Introduction Introduction

Dominique Gay-Sylvestre 

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Depuis des années, le réseau international Amérique latine, Afrique, Europe, Caraïbes (ALEC), membre de l’ONU pour l’engagement social des Universités (UNAI) met en avant, par ses travaux et publications, la défense et protection des droits des populations vulnérables. Il ne pouvait en être autrement lors de son IV Congrès. Initialement prévu pour novembre 2020, la pandémie mondiale due au COVID 19 retarda, par deux fois, sa réalisation.

La thématique choisie, celle des Aînés dans le Monde au XXI° siècle. Vivre ensemble allait, malheureusement s’avérer d’une actualité dramatique, en raison du choc sociétal mondial produit par l’extension d’une crise sanitaire inouïe. S’il s’agissait, dans un premier temps, de suivre la ligne directrice du réseau ALEC, la situation particulière à laquelle nous étions confrontés, était de nature à renforcer la responsabilité qui était la nôtre, à la fois en tant que personne et en tant que chercheur, de porter à la connaissance du plus grand nombre, les inégalités sociales, sociétales, sanitaires dont étaient victimes, pour un grand nombre d’entre elles, les personnes du troisième âge, en Europe, Amérique, Afrique ou ailleurs et tenter d’apporter notre contribution aux objectifs formulés dans l’Agenda 2030 pour que le vivre ensemble générationnel devienne une réalité tangible, construite dans un esprit de concorde.

Réunissant des chercheurs de tous horizons et disciplines, mais aussi la société civile, des décideurs, des politiques, des militaires… le travail collectif mené au sein du IV Congrès du réseau international ALEC fondé sur un ensemble de devoirs sociétaux imposait, en conséquence, la formulation d’engagements durables pour une société plus humaine, égalitaire, inclusive. D’où la nécessité de créer des ponts entre les continents présents pour que les enjeux et les expériences singulières et/ou collectives exposées marquent clairement la volonté de tous de trouver des solutions à la précarité, à l’isolement, à l’exclusion et stigmatisation qui frappent certains de nos aînés, où qu’ils trouvent.

Note de bas de page 1 :

6, 7 et 8 septembre 2021.

La hausse de l’espérance de vie, considérée comme une victoire « sur les réalités biologiques » si elle pose la question cruciale du vieillir, doit faire prévaloir celle du « bien vieillir », à partir d’un quotidien digne et respectueux des droits de chacun. Aussi, quelles que soient les thématiques abordées, nombreuses, pendant les trois jours que dura le IV Congrès ALEC1, les participants, jeunes et moins jeunes s’appliquèrent à démontrer leur volonté commune d’une dynamique ouverte sur autrui et pour autrui.

Note de bas de page 2 :

Expression empruntée au professeur Didier Tsala Effa (Voir son article intitulé « Les narrations du corps vieillissant ».

Or, si « le corps est vieillissant »2, il n’en demeure pas moins qu’il ne vieillit pas de la même façon selon le lieu et les situations traversées par les aînés, d’où la nécessité de s’assurer et de leur assurer ce que tout être humain est en droit d’exiger de la société dans laquelle il vit, à savoir des conditions d’existence qui leur permettent de franchir cette étape particulière, en toute « normalité » et non pas comme une rupture. Prendre soin d’eux non pas pour les assister ou les infantiliser mais, tout simplement par amour, par tendresse, par affection parce qu’ils nous ont beaucoup donné et qu’ils ont encore beaucoup à donner. Mais, à côté de nous, des autres et non pas contre, car « Il n’y a pas, d’un côté une humanité essentielle, positive, représentative et, de l’autre, une humanité affaiblie, une sous humanité » (Adler, 2021 :41).

Lors de cette manifestation scientifique, face aux problématiques complexes qui furent examinées, la société civile ainsi que je l’ai évoqué plus avant, joua un rôle essentiel, dans l’expression de ses ressentis et expériences en accompagnant et analysant diversement les recherches menées par les universitaires. Peu habitués aux travaux d’écriture, ils acceptèrent malgré tout le défi qui leur était fait de présenter par écrit ce qu’ils avaient exprimé en public. Aussi trouverons-nous, dans ce numéro ainsi que dans les deux autres qui suivront, des textes plus courts dont la sensibilité, la cohérence, la connaissance et le savoir complètent justement la vision des autres participants.

Trois numéros, donc, livreront le contenu riche et instructif des travaux menés lors de ce Congrès. Chacun d’entre eux, en fonction des thématiques choisies, comprendra également les communications présentées par les conférenciers magistraux nationaux et internationaux dont la perception et représentation des aînés nous permettront de mieux appréhender la lecture d’une société où l’âge, l’adaptabilité à une nouvelle forme d’envisager l’existence deviennent chaque jour plus prégnants.

Toutefois, dans chacun des discours, une constante s’imposa, celle de la préservation des droits des citoyens aînés ; aussi, est-ce tout naturellement que nous débuterons ce premier numéro par une série de textes où les droits de l’Homme et les politiques publiques nécessaires à leur application et respect seront évoqués.

En vieillissant, pense- t-on, les hommes et les femmes deviennent des êtres asexués. Quelle erreur et quelle réduction de l’être ! Tabou et/ou occultée par la société, la sexualité des aînés est un fait réel que nous ne devons pas ignorer et qu’il nous faut, là aussi, aborder avec respect et dignité. Or, il y a encore beaucoup à faire en la matière pour que sexualité puisse se conjuguer avec liberté. Les textes présentant cette thématique ont (presque tous) en commun la violence et les excès pratiqués dans des circonstances et lieux particuliers. Gageons qu’ils feront prendre conscience à ceux qui les liront de la nécessité d’évoluer dans ce domaine.

Enfin, nous ne pouvions laisser de côté ce qui, depuis deux ans maintenant, bouleverse en profondeur notre société : le COVID- 19. Mais son lot de souffrances, de deuils devait laisser la place aux témoignages un temps impuissants et confinés, seuls aptes à exprimer la recherche d’un essentiel rapport à l’autre, la (re)conquête d’une société nécessairement renouvelée.