PREMIERE PARTIE : MESURE ET GESTION DU RISQUE DE TAUX D’INTERET BANCAIRE : APPROCHE THEORIQUE

INTRODUCTION DE LA PREMIERE PARTIE

Le processus de contrôle du risque de taux d’intérêt bancaire se décompose en deux étapes : mesurer et gérer l’exposition au risque de taux d’intérêt. La mesure du risque de taux d’intérêt consiste à évaluer la sensibilité des résultats bancaires, de la valeur de liquidation ou de la rentabilité boursière d’un établissement de crédit à l’évolution des taux d’intérêt. La gestion du risque de taux d’intérêt consiste à se protéger contre une évolution défavorable des taux d’intérêt ou à accentuer le gain généré par une évolution favorable des taux d’intérêt, en adaptant la structure du bilan bancaire.

Le bilan d’une banque est composé de très nombreuses opérations qui ne sont pas toutes exposées de la même manière au risque de taux d’intérêt, compte tenu notamment de la nature, fixe, variable, révisable ou réglementée, du taux sur lequel elles sont indexées, de la maturité et du montant des opérations. Le contrôle du risque de taux d’intérêt est par conséquent d’autant plus efficace qu’il parvient à prendre en compte au mieux les diverses sensibilités des opérations du bilan à l’évolution des taux d’intérêt.

L’objectif de cette première partie est de construire une méthode de gestion du risque de taux d’intérêt qui puisse être utilisée par un établissement de crédit en tant qu’outil de simulation. Or, compte tenu de notre objectif, nous souhaitons que notre méthode de gestion du risque de taux d’intérêt intègre au mieux les propriétés des différentes mesures du risque de taux d’intérêt existantes. Ainsi, avant de construire notre méthode de gestion du risque de taux d’intérêt (chapitre 2), nous présentons les principales mesures du risque de taux d’intérêt (chapitre 1), afin de confronter leurs avantages et leurs limites respectifs, et nous proposons une analyse empirique de l’exposition des banques françaises à ce risque, afin de dégager d’éventuelles spécificités en fonction de leur statut juridique.

CHAPITRE 1 : MESURE DU RISQUE DE TAUX D’INTERET BANCAIRE

INTRODUCTION

Mesurer le risque de taux d’intérêt constitue la première étape du processus de contrôle du risque de taux d’intérêt d’une banque. Toute variation des taux d’intérêt affecte positivement ou négativement la valeur d’une banque, à moins que celle-ci ne soit parfaitement immunisée contre le risque de taux. L’exposition au risque de taux d’intérêt d’une banque dépend du mode d’indexation des taux des opérations du bilan aux taux de marché et aux taux réglementés et de la structure du bilan.

Pour mesurer l’exposition d’une banque au risque de taux d’intérêt il convient, au préalable, de choisir la grandeur, dont on souhaite connaître la sensibilité. En effet, l’évolution des taux d’intérêt affecte différemment les diverses variables (produit net bancaire, marge d’intérêt, valeurs des fonds propres, rentabilité boursière…) qui peuvent être retenues pour mesurer l’exposition au risque de taux d’intérêt. Par exemple, couvrir la marge d’intérêt courante d’une banque, définie par l’écart entre les intérêts reçus et les intérêts versés, n’impliquera pas obligatoirement la couverture de la valeur de ses fonds propres et inversement. Pour cette raison, les mesures du risque de taux bancaire qui sont proposées dans la littérature se concentrent tantôt sur l’impact exercé par une variation des taux sur les résultats tantôt sur celui qui affecte la valeur liquidative dans son ensemble.

Afin d’avoir une vision complète de l’exposition au risque de taux d’intérêt d’une banque, plusieurs approches peuvent être retenues pour mesurer l’exposition au risque de taux d’intérêt. L’impact de l’évolution des taux et de la structure du bilan sur les résultats et sur la valeur de marché d’une banque peut être mesuré respectivement à partir de données comptables (bilan et hors-bilan et compte de résultats) et de données de marché. Nous regroupons les méthodes qui évaluent le risque de taux d’intérêt à partir de données comptables en quatre catégories : les méthodes qui s’appuient sur le principe des impasses comptables, de la duration et des points-sensibilité et les régressions multifacteurs des résultats bancaires. En ce qui concerne les méthodes qui évaluent le risque de taux d’intérêt à partir de données de marché, nous distinguons les modèles de marché modifié à bêtas constants de ceux à bêtas variables.

La majorité des études empiriques mesurant le risque de taux d’intérêt bancaire a surtout été appliquée aux banques américaines mais très peu à celui des banques françaises. C’est pour cela que nous réalisons une étude empirique pour un échantillon de banques françaises, en nous intéressant plus particulièrement à leurs spécificités juridiques.

Ce chapitre est organisé en deux sections. Nous présentons tout d’abord diverses mesures du risque de taux d’intérêt puis nous retenons celle qui nous paraît la plus appropriée pour estimer l’exposition au risque de taux d’intérêt des banques françaises, en fonction de leur statut juridique, sur la période 1992-1999.

Section 1 : Exposition des banques au risque de taux d’intérêt : synthèse de la littérature

Le risque de taux d’intérêt d’une banque peut être mesuré par des méthodes utilisant des données comptables ou des données de marché. L’objectif de cette section est de présenter ces différentes méthodes afin de mettre en évidence leurs intérêts et leurs limites et de dégager un cadre qui soit approprié à l’analyse empirique qui est menée dans la section suivante.

I. Mesure du risque de taux d’intérêt à partir de données comptables

Nous recensons quatre types de méthodes, plus ou moins fines, qui mesurent le risque de taux d’intérêt à partir de données comptables.

La méthode des impasses comptables est une photographie du bilan sensible aux variations des taux d’intérêt. La méthode de la duration mesure l’effet des variations des taux d’intérêt sur la valeur de liquidation de la banque. La méthode des points-sensibilité prend en compte les spécificités des opérations du bilan en termes de sensibilité aux variations des taux d’intérêt. Enfin, les régressions multifacteurs des résultats bancaires identifient les facteurs à l’origine d’une plus ou moins forte exposition au risque de taux d’intérêt bancaire.

Nous présentons successivement ces quatre types de méthodes.

A. Méthode des impasses comptables

La méthode la plus simple pour mesurer le risque de taux d’intérêt est la méthode de l’impasse comptable. Cette méthode procure une photographie du bilan exposé à l’évolution des taux à un moment donné et pour une échéance donnée. Elle peut toutefois être affinée, d’une part, en la généralisant à plusieurs échéances dans un tableau de structure des maturités, et d’autre part, en lui appliquant le principe de l’actualisation afin de mesurer l’impact de l’évolution des taux d’intérêt au niveau des flux présents des opérations mais surtout au niveau des flux futurs.

1. Impasse comptable traditionnelle

L’impasse comptable est exprimée comme la différence entre les avoirs et les engagements, d’une échéance donnée qui est souvent l’année, sensibles à l’évolution des taux. Les opérations sensibles à l’évolution des taux sont les opérations indexées sur des taux de marché, variables ou révisables, ou des taux réglementés. Selon la périodicité avec laquelle un taux est révisé et la maturité de l’impasse comptable, une opération peut être considérée comme étant à taux fixe ou à taux variable. Ainsi, par exemple, une opération dont le taux est révisable tous les six mois est considérée à taux fixe pour une échéance inférieure à six mois mais à taux variable pour une échéance supérieure à six mois.

L’impasse comptable d’échéance M est exprimée par l’équation (1.1).

(1.1)

avec GAPM,t, l’impasse d’échéance M,

SAM,t et SLM,t, désignent respectivement les avoirs et les engagements dont les taux varient au cours de la période M ou dont les taux sont révisés à l’échéance M.

Lorsque l’impasse est nulle, la banque est couverte contre le risque de taux pour la maturité M.

En revanche, si l’impasse est positive (négative), la banque est en position courte (longue) et est exposée favorablement (défavorablement) à la hausse des taux et défavorablement (favorablement) à la baisse des taux.

Ainsi, par exemple, si la banque veut être couverte contre le risque de taux, et que son impasse 1 an est négative, elle va augmenter la part de ses avoirs court terme, et donc diminuer la part de ses avoirs long terme, et/ou diminuer la part de ses engagements court terme, et donc augmenter la part de ses engagements long terme. Le raisonnement inverse s’applique si son impasse 1 an est initialement positive.

En d’autres termes, si la banque anticipe une augmentation des taux d’intérêt, elle va constituer un excédent d’avoirs sensibles à l’évolution des taux par rapport aux engagements de même nature. De même, si elle anticipe une baisse des taux d’intérêt, elle va constituer un excédent de ressources sensibles à l’évolution des taux d’intérêt par rapport aux engagements.

Si l’impasse comptable a l’avantage d’être une mesure simple, elle présente toutefois un certain nombre de limites :

  • la distinction entre les opérations à taux fixe et les opérations sensibles à l’évolution des taux, pour une échéance donnée, est quelque peu arbitraire. En effet, en considérant par exemple une impasse 1 an, des avoirs ou des engagements sensibles à l’évolution des taux peuvent être considérés comme étant à taux fixe à un an mais à taux variable ou révisable à plus long terme ;
  • cette mesure ne prend pas en compte les différences de sensibilité des taux des avoirs et des engagements aux variations des taux de marché et réglementés. En effet, les taux des avoirs et des engagements ne sont généralement pas parfaitement corrélés : les taux des engagements sont plus rigides que les taux des avoirs car les engagements sont souvent indexés sur des taux réglementés qui s’ajustent avec un certain retard à l’évolution des taux de marché ;
  • les taux sont supposés se modifier en début de période alors qu’en réalité les taux s’ajustent en cours de période à l’évolution des taux de marché ;
  • enfin, cette mesure du risque de taux a un horizon unique alors que les gestionnaires doivent autant porter leur attention sur la marge d’intérêt des années à venir que sur celle de l’année en cours.

Les deux dernières limites de l’impasse comptable, selon lesquelles les taux se modifient en début de période et l’horizon est unique, peuvent être dépassées en généralisant l’impasse à plusieurs horizons, dans un tableau de structure des maturités.

2. Tableau de structure des maturités

Le tableau de structure des maturités ou échéancier est une généralisation à plusieurs horizons de la méthode de l’impasse comptable. La construction du tableau de structure des maturités nécessite de recenser sur un état unique toutes les opérations du bilan et du hors-bilan engendrant une position de taux en fonction de leur maturité.

Cette méthode apporte deux principales améliorations à la méthode des impasses comptables. Tout d’abord, elle permet d’obtenir des impasses comptables pour divers horizons successifs de plus en plus éloignés, appelées fourchettes d’échéances. Les horizons peuvent varier de quelques semaines à quelques mois, voire une année et au-delà. Ensuite, le problème de l’indexation des taux des opérations aux taux de marché ou réglementés qui pouvait avoir lieu au cours de l’année est éliminé dans la mesure où des fourchettes d’échéances inférieures à l’année sont prises en compte.

En supposant que toutes les impasses sont indexées sur le même taux, une banque est immunisée contre le risque de taux si la somme de toutes les impasses comptables de tous les horizons, et non pas chacune des impasses, est nulle.

Bien que le tableau de structure de maturité mesure plus finement le risque de taux d’intérêt que l’impasse comptable, il présente encore un certain nombre d’inconvénients :

  • comme pour l’impasse comptable, le tableau de structure des maturités ne prend pas en compte les différences de sensibilité des taux des actifs et des engagements à une modification des taux d’intérêt ;
  • le tableau de structure des maturités utilise des impasses comptables encore trop longues, bien que plus courtes que l’impasse comptable traditionnelle. Seule la prise en compte d’impasses journalières permettrait d’estimer avec suffisamment de fiabilité l’exposition au risque de taux d’intérêt ;
  • cette méthode mesure les effets des variations de taux sur les avoirs et les engagements existants mais ne prend pas en compte les changements sur le volume des avoirs et des engagements engendrés par les variations de taux ;
  • ce tableau permet d’analyser la sensibilité de la marge d’intérêt associée à chaque horizon mais ne permet pas d’obtenir une mesure globale résumant la sensibilité de toutes ces marges d’intérêt ;
  • l’influence des variations de taux d’intérêt sur la valeur actualisée de la banque n’est pas prise en compte.

La méthode de l’impasse comptable, comme celle du tableau de structure des maturités, ne prend pas en compte l’impact des taux sur les flux futurs. Le principe de l’actualisation, utilisé dans la méthode des impasses comptables actualisées ou dans la méthode de la duration, permet de dépasser cette limite.

3. Impasse comptable actualisée

L’impasse comptable actualisée d’échéance M est exprimée comme la différence entre les valeurs actualisées des avoirs et des engagements sensibles à l’évolution des taux au cours de la période M. Elle est notée GAPaM. L’impasse actualisée prend en compte la sensibilité des opérations du bilan aux variations des taux mais également l’impact de l’évolution des taux d’intérêt sur la valeur actuelle et future de ces opérations. Elle est exprimée par la relation suivante :

(1.2)

avec MVSAM,t et MVSLM,t, la valeur actualisée des avoirs et des engagements sensibles à l’évolution des taux pour une échéance M,

rA et rL, le taux d’actualisation de l’actif et du passif.

Dans ce qui précède, la méthode des impasses comptables, actualisées ou non, généralisée ou non à plusieurs horizons procure une photographie plus ou moins détaillée du bilan sensible à l’évolution des taux. Une autre possibilité est d’utiliser la méthode de la duration pour mesurer les effets des variations des taux d’intérêt sur la valeur de liquidation de la banque.

B. Méthode de la duration

Le concept de duration, qui exprime la durée de vie moyenne d’un actif, a été initié par Macaulay en 1938. Ce concept, largement utilisé aujourd’hui dans divers domaines de la finance tant pour des études empiriques que théoriques, a été développé par de nombreux auteurs sous des formes plus ou moins sophistiquées pour calculer la duration des avoirs (Fisher et Weil [1971], Bierwag, Kaufman et Toevs [1982], Bierwag [1987], Chambers et Carlton [1988], Carcano et Foresi [1997], Soto [2001]…) comme celle des engagements (Ott [1986], Hutchinson et Pennachi [1996]…).

Dans notre problématique de gestion du risque de taux d’intérêt bancaire, c’est la duration d’un bilan bancaire ou impasse de duration qui nous intéresse.

La duration d’un bilan bancaire est calculée en généralisant la formule de la duration d’une obligationNote1. à celle de la valeur de liquidation d’une banque, sachant que la duration d’un avoir à taux fixe est exprimée comme la moyenne du nombre de périodes qui séparent chaque flux, pondérée par les flux de paiement actualisés relatifs rapportée au prix de l’obligation.

Les durations de l’actif et du passif, notées DA et DL, sont exprimées respectivement par les deux relations suivantes :

(1.3)

(1.4)

avec At et Lt, les flux d’intérêt et de principal, associés respectivement à l’actif et au passif de la banque, qui se produisent à chaque date t, t=1…n,

Ainsi, la sensibilité du portefeuille d’avoirs (engagements) à l’évolution des taux est d’autant plus importante que la valeur absolue de la duration de l’actif (passif) est élevée.

Soit VL, la valeur de liquidation de la banque, définie comme la valeur actualisée des avoirs déduite de celles des engagements : . Si nous admettons que le taux d’actualisation du passif rL est identique à celui de l’actif rA, la duration d’un bilan bancaire, notée , s’écrit :

(1.5)

La définition traditionnelle de la duration au sens de Macaulay présente deux limites principales :

  • l’utilisation d’un taux unique d’actualisation pour calculer la valeur actuelle des différentes rentrées de fonds à des dates futures. Or, cela nécessite de retenir deux hypothèses peu réalistes : d’une part que la structure par terme des taux au comptant est plate et d’autre part que les taux de rendement des avoirs et des engagements sont identiquement corrélés aux variations des taux du marché ;
  • la structure par terme des taux au comptant se déplace de façon parallèle en conservant sa forme plate. Les modèles de duration à plusieurs facteurs, qui décomposent la structure par terme en plusieurs segments, permettent de dépasser cette limite. Ces modèles sont regroupés principalement en trois catégories : les modèles de duration polynomiale (Chambers et Carlton [1988], Prisman et Shores [1988], Nawalka et Chambers [1997], Soto [2001]), les modèles de duration partielle (Ho [1992], Reitano [1990, 1992, 1993, 1996], Jonhson et Meyer [1989]) et les modèles de duration directionnelle (Elton et al. [1990], Litterman et Scheinkman [1991], Barber et Copper [1996]). Toutefois, ces modèles, relativement sophistiqués, semblent difficiles à utiliser dans une stratégie de couverture contre le risque de taux bancaire. C’est la raison pour laquelle la mesure du risque de taux avec une structure par terme des taux au comptant plate semble malgré tout être la mesure la plus appropriée.

Malgré ces limites, le concept de duration au sens de Macaulay est très utilisé par les banques pour apprécier les effets des variations des taux d’intérêt.

Les méthodes que nous venons de présenter, que ce soient les impasses comptables ou les impasses de duration, présentent un certain nombre de limites. Elles supposent notamment que tous les taux des opérations sont modifiés en début de période et qu’ils s’ajustent de la même manière à l’évolution des taux de marché. La méthode des points-sensibilité permet de dépasser ces deux limites en considérant que les taux des opérations peuvent être modifiés en cours de période ou que chaque type d’opérations présente une sensibilité aux variations des taux ou un niveau de risque qui lui est propre.

C. Méthode des points-sensibilité

La méthode des points-sensibilité prend en compte les spécificités de chaque type d’opérations par rapport à l’évolution des taux. Cette méthode consiste à définir des positions nettes pondérées c'est-à-dire à regrouper les avoirs et les engagements en fonction de certains critères (maturité, caractéristiques des taux …) et à leur attribuer des points-sensibilité. Ces points-sensibilité peuvent être calculés de différentes manières, en prenant en compte l’indexation temporelle des taux d’intérêt (Gilkeson, Hudgins et Ruff [1997]), la sensibilité des taux à l’évolution du taux du marché monétaire (Nguyen The Van [1995]), la sensibilité des opérations du bilan à l’évolution des taux estimée par le concept de duration modifiée (Houpt et Embersit [1991]). Des points-sensibilité sont également calculés par la Réserve Fédérale Américaine (Neuberger [1993] et Wright et Houpt [1996]).

1. Indexation temporelle des taux d’intérêt

Gilkeson, Hudgins et Ruff [1997] reprennent la méthode de l’impasse comptable. Néanmoins, ils dépassent la limite de cette méthode selon laquelle les taux des avoirs et des engagements sont modifiés en début de période en considérant que les taux sont modifiés en moyenne au cours de la période considérée.

Gilkeson, Hudgins et Ruff [1997] expriment alors la variation de la marge d’intérêt par la relation suivante :

(1.6)

reflète le point moyen au cours de la période, soit entre t et t+1, où les taux sont modifiés. (1-) est estimé empiriquement.

L’étude est réalisée à partir de données trimestrielles sur la période allant du 4ème trimestre de l’année 1984 jusqu’au 3ème trimestre de l’année 1988. L’échantillon utilisé par les auteurs est constitué de 433 à 450 banques américaines selon les trimestres. L’estimation est d’abord réalisée sur l’ensemble de l’échantillon puis en distinguant les banques en fonction de la taille du bilan (les auteurs scindent l’échantillon en quartiles pour définir les groupes de banques.

Les résultats montrent effectivement que les taux des opérations ne sont pas modifiés en début de période. La valeur estimée du coefficient est comprise entre 0.49 et 0.81, ce qui signifie que la révision des taux a lieu en moyenne au cours du second semestre d’une année et non en début d’année.

Par ailleurs, il apparaît que l’impasse 1 an explique bien la sensibilité de la marge d’intérêt à l’évolution des taux d’intérêt et que les petites banques sont plus exposées au risque de taux que les grandes banques.

2. Sensibilité à l’évolution du taux du marché monétaire

Nguyen The Van [1995] prend en compte la sensibilité des taux d’intérêt rémunérant les postes du bilan aux variations du taux de refinancement sur le marché monétaire.

Après avoir distingué les avoirs et les engagements du bilan en fonction de leur taux et de leur maturité, Nguyen The Van [1995] leur attribue un coefficient de sensibilité à l’évolution du taux du marché monétaire. Il y a donc autant de coefficients de sensibilité que d’horizons de raisonnement et que de catégories d’opérations. L’auteur considère n catégories de taux (taux fixe, taux de base bancaire, pibor 3 mois...).

Le taux d’une opération est décomposé en une marge commerciale et un taux de référence, qui est un taux de marché ou un taux réglementé, plus ou moins sensible à l’évolution du taux de refinancement sur le marché monétaire. Nguyen The Van [1995] décompose donc le taux de la catégorie i en une composante, fonction du taux de refinancement sur le marché monétaire, et la marge commerciale, comme le décrit la relation suivante :

, 0<<1 (1.7)

avec ri, le taux de la catégorie i, i = 1,2,.....,n,

r0, le taux de refinancement sur le marché monétaire,

ki, la marge commerciale associée à chaque opération i du bilan,

λi, le coefficient de sensibilité d’un taux de marché ou réglementé au taux du marché monétaire. Pour des taux fixes, λi = 0, alors que pour des taux parfaitement indexés au taux du marché monétaire, λi = 1. Les taux ne surréagissent pas à une modification du taux de refinancement et donc λi n’est jamais supérieur à 1. λi est aléatoire (excepté pour les taux fixes) car les banques ne maîtrisent pas totalement la sensibilité des taux de marché ou réglementés au taux de refinancement sur le marché monétaire.

L’expression de la marge d’intérêt s’écrit alors :

(1.8)

avec Ai, les avoirs de la catégorie i, i = 1,2,....,n,

Di, les dépôts de la catégorie i, i = 1,2,...,n,

αi et δi, la marge associée respectivement aux avoirs i et aux dépôts i par rapport au taux de refinancement sur le marché monétaire,

RF, le solde de refinancement tel que , avec K, les fonds propres.

Le coefficient de recyclage des crédits vers les dépôts est exprimé par la relation suivante :

(1.9)

avec 0<η<1, le coefficient de recyclage des crédits vers les dépôts. η est aléatoire car la clientèle retire ses dépôts à son gré.

Le solde de refinancement s’écrit alors :

(1.10)

En remplaçant le solde de refinancement de l’équation (1.8) par l’équation (1.10), la marge peut être exprimée en une partie fixe et une partie variable :

(1.11)

La première accolade de l’équation (1.11), composée des marges fixes sur les avoirs et sur les dépôts, constitue la marge d’intérêt à taux fixes. La seconde accolade constitue la partie variable de la marge globale d’intérêt. Elle représente la sensibilité de la marge globale d’intérêt à une variation du taux de refinancement sur le marché monétaire r0. Elle est composée du résultat variable de la position de taux (1er crochet) et de la position de liquidité (2nd crochet).

La banque est couverte contre le risque de taux lorsque la seconde accolade est nulle, c’est-à-dire lorsque l’impasse comptable et le solde de refinancement sont égaux. A l’inverse, la banque est exposée défavorablement à la hausse (baisse) des taux si la seconde accolade est négative (positive). L’exposition de la banque au risque de taux est d’autant plus forte que l’excédent des avoirs sur les dépôts, la sensibilité des différents taux de référence de chaque opération aux variations du taux du marché monétaire (i), le solde de refinancement ainsi que le coefficient de fuite des crédits vers les dépôts sont plus élevés. En revanche, une part croissante des dépôts à taux fixe diminue la sensibilité de la marge globale d’intérêt au taux du marché monétaire.

3. Sensibilité à l’évolution des taux estimée par les durations modifiées

Alors que la duration mesure l’élasticité prix d’un instrument à taux fixe pour des variations des taux de rendement du marché, la duration modifiée mesure l’élasticité prix d’un instrument à taux fixe pour des variations des taux d’intérêt. La duration modifiée est définie par la relation suivante :

(1.12)

avec R, le taux d’actualisation de la période de l’instrument financier,

c, le nombre de fois par période où les intérêts sont versés (par exemple 2 pour un coupon bisannuel d’un bon quand le taux R est annuel).

Houpt et Embersit [1991] réalisent des simulations pour une banque hypothétique. Ils classent les avoirs et les engagements du bilan et du hors-bilan en fonction de leur maturité contractuelle ou des dates de révision des taux et des caractéristiques des cash-flows. Ces positions nettes sont alors pondérées par des facteurs de risque qui sont estimés à partir du concept de duration modifiée.

Houpt et Embersit [1991] montrent que la duration modifiée de la plupart des instruments financiers augmente à taux décroissant avec la maturité et que la duration modifiée des instruments financiers les plus longs est généralement inférieure à 10 ans.

Les auteurs construisent les pondérations à partir des hypothèses suivantes :

  • 8 fourchettes d’échéances (0-3 mois, 3-12 mois, 1-2 ans, 2-3 ans, 3-5 ans, 5-10 ans, 10-20 ans et plus de 20 ans),
  • 4 vecteurs de coefficients de pondération  : 3 pour les actifs (actifs amortissables, non amortissables et au comptant) et un pour les engagements,
  • les dépôts sont répartis entre plusieurs fourchettes d’échéance de manière à leur donner une maturité moyenne de 2.5 ans,
  • pas de facteurs de risque spécifiques pour les positions du hors-bilan, qui sont réparties en actifs amortissables et non amortissables.

Il y a finalement 32 pondérations de risque différentes qui sont calculées pour estimer l’impact d’une hausse de 1 point de pourcentage des taux de marché sur la valeur de la position.

Les simulations mettent en évidence une position nette pondérée positive qui exprime une exposition défavorable de la banque à une hausse des taux de marché. Un accroissement de 1% du taux de marché engendre une plus forte baisse de la valeur actuelle de l’actif que de celle du passif.

La position nette pondérée est une statistique clé. Quand elle est divisée par la valeur nette de la banque et multipliée par 100, d’une part, elle procure une mesure synthétique de l’exposition au risque de taux d’intérêt de la banque et d’autre part, elle informe sur le degré d’insolvabilité d’une banque pour des variations données des taux d’intérêt. De plus, lorsque la position nette pondérée est rapportée au total du bilan, elle constitue un indice de sensibilité qui indique le degré de sensibilité des positions de la banque aux variations des taux d’intérêt.

D’un point de vue empirique, le principe des positions nettes pondérées est proposé aux banques américaines depuis 1994 par la Réserve FédéraleNote2. .

4. Points-sensibilité de la Réserve Fédérale Américaine

Neuberger [1993] et Wright et Houpt [1996] mesurent la sensibilité de la valeur nette des banques américaines à partir de pondérations définies par la Réserve FédéraleNote3. (Fed).

Neuberger [1993] reprend et modifie, pour des raisons de disponibilité de l’information sur les maturités des opérations bancaires, la version de mars 1993 de la méthode proposée par la Fed pour mesurer le risque de taux d’intérêt (la version définitive de cette méthode est mise en application par la Fed depuis 1994). Neuberger [1993] reprend les pondérations de la Fed avec 4 vecteurs de coefficients de pondération : 3 pour les actifs (actifs amortissables, non amortissables et au comptant) et un pour les engagements. Toutefois, il fait un certain nombre de compromis. Notamment, il considère 4 fourchettes de maturité (1-3 mois, 3-12 mois, 1-5 ans et plus de 5 ans) alors que la Fed en considérait 7 (1-3 mois, 3-12 mois, 1-3 ans, 3-5 ans, 5-10 ans, 10-20 ans et plus de 20 ans) et il ne prend pas en compte les opérations du hors-bilan.

Neuberger estime la position nette pondérée rapportée au total du bilan pour une hausse de 200 points de base de la courbe des taux. Ainsi, une valeur de 1 du ratio calculé indique qu’une hausse de 200 points de base des taux réduit la valeur nette de la banque sur le total des actifs de 1%. Il considère un échantillon de 1484 banques commerciales américaines sur la période 4ème trimestre 1988-1er trimestre 1993.

Contrairement à ce qui était attendu, les estimations indiquent une baisse de l’exposition au risque de taux d’intérêt à partir du milieu de l’année 1990 : le ratio position nette pondérée sur total de l’actif est proche de 1 au milieu de l’année 1990 et baisse à 0.85 en 1993. L’exposition au risque de taux d’intérêt n’est donc pas excessive. Toutefois, ce résultat pourrait être dû à deux limites de la méthode utilisée : la non prise en compte des activités de hors-bilan et l’agrégation des banques qui dissimulerait l’éventuel accroissement du risque de taux propre à chaque banque.

Wright et Houpt [1996] reprennent le modèle mis en application par la Fed en 1994 en considérant tout d’abord 4 fourchettes d’échéance puis 7. Ils comparent la mesure du risque de taux d’intérêt obtenue avec celle d’un modèle plus sophistiqué, le modèle OTS, appliqué aux institutions de dépôts par le bureau de supervision des institutions de dépôts (Office of Thrift Supervision).

Il apparaît alors que le modèle de la Fed avec 4 fourchettes d’échéances (0-3 mois, 3-12 mois, 1-5 ans et plus de 5 ans) a tendance à surestimer le risque de taux d’intérêt des institutions de dépôts par rapport au modèle OTS. En revanche, le fait de considérer 7 fourchettes d’échéances (0-3 mois, 3-12 mois, 1-3 ans, 3-5 ans, 5-10 ans, 10-20 ans et plus de 20 ans), au lieu de 4, permet de réduire l’écart de mesure entre les deux modèles. Une répartition des opérations dans des fourchettes d’échéances suffisamment fines est donc la garantie d’une mesure du risque de taux d’intérêt fiable.

Ils appliquent ensuite le modèle de la Fed avec 7 fourchettes d’échéances à un échantillon de banques commerciales. Ils montrent que les institutions de dépôt sont beaucoup plus exposées au risque de taux d’intérêt que les banques commerciales, compte tenu principalement de la forte concentration de prêts hypothécaires dans le bilan des institutions de dépôt.

Les régressions multifacteurs des résultats bancaires constituent la dernière méthode ayant recours à des données comptables que nous présentons. Cette méthode permet de montrer empiriquement quels sont les facteurs susceptibles d’influencer l’exposition au risque de taux d’intérêt des banques.

D. Régressions multifacteurs des résultats bancaires

Les modélisations que nous présentons dans ce paragraphe mettent en évidence de manière empirique l’impact sur les résultats bancaires des taux de long terme (Bordes, Sauviat et Goyeau [1990]), des taux de court terme et de long terme (Mitchell [1989]) et de la structure des anciennes et des nouvelles opérations du bilan (Flannery [1981, 1983]).

1. Influence des taux de long terme

Bordes, Goyeau et Sauviat [1990] analysent l’effet des variations des taux de long terme sur le taux de marge et la rentabilité des banques des pays de l’OCDE. Ils supposent que le système bancaire fonctionne en situation de concurrence monopolistique avec des barrières à l’entrée. Ils considèrent que le bilan des banques est constitué à l’actif de crédits C et de réserves obligatoires R et au passif de dépôts D et de capital K.

Les réserves obligatoires ne sont pas rémunérées et sont telles que : R = ρD,

ρ étant le taux de réserves obligatoires,

Le capital tel que : K = kB

k étant le ratio de capital et B le total du bilan.

Les auteurs expriment le taux de marge bancaire (mi) et le rendement de l’activité bancaire respectivement par les deux équations suivantes :

mi = α + βρ + χk + δrl (1.13)

ε + Фρ + γk + ηmi (1.14)

avec , et ,

ic, la valeur moyenne des taux sur les crédits,

id, la valeur moyenne des taux sur les dépôts,

rl, le taux de long terme,

, le profit constitué du profit financier et du profit non financier tel que : , Π1 = icC - idD et .

Les coefficients β, χ, δ de l’équation (1.13) sont attendus avec un signe positif. Une politique de réserves obligatoires plus restrictive (hausse de ρ) et une réglementation prudentielle plus contraignante (hausse de k) ont un effet positif sur le taux de marge, mi, respectivement en augmentant le taux d’intérêt sur les crédits et en diminuant les taux sur les dépôts. Une hausse du taux long terme devrait également avoir un effet positif sur le taux de marge, les taux sur les dépôts s’ajustant généralement moins rapidement à l’évolution des taux de marché que les taux sur les crédits.

Dans l’équation (1.14), le modèle théorique ne permet pas de déterminer le signe du coefficient . En effet, une variation des réserves obligatoires exerce un double effet sur la rentabilité bancaire : un effet négatif, puisqu’un accroissement des réserves obligatoires (non rémunérées) affecte la part de l’actif rémunéré, et un effet positif sur les profits non financiers, Π2, puisque les banques réagissent en développant les activités de hors-bilan ou en réduisant les services non facturés à la clientèle. En revanche, les coefficients du ratio de capital et de la marge d’intérêt, et , sont attendus avec un signe positif. Un ratio de capital plus strict accroît la part du passif non rémunéré et donc la rentabilité de la banque. Enfin, une hausse de la marge d’intérêt accroît la rentabilité.

Les équations (1.13) et (1.14) sont estimées sur la période 1979-1986 pour l’ensemble des pays de l’OCDE. L’estimation du modèle confirme les signes positifs attendus des coefficients β, χ, δ, et , notamment le fait que les banques de l’OCDE sont exposées au risque de taux d’intérêt : la hausse des taux de long terme a un impact positif sur leur marge d’intérêt et sur leur rentabilité. En revanche, l’impact des réserves obligatoires sur la rentabilité des banques est négatif : l’effet négatif issu de la réduction de la part de l’actif rémunéré aux taux de marché est donc plus important que l’effet positif sur les produits non financiers.

2. Influence des taux de court terme et de long terme

Mitchell [1989] mesure le risque de taux d’intérêt d’une banque en exprimant les intérêts reçus et les intérêts versés en fonction des avoirs et des engagements de court terme et de long terme. Il exprime les intérêts reçus et les intérêts versés par les relations suivantes :

(1.15)

(1.16)

avec IRt et IVt, les intérêts reçus et les intérêts versés,

Bt, le total du bilan,

α1 et β1, correspondent à la part des avoirs et des engagements de long terme dans le total du bilan et α2 et β2 à la part des avoirs et des engagements de court terme dans le total du bilan. On doit avoir α1 + α2 ≤1 et β1 + β2 ≤1,

Ut et Vt, les termes d’erreur,

L’auteur ne distingue pas les taux des avoirs de court terme (rsa,t) de ceux des engagements de court terme (rsl,t) et pose :

rsa,t = rsl,t =rst.

Les taux long terme des avoirs (rla,t) et des engagements (rll,t) sont exprimés comme une moyenne mobile pondérée du taux de marché de long terme (rlt,) tels que :

,

,

avec qn et sm, des constantes telles que qui représentent les décisions prises à propos de la maturité et des caractéristiques contractuelles des opérations de long terme.

L’auteur estime les équations (1.15) et (1.16) avec des données semestrielles sur les deux périodes 1976.1-1979.2 et 1980.1- 1983.2, pour un échantillon de 63 banques américaines, en distinguant les petites banques (bilan < 100 millions USD), des moyennes (100 MUSD bilan 300 MUSD) et des grandes (bilan > 300 MUSD). Les auteurs montrent que toutes les banques américaines sont exposées au risque de taux d’intérêt sur cette période, quelle que soit leur taille et quelle que soit la maturité des taux. Cependant, ce sont les grandes banques qui sont le moins exposées au risque de taux.

3. Influence de la structure des anciennes et des nouvelles opérations du bilan

Flannery [1981, 1983] considère un portefeuille d’actifs qui génère des revenus sensibles au niveau et à la volatilité des taux du marché. Ainsi, s’il n’y a pas de contrainte sur le portefeuille passé, les revenus générés a un moment donné par la répartition optimale des actifs de ce portefeuille sont tels que :

(1.17)

avec , les revenus du portefeuille optimal,

rt, le taux d’intérêt,

, la volatilité du taux d’intérêt,

TAt, le total de l’actif.

En réalité, le total des revenus a deux origines :

d’une part, ils proviennent du portefeuille d’actifs nouveaux, TAt-TAt-1, () qui reflète les conditions courantes du marché ;

d’autre part, ils sont générés par le portefeuille d’actifs anciens, TAt-1, () qui ne reflète les conditions courantes du marché qu’à travers les actifs anciens arrivés à maturité et réinvestis sur la période et les actifs sensibles à l’évolution des taux dont les taux s’ajustent instantanément aux nouvelles conditions du marché.

Le total des revenus s’écrit alors :

(1.18)

La totalité des actifs anciens ne s’ajuste que partiellement aux conditions du marché, comme le décrit l’expression suivante :

(1.19)

où 0<λ<1 représente la vitesse d’ajustement du portefeuille d’actifs anciens aux nouvelles conditions du marché.

Flannery exprime les revenus issus des nouveaux actifs, , et les revenus issus du portefeuille optimal, , respectivement par les deux équations suivantes :

, (1.20)

(1.21)

En intégrant les équations (1.20) et (1.21) dans (1.18) et en divisant par TAt-1, le rendement du portefeuille d’actifs s’écrit :

(1.22)

avec α0, α2, α4, α5≥0 0≤α1≤1, α3<>0,

, , , , ,

La constante α0 de l’équation permet de prendre en considération les éventuels éléments fixes qui sont indépendants des conditions du marché.

La vitesse d’ajustement du portefeuille est estimée par . Si , la vitesse d’ajustement du portefeuille est instantanée, les nouvelles conditions du marché s’appliquent à l’intégralité des actifs. Les revenus de la période t sont donc indépendants de ceux de la période t-1. Si , la vitesse d’ajustement est nulle, les revenus de la période t-1 sont parfaitement corrélés à ceux de la période t. Le portefeuille d’actifs présente alors une forte inertie. Les revenus et les coûts n’évoluent d’une période à l’autre que si la taille du portefeuille augmente.

La maturité moyenne du portefeuille d’actifs est telle que :

La structure de l’équation (1.22) peut être transformée pour exprimer les coûts (TOE) d’une banque puis par déduction le revenu net (NCOE) :

(1.23)

(1.24)

Finalement, des résultats bancaires insensibles aux variations des taux d’intérêt reflètent une bonne anticipation de l’évolution du taux d’intérêt de la part des banques. En revanche, une forte sensibilité à la baisse ou à la hausse des résultats bancaires aux variations des taux d’intérêt ne permet pas de conclure à une mauvaise anticipation de l’évolution des taux, le degré souhaité d’exposition des banques au risque de taux n’étant pas observable.

Flannery a estimé ce modèle pour un échantillon de 15 grandes banques commerciales américaines, dont le bilan est supérieur à 2 milliards de dollars, sur la période 1952-1978 (Flannery [1981]) et pour un échantillon de 12 petites banques sur la période 1960-1978 (Flannery [1983]). Le taux du marché est représenté par le taux des bons du Trésor 12 mois mais les estimations réalisées avec le taux des fonds fédéraux ou des taux obligataires procurent des résultats identiques.

L’estimation du modèle met en évidence des résultats similaires pour les deux échantillons :

  • la vitesse d’ajustement de l’actif est supérieure à celle du passif, ce qui signifie que les banques empruntent à plus long terme qu’elle ne prêtent ;
  • les banques américaines, quelle que soit leur taille, ne sont pas menacées par les fluctuations des taux d’intérêt au cours des années 60 et 70. L’adossement des maturités moyennes à l’actif et au passif permet de relativement bien protéger les banques contre les fluctuations des taux d’intérêt, qu’elles soient de grande taille ou de petite taille. Les variations des taux d’intérêt affectent effectivement les revenus et les coûts mais les effets ont tendance à se compenser : les banques ne sont que faiblement exposées au risque de taux d’intérêt.

Goyeau, Sauviat et Tarazi modifient le modèle de Flannery en considérant que les conditions de marché sont représentées par le niveau et la volatilité des taux (Goyeau, Sauviat et Tarazi [1998]) mais également par la pente de la structure par terme des taux (Goyeau, Sauviat et Tarazi [2002]).

Goyeau, Sauviat et Tarazi [1998] montrent, pour les pays du G5 sur la période 1988-1995, que l’incidence des variations des taux d’intérêt sur le résultat net des banques est très différente selon la taille de la banque et/ou le système bancaire considéré. Notamment, la baisse des taux est favorable au système bancaire américain et défavorable au système bancaire français. Ces résultats sont imputables essentiellement aux banques de petite taille. Goyeau, Sauviat et Tarazi [2002] mettent également en évidence, toujours sur la période 1988-1995 mais dans le cas des banques européennes, des réponses différentes à l’évolution des taux d’intérêt. En effet, les résultats de ces banques peuvent dépendre du niveau des taux d’intérêt (banques françaises, belges et danoises), de la structure des taux (banques britanniques et italiennes) ou des deux à la fois (banques espagnoles). Enfin, quelle que soit l’étude considérée, l’impact de la volatilité sur les résultats bancaires est assez modéré.

Nous avons présenté un certain nombre de méthodes qui mesurent le risque de taux d’intérêt au niveau du bilan et des résultats d’une banque. Nous avons alors mis en évidence un certain nombre d’améliorations à apporter aux méthodes traditionnelles, des limites et des recommandations, en particulier :

  • intégrer avec le plus de précision possible les dates de révision des taux ainsi que les échéances des opérations du bilan en regroupant par exemple les opérations en fonction de certaines spécificités comme la date de révision, la sensibilité à l’évolution des taux d’intérêt ou le niveau de risque ;
  • prendre en compte l’impact de l’évolution des taux sur les résultats futurs et pas uniquement sur les résultats présents ;
  • procurer une mesure globale de la sensibilité de la valeur de la banque aux variations des taux d’intérêt et non pas qu’une photographie du bilan sensible aux variations des taux ;
  • faire l’objet d’applications économétriques et donc utiliser des données accessibles, ce qui n’est pas le cas des données relatives à la maturité des opérations bancaires.

Cette approche comptable de la mesure du risque de taux d’intérêt peut être complétée par une approche fondée sur la théorie financière ayant recours à des versions adaptées du modèle de marché. Cette approche par le marché permet alors de se prononcer sous certaines hypothèses sur la sensibilité de la rentabilité boursière d’une banque à l’évolution des taux d’intérêt.

II Mesure du risque de taux d’intérêt à partir de données de marché

Mesurer le risque de taux d’intérêt par l’approche par le marché permet de mettre en évidence l’impact des variations des taux d’intérêt sur la capitalisation boursière ou la valeur de marché de la banque, la valeur de marché de la banque étant égale à la valeur actualisée des flux espérés de dividendes futurs.

La sensibilité de la valeur de marché aux variations des taux d’intérêt est obtenue en intégrant un facteur de taux d’intérêt dans le modèle de marché de Sharpe [1964], qui initialement mesure la sensibilité de la rentabilité boursière d’une banque aux variations du rendement du marché. Ce modèle de marché à deux facteurs, ou modèle de marché modifié, a fait l’objet de nombreux travaux théoriques et empiriques. Il a été utilisé pour montrer notamment que l’exposition au risque de taux d’intérêt des banques évoluait au cours du temps. Or comme le modèle de marché ne prend pas en compte cette évolution temporelle, il a ensuite été transformé de manière à dépasser cette limite.

A. Modèle de marché modifié

Stone [1974] a été le premier à intégrer les taux d’intérêt dans le modèle de marché de Sharpe [1964]. Depuis Stone [1974], ce modèle de marché modifié a été utilisé dans de nombreuses études. Les premières études avaient pour objectif de mesurer la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt alors que des études plus récentes ont cherché à en expliquer les causes. Plusieurs ont été mises en évidence notamment la taille et la structure du bilan. Il a été montré également que l’exposition au risque de taux d’intérêt pouvait varier au cours du temps. En particulier, l’évolution de l’exposition au risque de taux d’intérêt avec la volatilité des taux a conduit à intégrer cette dernière variable ainsi que les primes de risque du marché dans le modèle de marché modifié.

1. Justification d’un modèle de marché à deux facteurs

L’objectif de Stone [1974] était de mieux expliquer l’évolution du rendement de certaines catégories de titres, particulièrement sensibles aux variations des taux d’intérêt, comme ceux des établissements de crédit. Il exprime alors le modèle de marché à deux facteurs, ou modèle de marché modifié, par la relation suivante :

(1.25)

avec , la rentabilité boursière du titre j en t ;

, la sensibilité, en t, de la rentabilité boursière du titre j au taux de rendement du marché, Rmt ;

, la sensibilité , en t, de la rentabilité boursière du titre j à un taux de rendement excluant tout risque de défaut comme le taux de rendement d’un Bon du Trésor, RIt ;

Vjt, le risque spécifique à l’actif j, dont l’espérance est nulle.

Lorsque le coefficient est positif, la banque est exposée défavorablement à la hausse des taux d’intérêtNote4. (position longue). Il faut cependant noter que toute variation des taux d’intérêt affecte également la valeur de marché de la banque, définie par la valeur actualisée de ses flux futurs et cela, quelle que soit son exposition au risque de taux d’intérêtNote5. . Un coefficient positif ne reflète donc pas uniquement l’exposition au risque de taux d’intérêt d’une banque.

A l’inverse, un coefficient négatif traduit une exposition favorable à la hausse des taux d’une banque (en position courte). Dans ce cas, le coefficient , en valeur absolue, est sous-estimé puisqu’il intègre l’impact négatif des taux sur la valeur de marché de la banque.

Un certain nombre d’éléments distinguent les études qui se sont intéressées à la sensibilité de la rentabilité boursière des banques (voir tableau 1) :

  • la période d’estimation, afin de mettre en évidence l’évolution au cours du temps de la sensibilité boursière aux variations des taux d’intérêt en fonction de facteurs structurels et conjoncturels ;
  • l’échantillon de banques, qui permet de faire apparaître une plus ou moins forte exposition au risque de taux selon la taille et la structure du bilan des banques ;
  • la périodicité des estimations ;
  • le facteur de taux d’intérêt, RIt, qui peut être un taux de rendement ou des variations de taux courantes, anticipées ou non anticipées ;
  • la méthode retenue pour orthogonaliser les indices de marché avec les indices de taux d’intérêt. Etant donné qu’il n’y a pas de justification théorique pour choisir laquelle des deux variables est exogène ou endogène, certains auteurs choisissent de régresser les indices de taux d’intérêt sur les rendements du marché alors que d’autres utilisent les résidus au lieu de la variable exogène.
  • la méthode d’estimation qui peut être par banque ou en pooling, c'est-à-dire pour un groupe de banques ;
  • le nombre de facteurs dans le modèle de marché, qui peut être supérieur ou égal à 2. Par exemple, la volatilité des taux, les taux étrangers ou des variables dummy qui permettent de distinguer certaines périodes ou catégories de banques peuvent être pris en compte.

Ces éléments peuvent être à l’origine des différents résultats présentés dans le tableau 1. Toutes ces études sont réalisées pour des échantillons de banques américaines.

Tableau 1 : Synthèse des résultats des premières études de la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt
Auteurs Période Echantillon Périodicité RIt Orthogonalisation entre Rm et RI Méthode d’estimation Modèle et résultats
βI,CT, βI,MT, βI,LT1
Lloyd et Schick [1977] -1969-1972
-60 banques commerciales
-mensuelle
rendement RI endogène
RM exogène
Estimation par banque 2 facteurs
βI LT (5**)2
Chance et Lane [1980] -1972-1976
-119 banques commerciales
-mensuelle
rendement RI endogène
RM exogène
Estimation par banque 2 facteurs
βI CT , βI MT , βI LT
Lynge et Zumwalt [1980] -1969-1972
-57 banques commerciales
-mensuelle
rendement RI exogène
RM endogène
Estimation par banque 2 facteurs
βI CT moyen = 0.62 (15**)
βI LT moyen = -14.71 (14**)

3 facteurs : RI, CT et RI, LT
βI CT moyen = 0.70 (20**)
βI LT moyen = -15.50 (9**)
  -1969-1975
-57 banques commerciales
-mensuelle
rendement RI exogène
RM endogène
Estimation par banque 2 facteurs
βI CT moyen = 0.70 (42**)
βI LT moyen = -14.36 (35**)

3 facteurs : RI, CT et RI, LT
βI CT moyen = 0.70 (38**)
βI LT moyen = -14.44 (28**)
Booth et Officer [1985] 1969-1972
1969-1975
1972-1976 
-66 banques commerciales
-mensuelle
rendement RI endogène
RM exogène
Estimation en pooling 2 facteurs
1969-1972 : βI CT =-0.0021**
1969-1975 : βI CT =-0.0021**
1972-1976 : βI CT =-0.0030**
  -1966-1980
-66 banques commerciales
-mensuelle
variations courantes des taux d’intérêt3 RI endogène
RM exogène
Estimation en pooling 2 facteurs
βI CT=-0.0020**
  -1966-1980
-66 banques commerciales
-mensuelle
variations anticipées des taux d’intérêt 4 RI endogène
RM exogène
Estimation en pooling 2 facteurs
βI CT=-0.0022**
  -1966-1980
-66 banques commerciales
-mensuelle
variations non anticipées des taux d’intérêt 5 RI endogène
RM exogène
Estimation en pooling 2 facteurs
βI CT=-0.0064**

1 Sensibilité de la rentabilité boursière à l’indice obligataire de court terme (CT), moyen terme (MT) et long terme (LT).

2 Nombre de banques qui ont un coefficient βI significatif au seuil de 5%.

3 Variations courantes du taux du bon du Trésor 3 mois (ΔR3,t) telles que : ΔR3,t = R3,t - R3,t-1

4 Variations anticipées du taux du bon du Trésor 3 mois (F3,t), telles que : F3,t = t+1F3, t - R3,t , t+1F3, t étant le taux 3 mois terme à terme en t+1, prévu en t.

5 Variations non anticipées du taux du bon du Trésor 3 mois en t+1 prévu en t (t+1F3, t) tel que : t+1F3, t =[ (1+ R6,t )2 / (1+R3,t )2]-1

** indique la significativité des coefficients au seuil de 5%.

Les premières études (Lloyd et Schick [1977] et Chance et Lane [1980]) ne font pas apparaître de sensibilité boursière à l’évolution des taux, que ce soit pour les taux long terme sur la période 1969-1972 (Lloyd et Schick [1977] ) ou pour les taux court, moyen et long terme sur la période 1972-1976 (Chance et Lane [1980]).

En revanche, Lynge et Zumwalt [1980] et Booth et Officer [1985] mettent en évidence une exposition au risque de taux des banques. Booth et Officer [1985], qui estiment un modèle en faisant du pooling, contrairement aux études précédentes qui réalisent des estimations pour chaque banque, confirment les résultats de Lynge et Zumwalt [1980], en montrant une exposition aux variations courantes, anticipées et non anticipées des taux court terme.

Devant les différents résultats obtenus quant à la sensibilité de la rentabilité boursière à l’évolution des taux, nous montrons que celle-ci dépend notamment des caractéristiques du bilan, qu’elle évolue au cours du temps mais également avec la volatilité et la prime de risque.

2. Risque de taux d’intérêt et caractéristiques du bilan

Comme nous l’avons déjà mis en évidence en mesurant le risque de taux d’intérêt à partir de données comptables, l’exposition au risque de taux d’intérêt d’une banque dépend de la taille de son bilan mais également de sa structure : selon leur taille, les banques peuvent en effet avoir une activité plus ou moins diversifiée et utiliser des méthodes de couverture du risque plus ou moins sophistiquées.

a) Taille du bilan

En ce qui concerne les banques commerciales, les études portant sur le risque de taux d’intérêt et la taille du bilan font apparaître des résultats très différents.

Pour Aharony, Saunders et Swary [1986] et Wetmore et Brick [1994], ce sont les plus grandes banques qui sont les plus exposées au risque de taux d’intérêtNote6. .

Pour Choi et Elyasiani [1997], il existe une relation en cloche entre la taille des banques et leur coefficient de sensibilité aux variations des taux : ce sont les plus petites et les plus grandes banques commerciales qui sont les moins exposées aux variations des taux d’intérêt.

Dans le cas des Caisses d’Epargne,pour Madura et Wiley [2000], ce sont bien les plus petites qui sont les plus exposées au risque de taux d’intérêt.

Les établissements bancaires les plus grands ont donc tendance à être moins exposés au risque de taux d’intérêt que les plus petits. Toutefois, comme nous le montrons ensuite, c’est surtout parce que les grandes banques ont une structure de bilan différente de celle des plus petites : elles ont notamment une activité plus diversifiée et ont plus largement recours aux instruments de couverture contre le risque de taux négociés sur les marchés dérivés en particulier de gré à gré (Forward Rate Agreement (FRA), swaps, options…) que les petites banques.

b) Structure du bilan

L’exposition au risque de taux d’intérêt d’une banque dépend de la structure de son bilan, notamment de la structure des maturités des emplois et des ressources nominauxNote7. (Flannery et James [1984a, 1984b], Brickley et James [1986], Tarhan [1986] et Lumpkins et O’Brien [1997]), de l’impasse de duration (Akella et Greenbaum [1992]), de certaines opérations à options cachées du bilan et des produits dérivés du hors-bilan (Choi et Elyasiani [1997]) et enfin du type d’établissements de crédit (Flannery et James [1984a, 1984b], Scott et Peterson [1986] et Bae [1990]).

(1) Impasse des contrats nominaux

L’effet de la présence de contrats nominaux dans le bilan sur la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt est partagé. Pour Flannery et James [1984a, 1984b] et Brickley et James [1986], la structure de l’impasse des contrats nominaux explique le degré d’exposition au risque de taux, alors que ce n’est pas le cas pour Tarhan [1986] et Lumpkins et O’Brien [1997].

Flannery et James [1984a, 1984b] montrent que la sensibilité de la rentabilité boursière est liée à la structure des maturités des contrats nominaux. Ils considèrent que le rendement boursier d’une banque j est constitué de deux composantes : le rendement des actifs nominaux et le rendement des actifs réels qui fluctue avec l’inflation  :

(1.26)

avec , la proportion d’actifs nominaux nets détenus dans le total des actifs.

Ainsi, la banque est d’autant plus sensible aux variations des taux d’intérêt que la proportion d’actifs nominaux nets dans le total des actifs est élevée et que l’impasse des actifs nominaux est importante. Les auteurs procèdent en deux étapes pour mettre en évidence cette relation.

Dans une première étape, ils isolent le risque de taux d’intérêt en introduisant l’influence du taux d’intérêt à travers le rendement de titres à revenus fixes, RIt :

(1.25)

L’estimation de l’équation, pour un échantillon de 67 banques commerciales et de 26 Caisses d’Epargne pour la période janvier 1976-novembre 1981, indique une forte sensibilité de la rentabilité boursière aux variations du taux d’intérêt et confirme le signe positif de . Toutefois, les résultats sont plus sensibles à l’évolution des taux de long terme que des taux de court terme.

Dans une seconde étape, les auteurs montrent que l’ampleur de la sensibilité de la rentabilité boursière au taux d’intérêt, , dépend de la structure des maturités des actifs et des engagements nominaux de la banque. Ils construisent une impasse de maturité 1 an pour les contrats nominaux.

Tout d’abord, ils considèrent que les dépôts à vue, les comptes d’épargne, les dépôts à terme et les liquidités ont une maturité supérieure à un an (Flannery et James [1984a]). Ils excluent donc ces opérations de l’impasse 1 an. La sensibilité boursière au taux d’intérêt est alors exprimée par l’équation suivante :

(1.27)

avec SHORT, l’impasse 1 an des contrats nominaux. SHORT est définie par : (les fonds fédéraux nets vendus + les investissements de maturité inférieure à un an + les prêts à taux variable + les titres négociables + les prêts exceptionnels de la banque à la clientèle) - (les certificats de dépôt domestiques et étrangers de plus de 100 000 dollars et de maturité inférieure à un an + les emprunts monétaires + les emprunts exceptionnels de la banque à la clientèle),

MV, la valeur de marché moyenne des fonds propres de la banque j,

, constant quelle que soit la banque. représente les facteurs, autres que l’impasse, qui influencent la sensibilité de la valeur boursière de la banque à une variation des taux. La présence de signifie que même si l’impasse 1 an des contrats nominaux de la banque est nulle, la valeur de la banque reste sensible aux variations des taux d’intérêt. Il ne faut cependant pas négliger l’effet négatif de l’augmentation des taux d’intérêt sur la valeur actualisée de la banque qui se produit par l’intermédiaire de l’actualisation.

Ensuite, Flannery et James [1984b] s’intéressent à l’influence des dépôts à vue, des comptes d’épargne, des dépôts à terme et des liquidités sur la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt. Ils intègrent ces opérations dans la relation (1.27) qui devient :

(1.28)

avec EQ, la valeur des capitaux propres de la banque,

DD, les dépôts à vue,

SA, les comptes d’épargne,

TD, les dépôts à terme,

CASH, les liquidités.

Les estimations des équations (1.27) et (1.28) font apparaître un coefficient α1 toujours négatif. La sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt est donc d’autant plus faible que l’impasse court terme est importante. En d’autres termes, plus l’impasse long terme de contrats nominaux d’une banque est importante (impasse court terme faible), plus la banque est exposée au risque de taux.

Les coefficients , i=2…5, ne sont pas significatifs, contrairement au coefficient de l’impasse 1 an. Ces opérations aux maturités incertaines ne doivent donc pas être intégrées dans l’impasse 1 an. Il est donc raisonnable de considérer qu’elles ont une maturité supérieure à un an.

Brickley et James [1986] mettent en évidence les mêmes résultats que Flannery et James mais pour les institutions de dépôt américaines, et sur la période 1976-1983.

En revanche, pour d’autres auteurs, l’exposition au risque de taux d’intérêt ne dépend pas des contrats nominaux, que ce soit pour les banques sur la période 2/2/1979-23/10/1982, (Tarhan [1986]) ou pour les institutions de dépôt sur la période 1984-1992, (Lumpkins et O’Brien [1997]). Lumpkins et O’Brien [1997] soulignent cependant que des relations spécifiques peuvent exister avec certains contrats nominaux, notamment entre les prêts hypothécaires et les variations de taux d’intérêt et entre la valeur actuelle des rendements de l’activité future de prêt et le rendement des bons sans risque de défaut.

(2) Impasse de duration

Akella et Greenbaum [1992] considèrent que la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations non anticipées des taux d’intérêt dépend de l’écart de duration entre les crédits et les dépôts. Compte tenu de la difficulté à obtenir des données sur la duration des opérations du bilan, l’impasse de duration est approchée par l’écart entre la vitesse d’ajustement des taux des crédits et celle des taux des dépôts aux variations du taux de rendement d’un titre à revenus fixes, tel que :

(1.29)

avec 0<<1 et 0<<1, les vitesses d’ajustement des taux des crédits et des dépôts de la banque j aux variations du taux de rendement d’un titre à revenus fixes qui sont mesurées en spécifiant un objectif de taux sur les prêts et un objectif de taux sur les dépôts. Ces objectifs sont fixés en fonction des taux d’intérêt attendus à la période suivante et des innovations les plus récentes :

et

rC,jt , rD,jt étant les taux sur les crédits et sur les dépôts

r*C,jt , r*D,jt étant les taux objectifs sur les crédits et sur les dépôts.

La vitesse d’ajustement des taux des crédits et des dépôts dépend de la structure des durations du bilan. Ainsi, plus la duration des crédits est élevée (faible) par rapport à celle des dépôts, plus l’ajustement des taux des crédits vers leur valeur objectif est lent (rapide) par rapport à celui des taux des dépôts.

Lorsque les banques empruntent à court terme et prêtent à long terme (), la rentabilité boursière est négativement corrélée aux variations non anticipées des taux d’intérêt (<0), et inversement. On s’attend donc à avoir .

Les auteurs établissent une relation entre la rentabilité boursière et les variations non anticipées des taux d’intérêt  :

(1.30)

avec tel que . mesure les variations non anticipées des taux d’intérêt.

En substituant l’équation (1.29) dans l’équation (1.30) on obtient :

(1.31)

Les auteurs ont estimé ce modèle pour un échantillon de 30 banques commerciales sur la période 1974-1987 avec des données trimestrielles.

Les résultats indiquent une relation négative entre la rentabilité boursière et l’évolution non anticipée des taux d’intérêt pour la majorité des banques. L’écart entre la vitesse d’ajustement de l’actif et du passif étant négatif pour 21 des 30 banques, la sensibilité au taux d’intérêt est donc d’autant plus forte que l’impasse de duration entre les prêts et les dépôts est élevée.

(3) Influence de certaines opérations du bilan et du hors-bilan

Choi et Elyasiani [1997] mettent en évidence l’influence de certaines opérations du bilan et des produits dérivés du hors-bilan sur les coefficients de sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt et de change.

Ils procèdent en deux étapes en estimant successivement les deux équations suivantes :

(1.32)

(1.33)

avec , tel que Ret=((ft - ft-1 )/ ft-1), f étant le taux de change courant de la monnaie domestique contre un panier de monnaies étrangères,

βej, la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux de change,

BIj, l’exposition nette du bilan aux variations des taux d’intérêt (emprunts à taux fixe et prêts hypothécaires),

Bej l’exposition nette du bilan aux variations des taux de change (actifs étrangers sur actifs domestiques, dépôts étrangers sur dépôts domestiques, intérêts reçus étrangers sur total des intérêts reçus, intérêts versés étrangers sur total des intérêts versés, dépenses étrangères hors intérêts sur total des dépenses hors intérêts),

HBIj et HBej l’exposition nette des produits dérivés du hors-bilan (options, futures, FRA et swaps de taux d’intérêt) aux variations respectivement des taux d’intérêt et des taux de change.

Choi et Elyasiani [1997] estiment leur modèle sur la période janvier 1975-décembre 1992 pour un échantillon de 59 banques commerciales, classées en fonction de la taille de leur bilan en trois groupes respectivement de 20, 20 et 19 banques.

Les résultats mettent bien en évidence l’impact de certaines opérations du bilan et du hors-bilan sur la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt comme, les prêts hypothécaires, pour le bilan, et les options de taux d’intérêt et les options, les futures et les FRA de taux de change, pour le hors-bilan. Il apparaît également que les variables qui expriment l’exposition au risque de taux d’intérêt respectivement du bilan et du hors-bilan sont faiblement corrélées. En d’autres termes, la gestion du risque de taux d’intérêt se fait plus à travers une gestion de bilan que de hors-bilan. Enfin, ce sont les banques les plus petites qui sont le plus exposées au risque de taux d’intérêt.

(4) Catégories d’établissements de crédit

L’activité des établissements de crédit dépend de leur statut juridique. Ainsi, par exemple, les banques commerciales ne présentent pas la même exposition au risque de taux que les banques universelles et les Caisses d’Epargne.

Les Caisses d’Epargne américaines seraient deux fois plus exposées au risque de taux d’intérêt que les banques commerciales(Flannery et James [1984a, 1984b]) et que les compagnies d’assurance (Scott et Peterson [1986]). Les Caisses d’Epargne qui détiennent surtout des actifs de long terme et des engagements de court terme sont donc moins bien couvertes contre le risque de taux d’intérêt que les banques commerciales et les compagnies d’assurance qui détiennent surtout des actifs et des engagements respectivement de court terme et de long terme. Saunders et Yourougou [1990] confirment cette plus forte exposition au risque de taux des Caisses d’Epargne.

De même, en distinguant les banques commerciales, les Caisses d’Epargne, les Compagnies financières, les Compagnies d’Assurance et les Sociétés immobilières, Bae [1990] montre que ce sont les Caisses d’Epargne qui sont les plus sensibles aux variations des taux d’intérêt et les Compagnies Financières les moins sensibles.

Pour Bessler et Booth [1994], ce sont les banques universelles allemandes et les banques super régionales américaines qui sont plus exposées que les autres banques au risque de taux d’intérêt. L’hypothèse de Saunders et Yourougou [1990] selon laquelle éliminer la séparation entre les activités bancaires et les activités commerciales, et donc établir le principe d’universalité, réduirait l’exposition au risque de taux d’intérêt n’est pas validée.

Les différentes études que nous venons de présenter ont effectivement révélé que, dans le cas américain, la sensibilité de la rentabilité boursière des banques dépend de la taille et de la structure du bilan. Nous montrons maintenant qu’elle n’est pas immuable et qu’elle évolue au cours du temps.

3. Evolution du risque de taux d’intérêt au cours du temps

Un grand nombre d’études s’est intéressé à l’effet des changements de politique monétaire aux Etats-Unis d’octobre 1979 et d’octobre 1982, qui ont été suivis respectivement par une hausse et une baisse de la volatilité des taux.

Aux Etats-Unis, les changements de politique monétaire d’octobre 1979 et d’octobre 1982 ont été à l’origine respectivement d’une hausse puis d’une baisse de la volatilité des taux. Jusqu’en octobre 1979, l’objectif de la Fed en terme de politique monétaire était de contrôler les taux des fonds fédéraux à court terme. En octobre 1979, la Fed a modifié ses objectifs de politique monétaire et augmente le taux d’emprunt des réserves, ce qui se traduit par une forte augmentation de la volatilité des taux. En octobre 1982, elle adopte de nouvelles procédures opérationnelles de politique monétaire en fixant le montant des réserves empruntées, ce qui permet de diminuer la volatilité du taux des fonds fédéraux. C’est pourquoi la période qui englobe octobre 1979 et octobre 1982 a largement été retenue pour étudier l’effet de la volatilité des taux sur la rentabilité boursière des banques (Kane et Unal [1988], Brewer et Lee [1990], Akella et Chen [1990], Neuberger [1991], Choi, Elyasiani et Kopecky [1992], Maher [1997] et Choi et Elyasiani [1997]). Les résultats de ces études, plus ou moins tranchés selon les périodes étudiées et les méthodes retenues, sont synthétisés dans le tableau 2.

Excepté pour Choi et Elyasiani [1997], l’exposition au risque de taux d’intérêt des établissements bancaires américains évolue au cours du temps et notamment avec les changements de politique monétaire. Le changement de politique monétaire d’octobre 1979, qui est à l’origine d’une plus forte volatilité, et celui d’octobre 1982, qui est à l’origine d’une réduction de la volatilité, ont effectivement eu un impact sur la sensibilité de la rentabilité boursière à l’évolution des taux. Bien que les différentes méthodes utilisées ne font pas apparaître des résultats parfaitement identiques, il ressort de ces estimations que la sensibilité de la rentabilité boursière à l’évolution des taux est plus forte en période de volatilité plus élevée des taux.

Tableau 2 :Synthèse des résultats des études sur la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt avec un environnement plus ou moins volatil des taux
Auteurs Période
Echantillon
Périodicité
RIt Orthogonalisation entre Rm et RI Méthode d’estimation βI,CT, βI,MT, βI,LT1
Kane et Unal [1988] - 1975-1985
- 31 banques commerciales
8 Caisses d’Epargne
- mensuelle
rendement de la période d’un bon d’Etat de long terme RI endogène
RM exogène
Portefeuille de banques ou de Caisses d’Epargne

Méthode de Goldfeld et Quandt [1972, 1973, 1976]
Banques commerciales : βI,LT  augmente entre 1979 et 1982
Caisses d’Epargne :
βI,LT  augmente entre 1976 et 1982
Brewer et Lee [1990] - janvier 1978-juin1984
3 cycles de croissance (janvier 1978-janvier 1980 ; août 1980-juillet 1981 et décembre 1982-juin 1984)
2 cycles de dépression (février 1980-juillet 1980 et août 1981-novembre 1982)
- 45 conglomérats financiers dont l’activité principale est la banque commerciale
- journalière
rendement des obligations du Trésor 3 ans
variations non anticipées
Aucune. Le taux est construit de sorte qu’il n’y ait pas de corrélation entre RI et RM2. Par banque βI,MT varie significativement au cours de la période pour 12 banques
Akella et Chen [1990] - 1974-1984 (1974-1979 et 1980-1984)
- conglomérats financiers
- mensuelle
- rendement de la période des bons du Trésor court et long terme
- résidus d’un modèle autorégressif du rendement
Aucune Portefeuille de banques βI,CT  et βI,LT  diminuent à partir de 1980
Neuberger [1991] - 1979-1990 (4 sous-périodes de 2 années chacune)
- 84 conglomérats financiers
- mensuelle
excès de rendement attendu sur la période d’un bon d’Etat à 30 ans plusieurs méthodes qui procurent des résultats peu différents Portefeuille de banques βI,LT  diminuent à partir de 1985
Choi, Elyasiani et Kopecky [1992] - 1975-1987
- 48 plus grandes banques
- mensuelle
rendement du bon du Trésor 3 mois Résidus d’un modèle ARIMA méthode de Goldfeld et Quandt [1972, 1973, 1976] βI,CT  augmente à partir de 1979
Maher [1997] - 1976-1989 (régressions annuelles)
- 16 conglomérats financiers
- hebdomadaire
rendement du bons du Trésor 3 mois et 10 ans Aucune Portefeuille de banques βI,CT  diminue à partir de 1982

βI,LT  diminue entre 1980 et 1984
Choi et Elyasiani [1997] - 1975-1992 et 1981-1992
- 59 plus grandes banques
- mensuelle
rendement du bon du Trésor 3 mois Aucune Portefeuille de banques βI,CT  varie pour 15 banques après octobre 79 et pour 4 banques après janvier 1981.

1 Sensibilité de la rentabilité boursière à l’indice obligataire de court terme (CT), moyen terme (MT) et long terme (LT).

2 Le taux est construit comme l’écart entre le taux des bons du trésor 3 ans et le taux anticipé, estimé à partir d’un modèle ARIMA.

L’impact de la volatilité des taux sur la rentabilité boursière des banques peut être étudié en intégrant directement la volatilité dans le modèle de marché modifié.

4. Prise en compte de la volatilité des taux d’intérêt

Compte tenu de l’influence de la volatilité des taux d’intérêt sur l’exposition au risque de taux d’intérêt des banques, certains auteurs (Saunders et Yourougou [1990] et Bessler et Booth [1994]) se sont demandé si la volatilité pouvait influencer la rentabilité boursière : ils ont intégré la volatilité des taux dans le modèle de marché modifié.

Les variations de la volatilité des taux d’intérêt peuvent être prises en compte dans un modèle de marché à trois facteurs (Saunders et Yourougou [1990]) tel que :

(1.34)

avec , la variation hebdomadaire de la volatilité des taux d’intérêt. , étant le résidu de l’estimation ARIMA(p,1,0) des taux d’intérêt.

En scindant la période octobre 1977-décembre 1981 en deux sous-périodes autour d’octobre 1979, il apparaît qu’à partir d’octobre 1979, les rentabilités boursières des banques sont plus sensibles aux variations du 3 mois et sont moins sensibles à celles du 3 ans et du 30 ans. En revanche, la rentabilité boursière n’est pas influencée par les variations de la volatilité, quelle que soit la période.

La méthode des moindres carrés ordinaires, habituellement retenue pour expliquer l’évolution des rendements boursiers, peut produire des statistiques incorrectes si les erreurs ne suivent pas la loi de distribution normale, comme c’est souvent le cas des séries financières. C’est la raison pour laquelle, Bessler et Booth [1994] expriment les résidus du modèle de marché modifié à l’aide d’un processus GARCH(p,q)Note8. , tel que :

(1.35)

(1.36)

avec ht, la variance conditionnelle de la rentabilité boursière.

Les auteurs considèrent un échantillon constitué de 5 banques universelles allemandes et de 8 banques super régionales américaines sur la période janvier 1977-décembre 1986. Ils estiment leur modèle pour chacune des banques.

En utilisant un processus GARCH, l’estimation du modèle de marché modifié met en évidence pour toutes les banques, à l’exception d’une banque américaine, une exposition aux variations du taux 10 ans, avec toutefois une plus forte exposition pour les banques américaines que pour les banques allemandes. En revanche, l’utilisation de la méthode des moindres carrés ordinaires, fait apparaître une plus faible exposition au risque de taux d’intérêt, quelles que soient les banques.

Le processus GARCH permet également de mettre en évidence une évolution de la volatilité des taux au cours du temps : des effets GARCH ou ARCH. sont présents pour toutes les banques.

Compte tenu de l’impact de la volatilité sur les primes de risque, ces dernières ont également été intégrées dans le modèle de marché modifié.

5. Prise en compte des primes de risque du marché

Elyasiani et Mansur [1998] et Tai [2000] ont intégré des primes de risque dans le modèle de marchéNote9. en utilisant un processus GARCH-M (GARCH in Mean) respectivement dans un cadre univarié et dans un cadre multivarié.

Elyasiani et Mansur [1998] emploient un processus GARCH-M univarié qui permet, contrairement à un processus GARCH, de relier la prime de risque à la volatilité conditionnelle de la rentabilité boursière des banques :

(1.37)

(1.38)

avec , la prime de risque sur le marché pour le portefeuille j, définie comme l’excès de rendement du portefeuille j par rapport au bon du Trésor à un an;

, la volatilité conditionnelle de la rentabilité boursière du portefeuille j ;

est l’information du marché en t-1 ;

D2 et D3, les variables dummy qui permettent de mettre en évidence les variations de la volatilité dues aux changements de politique monétaire respectivement en 1979 et 1982 ;

CVR, la volatilité conditionnelle des taux long terme, générée par un processus ARCH(1).

Elyasiani et Mansur [1998] estiment ce modèle sur la période janvier 1970-décembre 1992avec des taux long terme, pour un échantillon de 56 banques en distinguant les conglomérats financiers, les grandes banques et les banques régionales.

Ils montrent que la rentabilité boursière des conglomérats financiers et des grandes banques est sensible à sa volatilité, qui elle-même est sensible à la volatilité et aux variations des taux long terme. La volatilité des taux est donc un déterminant de la prime de risque du marché.

Tai [2000] utilise un modèle de marché à 3 facteurs (marché, taux d’intérêt et taux de change) avec des primes de risque sur les 3 facteurs qui varient au cours du temps. L’auteur emploie un GARCH-M multivarié, proposé par Ding et Engle [1994], pour paramétrer la structure des variances-covariances conditionnelles des rendements des titres.

Il généralise les travaux de Merton [1973] qui expriment la prime de risque d’un facteur en fonction de sa volatilité et d’une constante : les primes de risque des facteurs sont donc positivement corrélées à leurs volatilités conditionnelles respectives, telles que :

, la prime de risque du marché mondial

, la prime de risque du taux d’intérêt

, la prime de risque du taux de change

avec hw,t, hI,t, he,t, les variances conditionnelles respectivement du rendement du marché mondial, des taux d’intérêt et du taux de change.

Ainsi, le modèle de marché modifié à trois facteurs estimé s’écrit :

(1.39)

avec ERi,t, l’excès de rendement de l’action i par rapport au taux sans risque.

Ce modèle est estimé sur la période novembre 1987-août 1998 pour un échantillon de 31 banques commerciales où sont distingués les conglomérats financiers, les grandes banques et les banques régionales.

La modélisation GARCH-M multivariée révèle que les primes de risque de taux d’intérêt et de taux de change varient au cours du temps, contrairement à la prime de risque du marché, et cela quel que soit le groupe de banques considéré. La prime de risque des taux d’intérêt a un impact sur la rentabilité boursière plus important que celui des primes du rendement du marché et des taux de change.

Ces différentes versions du modèle de marché isolent les effets des taux d’intérêt et de leur volatilité sur la rentabilité boursière des banques américaines mais présentent toutefois une limite importante. En effet, pour tous ces modèles, les coefficients β qui expriment la sensibilité boursière aux différents facteurs retenus sont constants au cours des périodes d’estimation. Or, depuis la fin des années 70, l’environnement économique a subi de profondes transformations, notamment aux Etats-Unis. Le contexte de hausse des taux d’intérêt et de leur volatilité a en effet conduit les banques à modifier leurs comportements ; ce changement ne peut cependant pas être pris en compte avec des coefficients β constants. De plus, l’hétéroscédasticité des rendements boursiers est potentiellement un facteur de variation des coefficients β. Compte tenu de cette limite du modèle de marché, il s’est avéré nécessaire de rendre variables au cours du temps ces coefficients de sensibilité.

B. Modèle de marché modifié avec bêtas variables

De manière analogue à l’étude de la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt avec un modèle de marché modifié à bêtas constants, nous étudions l’impact des impasses de duration et de la volatilité conditionnelle des différents facteurs du modèle de marché sur l’exposition au risque de taux d’intérêt avec un modèle de marché à bêtas variables.

1. Risque de taux d’intérêt et évolution temporelle des impasses de duration

Kwan [1991] et Borbolan [1998] considèrent que la sensibilité de la rentabilité boursière des banques évolue au cours du temps avec la duration des avoirs et des engagements nominaux de la banque. La duration est approximée par l’impasse 1 an des contrats nominaux du bilan (Kwan [1991]) puis par les impasses du bilan et du hors-bilan de quatre maturités différentes (Borbolan [1998]).

Kwan [1991] exprime la sensibilité de la rentabilité boursière par la structure des maturités des avoirs et des engagements nominaux de la banque :

(1.40)

avec , la sensibilité de la rentabilité boursière de la banque j aux taux d’intérêt, variable au cours du temps,

Djt la duration des actifs nominaux nets de la banque j à la date t.

Le modèle estimé est donc le suivant :

(1.41)

La duration approximée par l’écart entre les avoirs et les engagements nominaux faisant l’objet de renégociations avant une année, est rapportée à la valeur des fonds propres. Cette proxy de la duration est en fait la variable SHORT de Flannery et James [1984a]. Elle est négativement corrélée à la duration : une augmentation de l’impasse implique une augmentation des avoirs de court terme ou une diminution des engagements de court terme, ce qui correspond à une diminution de la duration, toutes choses étant égales par ailleurs. De plus, l’indice de taux d’intérêt est négativement corrélé aux variations des taux d’intérêt. Le signe attendu de bjD est donc bien toujours négatif.

Le modèle est estimé pour un échantillon de 51 banques commerciales, sur la période 1976-1982, en utilisant successivement des taux court terme et des taux long terme. D’une part, les résultats montrent que la sensibilité de la rentabilité boursière dépend des variations non anticipées des taux d’intérêt de court et de long terme, même dans le cas où les opérations de court terme seraient parfaitement adossées. Cela provient de la présence d’opérations à long terme dans le bilan ou d’opérations du hors-bilan, qui ne sont pas prises en compte dans l’impasse 1 an. D’autre part, la rentabilité boursière dépend négativement de l’impasse 1 an et donc positivement de l’impasse de duration. Toutefois, cette sensibilité n’est significative que pour le taux court terme.

Borbolan [1998] reprend le modèle de Kwan [1991] (équation (1.41)) mais approxime la duration par les impasses comptables du bilan puis du bilan et du hors-bilan pour 4 maturités dans le cas de l’action de l’établissement de crédit Compagnie Parisienne de Réescompte (CPR).

Borbolan considère 4 impasses, une impasse de court terme (impCT <=1 an), deux de moyen terme (1an< impMT1 <=2 ans et 2 ans< impMT2 <=5ans) et une de long terme (impLT >5 ans), auxquelles l’auteur associe respectivement 4 indices du CNONote10. , le CNO 3 mois, le CNO 1-3 ans, le CNO 3-5 ans et le CNO 10 ans.

Les impasses indiquent que la CPR est emprunteuse à court terme et à long terme mais prêteuse à moyen terme.

Le modèle est estimé avec des données mensuelles sur la période décembre 1989-août 1994.

Les résultats montrent que le coefficient de sensibilité de la rentabilité boursière de la CPR n’est pas sensible aux variations des taux d’intérêt mais aux impasses du bilan de moyen terme et de long terme. En effet, la rentabilité boursière de la CPR est positivement corrélée aux impasses du bilan dont la maturité est comprise entre 2 et 5 ans et est supérieure à 5 ans, ainsi qu’à l’impasse du bilan et hors-bilan dont la maturité est supérieure à 5 ans. En d’autres termes, une augmentation de la duration des actifs nominaux nets accroît la sensibilité de la rentabilité boursière aux variations des taux d’intérêt.

De plus la rentabilité boursière étant plus sensible à l’impasse long terme qu’à l’impasse moyen terme, la sensibilité de la rentabilité boursière aux taux d’intérêt dépend de la structure du bilan de la banque.

2. Risque de taux d’intérêt et volatilité conditionnelle

Song [1994] a été le premier à utiliser une modélisation ARCH dans un cadre bancaire. Il intègre une modélisation ARCH pour pouvoir prendre en compte la variation de la sensibilité boursière au cours du temps.

Il exprime les bêtas de marché et les bêtas de taux d’intérêt du modèle de marché en rapportant les covariances conditionnelles entre les rentabilités boursières des deux facteurs à la variance respectivement de chacun des deux facteurs. Les covariances, les variances et les moyennes conditionnelles ont des expressions autorégressives. Le modèle de marché s’écrit alors :

(1.42)

avec , l’excès de rendement des actions bancaires

L’estimation de ce modèle, par la méthode des moments généralisés de Hansen (1982) sur la période juin 1976-décembre 1987 fait apparaître que le risque de taux d’intérêt supporté par les banques de dépôt n’a pas été sensible au changement de la politique monétaire en 1979. En revanche, il a augmenté significativement vers la fin de l’année 1982 quand la Fed a modifié le taux sur les réserves.

Finalement, les différentes études que nous avons présentées peuvent mettre en évidence des résultats opposés. Il en ressort toutefois qu’un certain nombre d’éléments est à l’origine d’une plus forte exposition des banques au risque de taux d’intérêt :

Dans le cas américain, les Caisses d’Epargne représentent la catégorie d’établissements de crédit la plus exposée au risque de taux (Flannery et James [1984a, 1984b], Scott et Peterson [1986], Bae [1990] et Saunders et Yourougou [1990]) et plus elles sont petites, moins elles sont aptes à se couvrir contre le risque de taux (Madura et Wiley [2000]) ;

L’exposition au risque de taux des banques augmente avec l’impasse de duration (Akella et Grenbaum [1992], Kwan [1991] et Borbolan [1998]) et l’impasse à long terme (Borbolan [1998]) car leur rentabilité boursière étant plus sensible aux variations des taux de long terme que des taux de court terme ;

Les primes de risque évoluent au cours du temps, puisqu’elles sont fonction de la volatilité conditionnelle (Elyasiani et Mansur [1998] et Tai [2000]) et influencent la rentabilité boursière des banques.

Comme nous l’avons constaté dans cette revue de la littérature, la plupart des études portant sur la mesure du risque de taux d’intérêt a été réalisée dans le cas américain. Nous avons notamment montré que certaines catégories d’établissements bancaires, comme les Caisses d’Epargne, sont plus exposées au risque de taux que les banques commerciales. Nous souhaitons maintenant savoir si cette réalité est vérifiée dans le cas français. Pour cela nous appliquons le modèle de Flannery [1981, 1983] aux différentes catégories juridiques d’établissements de crédit français sur la période 1992-1999. Nous retenons ce modèle pour une question de disponibilité des données. En effet, les données nécessaires pour estimer ce modèle sont disponibles alors que ce n’est pas le cas des données concernant la duration. Les données de marché, quant à elles, sont accessibles, mais posent un problème de liquidité, en particulier pour les établissements de faible taille dont les titres sont rarement échangés.

Section 2 : Application empirique : sensibilité de la marge d’intérêt à l’évolution des taux d’intérêt dans le cas français

Nous procédons dans cette section à l’estimation du risque de taux d’intérêt pour diverses catégories d’établissements bancaires dans le cas français. Plus précisément, nous voulons savoir si certaines catégories juridiques sont plus ou moins exposées au risque de taux d’intérêt que d’autres. Pour cela, nous reprenons le modèle de Flannery [1981, 1983], présenté dans la première section de ce chapitre.

Cette seconde section est articulée en deux paragraphes. Tout d’abord, nous rappelons succinctement l’écriture du modèle de Flannery [1981, 1983] et nous présentons la méthode d’estimation ainsi que les données exploitées. Ensuite, nous présentons les résultats de nos estimations.

I. Présentation du modèle, de la méthode d’estimation et des données

Notre démarche consiste à reprendre le modèle de Flannery [1981, 1983] en l’adaptant à notre objectif qui consiste à mesurer l’incidence directe exercée par l’évolution des taux d’intérêt sur les résultats bancaires. Dans ce qui suit, nous présentons notre version adaptée du modèle de Flannery [1981, 1983] ainsi que les données utilisées pour notre estimation.

A. Adaptation du modèle de Flannery

Nous reprenons le modèle de Flannery [1981, 1983] où les conditions de marché sont décrites par le niveau et la volatilité des taux. Toutefois, la variable cible que nous retenons pour mesurer le risque de taux d’intérêt est la marge d’intérêt et non le résultat net comme chez Flannery. Le résultat net est calculé en ajoutant à la marge d’intérêt les produits nets des commissions sur opérations financières et d’exploitation qui ne sont pas directement sensibles à l’évolution des taux d’intérêt. Ainsi, lorsque la marge d’intérêt est exposée à l’évolution des taux, la banque peut choisir d’agir sur ces produits nets hors intérêts pour compenser l’impact de l’évolution des taux sur la marge d’intérêt. Dans ce cas, considérer le produit net bancaire (PNB) ne permet pas d’isoler l’impact de l’évolution des taux d’intérêt sur la marge d’intérêt. C’est parce que dans cette étude, nous ne nous intéressons qu’au comportement du gestionnaire de bilan et choisissons d’ignorer la gestion commerciale que nous retenons la marge d’intérêt et non le PNB pour mesurer l’exposition au risque de taux d’intérêt des banques françaises.

Nous adaptons le modèle de Flannery pour ne tenir compte que des opérations génératrices de flux d’intérêts.

Le système d’équations que nous estimons est donc le suivant :

(1.43)

(1.44)

(1.45)

avec IR, les intérêts reçus,

IV, les intérêts versés,

MI, la marge d’intérêt,

B, le total du bilan,

r, le taux d’intérêt,

, la volatilité du taux d’intérêt.

Etant donné que les trois équations estimées ont la même structure, il est possible que des variables explicatives, communes à chacune de ces équations, soient omises. Dans ce cas, les erreurs des trois équations peuvent être corrélées entre elles à un moment donné. Afin de pallier cette corrélation ainsi qu’une éventuelle hétéroscédasticité, nous utilisons la méthode SUR (Seemingly Unrelated Regressions) de Zellner [1962].

De plus, les trois équations du modèle exigent deux propriétés :

  • les vitesses d’ajustement de l’actif et du passif doivent être constantes au cours de la période étudiée. Etant donné que la période retenue est relativement courte (8 ans), nous admettons que cette propriété est vérifiée ;
  • la spécification des équations du modèle doit être linéaire. Une spécification en logarithmes par exemple ne serait donc pas appropriée car elle imposerait une élasticité constante entre les taux de marché et les intérêts reçus et versés.

B. Les données

Cette application empirique est réalisée en utilisant les données comptables annuelles des banques françaises sur la période 1992-1999. Avant de présenter l’échantillon utilisé, nous précisons les spécificités des différentes catégories juridiques de banques.

1. Présentation des banques en fonction de leur statut juridique

La loi bancaire de 1984 relative à l’activité et au contrôle des établissements de crédit définit six catégories d’établissements de crédit qui se distinguent par leurs statuts juridiques et par leurs activités (Plihon [1998], Caudamine et Montier [1998]) : les banques AFB (association française des banques), les banques mutualistes et coopératives, les Caisses d’EpargneNote11. , les sociétés financières, les institutions financières spécialisées et les Caisses de Crédit Municipal.

Les banques AFB, les banques mutualistes et coopératives, les Caisses d’Epargne et les Caisses de Crédit Municipal peuvent exercer toutes les opérations de banques, à quelques restrictions marginales près :

  • Les banques AFB ont une compétence générale ;
  • Les banques mutualistes ou coopératives pratiquent les mêmes activités que les banques AFB dans le respect des limitations qui résultent des textes législatifs et réglementaires qui les régissent. Ces banques n’ont pas d’actionnaires, elles ont des sociétaires et ont des statuts spéciaux de caractère coopératif, mutualiste, non lucratif ou public. Elles ont une structure décentralisée et sont organisées en 4 réseaux (5 depuis janvier 2000 avec les Caisses d’Epargne) : le Crédit Agricole, les Banques Populaires, le Crédit Mutuel et le Crédit Coopératif.

Les Caisses d’Epargne avaient un statut particulier (ce qui n’est plus le cas depuis janvier 2000). Elles étaient sous la tutelle de l’Etat par le biais de la Caisse des Dépôts et Consignations qui gère les ressources collectées sur le livret A et une partie de la ressource collectée sur le LEP (85%) et sur le CODEVI (52.5%).

Les Caisses de Crédit Municipal ne proposent pas tous les services d’une banque, comme l’épargne logement, par exemple. Leur vocation initiale, qui consistait à attribuer des prêts sur gages en contrepartie de remise d’objets précieux, constitue encore actuellement une part importante de leur activité.

Les Sociétés Financières et les Institutions Financières Spécialisées ne peuvent pas exercer toutes les activités de banque. Elles ne sont notamment pas autorisées à collecter les dépôts à court terme de la clientèle.

Les Sociétés Financières sont des maisons de titres, des intermédiaires financiers ou des sociétés spécialisées dans une activité particulière. Leurs opérations de banque sont réglementées dans un cadre qui dépend soit de leur statut législatif et réglementaire (Sociétés Immobilières pour le Commerce et l’Industrie, Sociétés de caution mutuelle…), soit de leur agrément pour une activité précise (crédits à la consommation, crédits immobiliers, location avec option d’achat…).

Les Institutions Financières Spécialisées sont des organismes auxquels l’Etat a confié une mission permanente d’intérêt public. Elles ont été créées initialement pour distribuer des prêts bonifiés aux particuliers et aux PME dans le cadre de la reconstruction de l’industrie d’après guerre.

2. Présentation de l’échantillon

Nos données sont extraites de la base de données BankScope © FitchIBCA et sont disponibles pour 192 banques. Notre échantillon de banques est composé de 100 banques AFB, 59 banques mutualistes, 10 caisses d’épargneNote12. et 23 sociétés financières. Sur la période, les institutions financières spécialisées et les Caisses de Crédit Municipal sont représentées seulement respectivement par 5 et 1 établissements, ce qui n’est pas suffisant pour que ces deux catégories d’établissements de crédit fassent l’objet d’une estimation empirique.

La vitesse d’ajustement du bilan à l’évolution des taux de marché est un élément important de notre modèle. Nous voulons donc nous assurer que le taux de croissance du bilan ne provient pas d’éléments autres que les nouveaux actifs ou l’ajustement des anciens actifs aux nouvelles conditions du marché, comme notamment les opérations de fusions ou d’acquisitions. Pour cela, les banques, dont le taux de croissance du bilan dépasse 50% au cours d’une année, sont exclues de l’échantillon.

Nous voulons mettre en évidence une sensibilité de la marge d’intérêt éventuellement différente par rapport aux taux de court terme et aux taux de long terme. Nous nous intéressons en particulier à la sensibilité de la marge d’intérêt au taux 1 an et au taux 10 ans. Ces séries de taux annuels sont extraites de Datastream. La volatilité de ces taux est mesurée à partir de l’écart-type des taux mensuels autour de leur moyenne annuelle.

Nous estimons maintenant la sensibilité de la marge d’intérêt à l’évolution des taux d’intérêt 1 an et 10 ans, tout d’abord en données de panel pour l’ensemble des établissements de crédit français puis en distinguant 4 panels de catégories juridiques de banques.

II. Risque de taux d’intérêt des banques françaises : une exposition plus marquée pour les Caisses d’Epargne

Tout d’abord, nous présentons les résultats de l’estimation du modèle de Flannery modifié. Puis, à partir des coefficients obtenus, nous estimons les maturités implicites des avoirs et des engagements des banques par catégorie juridique ainsi que l’impact des taux court terme et long terme sur la marge d’intérêt.

A. Sensibilité de la marge d’intérêt à l’évolution des taux

Le modèle est estimé, sur la période 1992-1999, en considérant l’ensemble des banques françaises puis en les regroupant en fonction de leur statut juridique. Pour chacun de ces échantillons, nous comparons la sensibilité de la marge d’intérêt au taux 1 an et au taux 10 ans. Les résultats de ces estimations sont synthétisés dans les tableaux 3 et 4.

Le modèle de Flannery [1981, 1983] permet de bien expliquer les intérêts reçus, versés et la marge d’intérêt, quels que soient les catégories d’établissements de crédit et les taux considérés. Aucun des R2 n’est inférieur à 0.79.

Tableau 3 : Sensibilité des intérêts reçus, des intérêts versés et de la marge d’intérêt à l’évolution du taux d’intérêt 1 an
  Constante Variable
retardée
Taux Volatilité Taux
*tcta1
R2 Nombre d’observations
Ensemble des banques françaises
IR -0.0011 0.9464 -0.0205 0.3348 1.1592 0.86 1344
  (-0.63) (128.13) (-0.44) (1.89) (13.39)    
IV -0.0028 0.9464 0.0082 0.1912 0.8811 0.86 1344
  (-1.75) (127.95) (0.19) (1.19) (11.23)    
MI 0.0017 0.9465 -0.0287 0.1437 0.2781 0.86 1344
  (2.21) (128.24) (-1.47) (1.94) (7.65)    
Banques AFB
IR -0.0002 0.9129 0.0540 0.0143 0.9743 0.80 700
  (-0.04) (75.19) (0.79) (0.06) (8.92)    
IV -0.0027 0.9129 0.0777 -0.1247 0.6670 0.80 700
  (-1.16) (75.01) (1.30) (-0.55) (6.98)    
MI 0.0025 0.9131 -0.0237 0.1390 0.3073 0.82 700
  (1.96) (75.05) (-0.71) (1.09) (5.77)    
Banques Mutualistes
IR 0.0060 0.8168 -0.0090 0.9020 0.8552 0.83 413
  (4.44) (56.70) (-0.26) (7.48) (8.38)    
IV 0.0019 0.8267 -0.0233 0.7122 0.6960 0.82 413
  (1.51) (57.30) (-0.69) (5.90) (6.74)    
MI 0.0026 0.8783 -0.0256 0.1827 0.1541 0.92 413
  (4.91) (70.78) (-0.19) (3.87) (3.91)    
Caisses d’Epargne
IR 0.0139 0.5822 0.2074 -0.0316 0.5945 0.96 70
  (7.65) (14.66) (8.34) (-0.50) (5.61)    
IV 0.0092 0.5924 0.1526 -0.1325 0.4852 0.92 70
  (6.81) (14.86) (7.55) (-2.26) (5.07)    
MI 0.0044 0.5713 0.0539 0.1034 0.1123 0.87 70
  (6.83) (14.59) (3.37) (2.10) (1.41)    
Sociétés Financières
IR -0.0008 0.9980 -0.1214 0.4234 2.4395 0.90 161
  (-0.09) (58.20) (-0.56) (0.51) (6.62)    
  -0.0028 0.9981 -0.0860 0.3862 2.1266 0.90 161
  (-0.36) (57.92) (-0.42) (0.50) (6.17)    
MI 0.0020 0.9984 -0.0357 0.0381 0.3128 0.92 161
  (0.81) (57.53) (-0.54) (0.15) (2.81)    

1 tcta : taux de croissance de l’actif.

() : t de Student. Les coefficients en gras sont significatifs au seuil de 5% et ou 1%.

Tableau 4 : Sensibilité des intérêts reçus, des intérêts versés et de la marge d’intérêt à l’évolution du taux d’intérêt 10 ans
  Constante Variable
retardée
Taux Volatilité Taux
*tcta1
R2 Nombre d’observations
Ensemble des banques françaises
IR -0.0006 0.9492 0.0628 -0.7855 0.9155 0.86 1344
  (-0.24) (128.13) (1.42) (-3.39) (13.33)    
IV -0.0010 0.9492 0.0505 -0.7495 0.6880 0.86 1344
  (-0.40) (128.04) (1.26) (-3.57) (11.05)    
MI -0.0004 0.9493 0.1224 -0.0360 0.2275 0.86 1344
  (0.30) (128.24) (0.66) (-0.37) (7.87)    
Banques AFB
IR 0.0012 0.9174 0.0886 -0.9437 0.7818 0.80 700
  (0.29) (75.47) (1.36) (-2.79) (9.03)    
IV 0.0009 0.9174 0.0591 -0.9002 0.5283 0.80 700
  (0.23) (75.38) (1.04) (-3.04) (6.97)    
MI 0.0003 0.9175 0.0295 -0.0436 0.2535 0.82 700
  (0.17) (75.33) (0.931) (-0.26) (5.98)    
Banques Mutualistes
IR -0.0008 0.8523 0.1542 -0.2334 0.6790 0.79 413
  (-0.36) (55.70) (4.24) (-1.29) (7.65)    
IV -0.0024 0.8593 0.1140 -0.3499 0.5618 0.79 413
  (-1.16) (58.19) (3.43) (-2.06) (6.59)    
MI 0.0011 0.8951 0.0234 0.0772 0.1135 0.92 413
  (1.49) (70.18) (1.89) (1.23) (3.63)    
Caisses d’Epargne
IR 0.0086 0.4864 0.3009 0.2946 0.3892 0.94 70
  (4.06) (7.31) (8.03) (2.58) (3.91)    
IV 0.0066 0.4864 0.2111 0.1471 0.3817 0.90 70
  (3.67) (7.20) (8.21) (1.80) (4.96)    
MI 0.0020 0.4877 0.1096 0.1469 0.0077 0.83 70
  (2.35) (7.35) (5.47) (1.92) (0.12)    
Sociétés Financières
IR 0.0035 0.9968 -0.0201 -1.2611 1.8202 0.90 161
  (0.27) (57.73) (-0.10) (-1.15) (6.24)    
IV 0.0021 0.9969 -0.0164 -1.1403 1.5548 0.90 161
  (0.17) (57.41) (-0.08) (-1.10) (6.67)    
MI 0.0014 0.9972 -0.0039 -0.1205 0.2653 0.92 161
  (0.35) (56.98) (-0.06) (-0.37) (3.05)    

1 tcta : taux de croissance de l’actif.

() : t de Student. Les coefficients en gras sont significatifs au seuil de 5% et ou 1%.

Les coefficients associés aux valeurs retardées des intérêts reçus (), des intérêts versés () et de la marge d’intérêt () sont inférieurs à 1, comme le préconise le modèle, et sont tous significativement positifs.

Un coefficient retardé élevé exprime une dépendance très forte des avoirs et des engagements d’une période avec ceux de la période précédente. La structure du bilan ne s’ajuste donc peu aux nouvelles conditions du marché, elle présente une forte inertie qui provient d’une part importante des opérations à taux fixe dans le bilan qui ne sont pas à maturité. Lorsque nous distinguons les banques en fonction de leur statut juridique, nous constatons que c’est le bilan des sociétés financières qui présente l’inertie la plus forte, avant les banques commerciales, les banques mutualistes et les Caisses d’Epargne, et ceci quel que soit le taux considéré. Le coefficient des sociétés financières est quasiment égal 0.99. Le fait que les sociétés financières ne soient pas autorisées à collecter des dépôts court terme auprès de leur clientèle implique une part des ressources long terme dans leur bilan plus importante que pour les autres catégories d’établissement de crédit.

En d’autres termes, c’est le bilan des caisses d’Epargne qui est le plus sensible aux nouvelles conditions du marché avec une vitesse d’ajustement à l’évolution du taux 10 ans de 0.5123 et du taux 1 an de 0.4287.A l’inverse, le bilan des banques mutualistes est plus sensible à l’évolution du taux 1 an (V= 0.1217) que du taux 10 ans (V=0.1049). Les banques AFB et les sociétés financières, quant à elles, ne font pas apparaître de différence de sensibilité du bilan aux taux 1 et 10 ans.

La marge d’intérêt des banques françaises est insensible aux variations des taux d’intérêt à l’exception de celle des Caisses d’Epargne qui bénéficie de la hausse des taux : seul le coefficient de sensibilité de la marge d’intérêt aux variations des taux d’intérêt, γ2, des Caisses d’Epargne est significatif. Les caisses d’Epargne bénéficient d’ailleurs plus de la hausse du taux 10 ans (γ2=0.1096) que du taux 1 an (γ2=0.0539).

La marge d’intérêt des banques mutualistes est également sensible à la volatilité du 1 an (0.1827), et d’ailleurs plus largement que la marge d’intérêt des Caisses d’Epargne (0.1034). Cet effet positif de la volatilité des taux se justifie par l’existence d’une relation positive entre le niveau des taux et leur volatilité, mise en évidence par Paillier [2000] qui estime empiriquement les interactions entre les taux et la volatilité le long de la structure par terme des taux français à l’aide d’un modèle VECM-GJR (Glosten, Jagannathan et Runkle [1993]) multivarié. L’annexe 1 synthétise les résultats de l’estimation de la méthode utilisée par Paillier [2000] appliquée à 4 taux français (1 mois, 3 mois, 6 mois et 10 ans)Note13. .

Ces premiers résultats font apparaître que les Caisses d’Epargne sont les établissements les plus exposés au risque de taux d’intérêt.

B. Estimation des maturités implicites

Le tableau 5 présente les maturités implicites de l’actif et du passif du bilan des banques françaises par catégorie juridique.

Tableau 5 : Maturités implicites (en années)
  Ensemble des banques Banques AFB Banques Mutualistes Caisses d’Epargne Sociétés Financières
Taux 1 an          
Actif 17.66 10.48 4.46 1.39 499
Passif 17.66 10.48 4.77 1.45 525.32
Ecart 0 0 -0.31 -0.06 -26.32
Taux 10 ans          
Actif 18.69 11.11 5.77 0.95 311.50
Passif 18.69 11.11 6.11 0.95 321.58
Ecart 0 0 -0.34 0 -10.08

Les plus ou moins fortes inerties du bilan sont le reflet de maturités implicites des avoirs et des engagements qui sont parfois très élevées comme c’est le cas pour les sociétés financières. Ces maturités sont toutefois à prendre avec précaution car elles indiquent plus des tendances, qui permettent d’établir des comparaisons entre les maturités des différentes catégories d’établissement de crédit, que des grandeurs absolues.

De manière générale, l’écart de maturité entre l’actif et le passif est très faible pour l’ensemble des établissements français.

C. Impact à court terme et à long terme de l’évolution des taux sur la marge d’intérêt

Afin de compléter l’étude de l’impact du niveau et de la volatilité des taux sur la marge d’intérêt, nous testons, à l’aide du test de Wald, l’impact sur la marge d’intérêt d’une variation de 1 point de % du niveau des taux à court terme et à long terme mais également de la volatilité à court terme. Nous nous intéressons également à l’effet de l’évolution des conditions de marché sur l’écart entre la vitesse d’ajustement de l’actif et celle du passif.

Dans le tableau 6, mesure l’écart entre la vitesse d’ajustement de l’actif et du passif. et traduisent l’impact à court terme du niveau (de la volatilité) des taux respectivement sur l’écart entre les intérêts reçus et les intérêts versés et sur la marge d’intérêt. De même, et mesurent l’impact, mais à long terme, directement et indirectement, du niveau des taux sur les intérêts des banques.

Aucun des coefficients mesurant l’écart entre la vitesse d’ajustement de l’actif et du passif n’est significatif, quel que soit l’échantillon considéré.

Les résultats mis en évidence dans les tableaux 3 et 4, notamment pour l’impact de l’évolution des taux sur la marge d’intérêt, sont confirmés.

Seules les Caisses d’Epargne et les banques mutualistes sont exposées au risque de taux d’intérêt. Les niveaux des taux 1 an et du 10 ans ont un impact significatif au seuil de 1% à court terme et à long terme sur la marge d’intérêt des Caisses d’Epargne. La marge d’intérêt des banques mutualistes est également sensible au niveau du taux 10 ans, mais au seuil de 5%.

Tableau 6 : Effet net d’une variation de 1 point de % des taux d’intérêt et de la volatilité
  Ensemble des banques Banques AFB Banques Mutualistes Caisses d’Epargne Sociétés Financières
Taux 1 an
α11 0.00 0.00 1.85 0.90 0.01
α22 2.16 0.51 0.66 10.68*** 0.29
γ2 2.17 0.51 0.04 11.47*** 0.30
  2.03 2.15 0.73 10.71*** 0.02
  2.04 0.50 0.04 13.21*** 0.01
α33 3.73* 1.21 9.41*** 3.90** 0.02
3 3.75* 1.21 14.95*** 4.40** 0.02
Taux 10 ans
α11 0.00 0.00 0.95 0.00 0.00
α22 0.44 0.88 5.85** 28.73*** 0.00
γ2 0.44 0.88 3.56* 29.87*** 0.00
  0.44 0.88 5.12** 61.67*** 0.00
  0.44 0.88 3.88** 63.48*** 0.00
α33 0.14 0.07 2.07 3.62* 0.14
γ3 0.14 0.07 1.50 3.68* 0.14

(***), (**) et (*) indiquent que les coefficients sont significatifs respectivement au seuil de 1 % , de 5 % et de 10%

Comme cela a déjà été souligné précédemment, cette plus forte exposition au risque de taux d’intérêt que les autres établissements de crédit peut avoir plusieurs origines. Elle peut provenir d’une activité moins diversifiée compte tenu du poids important de la ressource réglementée dans le bilan et d’une activité de couverture contre le risque de taux d’intérêt moins développée.

A nouveau, seuls les résultats des Caisses d’Epargne et des banques mutualistes sont sensibles à la volatilité, mais uniquement à celle du taux 1 an qui, sur la période étudiée, est beaucoup plus volatil que le taux 10 ans.

En résumé, cette étude confirme les résultats des études américaines selon lesquels les Caisses d’Epargne sont les établissements de crédit les plus exposés au risque de taux d’intérêt.

CONCLUSION

Dans ce premier chapitre, nous avons répertorié les mesures du risque de taux d’intérêt selon deux approches : nous avons mesuré le risque de taux d’intérêt à partir de données comptables et de données de marché. Mesurer le risque de taux d’intérêt à partir de données comptables permet de mettre en évidence la sensibilité des résultats bancaires à l’évolution des taux. Mesurer le risque de taux au niveau de la valeur de marché, présente une qualité indéniable puisqu’elle prend en compte l’incertitude et les anticipations des investisseurs sur les marchés. Cette incertitude qui s’est largement accrue depuis le milieu des années 80 ne peut effectivement être ignorée.

Il ressort de cette revue de la littérature que connaître la sensibilité des résultats des banques à l’évolution des taux d’intérêt et prendre en compte l’incertitude sur les marchés doivent constituer la base d’une méthode de gestion du risque de taux d’intérêt. Ces résultats nous conduisent, pour gérer le risque de taux d’intérêt d’une banque, à retenir une méthode fondée sur le principe du modèle de choix de portefeuille qui consiste à déterminer la répartition optimale entre les opérations d’un bilan en arbitrant entre le rendement du bilan et son risque. La construction d’une telle méthode de gestion du risque de taux d’intérêt est détaillée dans le chapitre suivant.

Nous avons également mesuré le risque de taux d’intérêt, en appliquant une version modifiée du modèle de Flannery [1981, 1983] au cas des établissements de crédit français sur la période 1992-1999. Il ressort de cette étude que ce sont les Caisses d’Epargne et, dans une moindre mesure, les banques mutualistes qui sont les plus exposées au risque de taux d’intérêt.

Les résultats que nous obtenons dans ce chapitre soulignent tout particulièrement l’intérêt de bâtir un modèle de gestion du risque de taux d’intérêt adapté aux besoins des Caisses d’Epargne.

Annexe 1 : Estimation de la transmission du niveau et de la volatilité des taux le long de la structure par terme des taux français à partir d’un VECM-GJR, sur la période du 1/01/1996 au 31/12/1999

Les 4 taux retenus dans cette étude ont été choisis parmi 8 (1 mois, 3 mois, 6 mois, 12 mois, 2 ans, 3 ans, 5 ans et 10 ans) en utilisant le critère d’information de Schwarz dans les modèles à correction d’erreur (VECM).

Comme cela a été fait dans Paillier [2000], nous présentons mais de manière très synthétique, les propriétés statistiques des séries de taux d’intérêt. Nous étudions ensuite les relations de causalité qui existent entre les taux. Nous présentons enfin la modélisation que nous avons utilisée pour modéliser les interactions entre les taux et leur volatilité ainsi que les résultats des estimations.

1) Propriétés statistiques des séries de taux d’intérêt

Nous étudions les propriétés statistiques des séries de taux d’intérêt notamment leur non stationnarité (test de racine unitaire de Philipps Perron [1988], tableau 1.1), leur non normalité (skewness et kurtosis, tableau 1.2), la présence de corrélation sérielle (tableau 1.3) et d’hétéroscédasticité (tableau 1.4).

Tableau 1.1 : Test de racine unitaire de Phillips-Perron (1988)
  Séries en niveau Séries en variation
Taux Obs1 Processus q2 Stat t de PP3 Obs1 Processus q2 Stat t de PP3
1 mois 1044 Avec constante 6 -2.50 1043 Stochastique 6 -39.23***
3 mois 1044 Stochastique 6 -2.16 1043 Stochastique 6 -33.98***
6 mois 1044 Stochastique 6 -1.79 1043 Stochastique 6 -32.68***
10 ans 1044 Stochastique 6 -1.06 1043 Stochastique 6 -31.89***

1Nombre d’observations

2Nombre de retards retenus pour se prononcer sur la stationnarité des séries.

3Statistique t de Phillips-Perron que nous comparons aux valeurs critiques de MacKinnon (1991) -2.56, -3.44 et -3.97 au seuil de 1% respectivement des trois processus sans constante et sans trend (stochastique), avec constante et sans trend et avec constante et trend déterministe.

4(***) indique le rejet de l’hypothèse nulle au seuil de 1%.

Tableau 1.2 : Caractéristiques des séries de taux d’intérêt stationnarisées
  Moyenne Ecart-type Skewness Kurtosis
1 mois -0.0017 0.0297 -0.95 17.56
3 mois -0.0016 0.0336 -0.43 10.28
6 mois -0.0014 0.0364 0.22 11.67
10 ans -0.0012 0.0457 0.30 2.45
Tableau 1.3 : Test d’absence de corrélation sérielle pour 30 retards
Taux 1 mois 3 mois 6 mois 10 ans
LB 93.49*** 77.74*** 81.98*** 42.67*

La statistique de Ljung-Box (LB) est comparée aux valeurs critiques 50.89, 43.77 et 40.26 respectivement au seuil de 1%, 5% et 10%.(***) (**) et (*) indiquent le rejet de l’hypothèse nulle respectivement au seuil de 1%, 5% et 10%.

Tableau 1.4 : Test d’absence d’hétéroscédasticité pour 30 retards
Taux 1 mois 3 mois 6 mois 10 ans
LB2 169.94*** 107.90*** 67.34*** 84.43***

La statistique de Ljung-Box (LB) est comparée aux valeurs critiques 50.89, 43.77 et 40.26 respectivement au seuil de 1%, 5% et 10%. %.(***) (**) et (*) indiquent le rejet de l’hypothèse nulle respectivement au seuil de 1%, 5% et 10%.

2) Analyse des relations de causalité et des relations de long terme

Nous étudions les relations de causalité entre les séries de taux d’intérêt à partir du test de causalité de Granger [1969] (tableau 1.5) et du test de cointégration de Johansen [1991, 1995] ( tableau 1.6).

Tableau 1.5 : Test de causalité de Granger [1969] avec 2 retards
  Obs Statistique F Probabilité
3 moisne cause pas au sens de Granger1 mois 1043 30.73 1.1E-13
1 moisne cause pas au sens de Granger3 mois   10.26 3.9E-05
6 moisne cause pas au sens de Granger1 mois 1043 19.37 5.5E-09
1 moisne cause pas au sens de Granger6 mois   3.15 0.04348
10 ansne cause pas au sens de Granger1 mois 1043 5.13 0.00608
1 moisne cause pas au sens de Granger10 ans   2.32 0.09838
6 moisne cause pas au sens de Granger3 mois 1043 16.66 7.6E-08
3 moisne cause pas au sens de Granger6 mois   7.98 0.00036
10 ansne cause pas au sens de Granger3 mois 1043 1.44 0.23676
3 moisne cause pas au sens de Granger10 ans   2.53 0.08016
10 ansne cause pas au sens de Granger6 mois 1043 2.87 0.05688
6 moisne cause pas au sens de Granger10 ans   2.75 0.06408

La statistique F est la statistique du test de Wald pour l’hypothèse jointe de chaque équation. Les coefficients en gras indiquent un rejet de l’hypothèse de non causalité au seuil de 5%

Le test de causalité de Granger nous indique qu’il y a des relations bilatérales entre tous les taux monétaires. En revanche, l’évolution des taux monétaires n’influence pas celle du taux 10 ans.

Tableau 1.6 : Test de cointégration de Johansen (1991, 1995)
Valeurs propres Hypothèse de présence
de relation(s) de cointégration
   
0.0648 Aucune 69.89*** 97.13***
0.0165 Au plus 1 17.35*** 27.23***
0.0090 Au plus 2 9.44*** 9.88***
0.0004 Au plus 3 0.44 0.44

Les statistiques utilisées pour le test du ratio de vraisemblance sont la valeur propre maximale () et la Trace (). Les valeurs critiques utilisées pour ces tests sont celles des tables statistiques de Osterwald-Lenum (1992) et de Johansen et Juselius (1990). (***), (**) et (*) indiquent le rejet de l’hypothèse nulle respectivement au seuil de 1%, 5% et 10%

Le test de cointégration met en évidence la présence de 3 relations de cointégration au sein des 4 taux considérés.

Afin de tester le pouvoir explicatif des variables à long terme et de définir l’ordre des variables dans le modèle vectoriel à correction d’erreurs (VECM), nous réalisons trois tests (tableau 1.7), le test d’exclusion des variables à long terme, le test multivarié de stationnarité et le test d’exogénéité faible.

Tableau 1.7
Taux 1 mois 3 mois 6 mois 10 ans
Test d’exclusion des variables à long terme
LR 55.77*** 69.34*** 39.06*** 7.59*
Test multivarié de stationnarité
LR 5.71** 5.75** 5.87** 7.01***
Test d’exogénéité faible
LR 16.00*** 47.82*** 9.15** 2.11

Les statistiques des tests d’exclusion des variables à long terme et d’exogénéité faible suivent la loi du , celle du test multivarié de stationnarité suit la loi du , k étant le nombre de séries dans l’analyse de long terme et r le nombre de relations de cointégration déterminé par le test de Johansen (r=3). (***), (**) et (*) indiquent le rejet de l’hypothèse nulle respectivement au seuil de 1%, 5% et 10%

Le test d’exclusion de variables de long terme indique que l’OAT 10 ans pourrait être exclue de l’échantillon.

Le test multivarié de stationnarité confirme les résultats du test de Phillips-Perron [1988] : il indique que l’ensemble des séries de taux est non stationnaire.

Enfin, le test d’exogénéité faible indique que le pouvoir informatif à long terme de l’OAT 10 ans est inexistant. L’OAT 10 ans doit donc est située en quatrième position dans le VECM.

3) Modélisation multivariée des interactions entre les taux et la volatilité des taux français

Les interactions entre nos 4 séries de taux sont mises en évidence à l’aide d’un VECM-GJR (Glosten, Jagannathan et Runkle [1993]), dont l’expression est la suivante :

i = 1…n, r = 1…n-1

i = 1…n

et =1 si <0 et =0 si >0

i≠j, i=1…n

est la variation du taux de maturité i. est constituée de deux composantes : la première composante exprime l’évolution de court terme des taux et la seconde l’évolution de long terme ;

sont les relations de cointégration et s’écrivent également , avec les coefficients des relations de long terme. Les termes à correction d’erreurs associés aux vecteurs cointégrants sont décrits par  ;

exprime l’effet mémoire des taux ;

sont les innovations ;

exprime l’impact des chocs de taux sur la volatilité ;

décrit l’autocorrélation de la volatilité. Le premier terme du GJR correspond à la composante ARCH(q) alors que le troisième traduit la composante GARCH(p) ;

L’asymétrie de la volatilité du taux de maturité i est matérialisée par la présence du coefficient et de la variable muette associée au carré des chocs de taux retardés. Ainsi, la sensibilité de la variance conditionnelle à un choc négatif (<0) est de alors qu’elle est de pour un choc positif (>0).

La condition de stationnarité de la variance conditionnelle du GJR est respectée pour .

Le nombre de retards dans le VECM est retenu en utilisant le critère de Schwarz.

Les résultats du tableau 1.8 font apparaître qu’à court terme, les coefficients , j=1…3, indiquent que le 6 mois et surtout le 3 mois influencent tous les taux monétaires. En revanche le 10 ans n’est influencé par aucun taux et n’agit sur aucun taux.

A long terme, les coefficients indiquent que le 6 mois et surtout le 1 mois influencent l’évolution du 3 mois.

Il apparaît dans le tableau 1.9 que la transmission de la volatilité le long de la structure par terme des taux est explicitée par les coefficients j = 1…4. De manière générale, les chocs de taux se répercutent plus sur la volatilité qui leur est associée que sur la volatilité des autres taux. Les chocs sur le 3 mois et le 6 mois sont les variables causales des volatilités de tous les taux monétaires. En revanche, aucun choc sur les taux monétaires ne se répercute sur la volatilité de l’OAT 10 ans.

Les coefficients montrent que la volatilité des taux, excepté pour le 6 mois, est autocorrélée, notamment à long terme.

Enfin, le coefficient d’asymétrie de la volatilité est négatif, excepté pour le 6 mois, ce qui indique bien que des chocs de taux positifs engendrent plus de volatilité que des chocs de taux négatifs.

Tableau 1.8 : VECM(1)
  1 mois 3 mois 6 mois 10 ans
(1 mois) 0.2.834
(-8.54)
0.0293
(0.78)
0.0634(1.51) -0.0122(-0.23)
Eqn153.gif (3 mois) 0.1386(4.15) -0.0782(-2.05) 0.1502(3.55) -0.0404(-0.75)
(6 mois) 0.0690
(2.25)
0.1126
(3.22)
-0.1073
(-2.76)
-0.0008
(-0.02)
(10 ans) 0.0168
(0.83)
-0.0008
(-0.04)
0.0218
(0.85)
0.0191
(0.58)
(1 mois) -0.0345
(-2.20)
0.0992
(5.54)
0.0218
(1.09)
-0.0004
(-0.02)
(3 mois) 0.0208
(1.01)
-0.1560
(-6.61)
-0.0176
(-0.67)
0.0054
(0.16)
(6 mois) 0.0105
(1.02)
0.0543
(4.62)
-0.01155
(-0.88)
-0.0097
(-0.58)
Observations 1043
R2 0.1020 0.0707 0.0278 0.0026

Les coefficients entre parenthèses sont les statistiques t de Student. Les coefficients en gras sont significatifs au seuil de 5%.

Tableau 1.9 : GJR(1,1) multivarié
  1 mois 3 mois 6 mois 10 ans
  0.0003
(17.09)
0.0003
(8.68)
0.0006
(10.89)
0.0003
(3.43)
(1 mois) 0.7042
(20.19)
0.2628
(5.71)
0.1718
(6.07)
0.0066
(0.34)
(3 mois) 0.0780
(8.16)
0.3689
(15.90)
0.3269
(4.22)
0.0084
(0.45)
(6 mois) 0.0304
(3.42)
0.0037
(0.33)
0.0921
(3.36)
-0.0150
(-1.43)
(10 ans) -0.0050
(-1.67)
0.0107
(1.41)
-0.0082
(-1.57)
0.1373
(3.49)
  -0.4156
(-9.23)
-0.1485
(-3.29)
0.4919
(5.23)
-0.1135
(-2.86)
  0.1466
(3.36)
0.2610
(5.22)
-0.0220
(-1.21)
0.7719
(12.94)
(1 mois) - 0.3693
(17.85)
0.3754
(14.00)
0.5298
(15.22)
(3 mois) - - 0.1374
(2.21)
0.2689
(4.88)
(6 mois) - - - 0.3246
(5.00)
Stationnarité 0.75 0.83 0.81 0.85
Skewness -1.89 -0.74 -0.01 0.18
Kurtosis 21.07 11.41 12.58 2.00
LB(30) 41.51* 78.85*** 44.66** 40.02
LB2(30) 6.47 7.73 7.84 20.66

Les coefficients entre parenthèses sont les statistiques t de Student. La statistique de Jarque-Bera suit une loi du à 2 degrés de liberté. La statistique de Ljung-Box LB(30) calculée pour les résidus est distribuée selon une loi du p degrés de liberté. La statistique LB2(30), calculée pour le carré des résidus , est distribuée selon une loi du à q degrés de liberté.

CHAPITRE 2 : GESTION DU RISQUE DE TAUX D’INTERET BANCAIRE : UNE MODELISATION EN TERMES DE CHOIX DE PORTEFEUILLE

INTRODUCTION

Gérer le risque de taux d’intérêt constitue la seconde étape, après sa mesure, du processus de contrôle du risque de taux d’intérêt. La mesure du risque de taux indique l’évolution des résultats bancaires ou de la rentabilité boursière, selon l’approche retenue, en fonction de l’évolution des taux d’intérêt. Par conséquent, mesurer le risque de taux d’intérêt permet de connaître la structure globale du bilan à adopter, en termes d’impasses, en fonction de l’évolution attendue des taux. Cependant, la mesure du risque de taux d’intérêt n’indique pas la répartition optimale du bilan qui permet de se protéger contre une évolution défavorable des taux ou de bénéficier d’une évolution favorable. C’est la raison pour laquelle nous nous intéressons dans ce chapitre à la gestion opérationnelle du risque de taux d’intérêt.

L’objectif de ce chapitre est de proposer une méthode de gestion du risque de taux d’intérêt qui puisse être utilisée par une banque en tant qu’outil d’aide à la décision. Nous voulons définir, à court terme, la répartition optimale des opérations nouvelles d’une banque qui maximise sa marge d’intérêt pour un niveau de risque et pour des scénarios du niveau et de la volatilité des taux donnés. Un modèle de choix de portefeuille adapté à l’activité bancaire semble alors répondre à nos attentes bien que ce type de modèle ne soit pas traditionnellement utilisé pour gérer le risque de taux d’intérêt d’une banque mais pour optimiser le rendement d’un portefeuille d’actifs. En arbitrant entre le rendement et le risque associés aux opérations du bilan, ce type de modèle permet de déterminer la structure optimale du bilan d’une banque, pour des scénarios du niveau et de la volatilité des taux.

Ce problème d’allocation optimale de la structure du bilan d’un intermédiaire financier s’inscrit dans le cadre théorique du modèle de choix de portefeuille de Markowitz [1952] adapté à l’activité bancaire. Nous distinguons deux courants dans la littérature pour résoudre le problème de choix de portefeuille d’un intermédiaire financier.

Dans un premier ensemble de travauxNote14. , la banque est dirigée par un dirigeant/actionnaire adverse au risque qui maximise l’espérance de l’utilité de sa richesse de fin de période. Celui-ci sélectionne un portefeuille efficient en fonction de son arbitrage entre le rendement et le risque. Cet arbitrage dépend de ses préférences et par conséquent de son degré d’aversion au risque.

Dans un second ensemble de travauxNote15. , la banque est dirigée par des dirigeants/actionnaires neutres au risque qui peuvent diversifier leur portefeuille avec d’autres actions que celles émises par la banque. Ils maximisent la valeur actualisée de leur richesse de fin de période ou valeur de marché des fonds propres.

L’intérêt de l’un ou l’autre de ces ensembles de travaux dépend de la structure du capital et notamment des fonds propres au sein de la banque mais également de l’objectif poursuiviNote16. par les actionnaires / actionnaires-dirigeants / dirigeants. Notre travail s’inscrit dans le premier courant de la littérature qui offre un cadre d’analyse plus général permettant tout particulièrement de tenir compte de l’hypothèse d’aversion pour le risque des dirigeants de la banque qui peut résulter de leur incapacité à diversifier leur capital humain.

Cependant, pour que notre modèle puisse être adapté au bilan d’une banque, constitué de nombreuses opérations, il doit avoir une structure théorique simple dotée d’hypothèses réalistes. Il doit prendre en compte les principales contraintes réglementaires actuellement imposées par les autorités de contrôle aux établissements de crédit français. Il doit également tenir compte du fait que l’ajustement du bilan ne peut se faire qu’à la marge puisque la quasi-totalité des avoirs et des engagements n’est pas négociable. Il existe par ailleurs des rigidités dans le processus de réallocation des opérations qui découlent de contraintes de demande puisque la banque n’est pas preneuse de prix sur toutes les opérations. Il est donc nécessaire de respecter une certaine structure de la production nouvelle qui doit pouvoir toutefois varier avec plus ou moins d’ampleur selon la marge de manœuvre souhaitée.

Ce chapitre est organisé en trois sections. Nous présentons tout d’abord le cadre d’analyse des modèles de choix de portefeuille adapté à notre problématique de gestion du risque de taux d’intérêt bancaire puis les principaux modèles de ce type. Enfin, nous construisons notre modèle théorique.

Section 1 : Cadre d’analyse des modèles de choix de portefeuille adaptés à l’activité bancaire

Nous nous situons dans un modèle où l’intermédiaire financier adverse au risque évolue dans un environnement concurrentiel. Il n’a donc aucune influence sur les taux de rendement associés à chacune des opérations du bilan. Il veut connaître la répartition optimale de sa richesse initiale (capital) entre les différentes opérations de son bilan qui maximise sa richesse de fin de période. Cette répartition optimale est déterminée à l’aide du critère espérance-variance (Tarazi [1996])Note17. , c'est-à-dire en tenant compte du rendement et du risque associés aux opérations du bilan. Le modèle de choix de portefeuille adapté à l’activité bancaire permet à l’intermédiaire financier de résoudre son problème d’allocation optimale en arbitrant entre le rendement et le risque.

Dans cette section, nous rappelons le cadre général du problème de choix de portefeuille d’une banque en décrivant successivement la structure de son bilan, son comportement face au risque, sa fonction objectif et son choix optimal.

I. Structure du bilan de la banque

Les modèles présentés dans notre revue de la littérature considèrent une banque qui gère un portefeuille de titres et/ou de prêts et qui se finance par des engagements et du capital. Toutes les opérations de la banque sont exprimées en monnaie domestique. Les coûts de transaction (coûts de recherche de l’information, frais de dossiers…) ne sont pas pris en compte.

Nous considérons le cas général d’un bilan bancaire constitué de m avoirs , i=1…m, et de n engagements , i=m+1…m+n.

Sa structure est la suivante :

Tableau 1 : Structure générale d’un bilan
Actif Passif
 
K

La contrainte d’équilibre du bilan s’écrit alors :

(2.1)

est la transposée du vecteur unitaire de dimension ,

X est le vecteur des avoirs et des engagements de dimension dont la transposée est ,

K est la richesse nette de la banque (capital ou fonds propres).

Dans la littérature, les avoirs et les engagements du bilan sont souvent considérés comme risqués, le caractère risqué de ces opérations provenant de l’incertitude quant à leur taux de rendement.

Cependant, les taux de rendement associés aux engagements sont parfois considérés comme sans risque à court terme (Parkin [1970], Koehn et Santomero [1980]). Les engagements sont en effet, généralement moins risqués que les avoirs car d’une part, ils sont souvent à très court terme notamment à vue et d’autre part, ils sont souvent réglementés et ne sont donc modifiés que de manière exceptionnelle.

Certains modèles (Pyle [1971] et Rochet [1992]) considèrent également que certains avoirs peuvent être sans risque.

On suppose ici que les taux associés aux avoirs et aux engagements risqués sont aléatoires, tels que :

(2.2)

où t est le vecteur des taux incertains de dimension ,

T est le vecteur des taux espérés de dimension ,

est le vecteur des erreurs de prévision de moyenne nulle de dimension .

L’espérance, la variance et les covariances des taux sont supposées finies.

Le risque de taux d’intérêt de la banque provient de l’évolution incertaine des taux d’intérêt. Nous étudions dans le paragraphe suivant le comportement de la banque vis-à-vis de ce risque.

II. Comportement de la banque face au risque

Les préférences de la banque ainsi que son comportement face au risque sont déterminés par la forme de sa fonction d’utilité : une fonction d’utilité concave, linéaire ou convexe exprime respectivement de l’aversion, de la neutralité et de l’attrait vis-à-vis du risque, comme le représente le graphique suivant.

C’est donc le signe de la dérivée seconde de la fonction d’utilité de la richesse (fonds propres) de la banque qui indique le comportement de la banque vis-à-vis du risque.

La fonction d’utilité d’une banque adverse au risqueNote18. doit donc avoir les propriétés suivantes :

et

avec U, la fonction d’utilité,

K, la richesse.

Les préférences de la banque sont représentatives de son degré d’aversion au risque. Arrow [1965] et Pratt [1964] retiennent deux mesures pour mesurer l’aversion au risque :

  • l’aversion absolue au risque : , qui est une mesure locale de l’aversion au risque et qui dépend de la richesse.
  • l’aversion relative au risque, .

Ainsi, plus un agent est adverse au risque, plus il lui faut de richesse supplémentaire pour accroître son utilité d’une variation donnée.

Eeckhoudt et Gollier [1992] émettent deux hypothèses raisonnables quant au comportement de ces deux mesures de l’aversion au risque vis-à-vis de la richesse :

l’aversion absolue au risque d’un agent ne peut augmenter quand sa richesse augmente, .

l’aversion relative au risque ne peut diminuer quand la richesse augmente, . L’effet d’une augmentation de la richesse sur l’aversion relative au risque se décompose en deux effets, un effet positif, l’effet risque, et un effet négatif, l’effet richesse, tels que :

En considérant que l’effet risque n’est jamais dominé par l’effet richesse, l’aversion relative au risque ne peut diminuer avec la richesse. Nous avons alors nécessairement : .

Ainsi, il est recommandé que la fonction d’utilité de la banque vérifie les deux hypothèses émises par Eeckhoudt et Gollier [1992] pour que ses préférences soient bien représentées.

Dans les modèles de choix de portefeuille, la banque maximise une fonction objectif sous un certain nombre de contraintes en fonction de deux paramètres de la distribution de probabilité de la richesse, le rendement et le risque. Cette fonction objectif peut prendre différentes formes, que nous décrivons dans le paragraphe suivant.

III. Fonction objectif de la banque

Pour résoudre son problème de choix de portefeuille, la banque maximise l’espérance de l’utilité de sa richesse future, qui est approximée par une fonction objectif fonction de l’espérance et de la variance de la distribution de probabilité de la richesse de fin de période, telle que :

(2.3)

et et

avec E[ ], l’opérateur espérance mathématique,

U, la fonction d’utilité de la banque adverse au risque,

, la richesse de fin de période ou variable cible de la banque qui peut être exprimée par le rendement du capital ou le profit,

O, la fonction objectif de la banque,

et , le rendement espéré et la variance de la richesse de fin de période.

Une telle fonction objectif est caractérisée par un taux marginal de substitution du risque au rendement décroissant et est représentée graphiquement par un réseau de courbes d’indifférence de la forme suivante.

Comme le décrit l’expression (2.3), la fonction objectifNote19. dépend de la variable cible utilisée pour représenter la richesse de fin de période et des préférences de la banque dans un cadre espérance-variance.

A. Choix de la variable cible

La richesse de fin de période de la banque est telle que :

(2.4)

avec le taux de rendement du capital,

le profit.

Pour maximiser sa richesse de fin de période, la banque peut donc choisir entre deux variables cible, le taux de rendement du capital et le profit, qui sont définies respectivement par les deux relations suivantes :

(2.5)

(2.6)

avec , la transposée du vecteur des taux aléatoires de dimension telle que ,

, le vecteur dont les éléments sont tels que , i = 1…m et , i = m+1…m+n,

, le vecteur des opérations du bilan, constitué de m emplois (Xi>0, i=1…m) et de n ressources (Xi<0, i=m+1…m+n).

Les taux de rendement sont distribués selon une distribution de probabilité multivariée qui ne suit pas la loi normale puisque, comme cela est largement reconnu, la distribution des séries financières est asymétrique et leptokurtique. La non normalité de la distribution de probabilité des taux n’est toutefois pas gênante puisque seul importe le fait que la distribution de probabilité de la variable cible suive une loi normale. Or, la nature, par hypothèse, diversifiée d’un bilan et la loi des grands nombres permettent de supposer que la distribution de la variable cible retenue est normale, telle que :

et sont respectivement l’espérance et la variance du rendement du capital, et et l’espérance et la variance du profit ; T étant le vecteur des taux espérés et la matrice des variances-covariances des taux d’intérêt définie positive.

B. Description des préférences de la banque

Les préférences de la banque sont décrites par l’espérance et la variance de la distribution de probabilité de la richesse. Elles peuvent être représentées à partir de deux approches : en supposant que la distribution de la richesse suit la loi normale ou en utilisant une fonction d’utilité avec des propriétés particulières.

1) Normalité de la distribution de la richesse

La maximisation de l’espérance de l’utilité de la richesse de la banque adverse au risque revient à maximiser une fonction objectif, fonction des deux premiers moments de la distribution de la richesse (équation (2.3) page 86) :

Cette fonction objectif O peut être définie en utilisant la loi normale ou en approximant par un développement de Taylor à l’ordre 2 l’espérance de l’utilité de la richesse future.

a) Loi normale

Les préférences de l’individu sont décrites uniquement par les deux premiers moments de la distribution de la richesse, l’espérance et la variance. La normalité de la distribution de la richesse est donc une condition nécessaire pour que le raisonnement en termes d’espérance-variance soit cohérent avec celui d’espérance d’utilité.

b) Approximation de la loi normale

Cette approche peut être appréhendée en utilisant comme variable cible, le rendement du capital ou le profit. Toutefois, c’est avec le rendement du capital qu’elle est le plus souvent définie dans la littérature et que nous la présentons ici. Lorsque la richesse future est exprimée en fonction du rendement du capital, nous avons :

(2.7)

avec H, la fonction objectif de la banque fonction de l’espérance et de la variance du rendement du capital,

Ar, l’aversion relative au risque, qui ne doit pas décroître avec la richesse, ,

et , l’espérance et la variance du taux de rendement du capital.

Le taux marginal de substitution du risque au rendement est déduit de l’équation (2.7)Note20.  :

(2.8)

Cette approche est certainement la plus couramment utilisée pour résoudre le problème de choix de portefeuille, comme nous le verrons dans notre revue de la littérature. La fonction objectif de la banque peut néanmoins être obtenue en utilisant une fonction d’utilité qui a des propriétés particulières.

2) Formes spécifiques d’une fonction d’utilité concave

Plusieurs fonctions d’utilité permettent d’exprimer les préférences de la banque en fonction des deux premiers moments de la distribution de probabilité de la variable cible de la banque, notamment les fonctions d’utilité quadratique, exponentielle négative, logarithmique et puissance. Nous nous intéressons ici uniquement aux deux fonctions d’utilité les plus couramment utilisées, la fonction quadratique de Von Neumann-Morgenstern et la fonction exponentielle négative.

a) Fonction d’utilité quadratique de Von Neumann- Morgenstern

La fonction d’utilité quadratique de type Von Neumann-Morgenstern est définie par l’expression suivante :

a є R*, b et c>0 (2.9)

Cette fonction d’utilité est très souvent utilisée dans la littérature pour décrire les préférences d’un individu. Toutefois, cette fonction d’utilité ne vérifie pas la première hypothèse émise par Eeckhoudt et Gollier [1992] selon laquelle l’aversion absolue au risque ne doit pas augmenter avec la richesse. En effet, avec cette fonction d’utilité, l’aversion absolue au risque, , augmente avec la richesse :

et

Il est donc préférable d’avoir recours à une fonction d’utilité exponentielle négative qui ne présente pas cet inconvénient.

b) Fonction d’utilité exponentielle négative

La fonction d’utilité exponentielle négative est décrite par l’expression suivante :

, a є R*, b et c>0 (2.10)

Cette fonction d’utilité satisfait les deux hypothèses émises par Eeckhoudt et Gollier [1992] concernant le comportement de l’aversion absolue et de l’aversion relative au risque vis-à-vis de la richesse :

l’aversion absolue, , étant constante, n’augmente pas avec la richesse :

Note21.

L’aversion relative, , ne diminue pas non plus avec la richesse :

et

La fonction d’utilité exponentielle négative semble donc plus appropriée que la fonction quadratique de Von Neuman-Morgenstern pour décrire les préférences d’un individu adverse au risque. Avec cette fonction d’utilité, la maximisation de l’espérance de l’utilité, fonction du profit, permet d’obtenir la fonction objectif suivante (voir l’annexe 2 pour la démonstration) :

(2.11)

Les fonctions d’utilité logarithmique et puissance vérifient également les deux propriétés émises par Eeckhoudt et Gollier [1992], mais elles sont rarement utilisées pour décrire les préférences d’un agent financier ou bancaire dans le cadre des modèles de choix de portefeuille.

IV Choix optimal de la banque

La banque adverse au risque choisit toujours le portefeuille qui a la variance la plus faible pour un taux de rendement donné ou le portefeuille le plus rentable pour un niveau de risque donné. Cet ensemble de portefeuilles dits efficients est représenté par la frontière efficiente.

Le portefeuille optimal est alors situé au point de tangence entre la frontière efficiente et la carte d’indifférence : il est obtenu en égalisant le taux marginal de transformation du risque au rendement de la pente de la frontière d’efficience au taux marginal de substitution du risque au rendement de la fonction objectif qui exprime la pente de la tangente à la frontière d’efficience, comme le représente le graphique suivant :

Le niveau optimal du rendement et celui du risque dépendent donc de l’aversion au risque, relative ou absolue selon la variable cible considérée.

La structure générale des modèles de choix de portefeuille adaptés à l’activité bancaire étant expliquée, nous présentons les principaux modèles qui s’inscrivent dans ce cadre théorique.

Section 2 : Revue de la littérature des modèles de choix de portefeuille adaptés à l’activité bancaire

Depuis le début des années soixante-dix, de nombreux auteursNote22. ont étudié le problème de choix de portefeuille d’une banque dans le cadre de la maximisation de l’espérance de l’utilité. Parkin [1970] et Pyle [1971] ont été les premiers à modéliser le choix de portefeuille d’un intermédiaire financier. Ce cadre d’analyse a ensuite été adapté pour analyser le comportement d’un intermédiaire financier face à la mise en place et au renforcement de diverses contraintes réglementaires notamment des contraintes de réserves obligatoires (Hart et Jaffee [1974]), de composition du portefeuille d’avoirs (Kahane [1977] et Tarazi [1996]), de levier d’endettement ou de capital simple (Kahane [1977], Koehn et Santomero [1980], Kim et Santomero [1988], Tarazi [1996]) et de capital différencié (Kim et Santomero [1988], Rochet [1992] et Tarazi [1996]).

Notre objectif n’est toutefois pas d’étudier l’efficacité des différentes mesures réglementaires, puisque dans notre modèle nous supposons qu’elles sont imposées par les autorités de contrôle, mais de présenter les modèles pour analyser leurs aspects techniques. Les résultats de ces modèles en termes d’efficacité des mesures réglementaires sont donc soulignés mais ne sont pas démontrés.

Dans notre présentation des modèles de choix de portefeuille, nous nous intéressons tout d’abord aux modèles de choix de portefeuille canoniques, qui n’intègrent pas la réglementation, puis à ceux qui la prennent en compte.

I. Modèles de choix de portefeuille canoniques

Les modèles de choix de portefeuille canoniques appliqués à la banque n’intègrent pas de contraintes réglementaires. Selon l’approche considérée, ils spécifient l’expression de la fonction d’utilité (Parkin [1970]) ou non (Pyle [1971], Tarazi [1996]).

A. Approche avec une fonction d’utilité spécifique

Parkin [1970] s’intéresse au comportement de placement et d’emprunt des Maisons d’Escompte britanniques. Il fait abstraction d’un certain nombre de spécificités institutionnelles propres à ces institutions afin de modéliser leur comportement financierNote23. .

La structure générale du bilan d’une Maison d’Escompte est la suivante :

Tableau 2 : Structure du bilan du modèle de Parkin [1971]
Actif Passif
Bons du trésor (T)
Bons commerciaux (C)
Bons du Gouvernement (B)
Emprunt interbancaire (L)
Emprunt en dernier ressort auprès de la banque d’Angleterre (A)
Autres actifs (Q) Capital et provisions (E)

L’auteur pose : (2.12)

Il suppose que les fonds propres nets F ne varient pas à court terme et donc les considèrent comme étant exogènes.

Tous les avoirs sont risqués. En revanche, en ce qui concerne les engagements, Parkin [1970] suppose dans un premier temps qu’ils sont risqués et dans un second temps qu’ils sont sans risque.

1. Avoirs et engagements risqués

Etant donné que les fonds propres nets, F, sont exogènes, le vecteur des opérations que la banque cherche à déterminer est le suivant :

La contrainte d’équilibre du bilan impose :

avec (2.13)

Comme nous l’avons déjà précisé, maximiser l’espérance d’une fonction d’utilité exponentielle négative revient à maximiser la fonction objectif suivante :

(2.14)

et sont respectivement le vecteur des taux espérés et la matrice des variances-covariances des taux associés aux opérations risquées du bilan.

Ce problème de maximisation s’écrit sous la forme d’un Lagrangien, tel que :

(2.15)

La solution du Lagrangien est donnée par l’expression matricielle suivante :

(2.16)

avec et

La solution est non linéaire et dépend de l’aversion absolue au risque b. Toutefois, pour que cette solution existe, la matrice G doit néanmoins satisfaire trois propriétés (voir Parkin [1970] pour les démonstrations de ces propriétés) :

Tout d’abord, la matrice G doit être symétrique de sorte que la sensibilité de l’actif i à une variation du taux de rendement de l’actif j soit égale à la sensibilité de l’actif j à une variation du taux de rendement de l’actif i ;

Ensuite, la somme de chacune des lignes et la somme de chacune des colonnes de G doit être nulle : et . En d’autres termes, la somme des ajustements des avoirs et des engagements engendrés par une variation d’un taux de rendement anticipée doit respecter la contrainte d’équilibre du bilan ;

Enfin, les éléments de la diagonale de G ne doivent pas être négatifs, de manière à ce qu’une hausse du taux de rendement d’un avoir (engagement) n’induise pas une baisse (hausse) de sa quantité.

2. Avoirs risqués, engagements non risqués

Parkin [1970] considère dans un second temps que la période retenue est tellement courte que le coût de l’emprunt est connu avec certitude alors que le taux de rendement des avoirs reste aléatoire. Dans ce cas, les variances et les covariances des engagements sont nulles. Les éléments de ce problème s’écrivent alors :

, , , , et

avec et

La fonction objectif (2.14) et la contrainte d’équilibre (2.13) deviennent respectivement :

(2.17)

(2.18)

Le Lagrangien correspondant à ce problème de maximisation sous contraintes est le suivant :

(2.19)

Les conditions du premier ordre s’écrivent :

Nous déduisons de la deuxième condition du premier ordre : et . Or ces deux relations ne sont valables que si . En réalité, l’inégalité est toujours vérifiée. Le coût de l’emprunt en dernier ressort étant supérieur à celui de l’emprunt interbancaire, il est optimal que l’emprunt en dernier ressort soit nul.

Dans ce cas, le Lagrangien devient :

(2.20)

La solution est alors :

Les propriétés de sont proches de celles de G quoique moins strictes. En effet, Z doit être symétrique et ses éléments diagonaux doivent être non négatifs. Toutefois, la somme de chacune des lignes et de chacune des colonnes ne nécessite pas d’être égale à zéro ce qui n’implique en aucun cas que la contrainte d’équilibre du bilan soit levée.

Le modèle de choix de portefeuille peut également être résolu sans spécifier l’expression de la fonction d’utilité.

B. Approche sans spécification de la fonction d’utilité

La fonction objectif de Pyle [1971] est définie uniquement en fonction des deux premiers moments de la fonction de distribution du profit de fin de période, sans prendre en compte explicitement le coefficient d’aversion au risque. Une méthode plus couramment utilisée pour déterminer la structure optimale d’un bilan bancaire consiste à approximer la loi normale.

1. Fonction objectif définie à partir de la loi normale

Pyle [1971] met en évidence les conditions qui garantissent l’activité d’intermédiation de la banque en fonction de la distribution multivariée des taux de rendement des avoirs et des engagements du bilan. Il maximise une fonction objectif exprimée uniquement en fonction de l’espérance et de la variance du profit de fin de période.

Le bilan qu’il considère est constitué de trois actifs, un sans risque () et deux risqués, un prêt () et un dépôt (). Le vecteur X des opérations du bilan est tel que. La banque est dotée d’une richesse initiale K.

La contrainte d’équilibre du bilan est alors :

(2.21)

Les taux associés aux actifs du bilan étant notés , et , le profit s’écrit :

Si nous substituons l’expression de , déduite de la contrainte d’équilibre du bilan, dans l’expression du profit, cette dernière devient :

L’espérance et la variance du profit sont définies respectivement par les relations suivantes :

(2.22)

(2.23)

avec et , les primes de risque sur les prêts et sur les dépôts, calculées comme l’excès de rendement respectivement des taux moyens des prêts (T1) et des dépôts (T2) par rapport au taux sans risque (t0),

, et , les variances et la covariance des taux.

Pyle maximise une fonction objectif strictement concave, , par rapport à et à  :

Les quantités optimales des crédits et des dépôts, déduites des deux relations précédentes, sont alors :

(2.24)

(2.25)

avec puisque la fonction objectif de la banque dépend positivement du rendement et négativement du risque.

Le dénominateur des solutions optimales est positif tant que les taux des prêts et des dépôts ne sont pas parfaitement et positivement corrélés.

Lorsqu’un actif sans risque est présent dans le bilan, l’activité d’intermédiation de la banque est assurée si et seulement si :

Ainsi, que les rendements entre les prêts et les dépôts soient indépendants, , ou dépendants, , les conditions nécessaires et suffisantes de l’intermédiation sont une prime de risque sur les prêts positive et une prime de risque sur les dépôts négative.

De plus, l’activité d’intermédiation est d’autant plus profitable que :

  • la prime de risque sur les prêts est plus élevée et que celle sur les dépôts est plus faible,
  • le coefficient de corrélation entre les rendements des prêts et des dépôts est plus élevé,
  • l’écart-type des rendements des dépôts est plus élevé et celui sur les prêts est plus faible.

2. Fonction objectif définie à partir de l’approximation de la loi normale

Dans les modèles de choix de portefeuille canoniques, la banque détient un portefeuille de m actifs risqués qu’elle peut acheter/vendre à découvert, et donc qui peuvent être positifs ou négatifs. Cette hypothèse permet de ne pas imposer de contraintes d’inégalité, qui nécessiteraient une résolution avec la méthode de Khun et Tucker. Les engagements ne sont pas explicitement pris en compte dans ce cas de référence. Le problème de choix de portefeuille est résolu en minimisant le risque pour un niveau de rendement donné, tel que :

Min (2.26)

pour un niveau de rendement donné : (2.27)

et la contrainte d’équilibre du bilan : (2.28)

avec , la variance du rendement du capital,

, i≠j, i=1…m, la covariance entre le taux de l’opération i et celui de l’opération j,

, le rendement du capital espéré,

, i=1…m, la part des fonds propres (K>0) investie dans chaque actif i.

Le problème de choix de portefeuille de la banque peut être exprimé sous la forme du Lagrangien suivant :

(2.29)

avec , , le taux marginal de transformation entre le risque et le rendement sur la frontière d’efficience : .

La résolution du Lagrangien procure d’une part, le vecteur solution qui contient l’ensemble des combinaisons d’avoirs et d’engagements risqués qui répond au critère d’efficience dans l’espace espérance-variance et d’autre part, l’équation de la frontière d’efficience, qui permet de déterminer le taux de transformation du risque au rendement, .

La solution optimale est obtenue en égalisant le taux marginal de transformation du risque au rendement le long de la frontière d’efficience au taux marginal de substitution du risque au rendement, obtenu en approximant la fonction objectif par la loi normale (équation (2.8)).

Tarazi [1996] introduit le coût des engagements dans le modèle de choix de portefeuille de référence présenté précédemment (équations (2.26), (2.27) et(2.28)). La banque détient toujours un portefeuille de m avoirs risqués mais emprunte pour un montant Xm+1. La part des fonds propres investie dans les engagements est donc xm+1.

La contrainte de bilan (2.28) devient :

(2.30)

Tarazi suppose dans un premier temps que le coût des engagements est certain puis dans un second temps qu’il devient incertain.

Lorsque le coût des engagements est certain, l’équation (2.27) qui exprime le rendement espéré devient :

(2.31)

avec tm+1 , le coût certain de l’engagement.

La frontière d’efficience de ce problème de choix de portefeuille est linéaire : une augmentation du coût de l’engagement conduit une banque peu adverse au risque à prendre plus de risque.

Avec un coût des engagements incertain, le bilan comprend m+1 opérations risquées et non plus m. Le risque et le rendement du capital sont définis par les deux relations suivantes :

(2.32)

et (2.33)

avec Tm+1, le coût espéré des engagements.

Dans ce cas, la frontière d’efficience n’est plus une droite mais une courbe concave. Un accroissement du coût espéré des engagements incite la banque peu adverse au risque à choisir une combinaison qui réduit l’espérance de sa richesse future. Toutefois, par rapport à la situation où le coût des engagements est certain, une covariance élevée entre le rendement des avoirs et le coût des engagements peut conduire la banque, pour un même niveau d’aversion au risque à opter pour une combinaison qui procure un rendement espéré plus élevé.

C’est cette dernière approche qui a été retenue dans la littérature pour étudier l’effet sur le rendement espéré et le risque de contraintes réglementaires imposées par les autorités de contrôle.

III. Prise en compte de contraintes réglementaires

L’effet de la réglementation bancaire sur le rendement et le risque bancaire a été étudié avec des contraintes de réserves obligatoires (Hart et Jaffee [1974]), de composition du portefeuille (Kahane 1977] et Tarazi [1996]), de levier d’endettement et de capital simple (Kahane [1977], Koehn et Santomero [1980]) et de capital différencié (Kim et Santomero [1980], Rochet [1992] et Tarazi [1996]).

A. Réserves obligatoires

Hart et Jaffee [1974] analysent le problème de choix de portefeuille en présence d’une contrainte sur les réserves obligatoires mais de manière non formalisée, à l’aide de propriétés de statique comparative.

Ils supposent que la banque évolue en concurrence parfaite et que l’aversion absolue au risque n’augmente pas avec la richesse. La variable cible qu’ils retiennent est le profit.

Ils considèrent un bilan composé de m actifs , i=1…m, et de n engagements , i=m+1…m+n, tous risqués. Ils supposent que le capital est fixe et égal à zéro. L’équilibre du bilan est donc vérifié si :

(2.34)

avec , la transposée du vecteur unitaire de dimension ,

X est le vecteur de toutes les opérations risquées du bilan dont la transposée s’écrit .

Tous les actifs sont risqués car, pour les auteurs, supposer l’existence d’un actif ou d’un engagement sans risque n’est pas acceptable pour un intermédiaire financier. Bien que les taux de certaines catégories de dépôts soient parfaitement connus (ils sont fixés à la date de souscription du contrat et sont garantis jusqu’à leur échéance), les maturités du bilan ne peuvent être parfaitement adossées, la fonction première de la banque étant de transformer les ressources de court terme en avoirs de long terme.

Le risque du bilan est mesuré par l’écart-type : , Ω étant la matrice des variances-covariances.

La fonction d’utilité de la banque n’est pas spécifiée et est fonction de l’espérance et de l’écart-type. La banque maximise le rapport entre le rendement et le risque :

(2.35)

Les autorités de contrôle imposent à l’intermédiaire financier de constituer des réserves obligatoires pour un montant , dont le taux de rendement est T1, de sorte que :

(2.36)

avec , le taux de réserves obligatoires appliqué à l’engagement i, .

Enfin, pour s’assurer que le profit ait une valeur nette anticipée positive, les auteurs supposent que maximise , i=1…m, j=m+1…m+n .

Hart et Jaffee [1974] établissent sept théorèmes à l’aide de propriétés de statique comparative. Ces théorèmes démontrent que la frontière efficiente est linéaire dans l’espace espérance - écart-type et passe par l’origine. Par conséquent, s’il existe une solution efficiente, toute autre solution proportionnelle est également efficiente. Ce résultat est conforme au théorème de séparation de Tobin [1958] selon lequel la composition du portefeuille peut être déterminée indépendamment du volume d’activité. De plus, cette solution est indépendante des préférences de l’intermédiaire financier.

Les auteurs reconnaissent néanmoins que les résultats obtenus dépendent de façon étroite des hypothèses retenues. Ce constat est aussi mis en évidence par Kahane [1977]. En effet, la linéarité de la frontière efficiente dans l’espace espérance - écart-type provient des hypothèses de nullité du capital et de concurrence parfaite.

Compte tenu de la nullité du capital, ces résultats constituent néanmoins une bonne approximation de l’allocation optimale du bilan, tout en tenant compte des réserves obligatoires, lorsqu’on considère un intermédiaire qui agit avec un ratio engagements sur fonds propres très élevé alors que les fonds propres sont négligeables.

B. Contraintes de structure du portefeuille d’actifs

L’effet d’une contrainte sur la composition du portefeuille est étudié par Kahane [1977] par une approche graphique, que nous ne restituons pas ici.

En revanche, Tarazi [1996] étudie cette problématique par une approche formalisée. Sa contrainte sur la structure du portefeuille d’avoirs se traduit par le fait que les autorités imposent à la banque de détenir un certain montant de l’actif Xm (en proportion xm) tel que :

xm =α (2.37)

Les équations (2.30) et (2.31) deviennent alors :

(2.38)

(2.39)

Il ressort néanmoins, quelle que soit l’approche retenue, qu’une contrainte sur la composition du portefeuille limite nullement le risque du portefeuille, et bien plus, conduit la banque à réallouer son portefeuille en faveur d’un portefeuille plus risqué.

C. Contrainte de levier d’endettement et contrainte de capital simple

Kahane [1977], Koehn et Santomero [1980], Kim et Santomero [1988] et Tarazi [1996] intègrent une contrainte de levier d’endettement et/ou une contrainte de capital simple, selon les modèles, dans le modèle de choix de portefeuille. En effet, imposer un montant d’endettement maximum par rapport au capital ou un montant minimum de fonds propres pour un portefeuille d’actifs donné sont des approches équivalentes pour tenter de limiter le risque supporté par les banques.

On considère un bilan constitué de m avoirs, Xi >0 i=1…m, et d’un seul engagement Xm+1 <0.

Le levier d’endettement, k, est défini en rapportant les engagements (dépôts) au capital :

(2.40)

La contrainte de capital simple définit une valeur minimum pour le rapport entre le capital et le montant du portefeuille d’actifs, telle que :

(2.41)

En considérant l’équation (2.41) sous forme d’égalité, on a :

Ce problème de choix de portefeuille est résolu avec différentes approches selon les auteurs : graphiquement par Kahane [1977] et de manière formalisée par Koehn et Santomero [1980], Kim et Santomero [1988] et Tarazi [1996], en considérant que le coût des engagements est certain (Kahane [1977], Koehn et Santomero [1980] et Kim et Santomero [1988] et Tarazi 1996]) ou incertain (Tarazi [1996]).

Finalement, quelle que soit la modélisation retenue, les auteurs s’accordent et montrent qu’une contrainte sur l’endettement ou une contrainte de capital simple conduisent à accroître le risque du portefeuille d’actifs.

Plus précisément, les quantités optimales de la part des actifs dans le capital dépendent des paramètres de la distribution multivariée des taux de rendement, de la contrainte de capital et de l’aversion relative au risque de la banque.

Ainsi, une augmentation de la contrainte de capital conduit les banques à accroître la détention d’actifs risqués, ce qui ne correspond pas au résultat attendu par les autorités bancaires.

L’inefficacité de la mise en place d’une contrainte de capital indifférencié provient de la présence des préférences de la banque dans la solution optimale puisque plus l’aversion au risque est faible, plus l’élasticité de la demande d’actifs risqués à une augmentation du capital est élevée. Les banques les moins adverses au risque contournent la réglementation sur le capital en augmentant la quantité d’actifs risqués dans leur portefeuille.

L’inefficacité des contraintes sur la composition du portefeuille et de capital simple a conduit Kim et Santomero [1988], Tarazi [1996] et Rochet [1992] à prendre en compte des contraintes de capital différencié.

D. Contraintes de capital différencié

Les contraintes de capital différencié de Kim et Santomero [1988], Tarazi [1996] et Rochet [1992] se distinguent par la nature de leurs pondérations. Les pondérations du risque de Kim et Santomero [1988] et de Tarazi [1996] ne prennent pas en compte le risque de marché contrairement à celles de Rochet [1992].

1. Pondérations indépendantes du risque de marché

Kim et Santomero [1988] et Tarazi [1996] intègrent dans le modèle de choix de portefeuille une contrainte de capital différencié de type ratio Cooke. Une telle contrainte affecte le levier d’endettement mais également la structure du portefeuille. La détention d’actifs risqués devient alors plus coûteuse car elle exige plus de fonds propres que les actifs peu risqués. Le renforcement d’un tel ratio devrait décourager les banques d’augmenter la part des actifs risqués dans leur bilan.

Le ratio de capital différencié est défini par la relation suivante :

avec wi≥0 et kp≤1 (2.42)

avec wi , i=1…m, les pondérations associées respectivement aux m actifs.

Les autorités peuvent donc agir sur kp et sur les pondérations wi .

Plus kp est faible, plus le ratio de capital est contraignant pour les banques : par exemple, =1 et =12.5 exigent respectivement que 100% et 8% des fonds propres soient au moins égaux au montant minimum de fonds propres requis pour supporter le risque de chaque actif du bilan.

De même, plus les pondérations wi sont élevées, plus le montant de fonds propres à constituer pour couvrir le risque associé à l’actif xi doit être élevé. C’est aux actifs les plus risqués que seront attribuées les pondérations les plus élevées.

La frontière d’efficience issue de ce problème de choix de portefeuille en présence d’une contrainte de capital différencié n’est pas linéaire. De plus, l’effet de la mise en place de cette contrainte dépend de l’aversion au risque de la banque.

Ainsi, une banque faiblement adverse au risque n’hésitera pas à privilégier les actifs les plus risqués pour compenser la baisse de sa rentabilité espérée engendrée par l’accroissement des fonds propres. Pour que la contrainte de capital différencié soit efficace, il faudrait attribuer des pondérations élevées aux actifs les plus rentables et les plus risqués de façon à ce que la banque ne soit pas incitée à les privilégier.

Une banque neutre vis-à-vis du risque aura le même comportement qu’une banque peu adverse au risque puisqu’elle cherche à avoir une espérance de rendement la moins faible possible.

En revanche, une banque fortement adverse au risque n’aura pas ce comportement. La mise en place de la contrainte de capital différencié sera alors efficace.

L’efficacité de cette contrainte dépend donc des pondérations octroyées à chaque actif risqué mais également de l’aversion au risque de la banque (Kim et Santomero [1988]). De plus, la non linéarité de la frontière d’efficience permet à la banque d’accroître son rendement espéré quel que soit le niveau de risque supplémentaire à supporter. Pour que la contrainte de capital différencié soit efficace, il faudrait que la frontière d’efficience soit linéaire voire horizontale (Tarazi [1996]).

Kim et Santomero déterminent des pondérations optimales qui rendent la contrainte de capital différencié efficace. Pour cela, la contrainte doit être indépendante de l’aversion au risque de la banque.

Les pondérations optimales associées à chaque actif doivent être telles que le rendement anticipé du capital soit borné par  :

(2.43)

est le rendement espéré du capital satisfaisant la contrainte de failliteNote24. ,

T0 est le coût des dépôts.

Les pondérations du risque pour chaque type d’actifs doivent être telles que la banque n’ait pas la possibilité d’augmenter le rendement anticipé du capital au-delà de en exploitant un unique actif i. La contribution de chaque actif au rendement est donc limitée par . Ainsi, l’imposition de ces pondérations doit permettre d’équilibrer les rendements nets des différents actifs par unité de capital. Les pondérations optimales sont définies par les relations suivantes :

si (2.44)

si (2.45)

Ces pondérations optimales sont donc fonction des rendements anticipés des actifs , du coût des dépôts , de la structure de la matrice des variances-covariances et de la probabilité maximale de faillite tolérée par les régulateurs. En revanche, ces pondérations ne dépendent pas de l’aversion au risque de la banque.

On constate que plus le rendement d’un actif est élevé, plus la pondération associée à cet actif est importante. En d’autres termes, plus un actif est rémunérateur, plus il est risqué :

si

De plus, si le régulateur veut diminuer la limite supérieure de la probabilité de faillite, il va augmenter le taux de capitalisation et donc les pondérations :

Finalement, l’imposition d’une contrainte de capital différencié conduit toujours la banque à réallouer son portefeuille en faveur d’actifs plus risqués afin d’augmenter le rendement brut des actifs. Mais l’accroissement du capital qui résulte de la contrainte de capital différencié n’engendre pas d’accroissement du rendement des fonds propres, puisque celui-ci est borné. Par conséquent, la probabilité de faillite des banques, mêmes les moins adverses au risque, n’augmente pas. L’objectif des régulateurs de limiter la probabilité de faillite des banques est donc atteint.

Tarazi [1996] montre que pour que la contrainte soit efficace, il faudrait que toute augmentation du risque n’ait aucun effet sur le rendement espéré ou qu’une variation infinitésimale du rendement espéré engendre un accroissement infini du risque. Ceci revient à avoir un taux marginal de transformation du risque au rendement qui tend vers l’infini et donc une frontière efficiente horizontale, telle que :

Néanmoins, une valeur infinie de signifie que la frontière d’efficience n’est au plus que quasi linéaire. La quasi-linéarité de la frontière d’efficience reflète la quasi neutralité au risque de la banque. Dans ce cas rien n’empêche la banque d’accroître infiniment son risque pour compenser la diminution du rendement espéré du capital imposée par les autorités. La contrainte de capital différencié n’est donc pas efficace dans le cas d’une banque neutre au risque.

2. Pondérations liées au risque de marché

Rochet [1992] met en évidence l’importance de retenir des pondérations en fonction du type de risque dans une contrainte de capital différencié.

Rochet [1992] considère une banque dont le bilan est composé de m avoirs risqués (Xi , i=1…m), d’un engagement risqué (Xm+1 ) et d’un engagement sans risque (X0 ). Contrairement aux modèles présentés précédemment, le modèle est organisé en deux périodes.

En t =0, la banque choisit la composition de son bilan. La contrainte d’équilibre du bilan est telle que :

(2.46)

est la valeur du capital en t =0.

En t =1 tous les actifs sont liquidés, la contrainte d’équilibre du bilan devient :

sont les taux aléatoires,

est le coût des dépôts qui comprend les coûts opératoires, les intérêts payés aux déposants et éventuellement une prime d’assurance-dépôts. La fonction de coût est strictement croissante, et ,

est la valeur finale du capital en t =1.

En exprimant l’actif sans risque en fonction des autres opérations du bilan, la valeur finale du capital s’écrit :

L’espérance et la variance de la valeur finale du capital sont définies par les relations suivantes :

(2.47)

(2.48)

La banque maximise l’espérance de l’utilité de la valeur de fin de période du capital :

(2.49)

avec N, la fonction cumulative gaussienne telle que :

et sont l’espérance et l’écart-type de la richesse de fin de période.

Lorsque le capital n’est pas contraint, la fonction objectif et la probabilité de faillite ne dépendent que de l’espérance et de la variance du rendement du capital.

En introduisant une contrainte sur le capital différencié inférieure à l’unité, telle que l’équation (2.42) , Rochet montre que le choix des pondérations (βi) en fonction du risque est crucial :

  • Si les pondérations sont proportionnelles au risque associé à chaque actif, mesuré par le vecteur ( étant la matrice des variances-covariances), l’allocation des actifs devient efficiente.
  • En revanche, comme l’ont montré Kim et Santomero [1988], si les pondérations sont uniquement liées au risque de crédit, elles peuvent induire une allocation des actifs qui n’est plus efficiente bien que le risque de faillite soit toujours limité : le montant total des actifs risqués diminue mais le portefeuille est réalloué en privilégiant les actifs les plus risqués aux dépens des actifs les moins risqués. L’effet total engendre alors un accroissement du risque car il semble que l’effet réallocation domine l’effet taille.

Les modèles de maximisation à court terme de l’espérance de l’utilité de la richesse de fin de période, présentés dans cette revue de la littérature se distinguent par leur fonction objectif, la variable cible et les contraintes réglementaires retenues. Plusieurs spécificités quant à leur modélisation ont été mises en évidence.

La fonction objectif peut être déterminée en considérant une forme spécifique ou une forme générale d’une fonction d’utilité concave. Lorsqu’on choisit de spécifier la fonction d’utilité de la banque, il est préférable de retenir une fonction d’utilité exponentielle négative, comme le fait Parkin [1970], qui satisfait les relations requises par l’aversion absolue au risque et l’aversion relative au risque vis-à-vis de la richesse.

Plusieurs contraintes réglementaires peuvent être modélisées dans les modèles de portefeuille : les contraintes de réserves obligatoires, de structure du portefeuille, de levier d’endettement, de capital simple ou de capital différencié.

Compte tenu des enseignements que nous avons tirés de cette revue de la littérature, nous proposons un modèle de choix de portefeuille qui permet de modéliser un outil de gestion du risque de taux d’intérêt tout en tenant compte de certaines contraintes réglementaires.

Section 3 : Modélisation d’un outil de gestion du risque de taux d’intérêt

Comme nous l’avons vu précédemment, le modèle de choix de portefeuille est traditionnellement utilisé pour tester l’efficacité des contraintes réglementaires. Il a l’avantage de déterminer la répartition du bilan qui permet de respecter ces contraintes réglementaires. C’est cet aspect qui nous intéresse pour résoudre notre problème de gestion du risque de taux d’intérêt bancaire. Nous voulons en effet connaître la répartition optimale du bilan, qui maximise l’utilité espérée de la banque, pour des scénarios de taux et de volatilité donnés tout en respectant la réglementation.

L’objectif de cette section est de construire un modèle qui puisse ensuite être utilisé par une banque en tant qu’outil de simulation pour gérer son risque de taux d’intérêt. Pour que notre modèle de gestion du risque de taux d’intérêt puisse être utilisable par une banque, il doit être transposable à un bilan bancaire. Cette étape est délicate, compte tenu des nombreuses opérations présentes dans un bilan mais tout à fait réalisable si le modèle a une structure théorique simple dotée d’hypothèses reflétant la réalité.

La présentation de notre modèle est organisée en trois temps. Nous précisons d’abord les hypothèses du modèle puis la fonction objectif de la banque et, enfin, les contraintes qu’elle doit respecter.

I. Hypothèses

Le cadre d’analyse général de notre modèle est le même que celui qui caractérise les modèles présentés dans notre revue de la littérature.

La banque adverse au risque opère sur des marchés incomplets et évolue dans un environnement concurrentiel ; les opérations sont exprimées en monnaie domestique et les coûts de transaction ne sont pas pris en compte.

La banque évolue dans un environnement où seul le risque de taux d’intérêt est présent et donc où il n’existe que des produits de taux. L’incertitude est liée seulement à la rémunération des actifs et des engagements. Une variation des taux n’affecte pas la valeur des actifs et des engagements ni, par conséquent, la richesse nette de la banque, ce qui revient à supposer que les actifs et les engagements ont une maturité résiduelle d’une période.

Les hypothèses spécifiques à notre modèle théorique sont les suivantes.

La banque est dotée d’un stock d’encours qui reflète ses décisions passées en matière d’emprunt et d’investissement. Les opérations du stock sont notées . Ce stock présente une forte inertie car il est majoritairement composé d’opérations avec la clientèle qui ne peuvent être liquidées au gré de la banque. L’échéancement de ses opérations, c'est-à-dire l’amortissement des emplois et la capitalisation des ressources au cours du temps, est donc exogène et ne peut être modifié. Certaines des opérations du stock sont à taux fixes alors que d’autres sont à taux variables révisables ou réglementés. Ce sont ces dernières qui exposent le profit, ou marge d’intérêtNote25. , du stock aux variations des taux d’intérêt. La marge d’intérêt du stock sensible à l’évolution des taux est donc exogène mais variable puisqu’elle dépend d’une évolution donnée des taux.

La banque se protège contre le risque de taux en ajustant son stock avec de la production nouvelle. Les opérations de la production nouvelle sont notées . C’est la répartition du montant global de la production nouvelle entre ses différentes opérations qui est déterminée de manière optimale par notre modèle de choix de portefeuille.

Les emplois sont affectés d’un signe positif et les ressources et les fonds propres d’un signe négatifNote26. .

Quatre contraintes réglementaires sont imposées par les autorités de contrôle :

  • les réserves obligatoires, qui sont recalculées à chaque période pour la totalité du bilan. Elles n’apparaissent pas dans le stock mais uniquement dans la production nouvelle ;
  • le ratio de solvabilité ;
  • le ratio de liquidité ;
  • le coefficient de fonds propres et de ressources permanentes.

La présence des contraintes de liquidité et de fonds propres et de ressources permanentes nécessite d’intégrer la notion de maturité dans le bilan. Par conséquent, nous distinguons les emplois et les ressources de court terme de ceux de long terme. Les opérations dont la durée initiale est inférieure ou égale à un an sont considérées comme étant de court terme.

Le stock et la production nouvelle sont organisés en trois compartiments, un compartiment clientèle, un compartiment financier et un compartiment fonds de roulement.

Le compartiment clientèle est constitué des emplois et des ressources clientèle, à savoir les crédits de court terme et de long terme , les réserves obligatoires , les dépôts à vue et les dépôts à terme . Toutes ces opérations sont à taux fixes à l’exception des dépôts à vue qui sont à taux réglementés :

  • La rémunération des opérations à taux fixes du stock n’est pas sensible à l’évolution des taux contrairement à celle des opérations à taux fixes de la production nouvelle. Ces dernières exposent effectivement la marge d’intérêt aux variations des taux mais uniquement au moment où elles prennent effet, lorsque les taux sont fixés.
  • Les dépôts à vue du stock et de la production nouvelle, qui comprennent l’épargne réglementée, sont risqués dans la mesure où leurs taux réglementés sont susceptibles d’être modifiés.

Le compartiment financier comprend les titres et l’emprunt sur les marchés . Ces deux opérations sont supposées être à taux variable et par conséquent exposent la marge d’intérêt du stock aux variations des taux d’intérêt.

Le compartiment fonds de roulement est composé des immobilisations et du capital , qui ne sont pas rémunérés. Ces postes sont supposés fixés puisque nous nous situons dans une problématique de court terme. Les fonds propres du stock sont définis par l’écart entre le capital et les immobilisations :

Le bilan de la banque, composé du stock et de la production nouvelle, a donc la structure suivante :

Actif
Passif
Crédits court terme
Crédits long terme
Réserves obligatoires
Dépôts à vue
Dépôts à terme
Titres Emprunts
Immobilisations Capital

avec B, le montant du bilan de la banque, composé du stock et de production nouvelle,

et , le montant du stock respectivement à l’actif et au passif,

et , le montant de la production nouvelle respectivement à l’actif et au passif,

, les opérations du stock, exogènes,

, les opérations de la production nouvelle déterminées par notre modèle de choix de portefeuille.

La condition d’équilibre du bilans’écrit alors :

(2.50)

Toutefois, nous devons distinguer le montant global de la production nouvelle à l’actif de celui du passif, car la production nouvelle n’est pas nécessairement équilibrée. En effet, en début de période, le stock est équilibré et la production nouvelle est nulle. En revanche, ensuite, l’échéancement des avoirs et des engagements du stock est tel que le stock n’a plus aucune raison d’être équilibré et donc la production nouvelle non plus. L’équilibre du bilan nécessite de prendre également en compte les deux relations suivantes :

(2.51)

(2.52)

Finalement, à chaque période, la banque est confrontée à plusieurs problèmes : l’accroissement de son bilan et donc le montant de sa production nouvelle ainsi que la répartition optimale de celle-ci.

A chaque période la banque réajuste son stock avec de la production nouvelle en fonction de l’évolution des taux et en fonction de son objectif de croissance du bilan. Compte tenu de cela, le montant et la répartition de la production nouvelle d’une période dépendent du montant du stock et de la répartition de la production nouvelle de la période précédente. Cette interdépendance justifierait un cadre d’analyse dynamique. Néanmoins, pour des raisons techniques, compte tenu de notre objectif de pouvoir transposer notre modèle à un bilan bancaire, grandeur réelle, nous retenons un cadre d’analyse statique à une seule période.

Le cadre d’analyse de notre modèle étant défini, nous spécifions maintenant notre fonction objectif.

II. Fonction objectif

Nous choisissons de spécifier la fonction d’utilité de la banque afin de pouvoir faire varier l’aversion au risque selon le degré souhaité. Les préférences de la banque sont alors représentées par une fonction d’utilité exponentielle négative :

avec a<>0, b et c>0 (2.53)

où b est le coefficient d’aversion absolue pour le risque de Arrow-Pratt, .

Comme nous l’avons déjà souligné, maximiser une fonction d’utilité exponentielle négative revient à maximiser la fonction objectif suivante :

(2.54)

avec et l’espérance et la variance de la marge d'intérêt,

X, le vecteur des opérations risquées,

T et , le vecteur des taux et la matrice des variances-covariances des taux qui varient en fonction des scénarios de taux.

La matrice des variances-covariances des taux doit être définie positive : pour . Pour qu’elle soit inversible, elle ne doit avoir aucune ligne et aucune colonne identique : les opérations du bilan qui présentent le même niveau de risque doivent donc être regroupées. C’est le cas des opérations à taux variable et à taux réglementé du stock (, et ) et de la production nouvelle (, et ) qui sont indexées sur les mêmes taux (TT, TE et TDv). Le regroupement de ces opérations conduit à exprimer le vecteur des opérations risquées tel que :

avec , qui regroupe les titres du stock et de la production nouvelle,

, qui regroupe les dépôts à vue du stock et de la production nouvelle,

, qui regroupe l’emprunt du stock et de la production nouvelle.

Le vecteur X des opérations risquées est de dimension , les immobilisations et le capital étant sans risque.

Les taux des opérations du bilan suivent une loi multivariée, qui n’est pas normale, leur distribution étant asymétrique et leptokurtique. Les taux de rendement associés à chacune de ces opérations sont indépendants du montant investi. La transposée du vecteur des taux est notée :

(2.55)

Nous précisons maintenant les différentes contraintes que doit respecter notre banque.

III. Contraintes

L’allocation optimale du bilan de notre banque doit tenir compte des contraintes réglementaires imposées par les autorités de contrôle mais doit également respecter des contraintes commerciales qui lui imposent une certaine structure du bilan.

A. Contraintes réglementaires

Quatre contraintes réglementaires sont prises en compte simultanément :

  • les réserves obligatoires (Hart et Jaffee [1974]),
  • le ratio de solvabilité de type ratio Cooke (Kim et Santomero [1988]),
  • une contrainte de liquidité, définie par un ratio emplois sur ressources de court terme,
  • une contrainte de fonds propres et de ressources permanentes, définie par un ratio ressources sur emplois de long terme.

1. Réserves obligatoires

Les autorités de contrôle imposent une contrainte de réserves obligatoires, que nous retrouvons dans Hart et Jaffee [1974]. Cette contrainte impose que le montant des réserves obligatoires représente un pourcentage des ressources qui sont ont une durée initiale inférieure ou égale à deux ans. Dans notre modèle, l’assiette des réserves obligatoires comprend uniquement les dépôts à vue. Cette contrainte est alors exprimée par la relation suivante :

, (2.56)

avec les réserves obligatoires du bilan,

les dépôts à vue du bilan,

le taux de réserves obligatoires imposé par les autorités.

2. Contrainte de capital différencié

Nous considérons une contrainte de capital différencié de type ratio Cooke où seul le risque de crédit est pris en compte. Dans ce cas, il détermine le montant de fonds propres nécessaire pour se garantir contre le risque de crédit auquel est exposée la banque. Faute de pouvoir disposer de données plus fines, nous retenons ici une définition du ratio de capital qui nous est propre, qui fait dépendre le risque de contrepartie de la durée de l’opération concernée.

La solvabilité de la banque est assurée si le rapport entre le montant des fonds propres nets et l’ensemble des risques de crédit du bilan est supérieur ou égal au seuil , fixé par les autorités de contrôle bancaire :

, (2.57)

avec , les fonds propres du bilan,

et , les pondérations traduisant le risque de crédit avec . Cette inégalité traduit le fait que le risque est plus élevé pour les échéances les plus éloignées. Le risque de défaillance est en effet plus probable à long terme qu’à court terme,

, les crédits de court terme du bilan,

, les crédits de long terme du bilan,

, le niveau du ratio de solvabilité imposé par les autorités. Plus est élevé, plus le montant des fonds propres alloués au risque de crédit est important.

2. Contrainte de liquidité

Le coefficient de liquidité doit permettre à la banque de faire face aux demandes de remboursement des déposants. Les liquidités de court terme doivent donc être au moins égales aux exigibilités de même terme.

Nous considérons que les liquidités et les exigibilités de court terme de la production nouvelle ne sont constituées respectivement que de titres et de dépôts à vue. La contrainte de liquidité est alors exprimée par la relation suivante :

(2.58)

avec , et respectivement les titres, les dépôts à vue et les fonds propres du bilan.

Coefficient de fonds propres et de ressources permanentes

Le coefficient de fonds propres et de ressources permanentes a pour objet de limiter la transformation des ressources de court terme en emplois à moyen et à long terme. Il est donc exprimé par le rapport entre la somme des fonds propres et des ressources permanentes et les emplois à moyen et long terme. Dans le cadre de notre modèle, les ressources permanentes et les emplois de moyen et long terme sont respectivement les dépôts à terme et les crédits de long terme. Le coefficient de fonds propres et de ressources permanentes a l’expression suivante :

(2.59)

est le niveau du ratio imposé par les autorités de contrôle bancaire

, et sont respectivement les fonds propres nets, les dépôts à terme et les crédits long terme du bilan.

B. Contraintes commerciales

L’allocation optimale de la production nouvelle déterminée par le modèle de choix de portefeuille en fonction de l’espérance et de la variance du profit peut indiquer des objectifs très élevés, pour certaines opérations, que la banque n’est pas en mesure d’atteindre à court terme, compte tenu de la demande de la clientèle. Pour s’assurer que les prévisions sur la structure du bilan soient réalisables à court terme, compte tenu d’une vitesse d’ajustement limitée des opérations, des contraintes commerciales qui imposent une certain structure de la production nouvelle doivent être prises en compte.

Afin de s’assurer que les objectifs déterminés par le modèle soient réalisables à court terme, nous imposons des bornes supérieures à chaque opération de la production nouvelle. Ces bornes supérieures dépendent du taux de croissance souhaité du stock des opérations risquées du vecteur X. L’intervalle fixé est plus ou moins large selon la marge de manœuvre souhaitée.

Lorsque les opérations de la production nouvelle sont à taux fixes, elles ne sont pas regroupées avec leurs homologues du stock. Le montant, déterminé par le modèle, ne prend pas en compte le stock. Il doit être supérieur, en valeur absolue, à zéro et inférieur à la borne maximale choisie, tel que :

(2.60)

(2.61)

(2.62)

(2.63)

Lorsque les opérations de la production nouvelle sont exposées au risque de taux d’intérêt, elles sont regroupées avec leurs homologues du stock dans des groupes. Leur montant, déterminé par le modèle, prend en compte le stock. Il doit être supérieur, en valeur absolue, au montant en stock et inférieur à la borne maximale choisie, de telle sorte que :

(2.64)

(2.65)

(2.66)

Le modèle que nous avons construit dans cette section est synthétisé ci-dessous. La banque est confrontée au problème suivant :

sous :

les contraintes d’objectifs des emplois et des ressources de la production nouvelle,

les contraintes réglementaires,

,

,

les contraintes de structure de la production nouvelle,

Notre modèle répond à l’objectif que nous nous étions fixé : il est doté d’une structure simple, proche de la réalité, qui permet de le transposer à un bilan bancaire. La répartition de la production nouvelle qu’il détermine est réalisable à court terme et respecte quatre contraintes réglementaires, les réserves obligatoires, le ratio de solvabilité, le ratio de liquidité et le coefficient de fonds propres et de ressources permanentes ainsi que des contraintes commerciales.

CONCLUSION

L’objectif de ce chapitre était de définir une méthode qui puisse être utilisée par une banque en tant qu’outil de simulation pour gérer son risque de taux d’intérêt. L’objectif est atteint puisque notre méthode permet de déterminer la répartition optimale de la production nouvelle d’une banque, pour différents scénarios du niveau et de la volatilité des taux et différents degrés d’aversion au risque, tout en tenant compte de la réglementation bancaire. Pour cela, nous avons dû apporter plusieurs modifications aux modèles présentés dans notre revue de la littérature.

Tout d’abord, la banque de notre modèle n’est pas créée au moment où le problème de l’optimisation de la structure de son bilan est posé. Elle existe déjà et est dotée d’un stock d’encours, dont certaines opérations sensibles aux variations des taux d’intérêt. Le problème de la banque est donc de déterminer la répartition optimale de ses nouvelles opérations mais en tenant compte de ses opérations passées non échues. Il n’y a donc pas indépendance entre la structure de la production nouvelle et le stock à taux variable.

Ensuite, quatre contraintes réglementaires sont prises en compte simultanément : les réserves obligatoires, une contrainte sur le capital différencié, une contrainte de liquidité et un coefficient de fonds propres et de ressources permanentes.

Enfin, afin de s’assurer que notre modèle procure des objectifs réalisables à court terme, compte tenu de la demande de la clientèle, la banque a la possibilité de fixer des montants à ne pas dépasser pour chaque opération.

Annexe 2 : Fonction d’utilité exponentielle négative et critère Espérance-Variance

Nous reprenons la démonstration de Eeckhoudt et Gollier [1992]. Le point de départ de la démonstration est la définition de l’équivalent certain du profit  :

(A2.1)

où E est l’espérance mathématique,

est le profit,

P est la prime de risque définie par la relation suivante :

(A2.2)

nous notons

Nous approximons le membre de gauche de l’équation (A2.2) en utilisant le développement de Taylor jusqu’à l’ordre 1 au voisinage de la prime moyenne :

(A2.3)

est supposé négligeable pour P suffisamment faible. est donc ignoré.

Nous approximons le membre de droite de l’équation (A2.2) à l’aide du développement de Taylor jusqu’à l’ordre 2 au voisinage de la marge moyenne :

(A2.4)

En égalisant les équations (A2.3) et (A2.4), l’équation (A2.2) devient :

(A2.5)

où b est le coefficient d’aversion absolue au risque,

L’équivalent certain du profit (A2.1) est finalement exprimé en fonction de l’espérance et de la variance :

(A2.6)

Ainsi, si nous considérons la fonction d’utilité exponentielle négative , la notion d’équivalent certain du profit, la fonction objectif de la banque s’écrit  :

et (A2.7)

CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

Dans cette première partie, nous nous sommes employés à dégager un cadre permettant de bâtir un modèle d’aide à la décision en matière de gestion du risque de taux d’intérêt bancaire. Dans un premier temps (chapitre 1), nous avons confronté les différentes approches qui permettent de mesurer le risque de taux d’intérêt bancaire et procédé à une analyse empirique qui met en exergue le caractère plus accentué de l’exposition à ce risque des Caisses d’Epargne, comparé aux autres catégories d’établissements bancaires. Nous avons dans un second temps (chapitre 2) construit notre propre modèle de gestion du risque de taux d’intérêt afin qu’il puisse être utilisable par une banque en tant qu’outil de simulation et d’aide à la décision dans l’allocation de ses nouvelles opérations de bilan. Plus précisément, ce modèle détermine la structure optimale de la production nouvelle en arbitrant entre le rendement et le risque du bilan. Il consiste à maximiser une fonction objectif quadratique sous des contraintes de bilan exprimées souvent sous forme d’inégalités. Compte tenu de l’expression mathématique de notre modèle, celui-ci ne peut être résolu qu’à l’aide d’un algorithme.

Nous l’expérimentons dans la seconde partie. Nous l’adaptons au bilan de la Caisse d’Epargne du Limousin et le soumettons à de nombreuses simulations. Nous faisons notamment varier le degré d’aversion au risque, le niveau de risque représenté par la matrice des variances-covariances et les taux d’intérêt. Nous analysons également l’impact des différentes contraintes sur les résultats.