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Open Access et bibliothèques universitaires


Le sujet est posé : open access et bibliothèque. Rien d’original me direz-vous. En cherchant « open access et bibliothèques » sur  hypothèses.org, l’étude d’Alain Caraco du 3 janvier 20181 attire l’attention dans les résultats, en particulier concernant les « obstacles » que l’open access pouvait rencontrer auprès de la communauté scientifique en 2018.

1er obstacle et non des moindres : en 2018, Alain Caraco doit mettre en place une collaboration entre « bibliothèque universitaire et laboratoire » autour de l’open access. Or, un chercheur qu’il contacte à ce sujet dans un laboratoire de SHS ne savait pas ce qu’était l’open access, ou du moins pensait que cela ne concernait que les sciences dures.

Le 2e obstacle réside dans la sensation chez le chercheur de perdre le contrôle sur sa publication. Le chercheur veut la rendre visible, mais quand il le souhaite.

3e obstacle sous forme d’interrogation du chercheur : publier en open access est-il bon pour sa carrière ? Il faut savoir que chaque publication en open access va être intégrée dans les critères de notation des chercheurs et sera donc prise en compte. Ceux dont les recherches se font au moins par moitié avec des fonds publics devront déposer en open acces pour rendre leurs travaux visibles. Il faut aujourd’hui justifier de l’efficacité de la dépense publique dès le premier euro.

4e obstacle sous forme de remarque: publier en open access n’offre pas la garantie de qualité de l’édition commerciale. Il existe de nombreuses revues en open access qui possèdent pourtant des comités de lecture et d’évaluation par les pairs (PLOS étant le projet le plus connu). De nouvelles initiatives comme la PCI community se font jour. Les chercheurs s’organisent pour garantir la qualité des écrits. Ils sont relus par des collègues spécialistes du domaine en question.  Donc, qui dit open access ne veut pas forcément dire publication à tout venant et inversement, qui dit publication chez un éditeur ne signifie pas forcément qualité.

5e obstacle : le chercheur interrogé par Alain Caraco parle de HAL comme d’une plateforme à portée uniquement nationale, « un machin franco-français »2 donc avec moins de visibilité qu’une publication dans une revue internationale, HAL est pourtant référencé dans les moteurs de recherche et Google Scholar fait remonter les publications de HAL, répond Alain Caraco. HAL est peut-être un outil français mais cela reste un outil institutionnel, choisi par le Ministère de l’Enseignement Supérieur pour offrir à la communauté universitaire française une visibilité internationale entre chercheurs, mais aussi pour garantir la pérennité des données en faisant migrer les supports au fur et à mesure des évolutions du numérique. Ce n’est pas un réseau social, c’est un outil de dépôt, de consultation, de conservation pérenne (par le CINES).

Parmi les autres obstacles relevés par Alain Caraco, on trouve : « c’est trop compliqué / je n’ai pas le temps ; je trouve déjà ce que je cherche ailleurs ; je trouve déjà presque tout ce que je cherche gratuitement sur Internet ; je trouve déjà ce que je cherche sur Academia / ResearchGate » etc.

Aujourd’hui, en 2019, ces équipes font parfois défaut et quand elles existent, les personnels ne sont pas sur des postes à temps plein, mais souvent en appui sur un pourcentage de temps donné, tout en effectuant d’autres tâches parfois sans rapport avec l’open access3.

Les SCD ont par conséquent un rôle à jouer et une place légitime à prendre au sein de l’université française. À l’heure où le contexte budgétaire universitaire est contraint et où les pratiques professionnelles des personnels de bibliothèque sont encore trop méconnues par la communauté scientifique, il est de l’intérêt de chacun que les deux mondes se rencontrent et se connaissant mieux.

À suivre…


1. Caraco, Alain. Open Access et bibliothèques [en ligne]. enssib, 19 décembre 2018 [consulté le 03 janvier 2019]. Disponible sur le Web <https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/68589-open-access-et-bibliotheques.pdf>.
2. Ibid. p. 58.

3. Voir à ce sujet les analyses au sein du n°93 de la revue Arabesques (avril-mai-juin 2019). Disponible sur le Web <<a href="http://www.abes.fr/content/download/4614/18862/version/1/file/WEB-ABES93.pdf>.