Valérie Legros : « Insister sur la mise en place de cette valeur républicaine »


Valérie Legros, VP déléguée à l’égalité et à la qualité de vie, vous parle plus particulièrement de sa mission égalité femme-homme et de la mise en place de l’écriture égalitaire au sein de l’Université de Limoges.

Vous étiez auparavant chargée de mission égalité femme-homme, il existe maintenant à l’UL un poste de VP déléguée à l’égalité femme- homme, pourquoi ?

C’est un choix du président de l’université et de l’équipe présidentielle d’insister sur la mise en place de cette valeur républicaine dans l’université, et de mettre en œuvre des actions qui pourront réellement la faire vivre.

Quelles sont les actions mises en place dans le cadre de votre vice-présidence ?

J’ai travaillé particulièrement sur deux grands chantiers : la lutte contre le harcèlement sexuel et sexiste et la communication égalitaire. Même si ces thématiques sont aujourd’hui très présentes dans le débat public, nous avons commencé à les travailler dans l’université depuis 2016 et 2017. Le travail engagé sur la lutte contre le harcèlement sexuel devra déboucher très prochainement sur la mise en place d’un dispositif d’accueil et d’accompagnement des victimes de harcèlement sexuel et sexiste dans l’université. Nous travaillons également avec le vice-président étudiant à la conception d’une campagne de lutte contre le harcèlement de rue et dans les transports.

Quels sont les grands principes de la communication égalitaire ?

Le principe fondamental de la communication égalitaire est de faire apparaître les femmes de la même façon que les hommes dans les textes et tous les documents produits par l’université. Si la langue française donne une plus grande part au masculin qu’au féminin, il semble important de montrer qu’à l’Université de Limoges, les femmes œuvrent à la même hauteur que les hommes. Dans l’Université de Limoges, elles sont d’ailleurs plus nombreuses que les hommes : 51,2% des personnels sont des femmes, et 53,7% de la population étudiante est féminine.
Comme son intitulé l’indique, la communication égalitaire veut montrer, écrire et dire, les femmes à égalité avec les hommes.
Le deuxième grand principe est la féminisation des fonctions, titres et grades. Il s’agit en fait de féminiser les fonctions quand elles sont occupées par des femmes telles les professeure, agente et technicienne par exemple, mais aussi de masculiniser certaines fonctions qui le sont rarement tels les infirmier et assistant social par exemple. La difficulté ici est que certaines fonctions désignées au féminin nous sont peu familières.

Comment cela est-il mis en place à l’Université de Limoges ?

Nous avons commencé à travailler sur la mise en place d’une communication égalitaire au début de l’année 2017. Nous avons monté une formation qui a réuni une quinzaine de personnes. Nous avons cherché à déterminer des règles les plus simples possibles pour mettre en place cette communication égalitaire. Toutes ces règles ainsi que des exemples pratiques ont été compilés dans le Guide de la communication égalitaire dans l’Université de Limoges qui a sera prochainement mis à disposition de tous sur l’intranet de l’université rubrique « Communication ».

Après tout ce travail préparatoire, la mise en œuvre de cette communication égalitaire a été agréée par le conseil d’administration de l’université le 26 janvier dernier.

Dans l’histoire de la langue française, le masculin ne l’a pas toujours emporté sur le féminin. De quand date cette réforme et pourquoi a-t-elle été mise en place ?

« Le masculin l’emporte sur le féminin » est une règle grammaticale qui date précisément de 1647 et a été conçue par Vaugelas, un grammairien académicien. Cette règle s’est imposée au XVIIIe siècle, et surtout à la fin du XIXe siècle avec la mise en place de la scolarisation obligatoire. Avant cette période, la règle à suivre était celle de proximité ou de voisinage. La règle de proximité prescrit que l’on accorde en genre et en nombre les adjectifs en fonction du terme le plus proche.
Pourquoi la supériorité du masculin s’est-elle imposée à partir du XVIIe siècle ? La question est vaste et sans aucun doute polémique ! On sait que le XVIIe siècle est le siècle où s’impose la Contre-Réforme et dans le même temps une idéologie où les hommes affirment un peu plus leur pouvoir sur les femmes. L’évolution de la langue traduit alors une évolution sociale plus oppressive pour les femmes. Yannick Chevallier, un grammairien de l’université de Lyon 2 évoque « la fable adamique » : toute comme Eve descend d’Adam, le féminin est second par rapport au masculin qui devient la référence, le genre par excellence.

La communication égalitaire suscite de nombreux débats dans l’actualité, qu’en pensez-vous ?

J’ai été très à l’écoute des très nombreux débats qui ont eu lieu dans les médias particulièrement sur l’écriture inclusive. J’ai entendu aussi les anathèmes qui ont été formulés contre ce mode d’écriture et contre la féminisation des noms de fonction – entre parenthèses, il faut noter que les noms de fonctions déqualifiées se féminisent sans aucun problème alors que ce sont les titres plus honorifiques qui ont du mal à trouver un féminin, comme c’est étrange !
Je pense plus fondamentalement que la féminisation des fonctions à responsabilité, l’écriture inclusive et plus loin la communication égalitaire nous obligent à percevoir l’inégalité fondamentale qui existe au cœur de notre si belle langue française, en tout cas telle qu’elle est utilisée en France. Je précise que le travail sur la féminisation des noms de fonctions est effectif au Québec depuis une quarantaine d’années et ne pose plus aucun problème d’usage.
Ces évolutions nous obligent aussi à changer nos habitudes de dire et de faire, et aussi nos habitudes de penser le monde qui nous entoure. Cela nous oblige à nous poser la question de la mise en œuvre d’une réelle culture de l’égalité entre les femmes et les hommes. Cela peut être difficile pour certaines et certains, je peux le comprendre car c’est un exercice difficile, exigeant !
Il nous faudra encore du temps pour parvenir à mettre en place l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines de l’Université de Limoges. Mais à partir de maintenant, nous essaierons déjà de montrer les femmes et les hommes, de les dire et de les écrire, de tout simplement les penser dans chaque acte de notre vie professionnelle.