Interview de Thomas Colombeau, Directeur Adjoint du pôle ALPHA-RLH


Le pôle ALPHA-RLH (Route des Lasers & des Hyperfréquences) est un pôle de compétitivité dont l’objectif est d’accompagner les entreprises et les laboratoires. En effet, les adhérents bénéficient d’une expertise et d’une aide pour la recherche de financements et la mise sur le marché de leurs projets. Thomas Colombeau, directeur adjoint du Pôle ALPHA-RLH, nous éclaire sur l’origine du pôle et ses actions dans la région Nouvelle-Aquitaine.

 

Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ?

Je suis Thomas Colombeau, directeur adjoint du pôle de compétitivité ALPHA-RLH.

Je suis issu de l’Université de Limoges, j’ai suivi mes études à Limoges jusqu’en classe préparatoire. J’ai ensuite intégré l’école d’ingénieurs ESPCI (Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielle) à Paris. Puis j’ai travaillé 8 ans dans le privé au sein du groupe THALES à Sophia Antipolis en tant que chef de projet.

J’ai ensuite été nommé directeur du pôle de compétitivité ELOPSYS. Lorsque la région Nouvelle-Aquitaine est née, ELOPSYS et le pôle Route des Lasers, situé à Bordeaux, ont fusionné pour donner naissance à ALPHA-RLH dont je suis le directeur adjoint.

 

Pourquoi le pôle de compétitivité ALPHA-RLH a-t-il vu le jour ?

En 2005, l’Etat a demandé que chaque territoire fasse remonter des écosystèmes très structurés en matière d’innovation collaborative (interactions laboratoires, formations, transfert de technologies et entreprises). Deux réponses avaient été portées par le Limousin :

  • Une réponse céramique : comment travailler de nouveaux axes de développement et se réorienter vers de nouveaux marchés, par exemple les céramiques techniques appliquées au médical
  • Une réponse autour des technologies électronique, photonique et numérique portée par le pôle ELOPSYS.

C’est dans le cadre de cette candidature que l’Université de Limoges s’est présentée comme membre fondateur et a pu en mesurer l’effet au fil des années par une augmentation de ses interactions industrielles.

 

Quels sont les bénéfices d’un accompagnement par le pôle ALPHA-RLH ?

En tant que pôle de compétitivité, nous devons être capables d’aller chercher des compétences – préférentiellement sur le territoire Néo Aquitain – pour répondre aux besoins exprimés par nos industriels. XLIM, par exemple, est un formidable vivier onnu internationalement et présentant des savoir-faire très différenciants.

Nous organisons de plus des journées techniques durant lesquelles toute la communauté concernée (par exemple Photonique, Electronique…) se réunit. Lorsque les chercheurs y assistent ils peuvent y rencontrer de nouveaux industriels et c’est dans ces temps d’échange que peuvent naître des projets collaboratifs. Ensuite notre rôle au sein du pôle est de les labelliser et d’en rechercher les financements.

A l’heure où se préfigure la mutation vers un label INSA à Limoges nous devons faire en sorte que sur nos domaines d’activité tout soit bien architecturé. Forcément sur la technopole ESTER qui pourrait concentrer l’essentiel des activités Electronique-Photonique-Numérique et Céramique cela nécessitera des aménagements en terme d’espace mais aussi en terme d’organisation. Les pôles ALPHA-RLH et Pôle Européen de la Céramique sont très actifs sur ce projet nommé PHINOA.

 

ALPHA-RLH et Aerospace Valley, quelles relations ?

Le pôle ALPHA-RLH accompagne ses membres vers quatre marchés bien définis : la santé, le bâtiment et l’énergie, les communications et la sécurité, l’aéronautique le spatial et la défense.  Ce dernier sujet est co-animé avec le pôle Aerospace Valley.

L’aéronautique est une filière où il existe des intégrateurs en Nouvelle-Aquitaine : DASSAULT, SAFRAN, THALES sont présents, plutôt vers Bordeaux, et nous offrent la possibilité de créer des collaborations avec l’écosystème local.

La dernière journée thématique co-organisée avec Aerospace Valley dans le cadre de notre domaine d’activité commun nommé PHAROS a eu lieu à Brive le 10 Juillet au sein des locaux de XLIM.

 

Les premiers prototypes du projet SAPHyR ont été dévoilés au salon du Bourget, pouvez-vous nous en dire plus ?

En discutant avec les donneurs d’ordres (AIRBUS, DASSAULT…), nous avons constaté que lorsque ces derniers dessinent l’avion du futur, ils ont de moins en moins de temps et de possibilités pour qualifier de nouvelles technologies. Après avoir fait ce constat, nous avons pris la décision avec la région Nouvelle-Aquitaine de lancer un appel à manifestation d’intérêt nommé SAPHyR. L’idée était de dire : « qu’avez-vous à nous proposer au sein de l’écosystème des technologies électroniques, photoniques, numériques pour l’avion du futur ? » Nous avons reçu 50 réponses sur tout le territoire de la Nouvelle-Aquitaine et nous avons sélectionné 10 projets. A savoir ceux que l’on jugeait le plus à même d’être accompagnés en 18 mois pour être exposés au Bourget (17 au 23 juin 2019) au stade de démonstrateurs. Sur les 10 projets sélectionnés, deux impliquent l’Université de Limoges. Cela montre que sur un territoire vaste comme le Portugal, une bonne part d’activité vient de l’Université de Limoges.

Le premier démonstrateur montrait le potentiel d’antennes intégrées dans des hublots ou dans des vitres, résultat d’un partenariat entre Saint-Gobain, CISTEME et l’Université de Limoges. Le deuxième sujet local présenté illustrait le savoir-faire Briviste concernant les radars.

 

Selon vous, la recherche doit-elle répondre à une demande ou au contraire prendre le risque de se détacher ?

Nous avons besoin des deux. Il est important que la recherche fondamentale puisse rester un peu libre et qu’elle puisse explorer, notamment pour garder un fort potentiel de valorisation. D’un autre côté les financeurs souhaitent actuellement des projets qui peuvent toucher le marché à 3 ans voir moins. Souvent, ce sont des sujets qui ont été travaillés en amont via des guichets très spécifiques et à des niveaux de TRL (maturité technologique) très bas. Ensuite, nous prenons le relais sur des niveaux de TRL un peu intermédiaires en rajoutant dans l’équation les centres de transferts et les industriels.

 

XLIM et ALPHA-RLH, quelles relations ?

XLIM est au bureau du pôle. Nous avons accompagné naturellement le Labex Sigma-Lim tout au long de sa phase 1 et dans sa candidature en phase 2. Le pôle doit soutenir ces projets très structurants :il faut que nous soyons présents dès la naissance du projet, afin d’apporter des orientations industrielles tel que demandées par les tutelles.

Nous avons aussi des relations en local avec l’IRCER (Institut de Recherche sur les Céramiques – UMR CNRS 7315) très liée au Pôle Européen de la Céramique. Nous regardons de près le potentiel des matériaux, plus particulièrement céramiques, aussi bien pour la photonique que l’électronique : depuis les céramiques transparentes utilisées dans les cavités laser jusqu’à la réalisation par technologie additive céramique de composants hyperfréquences par exemple.

 

Le pôle est-il présent à l’international ?

La dimension internationale est très importante pour le pôle car nos membres industriels exportent à 80%. Les laboratoires adhérents du pôle ALPHA RLH sont eux aussi très présents à l’international, voire très fortement dans le cas d’XLIM. Tous les ans, nous accompagnons nos membres sur des évènements majeurs emblématiques de nos secteurs d’activités. Comme par exemple EuMW (European Microwave Week), semaine européenne des micro-ondes. L’évènement comprend une conférence académique dans laquelle XLIM est très actif et une exposition sur laquelle nous sommes aux côtés de nos membres industriels. Pour l’édition 2019 (30 septembre au 4 octobre), EuMW se tiendra à Paris. Nous nous sommes aussi rendus début juin 2019 au Salon International des Micro-ondes (IMS) à Boston sur lequel le pôle et XLIM avaient un stand.