Penser et construire une autorité chrétienne dans l’Empire romain. Les associations « empereur – croix » dans les textes (IVe – Ve s.)


Pouvoirs, Institutions, Conflits

Thèse soutenue par Tiphaine Moreau le 06 novembre 2015 , sous la direction de Bertrand Lançon

RIC-X-Constantinople

La présente étude interroge la conceptualisation chrétienne de l’autorité et des interrelations politiques dans l’Antiquité tardive, à travers motif assez récurrent dans les textes chrétiens des IVe et Ve siècles pour être considéré comme une stratégie rhétorique, celui des associations ‘empereur-croix’. À la confluence de ces deux référents suprêmes de la souveraineté, l’empereur et la croix, se pense et se construit une autre autorité personnelle ou collective, pensée comme médiatrice. Une association peut se définir comme un groupement entre au moins deux entités, concrètes et symboliques, dans un but commun, celui de la royauté glorieuse de l’empereur, du Christ et de leurs médiateurs. La croix y est sollicitée dans son acception prodigiale, en tant que signe puissant et dynamique, iconique et théologique. Elle peut donc être intégrée à une unité de temps et de lieu ou à un discours métaphorique et allégorique. L’objet de la présente enquête est de démontrer que les tenants d’une autorité médiatrice, qu’ils soient laïcs ou ecclésiastiques, revendiquent une visibilité et une assise politique, que le prince est capable de leur concéder, leurs pairs en mesure de leur reconnaître, et auxquelles le peuple peut adhérer. Par conséquent, les associations ‘empereur-croix’ servent un discours engagé, partisan et conquérant, réclamant ou se réclamant d’une autorité spécifiquement chrétienne. Dans tous les cas, celui qui manipule la puissance de la croix est bénéficiaire de qualités prophétiques qui légitiment son inclusion politique. De ce fait, la qualité médiatrice se construit sur la concurrence entre intermédiaires ou sur l’appropriation de cette qualité par le truchement de la loi, et non sur un conflit avec l’autorité impériale. En associant l’empereur et la croix dans leurs textes, les auteurs fabriquent des interactions, des rapports relationnels, des systèmes de contact, qui, loin d’un paysage binaire, révèlent une véritable dynamique de liens politiques multiples et multiformes dans l’Antiquité tardive et non un essoufflement et une ‘standardisation’ de ceux-ci.

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