Jamie Linton

Jamie Linton – Responsable scientifique de la Chaire Capital Environnemental et Gestion Durable des Cours d’Eau


Faire des recherches qui aident à trouver les moyens pour engager la société dans la gestion durable des cours d’eau

Jamie Linton est le responsable scientifique de la Chaire Capital Environnemental et Gestion Durable des Cours d’Eau rattachée et hébergée au laboratoire GEOLAB (Géographie Physique et Environnementale), une équipe bi-site Clermont-Ferrand – Limoges.

Les enjeux environnementaux s’imposent désormais à tous les acteurs du développement et se déclinent à toutes les échelles territoriales. Les cours d’eau concentrent des enjeux économiques, sociaux, politiques et environnementaux qui méritent une attention toute particulière.

Sur quoi portent vos recherches ?

Canadien d’origine, je suis géographe et j’ai beaucoup travaillé sur la qualité des écosystèmes et en particulier de l’eau. J’ai aussi un doctorat en philosophie sur le concept de l’eau dans la pensée occidentale. Je suis intéressé par les relations des hommes avec l’eau d’un point de vue historique, sociologique, anthropologique.

Nos travaux de recherche au sein de la chaire sont donc orientés vers des recherches sociétales sur les cours d’eau et leur gestion dans les territoires.

Quels sont les objectifs et les modalités de ce projet ?

L’objectif prioritaire de la chaire est de faire des recherches qui aident à trouver les moyens pour engager la société dans la gestion durable des cours d’eau – il s’agit de solliciter la démocratie citoyenne, la mémoire, les connaissances et les diverses formes d’engagement des hommes vis-à-vis des cours d’eau.

Notre premier projet a porté sur le concept des services écosystémiques pour une meilleure gestion des cours d’eau. Les services écosystémiques sont les biens et les services que les hommes peuvent tirer des écosystèmes pour assurer leur bien-être. L’objectif est ici de fournir aux décideurs publics et privés des éléments d’information pour mieux agir. Ces recherches ont débouché sur un colloque et un numéro spécial de la revue VertigO.

Nous travaillons actuellement sur la mémoire des inondations avant et après la construction des grands barrages sur le Bassin de la Dordogne. Il s’agit de promouvoir une culture des risques d’inondation pour sensibiliser les acteurs locaux et promouvoir une politique de prévention. Cet été, nous inaugurons dans cette perspective une «Route des Crues» dans le bassin de Vézère et nous publierons bientôt un livre sur le thème des inondations en tant que forme de patrimoine.

Une thèse est en cours sur le concept de continuité écologique des cours d’eau – une notion introduite avec la Directive Cadre Européenne sur l’Eau dont l’objectif est la libre circulation et la viabilité des organismes vivants et des sédiments. La question de l’origine et de l’histoire du concept est abordée ainsi que des aspects scientifiques. Cette idée représente un changement important dans la philosophie de gestion des cours d’eau qui peut donner lieu à des conflits qu’il apparait nécessaire de clarifier.

Nous avons également un projet d’étude de la gestion collective de l’irrigation dans le bassin de la Têt des Pyrénées Orientales.

Enfin nous avons un projet sur la dimension culturelle des cours d’eau qui a pour but de prendre en compte leur vision par leurs riverains afin de mieux les gérer. C’est un projet de recherche engagé et participatif qui donnera lieu à un film qui sortira au mois de mai.

Actuellement, nous sommes focalisés sur le projet « Rivière vivante ». C’est un projet qui développe les moyens d’étudier la vie sociale d’un cours d’eau (ses dimensions politiques, culturelles et ludiques) et de promouvoir des engagements et implications des riverains/habitants vis-à-vis de leurs cours d’eau.

Pour chaque projet, nous organisons un colloque, publions des ouvrages ou des articles dans des revues scientifiques ou dans les médias.

Cet été par exemple, nous organisons un colloque sur le thème « Si nous imaginons le devenir des cours d’eau, ils ressembleraient à… » 

Quels en sont les enjeux sociétaux de la chaire ?

L’enjeu principal est de susciter une prise de conscience des personnes sur l’importance de leurs cours d’eau et le rôle qu’ils peuvent avoir dans leur gestion

Sur quel territoire travaillez-vous ?

Les deux bassins pilotes ont été La Dordogne et le Têt dans les Pyrénées Orientales, mais par extension, notre travail porte sur des rivières dans toute la France. Nous sommes aussi engagés avec la mairie de Limoges sur le « Projet bords de Vienne » destiné à promouvoir la Vienne auprès des habitants de la ville.

Qui sont les partenaires de la chaire ?

La SHEM (Société Hydro-Électrique du Midi) est notre partenaire financier. C’est un partenaire magnifique qui nous accorde son entière confiance.

Pour l’avancée des recherches, nous collaborons avec EPIDOR (Établissement Public Territorial du Bassin de la Dordogne), les mairies et les associations.

En quoi ce lien recherche académique et entreprise est-il important, notamment pour un laboratoire en Sciences humaines et sociales ?

Sans la SHEM, la chaire et ses projets n’existeraient pas. Ce type de financement nous permet de nous engager dans des formes innovantes de recherche. Il a aussi permis au GEOLAB d’avoir une reconnaissance croissante nationale pour son expertise dans le domaine de la gestion sociale de l’eau. Au point de départ de la Chaire, il y avait l’idée que ce mécénat était l’opportunité de lancer des recherches très innovantes, de faire des « paris » scientifiques. Pour le laboratoire, c’est une chance, mais à l’inverse, pour la SHEM, c’est aussi la possibilité de réinterroger ou redécouvrir leur propre rôle dans les territoires au travers d’approches ou de questionnements auxquels l’entreprise et ceux qui gèrent les équipements hydro-électriques ne sont pas habitués.

Combien de personnes travaillent pour la chaire ?

Nous avons été huit à travailler sur la chaire et nous sommes actuellement 4,5 personnes.

Quel est le budget de la chaire ? Comment les crédits sont-ils utilisés ?

Le budget de la chaire est d’environ 1,45 Million d’euros, répartis initialement sur cinq ans, mais désormais sur huit. Le choix a été fait avec le partenaire de mieux lisser dans le temps les programmes de recherche mais aussi de mieux valoriser les interactions avec la société civile et les territoires d’étude que sont la Dordogne et la Têt. Dans le détail, les crédits sont essentiellement utilisés pour les salaires des chercheurs et leurs déplacements sur le terrain. Une part non négligeable des fonds est également destinée à l’organisation des colloques et ateliers qui permettent de réunir régulièrement de très nombreux chercheurs français et étrangers autour des thématiques et travaux initiés dans la chaire. Enfin, nous consacrons des dépenses non négligeables aux différents supports de communication, certes scientifiques pour les publications, mais également destinés au grand public (avec un film réalisé et produit par l’équipe sur la Dordogne ou encore avec les panneaux de la toute nouvelle route des crues).

Comment voyez-vous l’avenir au-delà de 2018 ?

Nous espérons pouvoir développer le projet « Rivières vivantes » avec l’aide de la SHEM et adjoindre d’autres partenaires. A terme, nous espérons produire un label « Rivière vivante » qui aurait une utilité et une visibilité nationales.

Dans un futur proche, nous envisageons aussi de collaborer plus étroitement avec la chaire « Grandes retenues et qualité des eaux » portée par le GRESE.

En conclusion, je souhaite dire que je suis vraiment très satisfait des relations entre la Fondation Partenariale de l’Université de Limoges, la SHEM et GEOLAB.

Propos recueillis par Françoise Mérigaud – Pôle Recherche


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