Présentation

Didier Tsala Effa
et Stéphanie Walsh Matthews

Publié en ligne le 05 janvier 2018

Texte intégral

On a cru et on continue de croire qu’une relation homme-robot humanoïde sera à même de satisfaire l’ensemble des exigences d’un véritable rapport humain : accompagner, partager, assister, converser, discuter, etc. C’est un point de vue partagé y compris par les spécialistes les plus éminents du domaine : Pendant longtemps, les robots ont été cantonnés dans les usines. Depuis quelques temps, on les envoie sur des planètes, ou dans les fonds sous-marins : là où l’homme ne pourrait pas aller. Mais ce qui est nouveau aujourd'hui, c'est qu’à relativement court terme des robots vont faire partie de notre environnement quotidien. Il faut dès maintenant envisager de partager notre vie quotidienne avec un robot souligne Jean Paul Laumond, spécialiste de la robotique humanoïde, titulaire de la chaire Innovation technologique Liliane Bettencourt au Collège de France. Pourtant, bien qu’élaboré à l’image de l’homme, à partir de ses attributs physiques et cognitifs, le robot humanoïde n’en demeure pas moins un simulacre. Reste à en valider la portée pour en faire un véritable « compagnon », c’est-à-dire un objet sensible.

Bien évidemment, la robotique humanoïde, par ses innovations technologiques toujours plus performantes parvient de plus en plus à simuler l’humain. Jusqu’à quel point ?

En outre, le robot humanoïde, fut-il ainsi, n’en est pas moins autre, surtout dans sa part étrange, inhabituelle ; celle qui ne cesse de soumettre au Unheimlich, selon la traduction qu’en donne par exemple Ernst Jentsh, auteur de Zur Psychologie des Unheimlichen, à savoir ce doute suscité soit par un objet apparemment animé dont on se demande s’il s’agit réellement d’un être vivant, soit par un objet sans vie dont on se demande s’il ne pourrait pas s’animer. Il s’agit donc de poser la question de notre existence à côté et/ou avec des choses et des êtres inhabituels, grotesques souvent, fussent-elles « intelligentes ». À quelle réceptivité serait-on convié ?

Avec l’objectif de comprendre en profondeur le rapport – intelligent, émotionnel, social, mécanique, etc. – entre l’homme et le robot humanoïde, ainsi que les enjeux de différentes sortes, anthropologiques, économiques, philosophiques et notamment éthiques et sémiotiques, qui l’entourent, ce numéro de la revue Interfaces Numériques met à l’œuvre diverses contributions autour des problématiques de la présence (Tsala Effa, Niño Fernanda), de l’interaction amicale et sociale (Avril-Chetouani - Sabouret, Devillers) et des formes existentielles (Walsh Matthews, Cardoso).

Les diverses approches associent les recherches fondamentales en sciences humaines et sociales, en ergonomie, en science de l’information et de la communication ainsi que les recherches appliquées à destination des industriels. Vers quelles projections aussi bien conceptuelles, que créatives s’oriente-t-on aujourd’hui ? Il s’agit, tout en affirmant l’intérêt et la pertinence d’une vision technologue, d’engager aussi plus fermement (enfin ! ?) l’autre approche nécessaire pour ce type d’objet, l’approche sensible, orientée cette fois dans la perspective de l’« usabilité ».

Nous remercions les membres du comité de lecture pour la qualité et la rigueur de leur travail.