Présentation

La sémiotique d’inspiration greimassienne compte aujourd’hui parmi sa nombreuse descendance quatre fidèles héritières qui ont particulièrement vocation à entretenir des liens avec la discipline la plus proche parente, à savoir l’anthropologie, en raison de la visée fondamentale qu’elles partagent — comprendre le sens du monde pour l’homme et en construire la théorie. Ce sont, par ordre de primogéniture, la sémiotique éco-anthropologique développée par Claude Calame, notre propre socio-sémiotique, l’etnosemiotica conçue par Francesco Marsciani, et l’anthroposémiotique proposée par Jacques Fontanille.

L’idée qui a motivé la préparation du présent dossier a été qu’il devrait être particulièrement intéressant de faire le point sur les rapports que chacun de ces courants entretient avec la discipline voisine à un moment où, d’une part, en même temps qu’a émergé une sémiotique « post-greimassienne », une anthropologie « post-lévi-straussienne » s’est dessinée et se manifeste aujourd’hui par des avancées remarquables, et où, d’autre part, l’ensemble de facteurs qu’on regroupe communément autour de l’idée d’anthropocène commence à bouleverser à la fois nos conditions d’existence matérielles, nos conceptions des relations à l’« autre » en général, et notre sens millénaire du rapport à la « nature ».

Nous laissons au lecteur le soin de repérer dans les contributions qui suivent les convergences et les divergences qui apparaissent quant à la manière de se situer sémiotiquement par rapport au questionnement anthropologique. A ces réflexions plutôt austères, nous ajoutons à titre d’interlude un bref texte qui, sur un mode allusif et ludique, fait le tour des thèmes principaux du débat : « Loving Nature », analyse d’un « cartoon » du dessinateur américain Lonnie Millsap.

 

Eric Landowski