Cinq Questions à Francis Edeline et Jean-Marie Klinkenberg1

Texte intégral

1. Qu’est-ce qui vous a attirés au départ dans la théorie des signes et de la signification ?

Dans ses premières années d’existence, à la fin des années 60, le Groupe µ s’est principalement attelé à des questions de poétique. Conformément aux objectifs de cette discipline, il s’agissait de prendre du champ avec la conception esthétisante de l’œuvre littéraire, en mettant en évidence les structures très générales qui font d’un complexe linguistique une occurrence littéraire. Ces travaux s’inscrivaient donc clairement dans la ligne des propositions de Jakobson, Barthes et Greimas. Les concepts élaborés dans le premier travail collectif d’ampleur (Rhétorique générale, 1970) ont contribué au renouveau contemporain de la rhétorique en fournissant un modèle explicatif des figures de rhétorique, modèle qui mobilisait les concepts de la linguistique structurale d'alors.

Cette contribution présentait deux traits importants ici. Le premier était que le travail était le fait d’un groupe signant d'un nom unique (à l’instar de Bourbaki en mathématiques). Or les membres de ce collectif relevaient de disciplines diverses comme la linguistique, la biochimie, la sociologie de la culture, la philosophie, l’esthétique, l’histoire du cinéma. D’où une seconde caractéristique du travail entrepris : son ambition transdisciplinaire. Le projet était bien, d’emblée, celui d’une « rhétorique générale » applicable à toutes ces disciplines : il s’agissait d’étendre la notion de figure, avec ce que celle-ci suppose (dont une visée cognitiviste et théorie des interactions pragmatiques), à d'autres familles d’énoncés, comme l’image fixe ou le cinéma. L’hypothèse de départ était donc de nature sémiotique. Elle était que s’il existe des lois générales de la signification et de la communication — ce qui est le postulat de la sémiotique —, alors il est possible qu’on retrouve dans ces énoncés des phénomènes de polyphonie comparables à ceux qu’on observe dans le langage verbal. La sous-hypothèse est ensuite que ce sont des mécanismes très généraux qui sont à l’œuvre : généraux donc indépendants du domaine particulier où ils se manifestent. L’objectif d’une rhétorique générale est dès lors de décrire le fonctionnement rhétorique de toutes les sémiotiques par des opérations puissantes, restant identiques dans tous les cas.

C’est donc à la fois pour des raisons circonstancielles — la formation de plusieurs des membres du Groupe et l’état d’avancement des études linguistiques  — que la communication linguistique semble avoir été privilégiée dans les premiers travaux communs. Mais on notera déjà que ceux-ci proposaient déjà des avancées en sémiotique générale, grâce à des contributions sur le récit (cinématographique autant que langagier), sur le système de la personne, ou (comme on va le voir) sur les principes de l’analyse sémantique.

Le Groupe µ avait donc, dès ses débuts, pris rendez-vous avec les faits de communication visuelle, cet objet de préoccupation correspondant à la formation et à l’intérêt d’autres membres du groupe. Toutefois, la situation était ici bien différente de ce qu’elle était au moment de l’élaboration de l’ouvrage Rhétorique générale. Dans les années 60 en effet, il existait un corpus de concepts linguistique diversifié certes, mais de toute manière immédiatement utilisable : il suffisait donc de l’exploiter pour élaborer une rhétorique linguistique contemporaine. Rien de semblable pour une rhétorique visuelle : ce qui se donnait alors comme « sémiotique visuelle », si l’on exclut les généreuses propositions de Christian Metz et d’Umberto Eco, n’était en général que de la critique d’art subjective, se présentant sous le déguisement intimidant d’un langage technique le plus souvent obscur, et en tout cas approximatif. Avant de se lancer dans une « rhétorique de l’image », le Groupe µ a donc du, longuement, élaborer le corpus théorique nécessaire.

C’est là l’origine de sa contribution à la sémiotique visuelle : le Traité du signe visuel (1992) entend élaborer une grammaire générale de l’image, indépendamment du type de corpus envisagé. Cette sémiotique visuelle contribue à son tour à la sémiotique générale : en effet, une question rencontrée à ce stade par le Groupe fut celle des rapports entre l’expérience (sensorielle) et la signification, question qui relève bien de ce niveau de généralité, puisqu’elle rencontre celle de l’origine même du sens.

2. Comment définiriez-vous votre contribution au domaine ?

Le travail rhétorique du Groupe µ a fourni un modèle explicatif puissant des figures qui a pu prendre la forme d’un tableau de Mendeleev, où, en ordonnée, on trouve les opérations logiques à l’œuvre dans la transformation qu’est la figure, et en abscisse les objets langagiers sur lesquels porte cette opération. L’exploitation pédagogique d’un tel tableau a été assez aisée. C’est sans doute cette facilité autant que la puissance de la matrice qui a laissé croire que le Groupe ne pensait la figure qu'en termes d'unités atomiques (voir par exemple Paul Ricœur dans La métaphore vive). En fait la définition qui est donnée de la figure comme rupture d'isotopie suppose bien une perspective textualiste, et la description de la dynamique de production et de réception de la figure introduisait déjà une perspective pragmatique dans le projet.

Une dimension pragmatique, mais aussi une dimension cognitiviste. En effet, le travail sur les figures — et spécialement celles qui affectent le plan du contenu, ou tropes — supposait une bonne connaissance des structures élémentaires de la signification. Cette nécessité a mené à la distinction (qui fut peu remarquée à l’époque) entre les articulations d’unités selon le mode ∑ et selon le mode ∏. Les organisations ∑ sont assurément familières : ce sont celles qui catégorisent l’expérience selon le genre et l’espèce, et que figure l’arbre de Porphyre. Mais familières, elles le sont surtout parce qu’une sémantique linguistique encore fort proche des cadres de la logique aristotélicienne les avait privilégiées, au détriment des relations ∏, lesquelles jouent de tout à partie et de partie à tout. Ces relations sémantiques d’une autre nature, étudiées par des cognitivistes comme Palmer, finiront par faire l’objet d’une discipline à part entière : la méréologie. Mais surtout, leur prise en considération se révélera cruciale par la suite pour l’établissement d’une sémiotique visuelle.

Une distance plus grande encore avec le formalisme structuraliste fut prise avec Rhétorique de la poésie (1977), qui montrait que si la présence de certaines structures linguistiques — au premier rang d’entre elles la poly-isotopie, rendue possible par la figure — était une condition nécessaire de la production de l'effet poétique, cette condition n'était pas suffisante, et que des critères anthropologiques et sociaux devaient venir compléter ces structures. L’ouvrage, d'ailleurs sous-titré Lecture linéaire, lecture tabulaire, constitue donc une contribution à l’étude de la dynamique textuelle. C’est dans ce cadre qu’il pointe l’importance du phénomène de la médiation, au sens de Lévi-Strauss : ce terme désigne les nouvelles conjonctions qui peuvent s'élaborer entre les termes opposés d’une structure. Un processus assurément très général : les médiations peuvent résider dans des dispositifs anthropologiques autant qu’elles peuvent être le produit de mécanismes discursifs. Mettant en question les oppositions qui structurent le sens et fondent donc les encyclopédies, toutes les médiations ont pour effet de réorganiser ces encyclopédies. Le concept permet donc de doter les sémiotiques d’un composant dynamique et évolutif.

Du côté de la sémiotique visuelle, un acquis décisif du Traité du signe visuel (dont Göran Sonesson a pu dire qu’il était à la communication visuelle ce que le Cours de linguistique générale de Saussure fut à la linguistique) est d’avoir distingué les signes plastiques des signes iconiques (pour l’étude desquels la structure ∏ a repris du service, comme on l’a vu).

Du côté de ceux-ci, un apport du Groupe µ est d’avoir donné les moyens de résoudre l’épineuse question de la motivation — qui est sans doute un des thèmes les plus récurrents des tous les débats sémiotiques depuis les origines. La structure quadratique du signe, proposée par Jean-Marie Klinkenberg (Précis de sémiotique générale, 2000) permet en effet de répartir sans contradictions les relations arbitraires et les relations motivées entre les différents composants du signe, et le concept de transformation permet d’y décrire techniquement les faits de motivation.

Mais surtout la distinction fondamentale posée par le Groupe a permis de penser le signe plastique dans son autonomie (ce qui n’exclut pas des phénomènes d’interférences icono-plastiques, dont la prise en considération a été présentée par Hermann Parret comme une contribution majeure). Le signe plastique, qui dans la taxinomie peircienne peut tantôt jouer le rôle d’un symbole tantôt celui d’un indice, présente trois paramètres : la forme, la texture et le chromatisme, chacun de ces paramètres connaissant ses modalités propres d’articulation, de relations syntaxiques et de sémantisation.

Comme déjà dit, une question importante rencontrée lors de l’examen du sens visuel fut celle des rapports entre l’expérience sensorielle et la signification. Cette question est d’ailleurs nécessairement posée par celle de l’iconisme. La question de l’expérience avait été posée au début du XXe siècle par Ch.-S. Peirce, mais ce dernier ne pouvait évidemment y répondre, les connaissances sur la cognition (et en particulier sur la cognition visuelle) étant ce qu’elles étaient alors. L’originalité de la contribution du Groupe est d’avoir jeté un pont entre ces disciplines et une sémiotique souvent crispée sur le dogme de l’immanentisme. Elle montre en effet que le sens s’élabore à partir de percepts élémentaires, intégrant et organisant les stimuli à partir de mécanismes perceptifs spécialisés, dans une démarche d’abstraction visant à catégoriser l’expérience. Le Groupe a ainsi œuvré à l’avènement d’une sémiotique cognitive.

3. Quelle est la véritable fonction d’une théorie des signes et de la signification vis-à-vis des autres disciplines académiques ?

Du côté des sciences humaines, le rôle de la sémiotique n’est pas modeste. Mais pas au point de vouloir se substituer — comme certains le croient — à la fois à l’anthropologie, la sociologie, la météorologie et à l’imagerie médicale : elle vise simplement à faire dialoguer toutes ces disciplines, et à constituer pour elles une interface commune. Toutes, en effet, ont un postulat en partage : la signification ; chacune montre comment des agents donnent sens à des pratiques qui deviennent dès lors des rites, des conduites, des langues, des signes. Telle est la mission que se donne la sémiotique : faire son objet propre de ce qui est pour les autres disciplines un postulat. Étudier la signification, décrire ses modalités de fonctionnement, et le rapport qu’elle entretient avec la connaissance et l’action. Tâche circonscrite, et donc raisonnable. Mais tâche ambitieuse aussi. Car non seulement ce programme est aussi celui d’autres disciplines comme la philosophie, mais en l’accomplissant, la sémiotique se fait nécessairement métathéorie : théorie des théories.

Les divergences entre les différentes conceptions de la sémiotique découlent évidemment de facteurs très différenciés, mais l’un d’entre eux est la manière dont les sémioticiens conçoivent ce rôle métathéorique. Tout dépend de la hauteur qu’ils entendent prendre par rapport à chacune des disciplines avec lesquelles la leur entretient des liens. Cette dernière se hisse-t-elle au seul niveau de l’objet commun — la signification — ? Elle se caractérisera alors par un niveau élevé d’abstraction (ou de pureté) ; à la limite, elle débouche sur l’idée que la description d’une sémiotique peut se satisfaire de sa cohérence interne pour être adéquat(e) à son objet. La doctrine reste alors fondée sur une rationalité abstraite et décorporalisée, soucieuse avant tout de la pureté de ses modèles, qu'elle veut mettre à l'abri de toute contamination référentielle. Se soucie-t-elle de décrire sur le mode technique la façon dont la signification se construit et circule dans chacun des domaines où on la trouve ? Elle perd alors de sa pureté idéale, et court le risque de se voir attribuer une prétention scientiste ou techniciste.

Chacun conviendra que cette opposition structure solidement (ou hypothèque gravement, c’est selon) le monde de la sémiotique. Mais il nous semble qu’elle n’est pas aussi définitive qu’il y paraît. Dans la mesure où les mécanismes d’allocation du sens sont étroitement liés aux dispositions de l’organisme et où ils peuvent être appréhendés au niveau des conduites les plus élémentaires, un pont est jeté entre les niveaux les plus extrêmes de la pyramide qu’on vient de décrire. D’un côté, une sémiotique ainsi conçue peut se reposer sur les descriptions précises de ces conduites que d’autres disciplines ont fournies. De l’autre elle se donne les moyens de rendre compte d’un des problèmes les plus importants sur lesquels la philosophie a pu se pencher : la catégorisation de l’expérience, autre nom du sens.

En convoquant sur la scène sémiotique les mécanismes cognitifs et neurologiques ainsi que les interactions sociales et culturelles qui forment le soubassement du sens, le Groupe µ a donc ainsi contribué non seulement à abattre la muraille que le structuralisme avait édifiée entre les codes et les sujets sociaux, mais aussi à abattre cette autre, à première vue plus infranchissable : celle qui sépare les sciences humaines des sciences de la nature, voire des sciences exactes.

Car dans le domaine des sciences dites « dures », l’importance d’une théorie sémiotique cohérente n’est pas moins grande. En effet toutes, à un stade ou à un autre, transitent par des systèmes de signes.

Les sciences descriptives par exemple, pour décrire leur objet, ont recours à des représentations, visuelles le plus souvent. Or le dessin d’une tranchée dans la roche, tout comme celui d’une plante ou d’un animal, comporte déjà une part d’interprétation. Le scientifique est enclin à considérer son dessin comme objectif, et il importe donc de le rendre conscient de la part de modélisation qu’il contient. N’a-t-on pas dit que la ligne est un outil de « simplification cognitive » ? Encore faut-il savoir la tracer autrement que dans le Rhinocéros de Dürer… Par ailleurs, s’il désire extraire de ses sensations le maximum de composants significatifs (c’est-à-dire susceptibles de mener à une construction interprétative générale), il aura avantage à disposer d’une théorie des indices.

D’autres disciplines, comme la logique, les mathématiques, la physique, l’astronomie, la chimie, ont classiquement recours à des langages formalisés. Dans leur démarche de construction de systèmes univoques, ceux qui les pratiquent se comportent déjà comme des sémioticiens et semblent n’avoir rien à apprendre de notre discipline. C’est cependant inexact, car la sémiotique l’emporte en généralité, et de ce fait les aidera à situer leurs codes parmi l’ensemble des codes humains.

Quant aux sciences de l’ingénieur, ce sont sans doute celles où l’enseignement de la sémiotique sera le plus profitable. Confrontés en permanence à des schémas, des diagrammes et des graphiques, les praticiens oublient voire ignorent totalement le côté conventionnel et construit de ces objets, et sont très insuffisamment mis en garde contre les illusions perceptives.

4. Quels sont selon vous les concepts et/ou contributions les plus importants pour la théorie de la signification et des signes ?

Nous avons relevé en II ce que nous estimons être notre propre contribution à la sémiotique. Cette discipline, en fait, s’est construite et continue de se construire à partir d’un ensemble de concepts-clés, apports de divers chercheurs, et dont chacun a révélé (et par là permis de décrire et de comprendre) une catégorie entière d’énoncés.

A divers moments de notre recherche, nous nous sommes alimentés à ces sources. De grands concepts fondateurs se sont révélés très féconds pour nous. Par exemple, pour modéliser le fonctionnement des figures, nous avons eu recours à la notion greimassienne d’isotopie, telle que développée par F. Rastier. Mais, sous peine de bricoler, on ne peut reprendre un outil tel quel, sans l’adapter à son propos. Ainsi, nous avons complété le concept d’isotopie de trois manières : d’une part en élargissant son champ d’application au plan de l’expression, de l’autre en attirant l’attention sur sa converse — l’allotopie — et enfin en le corrélant au concept pragmatique de coopération.

Une description correcte des figures mobilisait aussi la notion d’articulation. Et on ne peut envisager la question de l’icône sans revisiter la question de l’arbitrarité et de la motivation. Nous devons donc rappeler ici ce qui va sans dire : que des fondamentaux de la sémiotique sont intervenus à tous moments dans la recherche ; et ce n’est pas parce qu’ils font partie d’une doxa sémiotique assez généralisée qu’il ne faut pas les rappeler. Par exemple, au moment d’élaborer notre typologie des figures, il a fallu mobiliser l’opposition hjelmslévienne entre plan de l’expression et plan du contenu, devenue un grand classique. Pour le dynamisme transformateur des énoncés (notamment des énoncés poétiques ou scientifiques), d’autres concepts ont pu intervenir. Par exemple celui de médiation, proposé par C. Lévi-Strauss pour l’interprétation des mythes et adapté formellement à la sémantique structurale par A.J. Greimas. Du côté de la sémiotique visuelle, nous avons exploité la procédure de l’homologation, bien décrite par J.-M. Floch, par laquelle on associe une opposition de contenu à une opposition d’expression.

Le travail ainsi entrepris a parfois débouché sur des convergences avec d’autres écoles. Le dynamisme rhétorique sur lequel nous avons attiré l’attention est aussi dans la visée du concept de tension, exploré et développé par J. Fontanille et son école, et qui permet de formaliser ce qui constitue le moteur des énoncés. De même, nous avons pu retrouver pour notre compte la sémiose infinie, concept de Ch.-S. Peirce, qui assigne un horizon à la recherche du sens.

Comme le montre l’exemple de la médiation, originaire de l’anthropologie, assez fréquemment, ce ne sont pas des concepts portant le label spécifiquement sémiotique qui se sont révélés les plus féconds. Bien d’autres disciplines, en effet, ont touché au problème du sens et elles ont pu élaborer des outils pour rendre compte adéquatement de certaines questions techniques qui en dérivent. Par exemple, dans les années 80, la sémiotique avait développé très peu d’instruments pertinents pour aborder la question des communications visuelles, contrairement à ce que l’on pouvait croire alors. Par contre, les sciences cognitives avaient élaboré des outils performants qui pouvaient aisément être accueillis par la sémiotique : par exemple la notion de forme élaborée par la Gestaltpyschologie, l’arbre ∏ de Palmer (faisant pendant à l’arbre ∑ de Porphyre, exploité depuis longtemps par la linguistique) ; sans compter que la découverte des détecteurs rétiniens donnait un fondement physiologique à la notion fondamentale d’opposition.

Nous pointons ainsi un des enjeux de la sémiotique : son rapport à l’interdisciplinarité. Si, comme on le dit fréquemment, la sémiotique a pour vocation de faire dialoguer les sciences humaines entre elles, elle ne peut le faire en lançant, du haut de son splendide isolement, un ordre comme « sciences de tous horizons, unissez vous ! » : elle doit le montrer dans ses propres pratiques. Voilà pourquoi notre groupe -interdisciplinaire et collectif- n’a pas craint d’aller chercher son bien du côté des sciences cognitives, mais ailleurs encore : aussi bien du côté de l’histoire sociale des sciences, avec Kuhn, que du côté des mathématiques avec les fractales de Mandelbrot.

5. Quelles questions restent ouvertes dans ce champ et quelles sont les perspectives de progression ?

La sémiotique dispose aujourd’hui, comme on vient de le montrer, d’un arsenal impressionnant d’outils éprouvés et dont la validité ne cesse de se démontrer, dans des champs de plus en plus larges (écritures primitives, tatouages, héraldique…) Mais peut-être cette abondance de ressources commence-t-elle à se montrer encombrante, ou tout au moins à obscurcir la visée d’ensemble de la discipline. On saluerait certainement la parution d’un vaste traité où tous ces concepts trouveraient leur place. Et comme, en dernière analyse, la sémiotique est une branche de l’épistémologie, on lui verrait volontiers pour titre Pour une théorie matérialiste du sens.

Notes

1  Version française du texte publié sous le titre « Five Questions » dans Signs and Meaning : Five Questions, Peer F. Bundgaard et Frederik Stjernfelt (dirs), New York, Automatic Press, 2009.

Pour citer ce document

, « Cinq Questions à Francis Edeline et Jean-Marie Klinkenberg », Actes Sémiotiques [En ligne], consulté le 25/08/2019, URL : https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/3104

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