2026, deuxième quinzaine d’avril, par Solene Fogret
16 avril 2026. Moyen-Orient. Entrée en vigueur de deux cessez-le-feu. Le soir du 7 avril 2026 a été annoncé un cessez-le-feu de deux semaines entre l’Iran et les Etats-Unis, s’appuyant sur une médiation du Pakistan et « une proposition en dix points de l’Iran ». Les Etats-Unis ont accepté de « suspendre le bombardement et l’attaque contre l’Iran » en échange de « l’ouverture complète, immédiate et sûre du détroit d’Ormuz ». Benyamin Netanyahou a précisé qu’il « continuer[ait] à frapper le Hezbollah de toutes [ses] forces », le cessez-le-feu ne concernant pas le conflit entre Israël et le Hezbollah – alors que le Premier ministre pakistanais, médiateur dans le conflit, affirmait que la trêve s’appliquerait « partout, y compris au Liban et ailleurs ». Le 9 avril, Benyamin Netanyahou a cependant annoncé l’ouverture de négociations « directes » avec le Liban, portant notamment sur « le désarmement du Hezbollah ». Les autorités libanaises exigent, quant à elles, un cessez-le-feu temporaire au Liban pour commencer ces négociations. Finalement, après la rencontre des ambassadeurs israélien et libanais à Washington le 14 avril – constituant les premières discussions directes entre des représentants des deux pays depuis la conférence de paix de Madrid de 1991 – un cessez-le-feu, prévu pour une période de dix jours, renouvelable, est entré en vigueur entre les deux pays le 16 avril. Mais les termes de l’accord autorisent Israël à bombarder des cibles sur le territoire libanais, « à tout moment, (…) pour se défendre contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours ». Israël va en outre continuer d’occuper, pour une durée indéterminée, une zone tampon au Liban, qui devrait être encore étendue : jusqu’à 10 kilomètres de profondeur, d’après les déclarations de Benyamin Netanyahou. Dans les heures qui ont suivi l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’armée libanaise a signalé « un certain nombre de violations de l’accord » ; un tir de représailles de la part du Hezbollah a également été rapporté. Par ailleurs, le Président des Etats-Unis, Donald Trump, a annoncé le 12 avril qu’il débutait un « blocage » du détroit d’Ormuz, après que deux destroyers américains ont réussi à briser le blocus imposé par l’Iran. Ce blocus concernera tous les navires « entrant ou sortant des ports et des zones côtières iraniennes », mais pas ceux sortant ou transitant en direction de ports d’autres pays. L’Iran a menacé les Etats-Unis de graves représailles, qualifiant le blocus de « violation grave de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République islamique d’Iran ». Il s’agit en outre d’une violation de la Convention internationale sur le droit de la mer, qui garantit le droit de passage en transit et le droit de passage inoffensif pour les détroits exclus du champ d’application du régime du passage en transit, qui s’appliquent donc aux navires dans les eaux iraniennes.
16 avril 2026. Liban. Destruction susceptible de constituer un crime de guerre. Ce jour, quelques heures seulement avant l’annonce du cessez-le-feu entre Israël et le Liban, l’armée israélienne a détruit le pont de Qasmieh, dernier pont opérationnel du fleuve Litani. Les frappes du 8 avril 2026 avaient déjà détruit une passerelle piétonne dont un large segment s’était effondré sur la partie principale de ce pont, le rendant temporairement inopérationnel. Il avait en outre été endommagé le 22 mars 2026. Or, constituant un axe majeur vers la ville de Tyr, au sud du Liban, sa destruction risque d’isoler de fait la ville et une grande partie du sud du pays. Par ailleurs, entre le 12 mars et le 8 avril, l’armée israélienne avait endommagé ou détruit neuf ponts enjambant le fleuve Litani et son affluent, ainsi que la route principale menant au pont d’Al-Khardali. « La destruction de ponts stratégiques a coupé des quartiers, isolant plus de 150 000 personnes et limitant considérablement l’accès humanitaire », a affirmé le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), ajoutant que les dégâts causés aux principales voies de transport « entravent également la livraison de fournitures essentielles et limitent la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité ». Cette destruction, qui contrevient au principe de proportionnalité, est ainsi susceptible de constituer un crime de guerre. Les attaques israéliennes ont tué plus de 2 196 personnes au Liban depuis le 2 mars, dont plus de 172 enfants, 260 femmes et 93 professionnels de santé, au 7 avril ; les attaques du Hezbollah ont tué au moins deux civils en Israël.
17 avril 2026. Australie. Un soldat inculpé pour des crimes de guerre présumés commis en Afghanistan. Ben Roberts-Smith, un ancien officier australien des forces spéciales a été libéré sous caution ce jour après avoir été inculpé, le 7 avril 2026, à Sydney, pour cinq crimes de guerre présumés. Il est accusé d’avoir commis plusieurs meurtres en avril 2009 et en septembre et octobre 2012 dans la province afghane d’Oruzgan, dans le centre du pays, à une époque où les forces spéciales australiennes étaient déployées en Afghanistan pour combattre les Talibans. Il devra se soumettre à de strictes conditions de liberté pendant une longue période, avec notamment la saisie de son passeport et l’interdiction de contacter les soldats avec lesquels il a servi en Afghanistan. Cette arrestation est le résultat d’une enquête conjointe menée par la police fédérale australienne et le Bureau de l’enquêteur spécial, un groupe d’enquête spécialement créé pour examiner les informations révélées par un rapport indépendant de 2020 selon lequel une vingtaine de soldats australiens auraient tué des civils et des détenus en Afghanistan. Ce Bureau a ouvert 53 enquêtes sur des allégations de crimes de guerre ; 39 d’entre elles ont été classées sans suite faute de preuves suffisantes, tandis que 10 autres font toujours l’objet d’une enquête active.
19 avril 2026. Iran. Frappe des Etats-Unis sur un navire iranien. Un destroyer des Etats-Unis a intercepté ce jour dans le golfe d’Oman le cargo iranien Touska et lui a ordonné de s’arrêter alors qu’il tentait de forcer le blocus des ports iraniens instauré par les Etats-Unis. L’équipage ayant refusé d’obéir, le destroyer a ouvert le feu sur la salle des machines du cargo après avoir sommé l’équipage d’évacuer cette dernière, d’après les précisions du Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient. Le navire iranien est visé par des sanctions du Trésor américain. L’Iran a assuré que ses forces armées « riposteront bientôt et prendront des mesures de représailles contre cet acte de piraterie armée et contre les militaires américains », accusant en outre les Etats-Unis d’avoir « violé le cessez-le-feu » en vigueur depuis le 7 avril.
20 avril 2026. Mali. Plainte contre l’armée et Wagner devant la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples. Trial International, l’Union panafricaine des avocats (Palu) et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ont saisi la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples d’une affaire concernant de graves violations des droits humains qui auraient été commises contre des civils au Mali en 2022 par les Forces armées maliennes (FAMa) et le groupe Wagner. Cette requête vise à établir la responsabilité du Mali, tant pour les exactions qui auraient été commises sur son territoire que pour ne pas avoir mis en place des mesures de prévention et de répression à leur encontre. Lors des massacres de Hombori, le 19 avril 2022, et de Moura, du 27 au 31 mars 2022, plus de 500 civils avaient été tués et d’autres auraient été torturés, arbitrairement détenus, violés ou victimes de disparitions forcées ; ces opérations auraient été menées par les FAMa et le groupe Wagner. Il s’agit de la première tentative connue visant à engager la responsabilité d’un Etat devant la Cour pour avoir accueilli et engagé des acteurs militaires et de sécurité privés. Elle marque également la première fois que la Cour est appelée à examiner des allégations impliquant à la fois les forces armées d’un Etat et des acteurs privés.
21 avril 2026. France. Plainte contre FedEx pour « complicité de crime de génocide ». L’Union juive française pour la paix a annoncé ce jour avoir déposé plainte contre X pour « des faits susceptibles d’être qualifiés de complicité de crime de guerre, complicité de crime contre l’humanité et complicité de crime de génocide », auprès du parquet national antiterroriste. La procédure vise notamment FedEx qui, d’après le rapport d’Urgence Palestine et de Palestinian Youth Movement intitulé « Les dessous des exportations militaires françaises vers Israël », aurait participé au transit de composants destinés à des avions de l’armée israélienne opérant à Gaza. La plainte répertorie 117 cargaisons envoyées entre début avril et fin octobre 2025 des Etats-Unis à Israël, faisant escale à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle et prises en charge par FedEx. La plainte ajoute que la société avait « nécessairement connaissance du contenu des cargaisons ». De son côté, l’entreprise conteste ces accusations, affirmant : « Nous ne faisons pas de livraison internationale d’armes ou de munitions ».
21 avril 2026. Hongrie. Loi anti-LGBT jugée illégale par la CJUE. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé ce jour que la loi anti-LGBT hongroise de 2021, qui interdit ou restreint la « représentation ou la promotion » de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre auprès des enfants et des adolescents dans l’éducation, les médias et la publicité, et tente ainsi de stigmatiser les personnes LGBT sous le prétexte de la « protection de l’enfance », viole le droit de l’UE. En cas de refus de mise en conformité de sa législation avec cet arrêt, le pays se verra imposer des sanctions financières. Toutefois, cette décision intervient à la suite d’élections en Hongrie ayant conduit au pouvoir un nouveau gouvernement disposant d’une majorité parlementaire des deux tiers.
21 avril 2026. Monde. Etat des voies migratoires. D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 8 000 migrants et réfugiés sont morts ou portés disparus sur les routes migratoires dans le monde en 2025, un chiffre inférieur au record de 9 200 enregistré en 2024. Cela porte le total depuis 2014 à plus de 82 000 ; depuis le début de l’année 2026, l’OIM en a déjà dénombré 1 723. L’organisation précise que « la baisse du nombre d’arrivées dans certaines régions ne traduit pas une baisse de la pression migratoire, mais plutôt une évolution des itinéraires, les mesures de contrôle, la dynamique des conflits et les pressions environnementales ayant modifié les voies de migration établies ». En Europe, le nombre total d’arrivées a baissé et le profil des mouvements a changé : les ressortissants bangladais sont devenus majoritaires, tandis que les arrivées de Syriens ont diminué. Le nombre d’arrivées aux îles Canaries a considérablement baissé depuis le renforcement de la coopération aux frontières, mais les trajets sont parallèlement devenus plus longs, plus risqués et plus dispersés géographiquement. Dans la Corne de l’Afrique, les mouvements vers l’Arabie saoudite ont légèrement diminué par rapport à 2024 mais sont restés supérieurs aux niveaux de 2023, tandis que les flux de l’Afrique de l’Est vers l’Afrique australe ont augmenté en fin d’année 2025 en raison de l’évolution de la demande de main-d’œuvre dans le sud de l’Ethiopie. Enfin, dans les Amériques, les mouvements vers le nord le long de la route d’Amérique centrale ont fortement diminué par rapport à 2024. La baisse enregistrée pourrait en outre s’expliquer par les restrictions financières imposées aux acteurs humanitaires qui documentent les décès de migrants sur les principaux axes de migration. Par ailleurs, dans toutes les régions, l’OIM rapporte « des pressions persistantes le long des itinéraires migratoires ». Ainsi, des milliers de migrants se sont retrouvés bloqués dans des zones frontalières, avec un accès limité à l’hébergement, aux soins de santé et à la protection, tandis que les retours et les relocalisations ont augmenté, ce qui « a exercé une pression supplémentaire sur les services locaux et compliqué la réintégration ».
(https://news.un.org/fr/story/2026/04/1158713)
22 avril 2026. République démocratique du Congo. Accueil de migrants expulsés par les Etats-Unis. Le 5 avril 2026, la République démocratique du Congo (RDC) et les Etats-Unis ont conclu un accord visant, d’après une source diplomatique – l’accord n’ayant pas été rendu public –, à ce que la RDC accueille entre 50 et 100 migrants en provenance des Etats-Unis chaque mois. Il est en outre prévu que ces transferts ne soient que temporaires, les personnes devant in fine être rapatriées dans leurs pays d’origine. Le gouvernement congolais a aussi précisé que chaque dossier fera l’objet d’un examen individuel, conformément aux lois congolaises et aux exigences de sécurité nationale, et que les transferts seront intégralement pris en charge financièrement par les Etats-Unis. Le 18 avril, un premier groupe de migrants expulsés est arrivé en RDC ; il serait composé de 15 personnes, sept femmes et huit hommes, de nationalité péruvienne, colombienne et équatorienne. Ils devraient être pris en charge par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ces derniers mois, plusieurs pays africains dont la Guinée équatoriale, le Ghana, le Rwanda, le Soudan du Sud ou encore l’Eswatini ont également accepté d’accueillir des personnes expulsées par les Etats-Unis. D’après le New York Times, les Etats-Unis seraient en outre en pourparlers avec la la RDC pour transférer 1 100 Afghans – parmi lesquels figurent aussi 400 enfants – ayant assisté et collaboré avec l’armée américaine lors de la guerre en Afghanistan. Ces derniers sont bloqués depuis un an dans une ancienne base militaire américaine au Qatar connue sous le nom de camp As-Sayliyah. Le New York Times précise que les Etats-Unis avaient fixé au 31 mars 2026 la date limite pour fermer le camp. En l’absence de solution d’hébergement, il aurait donc été décidé de les expulser vers la RDC. Contacté par l’AFP, le département d’Etat américain n’a pas confirmé la destination, mais a précisé que les Etats-Unis étudiaient la possibilité d’une « réinstallation volontaire » de ces Afghans. Il a aussi ajouté que « le transfert de la population du camp vers un pays tiers constitue une solution positive qui permet aux personnes encore présentes de commencer une nouvelle vie en dehors de l’Afghanistan en toute sécurité, tout en préservant la sûreté et la sécurité du peuple américain ». Il convient de rappeler que la RDC est en proie à des conflits armés internes depuis plusieurs décennies.
22 avril 2026. Ouzbékistan. Examen de l’Ouzbékistan par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale. La délégation ouzbèke a tout d’abord rappelé que l’interdiction de la discrimination raciale est consacrée dans les législations pénale et administrative et qu’un projet de loi sur l’égalité et la non-discrimination est en cours d’élaboration. L’Ouzbékistan travaille en outre à la ratification des conventions internationales relatives aux réfugiés et aux apatrides. La délégation a précisé que plus de 85 000 personnes ont acquis la citoyenneté ouzbèke dans le cadre de la lutte contre l’apatridie. Le Comité a, quant à lui, évoqué des informations faisant état d’expulsions de migrants vers l’Afghanistan en violation du principe de non-refoulement. Par ailleurs, la délégation a mis en avant la réforme constitutionnelle de 2023, qui a considérablement renforcé les garanties en matière de droits de l’Homme, notamment en consacrant l’obligation pour l’Etat de respecter les langues, coutumes et traditions de tous les peuples. Cependant, le Comité a rapporté l’absence de législation spécifique sur les droits des minorités ethniques, la fermeture d’écoles en langues minoritaires et des allégations de pratiques coercitives affectant des femmes issues de minorités ethniques. S’agissant du groupe karakalpak, la Comité a salué les initiatives socio-économiques et culturelles prises à leur égard, estimant toutefois qu’elles relèvent davantage du développement régional que d’une approche fondée sur les droits des minorités. Ainsi, des disparités économiques et une sous-représentation dans les institutions publiques persistent à l’encontre de ce groupe. Le Comité a en outre relevé l’impact de certains changements de noms de lieux sur la visibilité du patrimoine karakalpak. S’agissant des Roms (Lyuli), le Comité a fait état de conditions de vie précaires, en particulier en matière de logement, et a évoqué des cas d’expulsions forcées liées à des projets de réaménagement urbain, menées sans consultation ni indemnisation adéquate. Il s’est également inquiété des taux élevés de mortalité infantile et des obstacles existants en matière de santé reproductive pour les femmes roms. La délégation a précisé que des mesures sont prises pour garantir l’accès des groupes vulnérables à l’éducation, notamment pour les enfants roms, afghans et palestiniens.
22 avril 2026. Gabon. Examen du Gabon par le Comité contre la torture. La délégation gabonaise a tout d’abord évoqué une proposition législative en cours de préparation qui prévoit notamment de consacrer l’imprescriptibilité du crime de torture, l’inopposabilité de tout ordre hiérarchique invoqué pour le justifier et la nullité d’aveux obtenus sous la contrainte. De plus, une future loi relative à la réorganisation de la Commission nationale des droits de l’Homme permettra à cette dernière de jouer le rôle de mécanisme national de prévention de la torture. La délégation a également fait savoir que deux sites pilotes de rétention de personnes gardées à vue dans les locaux de police judiciaire sont dotés, depuis 2025, de systèmes de vidéosurveillance. Le Comité a en outre salué l’adoption, en 2019, du Code de l’enfance, qui prévoit notamment des mesures alternatives à l’incarcération. Toutefois, le Comité a relayé des préoccupations exprimées en 2024 par le Sous-Comité pour la prévention de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, selon lesquelles le Gabon devrait « s’attaquer de toute urgence aux horribles conditions de détention dans les prisons et les lieux de garde à vue [locaux insalubres, repas insuffisants et manque d’accès aux soins médicaux], afin de mettre fin aux traitements cruels, inhumains et dégradants infligés aux personnes en détention ». Le taux de surpopulation dans la prison centrale de Libreville se situe entre 400 % et 700 %, l’une des causes principales de cette situation étant le « recours systématique et abusif à la détention provisoire ». Le manque d’espace est tel que les détenus seraient contraints de dormir en alternance. La délégation a répondu en annonçant le lancement d’un plan de réhabilitation des infrastructures pénitentiaires, notamment la modernisation du centre pénitentiaire de Koulamoutou et la construction d’un centre de détention pour mineurs à Port-Gentil. Par ailleurs, le Comité a relevé que la présence d’un avocat lors des auditions et interrogatoires n’est pas explicitement garantie par la loi gabonaise, des personnes arrêtées ayant affirmé avoir été interrogées pendant plusieurs heures ou plusieurs jours sans accès immédiat à un avocat. Il a en outre fait état d’allégations concernant l’existence, au Gabon, de lieux de détention non reconnus officiellement, gérés notamment par la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire. Il a enfin cité plusieurs cas qui « constituent des exemples préoccupants quant au respect du principe de non-refoulement » par le Gabon et a évoqué la commission de crimes rituels sur des enfants.
22 avril 2026. France/Royaume-Uni. Accord de lutte contre l’immigration clandestine à travers la Manche. Un nouvel accord a été conclu ce jour entre la France et le Royaume-Uni afin d’endiguer les traversées clandestines de la Manche par des migrants. Les deux Etats ont ainsi reconduit pour trois ans le Traité de Sandhurst, signé en 2018 – reconduit une première fois en 2023 et qui devait prendre fin en 2026. L’accord prévoit que le nombre de membres des forces de l’ordre consacrés à cette mission sera augmenté de moitié – et ainsi porté à environ 1 400 agents d’ici à 2029. Une unité de CRS accompagnée de drones, d’hélicoptères et de moyens électroniques sera financée par la France. L’objectif est notamment de renforcer la lutte contre les taxi-boats, nom donné aux embarcations qui font directement embarquer les migrants en mer pour éviter les contrôles sur les plages. Cette pratique s’est accentuée ces dernières années car, selon le droit international, les autorités ne peuvent intervenir sur une embarcation déjà en mer que pour sauver ses passagers de la noyade. Une « part flexible » – évaluée à 186 millions d’euros – du financement britannique de cet accord – qui pourra, quant à lui, aller jusqu’à 766 millions d’euros sur trois ans – est conditionnée à l’efficacité des mesures mises en place pour retenir les migrants en France. Ce financement est en hausse : le Royaume-Uni avait contribué à hauteur de 540 millions d’euros dans le cadre du précédent accord. Selon les autorités britanniques, en 2025, 41 472 personnes ont rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni sur des petites embarcations. Ce chiffre est le deuxième plus élevé depuis le début de ces traversées, en 2018. Au moins 29 migrants sont morts en mer en 2025, selon un décompte de l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques. Quelque 480 passeurs ont par ailleurs été arrêtés en 2025. D’après les autorités françaises, depuis le début de l’année 2026, les arrivées au Royaume-Uni ont diminué de moitié par rapport à la même période de 2025.
23 avril 2026. Philippines. Compétence de la CPI dans l’affaire Duterte. La Chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI) a rejeté, le 22 avril 2026, l’appel interjeté par la défense et confirmé la décision de la Chambre préliminaire I du 23 octobre 2025 s’agissant de la compétence de la Cour dans l’affaire Le Procureur c/ Rodrigo Roa Duterte, pour les crimes présumés commis sur le territoire des Philippines entre le 1er novembre 2011 et le 16 mars 2019, soit la période pendant laquelle l’Etat était partie au Statut de Rome. Le 23 avril, la Chambre préliminaire I de la CPI a confirmé toutes les charges à son encontre et renvoyé l’affaire en procès. Elle a conclu qu’il existe des motifs substantiels de croire que Rodrigo Duterte est responsable des crimes contre l’humanité de meurtre et de tentative de meurtre, qui auraient été commis dans le contexte de sa « guerre contre la drogue ». L’audience s’est tenue en l’absence du suspect, la Chambre ayant fait droit à sa demande de renoncer à son droit d’assister à l’audience. A la suite d’une requête du Bureau du Procureur de la CPI, le mandat d’arrêt à son encontre avait été délivré par la chambre préliminaire I le 7 mars 2025 ; il avait été remis à la Cour le 12 mars 2025.
23 avril 2026. Pakistan. Examen du Pakistan par le Comité contre la torture. Le Comité a tout d’abord salué l’adoption de la loi de 2022 sur la prévention et la répression de la torture et des actes entraînant des décès en détention, qui prévoit notamment l’irrecevabilité des preuves obtenues sous la torture. La délégation pakistanaise a ajouté que cette loi garantit le fait que la responsabilité s’applique à l’ensemble de la chaîne de commandement. Le Comité a toutefois estimé que l’absence de reconnaissance explicite de la souffrance psychologique dans la définition légale de la torture risque de limiter la portée de la protection. Il a en outre fait observer que si la loi de 2022 stipule qu’aucune circonstance exceptionnelle ne peut être invoquée comme justification d’un acte de torture, le Règlement de 2011 relatif au soutien au pouvoir civil prévoit une immunité rétroactive pour les actes de torture qui auraient été commis par des membres des forces militaires ou paramilitaires. Par ailleurs, le Comité a salué la création, au sein de l’Agence fédérale d’investigation, d’un mécanisme chargé d’enquêter sur les allégations de torture et de mauvais traitements en détention. Cependant, le personnel de l’Agence serait composé à 80 % de policiers, ce qui pourrait compromettre son indépendance et sa neutralité. A ce propos, la délégation a insisté sur le renforcement du contrôle de la détention par le biais de la Commission nationale des droits de l’Homme, qui détient un mandat national pour inspecter tous les lieux de détention. De plus, environ 16 000 caméras de surveillance vont être progressivement déployées dans les établissements pénitentiaires. Le Comité a également fait état d’une surpopulation carcérale très préoccupante au Pakistan, ainsi que de conditions de détention problématiques. La délégation a évoqué plusieurs mesures prises pour réduire la surpopulation carcérale, notamment la libération sous caution en cas d’infractions mineures et l’application de peines alternatives à la détention. Les autorités ont aussi ouvert de nouvelles prisons, dont certaines sont réservées aux femmes. Le Comité s’est enfin dit préoccupé par les « centres d’internement militaires » gérés par l’armée pakistanaise, ainsi que par le renvoi d’Afghans vers leur pays.
24 avril 2026. Cuba. Examen de Cuba par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale. La délégation cubaine a tout d’abord évoqué l’adoption de la Constitution de 2019, qui consacre la dignité humaine comme valeur suprême et le principe d’égalité, ainsi que la mise en œuvre du programme « Color Cubano » et de sa commission de suivi, qui associe institutions publiques et société civile. Le Comité a, quant à lui, relevé la persistance d’inégalités structurelles affectant les personnes d’ascendance africaine. Il a notamment évoqué des allégations d’usage excessif de la force, de détentions arbitraires et de profilage racial à leur encontre. Il s’est plus particulièrement inquiété de la situation des femmes et des filles d’ascendance africaine, qui sont confrontées à des discriminations multiples et à des violences. La délégation a assuré qu’il n’existe pas de profilage racial dans les pratiques des forces de l’ordre. Elle a néanmoins reconnu la persistance de certaines formes de discrimination héritées de l’histoire.
25 avril 2026. Mali. Attaque massive de la junte par le GSIM et des rebelles touareg. Les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimin, JNIM), affilié à Al-Qaïda, et les rebelles touareg maliens du Front de libération de l’Azawad (territoire au nord du pays) (FLA) ont revendiqué ce jour une série d’attaques contre l’armée malienne soutenue par les mercenaires russes de l’Africa Corps à la périphérie de la capitale, Bamako, et dans plusieurs villes de l’intérieur du pays. Ils ont rapidement affirmé avoir pris le contrôle de Kidal, dans le nord du pays. Le 26 avril, le FLA a affirmé avoir conclu un « accord » afin que les soldats russes de l’Africa Corps se retirent de cette ville ; leur objectif « est que la Russie se retire définitivement de l’Azawad et, au-delà, de tout le Mali ». Le 29 avril, l’armée malienne a mené des frappes aériennes sur Kidal. Cette dernière avait été reprise en novembre 2023 par l’armée malienne, mettant fin à plus d’une décennie de contrôle par des groupes rebelles. Dès le premier jour des combats, 16 blessés civils et militaires ont été dénombrés, parmi lesquels le ministre de la Défense, Sadio Camara, qui était dans sa résidence à Kati. Au 28 avril, les attaques avaient fait au moins 23 victimes civiles et militaires. Affirmant que « plusieurs terroristes ont été neutralisés et des équipements détruits », les autorités maliennes estiment que « la situation est totalement sous contrôle dans l’ensemble des localités » attaquées. S’exprimant le 28 avril pour la première fois depuis le début des attaques, le chef de la junte malienne, Assimi Goïta, a reconnu une situation d’une « extrême gravité ». Le même jour, l’armée malienne a abandonné certaines de ses positions dans la région de Gao, au nord, et le GSIM a affirmé imposer un blocus sur toutes les entrées dans Bamako. Après avoir revendiqué le contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao, le FLA a affirmé le 29 avril avoir l’intention de prendre le contrôle de toute la région, ainsi que de celles de Tombouctou et Ménaka, également dans le nord du pays. L’Union africaine a dit « condamner fermement » ces attaques. D’après l’International Crisis Group, bien qu’inédite dans son ampleur, cette attaque n’est pas surprenante : depuis septembre 2025, le GSIM impose un blocus sur le carburant et, en mars 2026, les autorités ont été contraintes de libérer plusieurs centaines de djihadistes en échange d’un relâchement de ce blocus. Le Mali, dirigé par une junte arrivée au pouvoir par deux coups d’Etat successifs, en 2020 et 2021, est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, accrue par la violence des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique, ainsi que des groupes criminels communautaires et des indépendantistes. La junte s’était engagée à remettre le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024, mais cela n’a pas eu lieu. En juillet 2025, le régime militaire a accordé à Assimi Goïta un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable, « autant de fois que nécessaire », et sans élection. Un chercheur de l’institut néerlandais Clingendael précise que, bien que le GSIM et le FLA aient déjà coopéré, « c’est la première fois qu’ils affichent ainsi leur entente ».
26 avril 2026. Nigeria. Nouvelle attaque par un groupe djihadiste. Des assaillants ont tué au moins 29 personnes ce jour à Guyaku, dans l’Etat d’Adamawa, dans le nord-est du Nigeria. Les témoins ont affirmé que les hommes armés avaient « tiré au hasard » sur « des jeunes, y compris des jeunes femmes », qui assistaient à un match local de football. Ils ont également « incendié des lieux de culte, des maisons et des motos ». Le gouverneur de cet Etat a attribué l’attaque à Boko Haram, mais l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest l’a revendiquée. Une autre attaque a eu lieu le même jour à plus de 100 kilomètres au sud-ouest de Guyaku, dans plusieurs villages de la région de Lamurde, que la communauté locale a attribuée à des affrontements intercommunautaires liés à des conflits fonciers. Le pays fait régulièrement l’objet d’attaques, notamment d’enlèvements, par des gangs criminels. S’y ajoute une menace djihadiste de plus en plus forte depuis 2009, avec des groupes actifs dans le nord du pays qui étendent leur champ d’action vers le sud et auxquels se sont ajoutés des mouvements djihadistes locaux. Face à cette insécurité, le président nigérian avait déclaré fin novembre 2025 l’état d’urgence sécuritaire dans le pays et le renforcement du nombre de militaires et de policiers. En conséquence également, les Etats-Unis ont déployé dans le pays des militaires chargés d’assister l’armée nigériane dans sa lutte contre les djihadistes.
27 avril 2026. Syrie. Procès d’anciens membres du régime de Bachar el-Assad. Le général de division Atef Najib, ancien chef de la branche de la sécurité politique à Deraa, a comparu ce jour pour la première fois. Huit autres accusés, absents à l’audience – ajournée jusqu’au 10 mai –, sont nommés dans la même affaire : Bachar Hafez el-Assad, fils aîné de Bachar el-Assad ; Maher Hafez el-Assad, général de division ; Fahd Jassim al-Freij, ancien ministre de la Défense ; Mohammed Ayman Ayoush, ; général de brigade ; Louai Ali al-Ali, général de brigade et ancien chef de la branche de la sécurité militaire à Deraa ; Qusay Ibrahim Mahyoub, général de brigade ; Wafiq Saleh Nasser, général de division et ancien chef de la branche de la sécurité militaire à Deraa ; et Talal Fares al-Asimi, général de brigade. Les chefs d’accusation retenus contre Atef Najib comprennent le meurtre et l’ordre de tirer sur des manifestants – des chefs d’accusation passibles de la peine de mort en vertu de la loi syrienne. Il est accusé d’avoir supervisé la disparition, la détention et la répression de centaines, voire de milliers de militants des droits de l’Homme et d’activistes politiques. Comme l’a relevé Nanar Hawach, spécialiste de la Syrie à l’International Crisis Group, le Code pénal syrien ne définit ni les crimes de guerre ni les crimes contre l’humanité, ce qui « signifie qu’il sera jugé pour meurtre ordinaire ». Le procès se tient par ailleurs devant une chambre nouvellement créée, la quatrième chambre criminelle, dans la capitale syrienne. Selon un avocat, « son personnel et ses juges n’étaient pas présents auparavant à Damas ». Le juge présidant le procès est en outre un ancien dissident qui a été condamné à mort par le régime de Bachar el-Assad.
27 avril 2026. Syrie. Procès en Allemagne d’un ancien gardien de prison syrien. S’est ouvert ce jour devant la cour d’appel de Coblence, en Allemagne, le procès de Fahd Al-Hamid, gardien de prison sous le régime de Bachar el-Assad. Il est accusé d’avoir commis ou aidé à commettre des crimes contre l’humanité, notamment des homicides, des actes de torture et des détentions illégales. Il avait fait défection en 2012 et s’était enfui en Turquie avec sa famille, où il a vécu jusqu’en 2023. Il avait alors fait sortir clandestinement des documents internes qui ont été remis à la police allemande. En 2016, il s’est exprimé publiquement dans une interview accordée à Al Jazeera, lors de laquelle il a décrit ce qu’il a qualifié de « crimes du régime ». Lors de cette interview, il a affirmé qu’en tant que sunnite, les autorités ne lui faisaient pas entièrement confiance, et que seuls des officiers spécialisés étaient chargés de torturer et de tuer les détenus. Or, il est bien documenté que des officiers sunnites ont participé aux mauvais traitements infligés aux détenus. Par ailleurs, il a justifié ne pas avoir essayé de mettre fin à ces abus par la crainte d’être lui-même incarcéré.
28 avril 2026. Israël. Crimes de guerre potentiels au plateau du Golan. Le gouvernement israélien a approuvé un plan allouant 334 millions de dollars sur cinq ans à la réinstallation de milliers de civils israéliens dans la colonie de Katzrin (fondée en 1977), située sur le plateau du Golan, territoire syrien occupé par Israël depuis 1967 et sur lequel l’Etat a étendu sa législation nationale depuis 1981, constituant ainsi une annexion de facto. Ce plan vise à développer la colonie afin d’accueillir 3 000 nouvelles familles de colons israéliens d’ici 2030 et d’en faire ce qui a été décrit comme la « première ville » du Golan. Ce plan renforce l’interdiction faite depuis 1967 par les autorités israéliennes aux Syriens déplacés et leurs descendants – que le gouvernement syrien estime à plusieurs centaines de milliers – de retourner dans leur foyer. L’annonce de ce plan intervient alors que l’armée israélienne poursuit son avancée dans le sud de la Syrie, occupant le territoire au-delà de la ligne de désengagement de 1974. Dans ce cadre, elle a commis de nombreux crimes susceptibles d’être qualifiés de crimes de guerre, notamment des déplacements forcés, des destructions d’habitations et des privations de moyens de subsistance. Les forces israéliennes ont également arrêté arbitrairement des civils syriens, et les ont transférés en Israël, où ils sont détenus sans inculpation et au secret. L’annexion du plateau du Golan par Israël a été condamnée à plusieurs reprises par l’Assemblée générale de l’ONU après que le Conseil de sécurité de l’ONU ait estimé, dans la Résolution 497 de 1981, que cette annexion était privée de tout effet juridique en vertu du droit international et précisé que la Quatrième Convention de Genève continuait de s’appliquer à ce territoire occupé. Or, cette Convention qualifie de crime de guerre le transfert par une puissance occupante d’une partie de sa population civile vers un territoire occupé.
28 avril 2026. Mali. Affaire Al Hassan. La Chambre de première instance X de la Cour pénale internationale a rendu ce jour son ordonnance de réparations aux victimes dans l’affaire Le Procureur c/ Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud. La Chambre a accordé des réparations collectives communautaires, assorties d’un volet individualisé axé sur la réhabilitation, ainsi que des mesures de satisfaction aux victimes éligibles dans cette affaire – soit 65 202 victimes estimées. La Chambre a fixé la responsabilité financière d’Al Hassan au titre des réparations à environ 7 250 000 €, une somme qui sera prise en charge par le Fonds au profit des victimes. Ce haut responsable de la police islamique avait été reconnu coupable de trois crimes contre l’humanité et de cinq crimes de guerre commis entre le 2 avril 2012 et le 29 janvier 2013 à Tombouctou, dans le nord du Mali, alors sous le contrôle des groupes armés d’Ansar Dine et Al-Qaïda au Maghreb islamique, par la Chambre de première instance X le 26 juin 2024. Le 20 novembre 2024, cette même Chambre l’avait condamné à 10 ans d’emprisonnement.
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