Yves Aubard – Responsable de la chaire « Cohorte prospective de suivi des enfants nés en Limousin : étude NéHaVi »


Objectif de l'enquête : suivre les enfants depuis la vie intra-utérine jusqu’à l’âge de 18 ans en Haute-Vienne

Yves Aubard est professeur de gynécologie – obstétrique et chef de service de la maternité de l’hôpital de la mère et de l’enfant du CHU de Limoges. Il est aussi PUPH rattaché au laboratoire PIST (Pharmacologie des immunosuppresseurs et de la transplantation) – UMR INSERM 850 dirigé par Pierre Marquet qui travaille sur la problématique des transplantations.

Depuis 2014, il est responsable de la chaire « Cohorte prospective de suivi des enfants nés en Limousin : étude NéHaVi » portée par la Fondation Partenariale de l’Université de Limoges qui vise à suivre les enfants depuis la vie intra-utérine jusqu’à l’âge de 18 ans en Haute-Vienne.

Quelles sont vos thématiques de travail en recherche ?

Nos recherches portent principalement sur la transplantation utérine pour laquelle nous espérons bientôt procéder à une première. L’équipe du CHU de Limoges est la seule en France à être autorisée par l’ABM (Agence de la biomédecine), l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) et les comités d’éthique à effectuer ce type de transplantation.

Nous avons aussi des protocoles en cours en obstétrique et des collaborations en cancérologie.

Comment avez-vous eu l’idée de cette étude dans le cadre de la chaire NéHaVi ?

En obstétrique, nous suivons des femmes enceintes qui ont des maladies pendant leur grossesse. On sait ce qui se passe à la naissance, mais pas ce que deviennent les enfants.

Nous pensons que des pathologies pendant la grossesse peuvent donner des problèmes chez l’enfant, or, nous n’avions pas de moyens pour l’évaluer. Je souhaitais donc développer un système pour avoir un suivi à long terme des enfants – d’où l’idée de monter une cohorte prospective autour de la périnatalité sur le département de la Haute-Vienne.

Des expériences sont faites au niveau national (Cohorte Elfe) pour le suivi des enfants de la naissance à l’âge de 18 ans, mais nous sommes les seuls en France à proposer une enquête pérenne permettant de faire un lien entre la grossesse et le développement de l’enfant.

Quel est l’objectif de ce projet ? Quels en sont les enjeux sociétaux ?

NéHaVi est un outil d’épidémiologie mis à la disposition des chercheurs pour faire des études. L’enjeu est de découvrir des facteurs de risques non connus pendant la vie intra-utérine sur la vie future de l’enfant.

Nous avons déjà des projets en cours pour établir des liens entre les conditions de la grossesse, ou de l’accouchement et leurs conséquences sur l’enfant. Il s’agit d’étudier les habitudes de la femme enceinte (tabac, automédication, rythme d’utilisation des téléphones portables et conséquences des champs électromagnétiques,..), les pathologies pendant la grossesse (diabète gestationnel). Nous pensons même aller au-delà et étudier les conditions d’accouchement sur certaines pathologies (autisme,…) et développer une recherche sur cette thématique.

Notre projet devrait aussi intéresser les chercheurs en Sciences humaines et sociales, dans les domaines de la sociologie ou de la géographie humaine.

Comment avez-vous organisée votre étude ? Sur quoi porte-t-elle ?

Nous travaillons sur les trois maternités de la Haute-Vienne (CHU de Limoges, Hôpital de Saint Junien et Clinique des Emailleurs) en informant les femmes enceintes sur l’existence de NéHaVi, puis en leur proposant d’y adhérer à la naissance de leur enfant, ce qui suppose de répondre à des questionnaires annuels jusqu’aux 18 ans de l’enfant. L’étude porte sur l’enfant, mais aussi sur son milieu familial.

Pouvez-vous nous parler des résultats de la chaire ?

Nous avons une très bonne acceptation par les mères, plus de la moitié d’entre elles ont accepté de rentrer dans la cohorte. 2800 patientes sont aujourd’hui incluses.

Conscients du biais généré par les non inclusions, nous possédons un registre « des refus » sur lequel nous pourrons travailler pour en déterminer les raisons : refus d’un des parents, barrière de la langue, origine socio-culturelle, niveau d’instruction,…

Nous espérons pouvoir publier bientôt dans des revues scientifiques.

Qui sont les partenaires de la chaire ? Comment travaillez-vous avec eux ?

La chaire est principalement financée par la Fondation Partenariale de l’Université de Limoges, le CHU, l’ARS (Agence Régionale de Santé). J’ai aussi obtenu des financements sur des projets de recherche, par les laboratoires pharmaceutiques et la Poste.

Que vous apporte la Fondation ? En quoi ce lien recherche académique et entreprise est-il important ?

Je suis médecin et l’appui de la Fondation partenariale a été primordial pour la gestion administrative, la communication et les conseils donnés pour le développement de la chaire.

Nos principaux soutiens sont académiques. Nous souhaiterions maintenant nous ouvrir à des partenariats industriels et du mécénat, notamment dans les domaines agroalimentaire et environnemental.

Outre ce partenariat, avec qui collaborez-vous ?

NéHavi collabore avec des équipes du CHU : les pharmacologues qui font des études sur l’automédication des femmes enceintes, les cytogénéticiens, les épidémiologistes et bientôt les infectiologues.

Combien de personnes travaillent au sein de la chaire ?

Nous avons 2,5 attachés de recherche clinique (ARC) et un data manager à temps plein. Nous employons aussi quatre étudiants sur des vacations.

Quel est le budget de la chaire ? Comment les crédits sont-ils utilisés ?

Notre budget annuel est de 20 k€. Il est utilisé pour le paiement des salaires et l’acheminement des questionnaires.

La chaire a été créée en 2014, comment voyez-vous son avenir ?

Nous avons prouvé la faisabilité et l’intérêt du projet. C’est un bel outil de recherche, une cohorte prospective sur laquelle on peut envisager des travaux de recherche et qui prendra de l’intérêt dans le temps.

La cohorte doit être développée et il est indispensable que nous puissions inclure plus de mères dans l’enquête, or nous manquons de personnels, et le projet est de fait ralenti. Nous avons maintenant besoin d’un engagement financier du CHU et de l’ARS au-delà de 2017 afin de pérenniser la chaire NéHavi. Je souhaite aussi que le projet soit relayé au niveau de la Région Nouvelle Aquitaine.

Il me parait important que la responsabilité de la chaire revienne maintenant à un médecin de santé publique afin que l’aspect épidémiologique du travail puisse être développé et que de nouveaux partenariats soient envisagés.

Propos recueillis par Françoise Mérigaud – Pôle Recherche


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