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La fin de l’affaire Münter


La fin de l’affaire Münter   

 

Daniel Kuri,  Maître de conférences en droit privé, O.M.I.J., Université de Limoges, EA 3177

 

Jusqu’au bout Karl Münter[1] aura donc échappé à la justice des hommes.

Son décès, le 22 septembre 2019[2], met, en tout cas, un point final aux poursuites engagées contre lui en Allemagne.

Quelques mots pour rappeler cette affaire peu ordinaire.

  1. Münter fut condamné à mort par contumace par le Tribunal militaire de Lille, le 6 août  1949,  pour avoir participé au massacre d’Ascq (Nord) dans la nuit du 1er au 2 avril 1944.

Cependant, ces dernières années, la justice allemande s’était à nouveau intéressée aux agissements de K. Münter[3]. En mars 2018, la justice d’outre-Rhin avait toutefois abandonné les poursuites pour son rôle direct en 1944, arguant du fait que l’intéressé avait déjà était condamné par un tribunal militaire en France et cela même s’il n’avait pas accompli sa peine.

Quelques mois après l’abandon des poursuites qui le visaient,  K. Münter s’était néanmoins imprudemment exprimé à visage découvert sur la chaîne publique allemande ARD, alors qu’il avait, par le passé, toujours  fait preuve d’une extrême discrétion[4].

Plus précisément, dans le cadre  d’un entretien diffusé le 29 novembre 2018, il avait cautionné le massacre de 86 civils à Ascq  et tenu des propos négationnistes.

De telles affirmations  avaient bien évidemment suscité une profonde indignation et le parquet d’Hildesheim (Basse-Saxe) avait décidé, le 24 juillet 2019, de le mettre en accusation pour incitation à la haine raciale et à la mémoire des morts.

Il risquait pour cette infraction jusqu’à 5 ans de prison. Mais, comme l’observait de façon prophétique  T. Wieder, « Encore faut-il qu’un procès puisse effectivement avoir lieu. »[5]

Cela ne sera pas le cas et comme  a pu l’écrire T. Wieder,  « […], l’ancien SS restera à jamais un fantôme des prétoires »[6].

Les descendants des victimes du massacre n’auront eu, en définitive, que la maigre  satisfaction  morale  de  voir une procédure judiciaire engagée in extremis contre le bourreau d’Ascq, sans toutefois que celle-ci puisse aller jusqu’à son terme[7].

Le seul juge  de K. Münter sera désormais le tribunal de l’Histoire.

[1] Voir sur cette question notre article, «  L’Allemagne finit de juger le nazisme, suite : l’affaire Münter »,https://www.unilim.fr/iirco/2019/09/17/lallemagne-finit-de-juger-lenazisme-suite-laffaire-munter/

[2] Dépêche AFP, 22 septembre 2019.

[3] T. Wieder, « Le bourreau d’Ascq court toujours », Le Monde, 17 avril 2018, p. 11.

[4] T. Wieder, « Massacre d’Ascq : rebondissement judiciaire. Un parquet allemand relance les poursuites contre le SS impliqué dans la tuerie de 1944 », Le Monde, 26 juillet 2019, p. 3 ; égal. T. Wieder, « Le bourreau d’Ascq court toujours », Le Monde, 17 avril 2018, p. 11.

[5] T. Wieder, article précité, 26 juillet 2019.

[6] T. Wieder, article précité, 11 avril 2018.

[7] Selon le parquet d’Hildesheim (Basse-Saxe), « La procédure engagée contre [K. Münter] est éteinte ».

 

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