Vincent Couderc, Directeur de Recherche CNRS à XLIM


"Nous pouvons maintenant démontrer aux industriel.le.s que nous sommes capables d’apporter des solutions concrètes sur des applications comme la détection à distance"

Interview de Vincent Couderc, Directeur de Recherche CNRS au laboratoire XLIM

Leader dans des thématiques scientifiques stratégiques, le CNRS axe notamment sa politique nationale de valorisation autour de 20 domaines-clés, les « Focus Transfert ». C’est dans le cadre du focus transfert « Sources de lumière pour la santé », que les recherches d’XLIM effectuées dans l’équipe Photonique Fibre et Sources Cohérentes sur les nouvelles sources lasers à spectre large et continu, dites « supercontinuum » ont été sélectionnées par le CNRS. Elles bénéficient d’un programme de co-maturation CNRS/SATT Grand Centre.


Sur quoi portent vos recherches ? En quoi sont-elles différentes de celles faites jusqu’à présent sur les sources lasers à XLIM ?

Nos recherches portent sur des sources lasers particulières qui émettent un grand nombre de longueurs d’ondes et couvrent un spectre de l’UV visible à l’infrarouge. Elles sont réalisées avec des effets non linéaires dans des fibres optiques – ce qui signifie que le procédé de fabrication de la lumière grandit exponentiellement en fonction de la puissance.

Deux entreprises issues des recherches d’XLIM, Leukos et Horus Laser proposent des supercontinuum, avec cependant, des puissances accessibles limitées et des applications réduites en conséquence – il fallait donc trouver une solution pour augmenter de façon significative la puissance de ces sources multicolores.

Aujourd’hui, l’innovation mise au point à XLIM permet une augmentation significative de la puissance des sources avec des applications en imagerie multispectrale par lidar et en détection d’agents chimiques dispersés. En effet, si la microspectroscopie et l’imagerie cellulaire ne nécessitent pas une puissance lumineuse importante, il en est tout autrement pour l’imagerie macroscopique et l’identification de produits chimiques à distance.

Quel est le caractère novateur des sources lasers supercontinuum ? En quoi proposent-elles un nouveau concept ?

Le caractère novateur réside dans la manière d’organiser la lumière dans la fibre. Désormais, nous sommes capables de sortir beaucoup de puissance avec un faisceau laser, qui à sa sortie, garde ses qualités de directivité – ce qui n’était pas possible avec les fibres à très large coeur utilisées auparavant.

Nos sources lasers supercontinuum utilisent désormais de nouvelles fibres multimodales et des cristaux non linéaires qui peuvent supporter de très fortes énergies tout en gardant un faisceau laser homogène.

Quelles seront les applications ? Pour quels enjeux sociétaux ?

Nous travaillons déjà avec un laboratoire qui fabrique des cytomètres en flux pour le diagnostic hématologique et le dépistage de maladies infectieuses. Nous visons aujourd’hui la réalisation d’un diagnostic à distance qui permettrait d’aller plus loin dans l’imagerie médicale, mais aussi environnementale.

Il s’agit donc de détecter et de mesurer des éléments à distance pour s’en prévenir, mais aussi éviter des erreurs, comme par exemple, la présence de pesticides près d’une école.

Comment vos travaux ont-ils été détectés par le CNRS ?

Conscients des enjeux des sources lasers et avant publication de nos travaux, nous avions déjà été accompagnés par l’Université de Limoges, le CNRS et la SATT Grand Centre pour déposer trois brevets.

Comment les sources lasers supercontinuum vont-elles être valorisées dans le cadre du programme de co-maturation CNRS/SATT Grand Centre ?

Le programme de co-maturation CNRS/SATT Grand Centre a permis le déblocage de fonds par la SATT Grand Centre pour la réalisation d’un prototype pour favoriser la commercialisation de notre innovation.

Nous allons réaliser un prototype de sources avec trois sorties qui seront chacune référencées par rapport à un dépôt de brevet correspondant à trois innovations : un supercontinuum avec un cristal, un autre avec une fibre multimode et le dernier avec une fibre monomode.

Nous le comparerons ensuite avec l’existant avec pour objectif de démontrer aux industriels que notre outil permet d’obtenir plus de puissance.

Dans un deuxième temps, nous réaliserons deux démonstrations d’application, une sur imagerie biologique et l’autre sur la détection à distance.

Quels sont les avantages de cet accompagnement ?

Jusqu’à très récemment, les chercheur.e.s étaient recruté.e.s pour effectuer des recherches et les rendre visibles au travers de leurs publications. Depuis une quinzaine d’années, le CNRS souhaite systématiquement protéger les résultats des recherches effectuées dans ses laboratoires et nous accompagne sur les dépôts des brevets et leurs extensions à l’international.

Dans le cas présent, la SATT Grand Centre nous finance sur la démonstration de principe qui va permettre d’aller jusqu’à l’application, donc sur la réalisation d’un prototype de source de supercontinuum inédite et innovante. Sans ce soutien, nous nous serions arrêtés à la publication et au dépôt de brevet – nous pouvons maintenant démontrer aux industriel.le.s que nous sommes capables d’apporter des solutions concrètes sur des applications comme la détection à distance ce qui va faciliter la vente de nos brevets et le transfert de nos résultats aux entreprises.

Notre recherche ne restera donc pas dans un tiroir et va permettre à une entreprise de se développer. La nature de notre travail a changé et aujourd’hui, nous ne sommes plus confinés à une recherche fondamentale, nous devons prouver que nos recherches ont des enjeux sociétaux, peuvent faire rentrer de l’argent dans les laboratoires et peuvent bénéficier aux entreprises – donc in fine à tout un chacun.


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