Espaces, regards et histoires : une approche géo-centrée de la recherche en sciences humaines


Une journée d'étude organisée par le laboratoire EHIC (Espaces Humains et Interactions culturelles) le vendredi 29 septembre 2017

APPEL A COMMUNICATION
Espaces, regards et histoires : une approche géo-centrée de la recherche en sciences humaines
Une journée d’étude organisée par le laboratoire EHIC (Espaces Humains et Interactions culturelles) le vendredi 29 septembre 2017

La notion abstraite et polysémique d’espace est particulièrement difficile à définir. Épistémologiquement, elle recoupe pléthore de dénominations telles que l’espace cosmique, géographique, politique, social, cognitif, absolu, relatif, vécu, perçu, réel, imaginaire ou représenté. Le terme évoque d’abord, pour la science physique, la propriété d’un objet qui occupe un certain volume, nécessairement plus grand que lui, au sein d’une étendue. Mais il peut aussi renvoyer à une surface « destinée à un usage particulier » (Larousse, 2016). L’espace géographique, lui, « prend un sens qualitatif quand il est associé à une forme d’activité ou de résidence » (George et Verger, 2013). À travers ce concept-clef, nous voulons donc interroger autant l’espace occupé par le chercheur – le positionnement épistémologique au sens de standpoint (Haraway, 2009) – que celui auquel il s’intéresse et dont il fait usage. Le regard que nous portons sur le monde et l’histoire que nous racontons au cours de nos enquêtes, à notre échelle d’individu, créent et recréent perpétuellement par leur somme l’espace où nous évoluons en tant que chercheurs.

Parallèlement, les lieux qui retiennent notre attention sont le résultat d’autres interactions entre les peuples et les sociétés. Que l’aire géographique qui concerne le chercheur en sciences humaines constitue un lieu de passage maintes fois interprété ou une contrée vierge de toute conceptualisation, celui-ci propose une vision d’abord motivée par son attrait personnel pour l’endroit et sa spécificité, par une forme d’idiosyncrasie géographique. De ce choix nait la réflexion ; d’où l’indissociabilité de l’objet, en l’occurrence un objet de recherche, et de l’espace qu’il occupe. Par là même, la notion de distance physique et émotionnelle entre l’objet et le chercheur sera au cœur de la discussion.

Il convient ainsi de poser la question suivante : comment notre cognition de l’espace et du lieu nous amène-t-elle à penser ou repenser notre démarche de chercheur, notre étude des événements, des populations, des ouvrages, des œuvres d’art etc… ? En d’autres termes, il s’agit d’envisager son objet à travers le prisme géographique en interrogeant, d’une part, en quoi un environnement naturel et humain spécifique influence les perceptions réelles ou imaginées de l’espace et, d’autre part, en quoi ces interprétations ont participé et participent à la construction de l’espace étudié. Quels nouveaux éclairages le concept d’espace peut-il apporter à la recherche sur les relations entre les hommes, la nature et les arts dans le monde hyperconnecté actuel ? On pourra, en outre, s’interroger sur la façon dont la corporalité peut affecter et être affectée par la perception de l’espace. Le croisement et la hiérarchisation des points de vue au sein d’une même aire géographique se fait dans le rapport que chacun entretient avec son environnement, les représentations qu’il s’en fait et les ressources dont il dispose ou qu’il choisit pour exprimer ce rapport, lui-même modifié par de multiples facteurs technologiques et socioculturels.

En croisant les points de vue exogènes et endogènes, le lieu parait être autant le résultat que la cause de ces multiples interprétations. Il est donc question d’un processus de construction et de création d’une entité géographique par ses différents acteurs. L’espace est « la dimension spatiale de la société (…). Il est artefact, œuvre humaine, mobilisé de multiples manières, produit et composante des pratiques sociales, puisque les hommes en sont simultanément créateurs et utilisateurs » (Bavoux et Chapelon, 2014, p. 228). Les vagues de peuplement, les politiques de colonisation et de décolonisation témoignent de mouvements convergents et divergents vers des lieux parfois prisés avant d’être désertés. La confrontation des peuples, des idées et des discours génère le débat sur la définition des frontières, sur les dénominations régionales et sur l’identité composite des territoires, notion qui se distingue de l’espace en cela qu’elle désigne une étendue appropriée et aménagée par l’homme. L’espace est aussi au cœur de la narration et de l’image dans de nombreuses œuvres littéraires et visuelles qui participent à ce processus créatif.

D’un point de vue méthodologique, cette approche implique nécessairement l’utilisation d’outils transdisciplinaires, des emprunts à la géographie, la sociologie, l’anthropologie et d’autres disciplines. Elle requiert la maîtrise des nouveaux outils numériques, ainsi que le développement de nouveaux champs de recherche. On pense, entre autres, aux area studies, à la géo/écocritique et la géo/écopoétique, aux humanités environnementales, à l’écologie et la géographie culturelle et aux questions de biorégionalisme, d’identité, de justice spatiale, de géopolitique et géoéconomie. Nous souhaitons inviter des propositions qui mettent en lumière les passerelles mais aussi les éventuelles impasses entre les disciplines sur un espace commun ou des espaces différents.

Parmi les axes/ateliers qui peuvent être envisagés :

  • Narration de l’espace et cartographie littéraires
  • Interprétation et construction du paysage dans les œuvres artistiques
  • Superposition et tensions entre enjeux socio-économiques et environnementaux
  • Discours politiques, mouvements militants localisés et globalisés
  • Implication dans l’espace, corporalité, habitation
  • Conceptualisations réelles et mythiques des territoires et des frontières
  • Questions identitaires : nationalisme et transnationalisme, mémoire et commémoration
  • Langage de l’espace : toponymie et traduction des lieux

Les propositions de communication (500 mots maximum) ainsi qu’une courte biographie précisant l’affiliation et les coordonnées de l’auteur sont à adresser en format pdf à avant le 31 mars pour une réponse au 31 mai 2017.

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