid, Berlin, Hong Kong, New York, São Paulo, Buenos Aires sont des exemples de mégalopoles constamment traversées par les sirènes des véhicules policiers. La scène sémiotique – prise comme un ensemble signifiant (Fontanille 2005 : 43)1 – autorise un examen approfondi. Une observation attentive révèle qu’il s’agit d’un convoi policier, avec à sa tête un Fourgon Cellulaire de l’Administration Pénitentiaire française, affecté au transport des prisonniers. Deux voitures de police le suivent de près. Quoique, au sein des villes, se déploie d’habitude un large éventail d’opérations policières sur la voie publique (surveillance préventive, arrestation en flagrant délit, escorte policière, exécution de mandats judiciaires), ce convoi particulier dénote une opération plus inusitée : le transport des prisonniers.

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Fig. 1. Photo : Fourgon Cellulaire de l’Administration Pénitentiaire française

[https://www.wikiwand.com/fr/Administration]

Note de bas de page 2 :

« En sémiotique de l’espace, la programmation spatiale s’effectue par la mise en corrélation des comportements programmés des sujets avec les espaces segmentés qu’ils exploitent [...] » (Greimas, Courtés, 1993, p. 295-296, entrée programmation spatio-temporelle).

Note de bas de page 3 :

« [...] on utilisera ici l’expression signalisation routière, arbitrairement, pour désigner l’ensemble juridique qui définit et décrit la totalité des indications concernant la circulation » (Mounin, 1970, p. 155).

La mission de ce Fourgon consiste à transférer un détenu extrêmement dangereux du Centre de Détention (CD) de Château-Tierry à la Maison Centrale (MC) de Pontoise. Au cours de leur trajet tendu et surveillé, le Fourgon et son escorte traversent donc plusieurs arrondissements de Paris, depuis leur entrée dans la ville (les XXᵉ, IVᵉ et Iᵉ arrondissements) jusqu’à leur sortie (les VIIIᵉ et XVIIᵉ arrondissements), afin d’accomplir une étape bureaucratique et de poursuivre leur voyage. Le son émis par les sirènes du Fourgon et des voitures de police perce l’atmosphère urbaine, encore embrumée, et se mêle aux bruits matinaux de la vie urbaine. Le convoi doit suivre une trajectoire rapide et planifiée dans l’espace routier urbain réglementé (le Code de la Route) – selon une programmation spatiale urbaine (Greimas et Courtés 1993 : 295)2 –, afin de garantir la sécurité du détenu en évitant les risques (soustraction, enlèvement et évasion) – les règles de la signalisation routière3 (Mounin 1970 : 155) s’appliquent alors différemment pour les véhicules de police, leur action sur la voie publique étant sujette à l’exception (véhicule prioritaire).

Quoique furtif, le passage du convoi ne manque pas de laisser son empreinte. En effet, la ville n’est pas traversée par des véhicules communs, mais des véhicules de police officiels, des objets se présentant comme des signes de la présence de l’État sur la voie publique, dans l’exercice des tâches de sécurité. Ces véhicules peuvent en effet être appréhendés comme une véritable portion du territoire carcéral, ou comme un fragment détaché du monde criminel en circulation dans les espaces du territoire citadin. À cet instant, après avoir été jugé et condamné, le criminel, en tant que menace sociale, est réintroduit dans le quotidien morne de la vie urbaine, qu’il voit défiler sous ses yeux à travers l’ouverture grillagée du Fourgon.

Note de bas de page 4 :

Cf. Fontanille, 2005, p. 26-27.

Les acteurs urbains remarquent sa présence. La perception immédiate est celle de la présence d’un corps-prison, circulant dans des conditions restreintes, parmi les corps-libres de la ville. Le corps-prison, quoique détenu à l’intérieur du Fourgon Cellulaire, signifie quelque chose qui est rejeté par la ville : le « danger ». De la sorte, la totalité de la scène sémiotique et les bruits émis par les véhicules suggèrent l’évocation de la présence du crime dans le corps de la ville. La lecture externe de l’opération en mouvement semble indiquer : « Attention : corps du criminel en déplacement sur les voies publiques de la ville ! » Ainsi, le passage des véhicules de police sur la voie publique obéit à une situation-stratégie – considérant que la situation sémiotique est plus ou moins programmable, et provoque des ajustements en temps réel (Fontanille 2005 : 26-27)4 – s’imposant sur les différentes scènes prédicatives qui lui sont concomitantes.

Note de bas de page 5 :

Ibid., p. 46.

Note de bas de page 6 :

Cf. Zilberberg, 2011, p. 236.

Note de bas de page 7 :

« La ville est un espace dans lequel surviennent des événements qui ne sont pas toujours prévisibles, comme peuvent l’être les événements naturels » (Lamizet, 2007, p. 16).

Les acteurs sociaux arrêtent le travail quotidien pour ne pas manquer le spectacle des voitures de police en mouvement, pour observer simplement leur passage bruyant. La présence des véhicules de police fonctionne comme un événement citadin – une présence narrative passagère, un parcours thématique de la voiture dans les rues de la ville, une temporalité énonciative exceptionnelle, une intensité énonciative élevée, un destinateur de la collectivité (Fontanille 2005 : 46)5 –, c’est-à-dire il s’agit d’un événement qui renforce le surgissement et amplifie la tonicité (Zilberberg 2011 : 236)6 et qui opère à la façon d’une « interruption soudaine » du quotidien et de sa temporalité passive et continue7.

Note de bas de page 8 :

Cf. Bittar, 2018, p. 74.

Note de bas de page 9 :

Cf. Roelens 2014.

Note de bas de page 10 :

Cf. Landowski 2014.

Note de bas de page 11 :

Cf. Aldama, Bertrand, Lacioni 2021.

Note de bas de page 12 :

Cf. Zinna 2009.

Précisément pour cette raison, nous savons que nous sommes en présence d’un événement sémiotique de grande ampleur, car il est porteur de sens. Il convient de déterminer comment cet événement sémiotique est analysable, eu égard à l’intérêt porté par la Sémiotique du Droit aux dynamiques du sens juridique (Bittar 2018 : 74)8. Le thème doit sa pertinence à la prise en considération de la façon dont l’État investit les personnes et les objets pour l’exercice du pouvoir. Son analyse s’articule alors autour des topiques suivantes : i) la topique 1 ne servira que d’Introduction ; ii) la topique 2 examine la relation entre les discours juridique et policier, en vérifiant comment le Droit se situe dans le territoire, en tant que participant de la zone utopique, au regard de son appartenance symbolique et réelle à la vie urbaine ; iii) la topique 3 étudie comment le corps-prison est dé-situé dans l’espace urbain ; iv) la topique 4 traite de l’ensemble des marques signalant le véhicule de police et analyse leurs signifiés dans l’espace urbain. À l’intérieur de l’article, la topique 2 devient l’axe principal, autour duquel se structurent les topiques 3 et 4. À travers cette approche, notre ambition dans cet article est d’identifier des convergences théoriques dans une perspective interdisciplinaire, et de promouvoir une discussion valorisant l’intégration de la Sémiotique du Droit à la Sémiotique Urbaine9, en faisant également appel aux études relatives à la Sociosémiotique10 et à la Sémiotiques de la Violence11, des Couleurs et des Objets12.

2. La ville, l’omniprésence du Droit et l’hypercodification de la vie urbaine

2.1. Les règles de la ville : discours juridique, territoire et zone utopique

Note de bas de page 13 :

« La cité est un discours, et ce discours est véritablement un langage : la ville parle à ses habitants, nous parlons notre ville, la ville où nous nous trouvons, simplement en l’habitant, en la parcourant, en la regardant » (Barthes 1985, p. 265).

Note de bas de page 14 :

« Nous pourrions alors considérer le territoire comme l’ensemble des propriétés spatiales de l’Umwelt, ou, plus précisément, la dimension spatiale des interactions qui constituent l’Umwelt » (Fontanille, 2021, p. 05).

Note de bas de page 15 :

Cf. Fontanille 2021, p. 07.

Note de bas de page 16 :

Cf. Ibid., pp. 10-11.

Note de bas de page 17 :

Cf. Lamizet 2007, p. 17.

À supposer que la ville ne cesse d’être un discours – comme le suggère Roland Barthes dans le texte Sémiologie et urbanisme (Barthes 1985 : 265)13 –, elle pourrait être abordée ici selon un point de vue qui valorise l’entrecroisement des diverses dimensions de ce qu’on peut appeler le territoire – en reprenant le concept de Jacques Fontanille (2021 : 5) –, ce qui montre que l’environnement est altéré par les pratiques humaines14. De façon duplice, elle se présente à la fois comme un espace d’ouverture – un espace de liberté (pouvoir-faire) – et d’interdiction – un espace de prohibition (ne pas pouvoir-faire et devoir ne pas faire)15. En reprenant la métaphore de la cité médiévale – organisée autour de la demeure du seigneur et de la zone neutre (Fontanille 2021 : 11)16 –, on peut commencer par remarquer que la fonction sociale du Droit dans la ville opère en renforçant les valeurs, les intérêts et l’intégrité de la vie associative de ses habitants (Lamizet 2007 : 17)17. Par voie de conséquence, la fonction sociale du Droit consiste à doter la ville de défenses, de barrières, d’institutions, de procédures judiciaires, de sanctions légales.

Note de bas de page 18 :

« La société est, d’une certaine manière, un espace dans lequel circulent des objets et des personnes » (Hammad 2013, p. 16).

Note de bas de page 19 :

Cf. Bittar 2018, p. 63.

Note de bas de page 20 :

Cf. Jackson 1985, p. 284.

De la sorte, le Droit est omniprésent dans la ville. Le Droit imprègne symboliquement la ville, influe sur la société, car il régule les relations entre les personnes et les choses. Du point de vue de la Sémiotique de l’Espace, la société implique une relation entre les personnes et les choses (Hammad, 2013 : 16)18, de sorte que la ville est l’espace de socialisation par excellence. Il protège les mutualités et réprime les actes illicites. Les institutions législatives, judiciaires et policières assument alors les pratiques sociales de protection de la société codifiées sur la base du langage juridique – qui n’est rien d’autre qu’un langage technique, spécialisé, différencié, terminologisé (Bittar 2018 : 63)19 –, pratiqué par un groupe sémiotique, la communauté des juristes (Jackson 1985 : 284)20.

Note de bas de page 21 :

Cf. Fontanille 2021, pp. 12-13.

Note de bas de page 22 :

« Par hypothèse, cette singularité topologique serait le prototype d’une ébauche urbaine : une forte association entre la zone endotopique (la demeure) et la zone péritopique (la zone neutre) et la superposition d’une zone utopique (les « institutions imaginaires » matérialisées dans le bâti) sur les deux premières ainsi réunies. Resterait, en dehors de cette ébauche de ville, la zone paratopique, le territoire » (ibid., p. 11).

Note de bas de page 23 :

Cf. ibid., pp. 09-10.

Note de bas de page 24 :

« Le concept de zonte utopique : « La zone utopique est dissociée du domaine de référence tout entier, et elle ouvre sur un autre mode d’existence, le plus souvent transcendant, et qui peut être projeté sur les trois autres zones, suscitant des passages et des franchissements entre domaines distincts, et des substitutions ou des mélanges entre plusieurs modes d’existence » (ibid., p. 10).

En prenant comme référence la fonction de la législation dans l’ordonnancement de la vie sociale, produit de l’activité politique21, le Droit peut être appréhendé comme un sous-produit de l’activité symbolique-politique – il demeure suspendu au-dessus du territoire de la ville, potentiellement prêt à agir, jusqu’à son activation. Son action se produit alors dans le sens de la sauvegarde de la prévision normative installée dans la zone utopique22. Partant de la différenciation établie par Jacques Fontanille (Fontanille 2021 : 9-10) pour les quatre zones anthropiques entourant la ville (les zones endotopique, péritopique, paratopique et utopique)23, il est aisé de percevoir que le Droit n’habite nullement la dimension réelle, physico-topologique de la ville, mais la zone utopique de l’Umwelt citadin24. Purement symbolique, cette dimension n’en reste pas moins déterminante pour l’action sociale, ou demeure en relation avec elle, car elle est à même de pénétrer la vie réelle des acteurs urbains, en traversant les autres trois zones.

Mais, pour être effectivement présent dans la ville, le Droit requiert, entre la face normative (abstraite) et la face institutionnelle (actorielle), un passage du virtuel à l’actuel, ce qui lui permet d’opérer et d’influencer la vie sociale. Dans ce mouvement de passage de l’abstrait au concret, le Droit habite topographiquement et physiquement la ville, car il devra investir des acteurs, des instruments et des lieux (les personnes, les objets, les édifices). Le Droit révèle sa duplicité, en habitant donc simultanément les dimensions symbolique et topologique de la ville, selon un processus de transfert de l’abstrait au concret – de la zone utopique vers la zone endotopique et péritopique. Ce mouvement peut être représenté par la séquence schématique suivante : zone utopique (norme-crime) > zone endotopique /péritopique (corps-menace) > zone paratopique (corps-prison).

2.2. La ville-texte, la topologie hypercodifiée et la zone utopique

Note de bas de page 25 :

« En revanche, la ville humaine est l’expression la plus achevée et la plus sophistiquée de la projection d’une organisation eusociale dans une architecture spécifique de la demeure » (ibid., p. 12).

À supposer que la ville – habitée par la vie, les symboles et les relations – représente quelque chose de plus que l’ensemble de ses objets, le <monde du Droit> siégerait alors au-dessus du <monde de la violence>, lequel est vu comme un ensemble de normes illégitimes pour la vie en commun. Certes, la ville est un territoire, mais elle représente surtout l’organisation (organisation eusociale) conférée à ce territoire (Fontanille 2021 : 12)25. Ainsi, la société moderne édifie des villes surveillées, contrôlées, réglementées, marquées par la présence (en suspension) de la législation, qui poursuit le <monde de la violence> afin de le chasser des entrailles de la vie urbaine (et suburbaine). La législation demeure en suspension dans la zone utopique, car elle excède l’espace urbain. Elle se présente comme une épée de Damoclès qui peut être utilisée à tout moment.

Note de bas de page 26 :

« On entend également par justice une forme de la rétribution négative (ou punition), exercée, sur la dimension pragmatique, par le Destinateur social, par opposition à la vengeance qui est réalisée par un Destinateur individuel » (Greimas et Courtés 1993, p. 201, entrée justice).

Le pouvoir-faire du Destinateur social (Ds) investit la communauté de la possibilité d’exercer la rétribution négative (la punition) – à travers les compétences des institutions publiques. Elle lui confère donc les conditions de réaction aux agressions entreprises par une partie de soi contre soi-même. Il s’agit précisément de ce qui est appelé normalement la justice – au sens sémiotique du terme, dans le Dictionnaire (Greimas et Courtés 1993 : 201)26 –,un phénomène qui se distingue de la vengeance. Ainsi, seule l’institution policière est à même d’exercer la fonction de sécurité publique dans la ville, car cette fonction est déléguée et attribuée par la législation. Les formes d’auto-justice – la vengeance – sont donc disqualifiées.

Note de bas de page 27 :

« La ville se fonde, précisément, sur l’existence et la rencontre de plusieurs codes différents et de plusieurs systèmes distincts d’expression et de signification » (Lamizet 2007, p. 15).

Note de bas de page 28 :

Cf. Greimas et Courtés 1993, p. 39, entrée code.

Les messages adressés aux usagers de l’espace urbain sont alors multiples. Tel un véritable nouage de messages (Lamizet 2007 : 15)27, une profusion de codes – codes sanitaires, urbains, de la route, sociaux, techniques, économiques, moraux, de sécurité et juridiques – gravite autour de l’espace urbain. Le terme ‘code peut être défini comme un ensemble de signes qui subissent un agencement syntaxique afin de distribuer des messages dans la vie urbaine (Greimas et Courtés 1993 : 39)28. La ville se présente alors comme un territoire parfaitement circonscrit, comme un véritable champ d’incidence de règlements multiples. C’est dans ce sens qu’on peut parler d’hypercodification de l’espace urbain.

Le concept de géodensité normative est alors à même d’être formulé afin de désigner la qualité du regroupement complexe des règles influant sur la vie urbaine. Partant de ce concept, un calcul de la densité – haute densité (a.d.), moyenne densité (m.d.) et basse densité (b.d.) – de l’incidence normative sur le territoire de la ville est possible peut être effectué. Le passant insouciant – dont l’attitude distraite dans l’espace urbain rappelle l’image du flâneur baudelairien – peut ignorer ces codifications, en les rendant invisibles pour lui-même. Mais l’art de vivre dans l’espace urbain et de vivre ensemble dans la même ville suppose un certain savoir-faire de la vie urbaine qui implique, quant à lui, une connaissance et une relation avec la géodensité normative et ses incidences. Des codifications (sanitaires, morales, sociales) peuvent être enfreintes, soit en les ignorant, soit en les violant (uriner sur la voie publique, crier sur le trottoir, frauder dans le métro). Cependant, ces codifications tendent à se densifier et restreignent les possibilités de s’en extraire (les codes économiques, sécuritaires et juridiques).

2.3. Les institutions policières et le discours juridique : le discours policier et le monde de la violence

Note de bas de page 29 :

« ... un syntagme élémentaire de la syntaxe narrative de surface, constitué d’un énoncé de faire régissant un énoncé d’état » (Greimas et Courtés 1993, p. 297, entrée programme narratif).

Note de bas de page 30 :

Cf. Bittar 2018, p. 180.

Note de bas de page 31 :

Code Pénal de France : « Nul ne peut être puni pour un crime ou pour un délit dont les éléments ne sont pas définis par la loi, ou pour une contravention dont les éléments ne sont pas définis par le règlement ».

Dans l’espace urbain, les institutions policières exercent une fonction sociale leur permettant de mettre en œuvre un programme narratif (PN) – dans le sens attribué à cette expression par le Dictionnaire (Greimas et Courtés 1993 : 297)29 – qui leur est propre. Les institutions policières accomplissent un programme narratif de nature accessoire (PNa), dont l’exécution se conforme au programme narratif principal (PNp), défini par le discours juridique, compte tenu de sa subdivision en quatre dimensions, comme discours normatif (normes), bureaucratique (procédures), décisionnel (décisions) et scientifique (science) (Bittar 2018 : 180)30. C’est un fait que le crime, conformément au principe général moderne du Droit Pénal (nullum crimen, nulla poena sine legem), ne saurait exister sans prévision légale du délit, principe pleinement inclus dans le texte de loi du Code Pénal de France (article 111-3)31.

Note de bas de page 32 :

« Le processus de codification renvoie en effet à l’idée de systématisation des règles juridiques, en opérant une unification du Droit » (Bittar 2021, p. 08).

Note de bas de page 33 :

Cf. Greimas et Landowski 1981, p. 81.

Note de bas de page 34 :

Cf. Greimas 2014, p. 172.

Dans cette perspective, le discours normatif est une « pré-vision » (pouvoir-faire-devoir) et exerce un rôle de pré-actionnement de l’activité policière. Il est fixé à travers l’activité positiviste de la législation, qui n’est autre que l’ensemble des énoncés normatifs issus de la performance du système législatif – la codification du Droit se présentant alors comme un signe de modernité, car il apporte une systématicité au traitement de la législation rationalisée et ordonnée (Bittar 2021 : 08)32. À son tour, le discours décisionnel (pouvoir-faire-devoir) est fixé par le juge. Il correspond à la tâche de vérification juridique de l’existence d’un délit (Greimas et Landowski 1981 : 81)33, ce qui donne lieu à l’émission d’ordres et de mandats judiciaires pour l’exécution des décisions du système judiciaire. Ainsi, on peut voir que le discours policier se constitue non seulement à partir du discours normatif, en tant que prévision « autorisante » générale, mais aussi à partir du discours judiciaire, comme prévision « autorisante » proche et directe. En conclusion, on peut reconnaître et décrire le discours policier comme étant structuré sur la base d’un discours bureaucratique, technique et spécialisé, dont l’objet est la criminalité. Par conséquent, le discours policier, triplement ancré, sert de programme accessoire (PNa) au discours juridique (Greimas 2014 : 172)34.

Note de bas de page 35 :

Cf. Landowski 2014, p. 25.

D’un point de vue pratique, aux fins de l’activité préventive, le discours policier reçoit l’autorisation d’agir, dans l’accomplissement de son devoir-faire de surveillance de l’espace urbain (la patrouille de police). D’un point de vue répressif, il reçoit l’autorisation d’agir, après la vérification, afin de rendre possible l’effectivité du Droit dans les interactions sociales (la police judiciaire et l’enquête criminelle). Dans ce cadre, l’action ostensible de la police au sein de la ville (la patrouille de police), en conformité avec les ordres institutionnels (le devoir-faire) fait état de sa nature programmée et implique une série de dispositifs d’action qui, une fois enclenchés, amorcent des tâches automatisées et séquentielles – lors de la reprise du concept de programmation adopté par la Sociosémiotique d’Eric Landowski (Landowski, 2014 : 25)35 – de la répression et de la prévention du crime. Ces tâches se présentent schématiquement de la manière suivante : discours normatif (Code Pénal) > acte criminel (monde de la violence) > acte de poursuite (champ de bataille) > acte d’arrestation (discours policier) > acte de vérification (discours décisionnel) > procédures judiciaires (discours bureaucratique) > acte de condamnation (discours décisionnel) > acte d’incarcération (discours policier). La ré-évocation circulaire entre le <monde de la violence> et le <monde du Droit> montre une réciprocité continuelle, conduisant à une relation où alternent le discours policier et le discours bureaucratique-décisionnel, afin de remplir les objectifs du discours normatif du législateur dans la sphère criminelle.

2.4. Les institutions policières et la ville : le champ de bataille et la confrontation des programmes

Note de bas de page 36 :

Cf. Marsciani 2019, pp. 45-52.

Au sein de la ville, le programme narratif (PNS1) suivi par les institutions policières fait en sorte que le discours policier – du côté du <monde du Droit> – s’oppose à l’anti-programme (Anti-PNS2) du discours de la criminalité – du côté du <monde de la violence> –, ce qui rend imminent leur affrontement dans l’espace urbain. Portée à l’extrême, l’expérience de la ville implique deux visions antagoniques et, dans un certain sens, l’existence, dans le même espace, de deux villes divisées (Marsciani 2019, pp. 45-52)36. L’action policière sur le champ de bataille correspond à un savoir-faire (la technique policière), fondé sur un pouvoir-faire (l’institution policière), résultant d’un devoir-faire (la législation criminelle).

Note de bas de page 37 :

Cf. Bittar 2018, p. 311.

Note de bas de page 38 :

« ... le conte étudié par Propp apparaît comme faisant partie d’une sous-classe de récits […] que l’on peut désigner comme des récits de la restauration de l’ordre social » (Greimas 1970, p. 233).

La tâche de l’autorité policière, assignée par le Destinateur social (Ds), consiste à rendre le criminel disjoint de la liberté, de sorte que PNS1 [F : S1 → Ov (S2 U Ov)]37. La disjonction avec la liberté représente l’attitude de privation de présence dans la ville. Cette attitude conduit l’autorité policière, dans l’accomplissement de son devoir (devoir-faire), à exécuter le PNS1, de façon à jouer le rôle narratif de restauration de l’ordre social ; un rôle qui s’apparente notablement au désir de l’imaginaire social et à la trame classique du conte populaire, comme l’observe Greimas dans La quête de la peur38.

Note de bas de page 39 :

Cf. Greimas et Landowski 1981, p. 76.

Note de bas de page 40 :

Cf. Solís Zepeda 2021, p. 89.

Note de bas de page 41 :

Cf. Aldama, Bertrand, Lancioni 2021, p. 02.

Ainsi, le discours policier se configure à partir d’une relation tensionnelle tripolaire, impliquant les pôles suivants : i) la prévision normative et abstraite de la législation criminelle (le Code Pénal) (Greimas et Landowski 1981 : 76)39 ; ii) les pratiques des institutions policières (la formation, l’investigation, l’exécution) ; iii) le <monde de la violence> (le discours de la criminalité). Il est évident que ces trois pôles seront évalués, dans un deuxième moment, avec les discours des médias (dus aux effets de la lutte contre la délinquance) et avec les discours des sciences criminelles (dus à la réforme scientifique de la législation ou de la police techniques). Ainsi, alors que l’élaboration des discours normatif et décisionnel s’appuie sur les pratiques juridiques plus ou moins abstraites, le discours policier conduira à l’action (préventive ou répressive) au sein de ce qui peut être appelé un champ de bataille en tant que lieu de confrontation de programmes (Landowski 2014 : 22 et 34) où deux forces opposées (F1 vs F2) sont disposées en mouvements contraires – une zone d’affrontement qui, de même que dans les situations de de guerre, présuppose un choc entre le discours policier et le discours criminel. C’est là que la force et le pouvoir se manifestent sous forme d’une violence (Solís Zepeda 2021 : 89)40 qui acquiert les caractéristiques d’une violence légitime, institutionnalisée, rationnelle et calculée (Landowski 2014 : 22 et 34)41, tant qu'elle ne dépasse pas ses limites.

Note de bas de page 42 :

Cf. Landowski 2014, pp. 56-59.

Note de bas de page 43 :

“Los rasgos definitorios de la violencia son la fuerza y el poder (Coromines, 2008), específicamente una fuerza ejercida para someter (de la raíz vis = fuerza, olentus = abundancia ; y del indoeuropeo wei = perseguir algo con vigor, torcer, quebrar). Los derivados del término sustantivo (la violencia) se organizan en un uso adjetivo (acto violento, pasiones violentas) y en un uso adverbial (violentamente)” (Solís Zepeda 2021, p. 89).

Note de bas de page 44 :

Cf. Landowski 2014, p. 59.

Au regard des différents régimes d’interaction sociale – la programmation, la manipulation et l’ajustement –, la tâche des institutions policières s’exécute sur le champ de bataille à travers la mobilisation de stratégies d’action dans l’espace urbain pouvant aller du risque faible (programmation) au risque moyen (manipulation) et au risque élevé (ajustement) (Landowski 2014 : 56-59)42. Sur ce point, la question des forces toniques et atoniques en corrélation offre la vision d’un plan tensionnel exemplaire (Solís Zepeda 2021 : 89)43. La stratégie de la victoire totale et du contrôle absolu des forces policières (F1) sur les forces criminelles (F2) peut avoir recours à la programmation de l’annihilation de la criminalité. Toutefois, l’une des conséquences possibles est de générer la narration tragique de la violation des droits humains, de la réification des criminels et de la perversion du sens de la vie urbaine. De même que le <monde de la violence> se réinvente continuellement, le régime d’ajustement établit une sorte de jeu de négociation, un ballet répété qui comporte des avancées et des reculs (Landowski 2014 : 59)44, dans le cadre de la relation constante et mobile entre la criminalité et les autorités policières chargées de réprimer les différentes formes de criminalité. Ici, il est important de préciser l’existence d’une double pression sur le champ de bataille : i) la lutte contre l’impunité (l’efficacité) ; ii) l’abus d’autorité (les droits humains). Ainsi, la performance de l’action policière, alors engagée sur le champ de bataille, peut conduire l’agent policier vers une frontière floue entre le Droit (D) – l’acteur-adjoint de la justice – et le non-Droit (ñ-D) – acteur-opposant de la justice – en le transformant à travers un dangereux échange de rôles (héros > criminel).

Note de bas de page 45 :

Cf. Greimas et Courtés 1993, p. 358, entrée somatique.

Note de bas de page 46 :

Article 34.

Ainsi, dans le domaine du Droit, le passage des pratiques discursives aux pratiques de terrain implique un investissement progressif de la force – ce qui ne s’accomplit que par une relation entre un corps-policier (technique, professionnel, spécialisé, autorisé) et un autre corps, devenu désormais un corps-menace (criminel), en tant que faire somatique pragmatique (Greimas, Courtés 1993 : 358)45 –, dans la mesure où les droits et les devoirs, y compris le droit à la sécurité publique prévu par la Constitution française de 195846, doivent être rendus effectifs dans la vie sociale. Alors, non seulement le Droit-discours se transforme en Droit-force sur le territoire de la ville, mais encore le Droit sans la force est privé de la capacité d’agir dans les pratiques propres au champ de bataille. Du point de vue de la Sémiotique des Objets, c’est alors que le stylo rencontre les menottes. Si le <monde de la violence> supplantait le <monde du Droit> sur le champ de bataille, la ville se désintégrerait en perdant : i) sa finalité ; ii) sa cohésion ; iii) son sens.

3. La ville, les institutions judiciaires et le corps-prison

3.1. L’édifice de justice et la programmation spatiale : le déplacement du monde de la violence

Note de bas de page 47 :

Cf. Garapon 1999, p. 34.

Le juge, le système judiciaire et le Tribunal de justice siègent dans la ville – comme l’illustre la force symbolique de la présence du Palais de Justice de Paris (Île de la Cité) au cœur du centre-ville –, de sorte que les jugements ont lieu dans l’espace urbain, alors que l’édifice pénitentiaire habite ce lieu dé-situé sur la carte de la ville. Depuis le bâtiment du Palais de Justice – dont la présence architecturale est majestueuse et monumentale (Garapon 1999 : 34)47 –, le Tribunal instruit, juge et condamne ceux dont la conduite viole les règles de la ville. Pour que le territoire garde son sens, il faut que ses règles ne soient pas violées. Dans ce sens, le Tribunal est le gardien de la vie communautaire et agit comme une entité protégeant l’acte fondateur de la ville.

Note de bas de page 48 :

Cf. Fontanille 2021, p. 13.

Note de bas de page 49 :

Cf. Foucault 1995, p. 98.

Le Palais se situe dans la zone centrale endotopique et péritopique (Fontanille 2021 : 13)48 de la ville. Depuis ce lieu – locus géospatial et symbolique – il agit comme un œil cyclopéen qui ordonne toute la ville, selon les termes du Droit. L’édifice de justice présente des traits étroitement liés aux sens les plus profonds de la ville. Sa présence topologique et géospatiale, urbanistique et architecturale, stratégique et tactique, s’impose par conséquent à la ville et fonctionne comme un super-observateur des dynamiques de la vie sociale. Son rôle consiste à surveiller et à punir (Foucault 1995 : 98)49, selon les termes de la législation. Ses symboles, ses rituels et ses pratiques discoursives se conjuguent afin de s’opposer à l’irrationnel (l’antisocial et l’injuste) du <monde de la violence> et de le transformer (en son sein) par la victoire du <monde du Droit>.

3.2. Le corps-prison, la législation criminelle et le spectacle urbain

Note de bas de page 50 :

Cf. Merleau-Ponty 2018, p. 205.

Note de bas de page 51 :

Cf. ibid., p. 98.

Note de bas de page 52 :

Cf. ibid., p. 94.

Depuis les apports issus de la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty, on peut dire que le corps a internalisé l’espace (Merleau-Ponty 2018 : 205)50. Ce faisant, il a gagné une place particulière dans l’analyse sémiotique. Cette ligne de raisonnement nous conduit à réfléchir au sens sémiotique du corps du criminel, dans la mesure où il est resignifié lorsqu’il se déplace dans l’espace urbain, car le corps irradie un nouveau lieu dans l’espace public (Foucault 1995 : 98)51. Le corps du criminel n’est plus un corps-simple – c’est-à-dire un corps en chair et en os –, parce qu’il est devenu un corps-marqué par la violation de la législation criminelle ; autrement dit, un corps recevant une sur-inscription (inscription documentaire) pour devenir désormais un corps sous la garde de l’État (Foucault 1995 : 94)52. À supposer que le criminel menaçant l’intégrité de la demeure reçoive l’ultimatum des institutions pour retirer son corps-menace du territoire, il verra une nouvelle interprétation de son corps-menace, qui deviendra, par une transformation de sens, un corps-prison. Les procédures judiciaires servent à construire cette transformation du sens du corps de l’accusé, à travers une perte de liberté (individu) et une augmentation de la sécurité (communauté).

Note de bas de page 53 :

Cf. ibid., p. 115.

Note de bas de page 54 :

Cf. Greimas et Courtés 1993, p. 133, entrée espace.

Ainsi, la ville moderne, telle qu’elle a été dessinée, rationalisée et architecturée, est façonnée, entre autres forces, par le pouvoir de punir, et la carte de la ville moderne inclut l’idée de l’exercice de ce pouvoir (Foucault 1995 : 115)53. Par conséquent, la prison de haute sécurité – l’édifice pénitentiaire par excellence – doit être située en dehors de la ville ; la topologie de l’espace carcéral annonce déjà que les criminels particulièrement dangereux ne méritent aucunement la demeure de la ville, car un lien de sociabilité et de confiance, guidé et établi par les normes juridiques, a été rompu. À l’évidence, il existe une programmation spatiale (Greimas, Courtés 1993 : 133)54 spécifique pour le corps-prison. La répulsion du corps-prison par la ville est suivie d’un déplacement obligatoire de la convivialité sociale, une action extrêmement représentative de l’attitude de rejet du <monde de la violence> hors de l’espace urbain.

Note de bas de page 55 :

Cf. ibid. p. 101.

Note de bas de page 56 :

Cf. Landowski 2012, p. 243.

Note de bas de page 57 :

« Cela signifie, comme dit Sartre à propos de la neige […], lui faire rendre davantage que ce à quoi sa simple “utilisation” permet d’aboutir » (Landowski 2012, p. 243).

Note de bas de page 58 :

Cf. ibid., p. 244.

Note de bas de page 59 :

Cf. Portela, Moreira, Santos 2021, p. 51.

De cette façon, au sein de l’espace urbain, le corps-prison qui entre dans un Fourgon Cellulaire – alors qu’il en avait été abruptement expulsé, cerné par les discours juridiques –, tout en demeurant un corps caché à l’intérieur d’un véhicule de police, configure une scène qui éveille des réactions diverses dans la vie urbaine. Nous sommes ici en présence d’un véritable spectacle urbain ; cette activité fait ramène à la mémoire collective l’image de la force de la loi (Foucault, 1995 : 101)55. En reprenant la différence établie par Eric Landowski entre l’utilisation (réaliser la fonction de l’objet) et la pratique (Landowski 2012 : 243)56 par rapport aux manières différentes de faire usage des objets, il est possible de dire que la pratique investit l’objet d’un supplément de sens57. De ce point de vue, le véhicule de police ne sert pas seulement à se déplacer dans la ville – l’usage de l’automobile58 – : il déploie simultanément un spectacle urbain lorsque les autorités policières pratiquent le véhicule. Même à l’intérieur du Fourgon, le corps-prison peut être re-dit, re-poussé, réduit et offensé, et il peut être aussi la cible du rejet collectif et de l’annulation de sa présence urbaine (Portela, Moreira, Santos 2021 : 51)59. Par conséquent, le corps du criminel est bien défini comme un corps-prison, dans la mesure où il est considéré comme un corps-nul dans l’espace urbain.

4. La ville, l’institution policière et sa symbolique

4.1. La voiture de police, l’objet-support et les symboles institutionnels

Note de bas de page 60 :

« Un support est le résultat d’un design, compris comme projet et mise en forme spécifiques conduits selon des normes et des pratiques de production » (Quinton 2009, en ligne).

Note de bas de page 61 :

Cf. Zinna 2009, p. 76.

Note de bas de page 62 :

Cf. Fontanille 2005, p. 89.

Du point de vue de la Sémiotique des Objets, la voiture de police est un objet conçu pour répondre aux besoins de locomotion, composé d’alliages métalliques, construit en série, dessiné selon les exigences du design (Quinton 2009)60 et possédant une résistance qui lui permet d’accomplir les tâches propres à l’institution policière. En tant que voiture officielle, l’objet glisse de la sérialité (reproductibilité) vers la singularité (unicité) (Zinna 2009 : 76)61. Ainsi observe-t-on les éléments suivants : i) la fonctionnalité : une triple exigence (locomotion ; sécurité ; mission) ; ii) les objets de signalisation : d’autres objets investissent la voiture (objets de signalisation : lanterne ; gyrophare ; sirène) ; iii) les équipements de sécurité : des objets qui rendent possible l’attaque et la défense au sein du champ de bataille (armes ; caméras ; blindage) ; iv) la symbolique institutionnelle : l’officialité étatique doit inscrire dans la voiture les symboles de l’autorité policière qui permettent sa prompte identification dans la circulation routière. La communication de la voiture de police avec la ville (sons ; couleurs ; symboles ; inscriptions) s’effectue au moyen de signes verbaux et non verbaux, et relève donc de la multimodalité (Fontanille 2005 : 89)62.

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Fig. 2. Photographie d’une voiture de police avec ses insignes

Note de bas de page 63 :

« Le support n’est plus seulement un artefact matériel produit par l’homme à des fins fonctionnelles, il est aussi un construit symbolique » (Quinton 2009, en ligne).

À supposer que seul le point 4, relatif à la symbolique institutionnelle, soit retenu, un ensemble de messages explicités par la voiture de police ressortira. Plusieurs modalités d’inscription sont identifiables sur le véhicule de police, à savoir des adhésifs, des logotypes, des numéros de série, le nom du département, des couleurs, des emblèmes. La voiture de police devient un support de nombreux messages symboliques de l’institution (Quinton : 2009)63 qui font passer un message global, en mettant en évidence : i) l’étatilité ; ii) l’officialité ; iii) l’institutionnalité ; iv) la sécurité ; v) la force.

Note de bas de page 64 :

Cf. Garapon 1999, p. 42.

Note de bas de page 65 :

Cf. Fontanille 2005, ibid. p. 61.

Ainsi, la voiture doit être appréhéndée comme le signe de la force (F1) des institutions qui fait face à la contre-force (F2) procédant du <monde de la violence>. En ce sens, le territoire est contrôlé par le véhicule de police. Considérant que les symboles ont une relation émotionnelle avec les lecteurs (Garapon 1999 : 42)64, l’inscription de la symbolique institutionnelle, et en particulier le symbole de la corporation, doit être en mesure d’activer dans la mémoire collective la tâche de responsabilité pour la préservation du code de la vie commune et d’envoyer un message de confiance, en générant un état de croire à (Fontanille 2005 : 61)65.

4.2. La voiture de police et ses instruments d’alerte : le gyrophare, le signal lumineux et l’alarme visuelle

Note de bas de page 66 :

Cf. ibid. p. 81.

Le gyrophare est un équipement de signalisation, installé à l’extérieur, sur la partie supérieure de la voiture (supra-objectuelle) (Zinna 2009 : 81)66, d’usage technique et restreint aux situations d’urgence. Objet-outil, il s’accouple au véhicule et émet des signaux visuels colorés, selon une intermittence programmée et constante. Il exerce donc la fonction d’avertisseur lumineux, fonctionnant comme un feu spécial tournoyant.

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Fig. 3. Photographie d’un gyrophare sur une voiture de police

Note de bas de page 67 :

Cf. Roque 2011, p. 136.

Note de bas de page 68 :

Cf. Roque 2010.

Le gyrophare adopte un système chromatique bicolore (Roque 2011 : 136)67. Le territoire reçoit le message rouge-bleu rotatif et circulaire qui peint la ville à son passage, de sorte que l’énoncé visuel envoie un message d’alarme : « La police est arrivée ! ». Le rouge est une couleur vive, chaude, intense et alarmante, généralement capable de convoquer une intensité accrue, en suscitant davantage d’attention. Il évoque le <monde de la violence>. Le bleu est une couleur froide et transmet un signifié de calme, de sécurité et de confiance (Roque 2010)68. Il évoque le <monde des institutions>. L’analyse de l’opposition chromatique binaire renvoie à la dynamique de l’opposition violence vs sécurité. À travers cette opposition, on reconnaît les relations agitation vs paix, peur vs confiance ainsi que désordre vs ordre. L’activité policière intervient pour apporter la sécurité et la confiance, des qualités qui se placent au-dessus du <monde de la violence>.

4.3. La sirène, l’alarme et la polyphonie urbaine : la passion de la peur en alerte

Note de bas de page 69 :

R 432-1, Code de la Route de France.

La sirène d’alerte est un objet-instrument accouplé au véhicule, capable d’émettre un son de haute intensité. Sa fonction est d’agir comme un avertisseur sonore spécial, signalant la réalisation d’une mission et donc la priorité de circulation (R 432-1, Code de la Route français)69. Son usage, soumis à un encadrement normatif extrêmement strict, est établi et contrôlé par des règles d’utilisation, et fonctionne comme un indicateur d’une opération en cours et d’une urgence, qui installe une mission (un programme narratif – PN) et un parcours thématique sur la carte des voies publiques de la ville. Ainsi, la sirène mobilise les modalités suivantes : i) un faire-savoir (annoncer que le véhicule traverse la ville et que le risque augmente) ; ii) un pouvoir-faire (rompre l’ordre normal de la circulation urbaine) ; iii) un savoir-faire (opérer au moyen des techniques policières).

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Fig. 4. Photographie d’une sirène sur le toit de la voiture de police

Note de bas de page 70 :

Cf. Bauman 2009, p. 40.

Le mouvement abrupt, bruyant et alarmant de la sirène de police court-circuite la vie sociale pour rappeller que la liberté ne saurait exister sans loi, ordre ni punition. En tout état de cause, le sens produit par le stimulus sonore de la sirène de police est invariablement un sens social. Il se trouve associé aux significations de la police et de son action, selon les pays. En Amérique du Sud, par exemple, elle donne lieu à des perceptions ambiguës, allant de la peur et de la méfiance – dues aux niveaux élevés de corruption, de violence institutionnelle et d’abus de pouvoir de la part des agents de l’État – à la sécurité et à la protection70.

Note de bas de page 71 :

Cf. Lamizet 2007, p. 15.

Néanmoins, il convient de remarquer que le signal sonore d’alerte de la voiture de police, lorsqu’il est introduit dans la ville, dispute l’espace et surgit au cœur de la polyphonie urbaine, telle la masse de bruits formant la pollution auditive des villes (Lamizet 2007 : 15)71. Cependant, parmi tous les bruits de la ville (cloches des églises, vacarme des marchés, aboiements des chiens, cris des enfants), la sirène perturbe l’ambiance sonore typique de la ville qui forme l’atmosphère commune de la vie urbaine. Nous baignons tous dans cette atmosphère, jusqu’à ce qu’un bruit extrême, exceptionnel, intense et bref, dont la fonction est de s’imposer à tous les autres bruits de la vie urbaine, ne l’entrecoupe.

Note de bas de page 72 :

« En effet, on se rend compte de la dimension d’ensemble d’une polyphonie précisément quand certains sons ou certaines voix s’expriment de façon différente des autres, créant, ainsi, une sorte de ‘crise sonore’ » (Ibid., p. 22).

Note de bas de page 73 :

Cf. Fontanille 2005, p. 73.

En tant qu’acte d’écriture, l’énoncé sonore de la sirène de police agit dans le champ des manifestations sonores de l’« anormalité » et installe une crise sonore (Lamizet 2007 : 22)72 dans la ville. La sirène réclame le degré d’attention le plus élevé qui soit chez les sujets-destinataires. Elle doit être efficace lorsqu’elle émet des sons, c’est-à-dire qu’elle doit se superposer à d’autres énonciations sonores, sous peine d’un échec communicatif. Le signal sonore émis par la sirène de police se compose d’une injonction interne : il est un devoir-savoir, car il communique impérativement et inexorablement. Il envahit littéralement les oreilles. La sirène de police produit, en émettant un son invasif, une pathémisation de l’espace urbain, par une présence éclatante. Il n’invite ni ne séduit l’attention mais fait plutôt valoir, lorsqu’il s’impose aux autres sons urbains, l’orientation impérative de cette attention vers la sirène et ce qu’elle énonce-annonce : la présence du pouvoir policier. La sirène cherche à s’imposer sur les autres sons urbains par sa force énonciative, en cherchant ainsi à monopoliser l’attention (Fontanille 2005 : 73)73.

Note de bas de page 74 :

Cf. Zilberberg 2011, p. 118.

Note de bas de page 75 :

Cf. Agamben 2004, pp. 19 et 44.

Ce son répétitif, modulé en deux tons alternés (haut-bas, bas-haut, grave-aigu, renvoie toujours le même message. Du point de vue tensif, sa sonorité de tonicité élevée, aiguë et répétitive est pénétrante, et implique donc une relation d’extensité courte et d’intensité élevée, ce qui génère une accélération dans la perception des choses (Zilberberg 2011 : 118)74. On ne saurait vivre dans une situation d’alarme permanente : la sirène est donc un son transitoire de la vie urbaine qui autrement générerait une saturation sonore. Cependant, le retentissement simultané de plusieurs sirènes – qui s’associent pour une période prolongée en un véritable orchestre d’urgence – nous confronte à une autre situation : l’état d’urgence, voire l’état d’exception (Agamben 2004 : 19 et 44)75, ce qui signifie le démantèlement des formes démocratiques et des garanties de la légalité, au profit de la nécessité.

Note de bas de page 76 :

Cf. Greimas et Fontanille 1993, p. 15.

Note de bas de page 77 :

Cf. Fontanille 2005, p. 65.

La sirène instaure l’« anormalité » en suscitant l’attention (et ses dérivés) de l’action-réaction sociale (se cacher, courir, secourir, crier, ; fuir). Elle installe ainsi un strict fonctionnement déitique, et met en circulation les passions76, car la demande d’attention apporte l’ici et le maintenant (Fontanille 2005 : 65)77. Elle modalise et provoque des ajustements de conduite sous des formes et à des niveaux divers : i) les conducteurs (la priorité de passage) ; ii) les piétons (le risque accru) ; iii) la collectivité (le devoir policier) ; iv. les autorités (la co-adjuvance).

Note de bas de page 78 :

Cf. Bauman 2009, p. 13.

Note de bas de page 79 :

Cf. Landowski 2014, p. 51.

La sirène est donc en mesure de susciter l’attention ; elle est également capable de susciter la curiosité, la surprise, la fascination, le désespoir, la peur. Lorsqu’elle provoque notamment la peur, la sirène réveille une passion latente de la vie urbaine contemporaine (Bauman 2009 : 13)78. Aussi sûre que puisse être une ville, elle ne saurait totalement bannir la peur (terrorisme, crime, crise, étrangers, accidents). La peur latente est donc simplement activée par la sirène de police, qui opère un changement d’état [non-peur > peur]. Ainsi, la sirène abolit la distance entre le savoir et le sentir, et génère une contagion sonore (Landowski, 2014 : 51)79 sur les corps récepteurs.

Note de bas de page 80 :

Cf. Greimas et Fontanille 1993, p. 78.

Note de bas de page 81 :

Cf. Martín et Modas 2021, p. 37.

Le processus pathémique les rend susceptibles de conduites inattendues dans la mesure où ils ont été rendus sujets-autres (Greimas, Fontanille 1993 : 78)80. L’alerte sonore est capable d’émousser les sens corporels, qui s’adaptent pour affronter les chocs (perceptifs et émotionnels) suscités (Martín et Modas, 2012 : 37)81 par les thèmes de la violence elle-même, en annonçant que le sujet est disjoignable de la valeur de la sécurité (S - Ov). La vie ne tenant qu’à « un fil », ce bruit inconfortable et dérangeant aurait la capacité de raccourcir davantage « la taille de cette courte mèche ». Quoique la peur appartienne aux schémas de la survie et de l’instinct, elle constitue également le moteur de toute politique, dont la finalité n’est autre que d’instaurer par la suspicion un mode de définition de l’usage du territoire et, par conséquent, un mode de gouvernement.

Conclusions

Le parcours thématique de plusieurs véhicules de police traversant l’espace urbain déploie une scène sémiotique pleine de sens. La fonction sociale du Droit consiste à fournir – en opérant la différenciation sémiotique et conceptuelle entre la justice et la vengeance – les instruments qui permettent la régulation de la coexistence sociale ; une régulation omniprésente dans la ville, dans la mesure où son territoire est hypercodifié par des règles. Le Droit-législation habite la zone utopique de la ville (plane sur le territoire) à travers une présence symbolique, mais ne peut pas fonctionner effectivement sans le Droit-institution (intégré au réseau urbain) dans les zones endotopique et péritopique. À l’intérieur de la ville, le discours juridique joue le rôle d’un programme narratif (PNp) qui ouvre la voie au programme narratif accessoire (PNa) du discours policier.

La ville invite encore à l’analyse géospatiale, urbanistique et topologique. Aussi peut-on reconnaître sur la carte urbaine une ligne de partage évidente entre le lieu de l’édifice de justice (le centre-ville) – zone centrale, endotopique et péritopique – et le lieu de l’édifice pénitencier (hors de la ville) – zone paratopique. Par le biais de procédures judiciaires mises en place dans le territoire de la ville, le corps-menace du criminel est transformé et devient un corps-marqué, sujet à un déplacement physique et symbolique qui le mue en corps-prison, alors qu’il est transporté vers la zone paratopique de la ville. Selon une programmation spatiale, propre à la société moderne, le corps-prison doit être expulsé de la demeure, car il menace ses valeurs fondatrices.

La présence du véhicule de police dans l’espace urbain met également en évidence toutes les caractéristiques de la symbolique policière ; elle génère la persuasion par l’intimidation, vis-à-vis du <monde de la violence>. Aussi les instruments de signalisation d’alerte du véhicule de police, notamment le gyrophare (le signal visuel) et la sirène d’alerte (le signal sonore), signalent une situation d’urgence qui suscite l’attention. Ils éveillent le sentiment que la « normalité » de la vie urbaine a été interrompue. Dès lors, la crise sonore instaurée par la voiture de police dans la polyphonie urbaine pathémise l’espace, en provoquant la peur, une passion latente de la vie urbaine contemporaine.

Traducteur : Lionel A. Féral

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Notes

1 Cf. Fontanille, 2005, p. 43.

2 « En sémiotique de l’espace, la programmation spatiale s’effectue par la mise en corrélation des comportements programmés des sujets avec les espaces segmentés qu’ils exploitent [...] » (Greimas, Courtés, 1993, p. 295-296, entrée programmation spatio-temporelle).

3 « [...] on utilisera ici l’expression signalisation routière, arbitrairement, pour désigner l’ensemble juridique qui définit et décrit la totalité des indications concernant la circulation » (Mounin, 1970, p. 155).

4 Cf. Fontanille, 2005, p. 26-27.

5 Ibid., p. 46.

6 Cf. Zilberberg, 2011, p. 236.

7 « La ville est un espace dans lequel surviennent des événements qui ne sont pas toujours prévisibles, comme peuvent l’être les événements naturels » (Lamizet, 2007, p. 16).

8 Cf. Bittar, 2018, p. 74.

9 Cf. Roelens 2014.

10 Cf. Landowski 2014.

11 Cf. Aldama, Bertrand, Lacioni 2021.

12 Cf. Zinna 2009.

13 « La cité est un discours, et ce discours est véritablement un langage : la ville parle à ses habitants, nous parlons notre ville, la ville où nous nous trouvons, simplement en l’habitant, en la parcourant, en la regardant » (Barthes 1985, p. 265).

14 « Nous pourrions alors considérer le territoire comme l’ensemble des propriétés spatiales de l’Umwelt, ou, plus précisément, la dimension spatiale des interactions qui constituent l’Umwelt » (Fontanille, 2021, p. 05).

15 Cf. Fontanille 2021, p. 07.

16 Cf. Ibid., pp. 10-11.

17 Cf. Lamizet 2007, p. 17.

18 « La société est, d’une certaine manière, un espace dans lequel circulent des objets et des personnes » (Hammad 2013, p. 16).

19 Cf. Bittar 2018, p. 63.

20 Cf. Jackson 1985, p. 284.

21 Cf. Fontanille 2021, pp. 12-13.

22 « Par hypothèse, cette singularité topologique serait le prototype d’une ébauche urbaine : une forte association entre la zone endotopique (la demeure) et la zone péritopique (la zone neutre) et la superposition d’une zone utopique (les « institutions imaginaires » matérialisées dans le bâti) sur les deux premières ainsi réunies. Resterait, en dehors de cette ébauche de ville, la zone paratopique, le territoire » (ibid., p. 11).

23 Cf. ibid., pp. 09-10.

24 « Le concept de zonte utopique : « La zone utopique est dissociée du domaine de référence tout entier, et elle ouvre sur un autre mode d’existence, le plus souvent transcendant, et qui peut être projeté sur les trois autres zones, suscitant des passages et des franchissements entre domaines distincts, et des substitutions ou des mélanges entre plusieurs modes d’existence » (ibid., p. 10).

25 « En revanche, la ville humaine est l’expression la plus achevée et la plus sophistiquée de la projection d’une organisation eusociale dans une architecture spécifique de la demeure » (ibid., p. 12).

26 « On entend également par justice une forme de la rétribution négative (ou punition), exercée, sur la dimension pragmatique, par le Destinateur social, par opposition à la vengeance qui est réalisée par un Destinateur individuel » (Greimas et Courtés 1993, p. 201, entrée justice).

27 « La ville se fonde, précisément, sur l’existence et la rencontre de plusieurs codes différents et de plusieurs systèmes distincts d’expression et de signification » (Lamizet 2007, p. 15).

28 Cf. Greimas et Courtés 1993, p. 39, entrée code.

29 « ... un syntagme élémentaire de la syntaxe narrative de surface, constitué d’un énoncé de faire régissant un énoncé d’état » (Greimas et Courtés 1993, p. 297, entrée programme narratif).

30 Cf. Bittar 2018, p. 180.

31 Code Pénal de France : « Nul ne peut être puni pour un crime ou pour un délit dont les éléments ne sont pas définis par la loi, ou pour une contravention dont les éléments ne sont pas définis par le règlement ».

32 « Le processus de codification renvoie en effet à l’idée de systématisation des règles juridiques, en opérant une unification du Droit » (Bittar 2021, p. 08).

33 Cf. Greimas et Landowski 1981, p. 81.

34 Cf. Greimas 2014, p. 172.

35 Cf. Landowski 2014, p. 25.

36 Cf. Marsciani 2019, pp. 45-52.

37 Cf. Bittar 2018, p. 311.

38 « ... le conte étudié par Propp apparaît comme faisant partie d’une sous-classe de récits […] que l’on peut désigner comme des récits de la restauration de l’ordre social » (Greimas 1970, p. 233).

39 Cf. Greimas et Landowski 1981, p. 76.

40 Cf. Solís Zepeda 2021, p. 89.

41 Cf. Aldama, Bertrand, Lancioni 2021, p. 02.

42 Cf. Landowski 2014, pp. 56-59.

43 “Los rasgos definitorios de la violencia son la fuerza y el poder (Coromines, 2008), específicamente una fuerza ejercida para someter (de la raíz vis = fuerza, olentus = abundancia ; y del indoeuropeo wei = perseguir algo con vigor, torcer, quebrar). Los derivados del término sustantivo (la violencia) se organizan en un uso adjetivo (acto violento, pasiones violentas) y en un uso adverbial (violentamente)” (Solís Zepeda 2021, p. 89).

44 Cf. Landowski 2014, p. 59.

45 Cf. Greimas et Courtés 1993, p. 358, entrée somatique.

46 Article 34.

47 Cf. Garapon 1999, p. 34.

48 Cf. Fontanille 2021, p. 13.

49 Cf. Foucault 1995, p. 98.

50 Cf. Merleau-Ponty 2018, p. 205.

51 Cf. ibid., p. 98.

52 Cf. ibid., p. 94.

53 Cf. ibid., p. 115.

54 Cf. Greimas et Courtés 1993, p. 133, entrée espace.

55 Cf. ibid. p. 101.

56 Cf. Landowski 2012, p. 243.

57 « Cela signifie, comme dit Sartre à propos de la neige […], lui faire rendre davantage que ce à quoi sa simple “utilisation” permet d’aboutir » (Landowski 2012, p. 243).

58 Cf. ibid., p. 244.

59 Cf. Portela, Moreira, Santos 2021, p. 51.

60 « Un support est le résultat d’un design, compris comme projet et mise en forme spécifiques conduits selon des normes et des pratiques de production » (Quinton 2009, en ligne).

61 Cf. Zinna 2009, p. 76.

62 Cf. Fontanille 2005, p. 89.

63 « Le support n’est plus seulement un artefact matériel produit par l’homme à des fins fonctionnelles, il est aussi un construit symbolique » (Quinton 2009, en ligne).

64 Cf. Garapon 1999, p. 42.

65 Cf. Fontanille 2005, ibid. p. 61.

66 Cf. ibid. p. 81.

67 Cf. Roque 2011, p. 136.

68 Cf. Roque 2010.

69 R 432-1, Code de la Route de France.

70 Cf. Bauman 2009, p. 40.

71 Cf. Lamizet 2007, p. 15.

72 « En effet, on se rend compte de la dimension d’ensemble d’une polyphonie précisément quand certains sons ou certaines voix s’expriment de façon différente des autres, créant, ainsi, une sorte de ‘crise sonore’ » (Ibid., p. 22).

73 Cf. Fontanille 2005, p. 73.

74 Cf. Zilberberg 2011, p. 118.

75 Cf. Agamben 2004, pp. 19 et 44.

76 Cf. Greimas et Fontanille 1993, p. 15.

77 Cf. Fontanille 2005, p. 65.

78 Cf. Bauman 2009, p. 13.

79 Cf. Landowski 2014, p. 51.

80 Cf. Greimas et Fontanille 1993, p. 78.

81 Cf. Martín et Modas 2021, p. 37.

Pour citer ce document

Eduardo C. B. Bittar, « Les sirènes de police dans la ville : un essai à la croisée des Sémiotiques du Droit, des Objets et de la Ville », Actes Sémiotiques [En ligne], 127, 2022, consulté le 18/08/2022, URL : https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/7672, https://doi.org/10.25965/as.7672

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