Appel à communications | Congrès « Fabriques de figures : héros, icônes et stars dans les littératures africaines »

APPEL À COMMUNICATIONS

Fabriques de figures : héros, icônes et stars
dans les littératures africaines

Congrès international de l’APELA · 23–25 septembre 2027

Université de Limoges · Faculté des Lettres et des Sciences Humaines

EHIC · FrED · Laboratoire Écritures (Université de Lorraine)
Partenariats culturels envisagés : Bfm de Limoges et Festival des Francophonies

Argumentaire

Les littératures africaines ont toujours été traversées par des figures d’intensité – des présences qui font plus que « fonctionner comme des personnages » dans une narration. Elles incarnent des nœuds symboliques collectifs, des modalités de reconnaissance et de tension, qui façonnent les imaginaires sociaux, au sens où la mémoire narrative configure des figures exemplaires et des scènes de remémoration. Dans cette perspective, les figures littéraires africaines peuvent être appréhendées comme des opérateurs culturels et mémoriels, où se cristallisent les figures de l’héroïsme ou du martyre. Ces figures comprennent, entre autres, les héros fondateurs, les chefs spirituels et les prophètes, les combattants de l’indépendance et leurs légendes, les artistes totémiques, les martyrs, les combattantes et figures féminines de résistance, les célébrités littéraires contemporaines, mais aussi des présences anonymes qui deviennent emblématiques à travers la circulation des récits. Cette richesse narrative ne se limite pas à des personnages littéraires : elle produit des formes de visibilité symbolique qui traversent les époques et les espaces, en configurant les imaginaires politiques et sociaux au cœur des sociétés postcoloniales.

Le roman moderne africain s’est en partie structuré historiquement comme réponse et contre-image à l’imaginaire colonial, faisant émerger des figures capables de traduire, dans l’espace romanesque, la complexité des expériences historiques et sociales des sociétés africaines. L’œuvre de Chinua Achebe – auteur nigérian considéré comme l’une des figures centrales de la littérature africaine moderne avec Things Fall Apart (1958) – a par exemple contribué à imposer Okonkwo comme une figure littéraire emblématique qui porte la tension entre tradition, colonialité et transformation sociale. Celui-ci devient un point de cristallisation pour penser les formes de la résistance et de la mémoire collectives, tout en donnant forme à une « imagination politique » qui articule texte, histoire et communauté. Au même titre, de nombreux romans africains peuvent être lus comme des laboratoires où se fabrique une « postcolonie » au sens d’Achille Mbembe, c’est‑à‑dire un espace où s’expérimentent, à travers des figures littéraires, des régimes de visibilité ainsi que des dynamiques de domination et de contestation.

En littérature francophone, des écrivaines comme Mariama Bâ ont mis en scène des figures féminines fortes, dont l’importance dépasse largement le cadre narratif pour devenir des icônes critiques de la condition féminine sur le continent. Dans Une si longue lettre (1979), la figure de la narratrice, prise dans de multiples tensions sociales, porte à la fois l’intensité émotionnelle et politique d’une époque, créant une présence littéraire qui résonne avec les débats contemporains sur les rapports sociaux de sexe et la redéfinition des identités féminines. Les travaux de Florence Stratton (1994) ont montré combien ces héroïnes, dans la fiction africaine contemporaine, contestent les narrations patriarcales de la nation et déplacent les régimes de légitimité symbolique, en produisant des figures féminines qui deviennent de véritables lieux de reconfiguration du politique. Des voix comme Flora Nwapa, l’une des premières romancières africaines, ont ainsi ouvert des espaces narratifs où les figures féminines ne se réduisent pas à un rôle secondaire ou allégorique : elles deviennent des agents narratifs et culturels à part entière, articulant des formes d’autorité alternatives dans une tradition critique de la domination masculine.

Par ailleurs, des auteurs comme Boubacar Boris Diop illustrent comment la littérature peut tisser des figures vivantes de mémoire collective en articulant choix linguistiques, dispositifs narratifs et enjeux mémoriels. Son œuvre, en français comme en wolof, et la manière dont ses récits s’articulent autour de destins individuels pour représenter l’histoire et les traumatismes collectifs – du Cavalier et son ombre (1997) à des textes consacrés au génocide rwandais – montrent la puissance symbolique de figures littéraires prises dans une dynamique sociale et culturelle vive, où la fiction devient un des langages de la mémoire, au sens développé par les travaux sur les mémoires africaines. Dans cette veine, la littérature africaine se situe au croisement de ce que Paul Ricœur décrit dans La mémoire, l’histoire, l’oubli (2000) où les personnages fonctionnent comme des figures de témoignage et parfois de déni, qui structurent les rapports entre communautés et passé traumatique.

La production littéraire africaine contemporaine, portée par des auteurs comme Mohamed Mbougar Sarr, élargit encore cette dynamique de fabrication de figures, en l’inscrivant dans un horizon globalisé de circulation d’artefacts littéraires, jalonné par les prix littéraires et les mécanismes de canonisation. La trajectoire récente de Sarr – notamment avec La Plus secrète mémoire des hommes (2021) – interroge la manière dont la littérature africaine s’inscrit dans des formes contemporaines de visibilité mondiale, réactivant des figures d’écrivains disparus et de génies maudits, tout en les soumettant à une réflexion critique sur la place de l’Afrique dans les canons littéraires mondiaux. Ces configurations romanesques mettent en scène la figure de l’écrivain comme figure stellaire, starisée, prise dans des réseaux de médiatisation qui transforment les modalités d’existence publique des auteurs africains.

La tension entre tradition et innovation narrative se rencontre également dans la poésie et la dramaturgie contemporaine, où des figures poétiques et performatives incarnent des référents collectifs dans des dispositifs de scène. Les travaux de Sylvie Chalaye (1998 ; 2002) sur les dramaturgies d’Afrique noire francophone ont mis en évidence la capacité du théâtre à reconfigurer les figures politiques et historiques, en travaillant la mémoire de l’esclavage et les luttes d’indépendance sur des scènes où se rejouent mythifications et démythifications. Les pièces consacrées à des figures comme Christophe, Lat Dior, Alboury, Amílcar Cabral ou Lumumba construisent et discutent des icônes politiques, en faisant de la scène un lieu de disputatio sur les figures fondatrices des États et des imaginaires nationaux.

Dans le champ des pratiques performatives contemporaines, la scène slam, notamment dans les espaces francophones africains, apparaît comme un laboratoire privilégié de fabrication de figures publiques. Le slam‑poésie, tel qu’il se développe dans l’espace camerounais francophone, se définit comme une pratique intermédiale qui articule voix, corps, musique et dispositifs médiatiques, produisant des figures de contestation, de subjectivation et de prise de parole radicale.

L’approche proposée par ce congrès consiste précisément à analyser les différents processus de fabrication, de mise en scène, de circulation et d’interprétation de ces figures littéraires – qu’elles soient héroïques, féminines, icôniques ou stellaires – dans leur diversité historique et contemporaine. En dépassant la simple analyse de personnages, il s’agira de montrer comment la littérature africaine contribue à la configuration des imaginaires culturels dans des contextes marqués par les héritages coloniaux, les réalités postcoloniales, les circulations diasporiques et les transformations numériques, mais aussi par la reconfiguration des scènes et des espaces publics. On examinera également comment ces figures se perpétuent ou se transforment lorsqu’elles sont mises en scène ou médiatisées, notamment dans les arts du théâtre, du slam, des festivals et des performances, où les présences littéraires deviennent des voix, des corps et des présences publiques.

 

Axes de réflexion

Les propositions de communication pourront s’inscrire, sans s’y limiter, dans les axes suivants :

  1. Héroïsations et contre‑héroïsations.
  2. Figures historiques, révolutionnaires ou martyres. , récits d’indépendance, mises en crise des héros postcoloniaux.
  3. Figures féminines, féminismes et genres. Héroïnes, subjectivités féminines et queer, agentivité narrative, réécritures des normes de genre.
  4. Figures de la postcolonie et imaginaires du pouvoir. Figures du commandement, de la violence, de la convivialité, contre‑figures subalternes et dissidentes.
  5. Icônes culturelles, écrivains‑figures et starisation. Stars littéraires, écrivains‑icônes, prix, festivals, réseaux sociaux, controverses autour des figures publiques.
  6. Diasporas, afrosporalité et figures transnationales. Personnages et auteurs diasporiques, circulations entre Afrique et mondes noirs, recompositions identitaires.
  7. Langues, voix et figures d’autodétermination. Choix linguistiques (langues africaines, créoles, français, anglais), voix collectives, figures d’autonomisation culturelle.
  8. Littérature, théâtre et scènes performatives. Incarnation scénique des figures dans le théâtre, le slam, la performance, croisements texte/voix/corps/musique.
  9. Mémoire, trauma et figures de témoignage et de vulnérabilité. Figures mémorielles (guerres, génocides, violences d’État), témoins, survivants, dispositifs de mise en récit du traumatique.
  10. Figures médiatiques et régimes de visibilité numériques. Représentations des figures africaines dans les médias, les plateformes numériques, les séries, podcasts et web‑fictions.
  11. Poétiques de l’anonymat, figures ordinaires et collectives. Figures anonymes, personnages ordinaires, foules, communautés, voix collectives comme opérateurs symboliques et politiques.
  12. Figures de vulnérabilité, institutions éducatives et capacités d’agir. Figures de l’enfance et de la jeunesse, vulnérabilités sociales, culturelles, linguistiques, territoriales ou environnementales, situations de handicap, trajectoires de formation et d’émancipation, rapports aux institutions scolaires, éducatives et culturelles, « éducations à », réflexivité et autodétermination. Cet axe interrogera la manière dont les littératures et les pratiques performatives africaines configurent les rapports entre vulnérabilité et capacités d’agir, mais également la façon dont les figures littéraires, artistiques et médiatiques deviennent des médiations pour penser les inégalités, les discriminations, les solidarités et les processus d’émancipation. Une attention particulière pourra être accordée aux espaces francophones ainsi qu’aux usages éducatifs, sociaux et culturels de ces figures, notamment lorsqu’ils mettent en relation littérature, formation, transmission, réflexivité et transformation des représentations.

 

Modalités de soumission

Les propositions de communication, rédigées en français ou en anglais, comprendront un titre, un résumé de 300 mots maximum, cinq mots-clés et une brève notice biobibliographique précisant le nom, le statut et le rattachement institutionnel de l’auteur ou de l’autrice.

 

Date limite de réception : 15 février 2027. Les propositions seront adressées simultanément aux trois responsables scientifiques :

Buata B. Malela (EHIC, Université de Limoges) ·

Dominique Ranaivoson (Écritures, Université de Lorraine) ·

Alex Demeulenaere (Écritures, Université de Lorraine) ·

Notification des décisions : 30 mars 2027. Les propositions feront l’objet d’une évaluation par le comité scientifique. Le programme définitif sera diffusé en juin 2027.

Conditions de participation

Les personnes dont une communication aura été acceptée devront adhérer à l’Association pour l’étude des littératures africaines (APELA), ou être à jour de leur cotisation annuelle, au moment du congrès, en septembre 2027. Cette adhésion vaut inscription scientifique au congrès ; aucune seconde inscription n’est demandée aux membres déjà à jour de leur cotisation.

Les frais de déplacement et d’hébergement sont assumés par les congressistes eux-mêmes ou par leurs établissements et laboratoires de rattachement. Aucune prise en charge de ces frais n’est prévue par l’organisation.

Pour les modalités d’adhésion, contacter le trésorier de l’APELA, Pierre Leroux : . Les informations relatives à la restauration et à la soirée du congrès seront communiquées ultérieurement.

 

Bibliographie indicative

Amanguéné Ambiana, Cynthia, « Le slam‑poésie dans l’espace camerounais francophone : formes, réception et postures », Imaginaires, no 34, 2019.

Achebe, Chinua, Things Fall Apart, London, Heinemann, 1958.

Aminata Diaw et al., Transformation du politique dans le théâtre négro‑africain d’expression française, Dakar, Codesria, 2010.

Bâ, Mariama, Une si longue lettre, Dakar, Nouvelles Éditions Africaines, 1979.

Bhabha, Homi K., The Location of Culture, London, Routledge, 1994.

Chalaye, Sylvie, Afrique noire et dramaturgies contemporaines. Histoire, thèmes et écritures, Paris, L’Harmattan, 1998.

Chalaye, Sylvie, Négritudes sur scène. La représentation de l’Afrique sur les scènes européennes, Paris, L’Harmattan, 2002.

Diop, Boubacar Boris, Le Cavalier et son ombre, Paris, Stock, 1997.

Ducournau, Claire, La fabrique des classiques africains. Écrivains d’Afrique subsaharienne francophone, CNRS Éditions, Paris, 2017.

Durand, Gilbert, Figures mythiques et visages de l’œuvre. De la mythocritique à la mytodramaturgie, Paris, Dunod, 1992.

Durand, Gilbert, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, PUF, 1960.

Essono Tsimi, Éric, De quoi la littérature africaine est‑elle la littérature ? Pour une poétique de la voix collective, Paris, Honoré Champion, 2021.

Fanon, Frantz, Les Damnés de la terre, Paris, Maspero, 1961.

Garnier, Xavier, L’éclat de la figure, Bruxelles, Peter Lang, 2001.

Kaddour, Abdelmadjid, « Le slam africain francophone, un potentiel de l’agentivité du féminin », ASJP, 2023.

Malela, Buata B., Le fait littéraire francophone : Héritages systémique et métaphysique, Paris, Hermann, 2026.

Mbembe, Achille, De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000, rééd. Paris, La Découverte, 2020.

Nwapa, Flora, Efuru, London, Heinemann, 1966.

Oyěwùmí, Oyeronke, The Invention of Women: Making an African Sense of Western Gender Discourses, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1997.

Ricœur, Paul, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000.

Ranaivoson, Dominique et Litvan Valentina, Les héros culturels, récits et représentations, Saint-Maur, Sépia, 2014.

Sarr, Mohamed Mbougar, La Plus secrète mémoire des hommes, Paris, Philippe Rey/Jimsaan, 2021.

Stratton, Florence, Contemporary African Women’s Writing and the Politics of Gender, London, Routledge, 1994.

Thiong’o, Ngũgĩ wa, Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature, London, James Currey, 1986.

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87036 LIMOGES Cedex
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