Bilan de 40 ans de Neurochirurgie

Expérience personnelle du Docteur Adrien DANY professeur Honoraire de la Faculté de Médecine de Limoges

Bilan de 40 ans de Neurochirurgie

Expérience personnelle du Docteur Adrien DANY professeur Honoraire de la Faculté de Médecine de Limoges

Ma vocation neurochirurgicale s’est concrétisée dans le service du Professeur René FONTAINE (1899 - 1980), où j’ai travaillé pendant 16 ans de 1943 à 1959. FONTAINE, élève de Leriche, s’était toujours intéressé à la Neurochirurgie ; il avait séjourné dans les années 30 dans plusieurs services américains chez Cushing, en particulier ; pendant la campagne 1939 - 1940, il dirigea une équipe neurochirurgicale dans l’Armée.

De 1941 à 1945, Fontaine créa à Clairvivre (Dordogne) un service de chirurgie particulièrement dynamique. C’est dans ce service universitaire rattaché à la faculté de Médecine de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand que j’eus la chance d’être accueilli comme assistant faisant fonction d’interne en chirurgie et que j’ai pu assister aux interventions neurochirurgicales pratiquées par FONTAINE lui-même ou ses collaborateurs FORSTER, OSTWALD....Le service de FONTAINE prenait en charge la traumatologie crânienne et rachidienne, les tumeurs cérébrales, les compressions médullaires, les hernies discales, les plaies des nerfs. Le recrutement des malades et blessés se faisait sur une vaste région : Dordogne, Corrèze, Lot, Haute-Vienne etc.

Le service se mit rapidement à la disposition de la Résistance pour recevoir et traiter les blessés des maquis de la Région. En juin 1944, son élève, FORSTER prend la direction de l’Ambulance chirurgicale du maquis de Dordogne Sud. En octobre 1944, après s’être engagé dans la Première Armée Française (Armée De Lattre de Tassigny), il est nommé chef d’équipe chirurgicale de l’H.E 413. Je reste dans son équipe comme assistant chirurgical. En février 1945, FORSTER prend la direction de l’Equipe Neurochirurgicale A (ENCA) de la Première Armée Française, succédant à Madame LEPINTRE, neurochirurgien qui avait créé et dirigé cette équipe pendant les campagnes d’Afrique du Nord, d’Italie et de France du Sud. FORSTER hérite ainsi d’une équipe bien rodée, expérimentée, bien pourvue en personnel et en matériel. Sur le plan chirurgical, l’équipe neurochirurgicale A comporte le lieutenant FORSTER, chef d’équipe, le lieutenant DANY, assistant chirurgical, la sous-lieutenant FORSTER Simone, médecin anesthésiste, et la sous lieutenant SCHAPPLER, neuropsychiatre. Jusqu’à mai 1945, l’équipe neurochirurgicale A fut rattachée administrativement à des Hôpitaux d’évacuation de la Première Armée, en particulier, les H.E.413, H.E.412 , H.E.415. Tous les blessés du crâne par traumatisme crânien, et surtout les blessures crânio-cérébrales de guerre de la Première Armée étaient accueillis et traités par notre équipe neurochirurgicale. En raison des délais d’évacuation depuis les premières lignes, beaucoup de nos blessés étaient opérés de nuit. Le nombre d’interventions augmentait à l’occasion des combats violents déployés pour la prise de Belfort et pour la réduction de la poche de Colmar. Le 5 mai 1945, l’équipe neurochirurgicale A s’installe à Mengen en Wurtemberg (près de Tuttlingen). A notre formation neurochirurgicale vint se joindre l’équipe neurochirurgicale B de la Première Armée dirigée par le médecin lieutenant FELD, une équipe de chirurgie maxillo-faciale, une équipe ORL, et une équipe ophtalmologique. Ainsi était constitué dans la Première Armée un ensemble chirurgical multidisciplinaire particulièrement efficace en traumatologie crânienne et faciale. L’équipe neurochirurgicale A est dissoute en septembre 1945. L’expérience de la traumatologie crânienne de guerre pendant plusieurs mois m’a beaucoup marqué et devait naturellement me conduire à prendre en charge la traumatologie crânienne du service de la clinique chirurgicale A de Strasbourg dès mon retour dans le service du Professeur FONTAINE. En octobre 1945, à ma démobilisation, je reprends mes fonctions d’assistant faisant fonction d’interne dans la clinique chirurgicale A de Strasbourg du Professeur FONTAINE, et je suis nommé interne au premier concours d’internat d’après guerre en juin 1946. Ayant acquis une certaine expérience de la neurochirurgie de guerre, FONTAINE me confie la neurochirurgie de son service et me conseille vivement de continuer ma formation neurochirurgicale. Dans ce but, il me demande de travailler dans le service du Professeur WERTHEIMER à Lyon en 1948 et 1949. Je pris une part active au travail du service avec Allegre sous la direction du Professeur WERTHEIMER et en collaboration avec les Professeurs MANSUY et LECUIRE. Ce stage fut complété par un séjour de plusieurs mois dans le service du Professeur PETIT-DUTAILLIS à la Pitié et j’eus l’occasion à ce moment là de fréquenter également les services du Professeur PUECH et du Professeur DAVID à Sainte Anne, ainsi que les services de neurochirurgie infantile à Necker. De retour à Strasbourg, je fus nommé chef de clinique à la clinique chirurgicale A (Professeur FONTAINE) en 1949 -1950. De 1950 à 1958, je reste attaché comme ancien chef de clinique à la clinique chirurgicale A et suis chargé de la neurochirurgie du Service. En 1952, je suis déclaré admissible au concours d’agrégation de chirurgie générale. En janvier 1958 au moment de l’introduction du concours d’Assistant à l’hôpital civil de Strasbourg, j’ai été nommé sur concours assistant de chirurgie. L’absence à Strasbourg d’un service autonome de neurochirurgie avait conduit FONTAINE à demander un poste d’assistant en chirurgie et non pas en neurochirurgie “ pour rester conforme à la dénomination générale de la clinique chirurgicale A ”. Mais dès la fin de mon internat, FONTAINE m’avait orienté vers la Neurochirurgie, et je l’ai pratiquée exclusivement dans son service jusqu’à mon départ à Limoges en 1959. Pendant cette période, suivant les directives de mon maître FONTAINE, j’ai entrepris une série de travaux cliniques et expérimentaux. Ce sont tout d’abord des recherches expérimentales sur les contractures d’origine ischémiques de la maladie de Volkmam (1946). Puis une série de travaux sur les conséquences physiopathologiques du traumatisme médullaire avec étude des troubles métaboliques et endocriniens résultant de ce traumatisme. En 1952, avec R. FONTAINE et J. N. MULLER, nous avons présenté le rapport de la Société de Neurochirurgie de langue française sur les paraplégies traumatiques. Ce rapport fut présenté en 1952 lors du 3ème congrès de la Société de Neurochirurgie de langue française qui eut lieu à Strasbourg sous la présidence du Professeur FONTAINE.. Pendant les années 50, la neurochirurgie fut reconnue comme spécialité. Jusqu’à cette période, la neurochirurgie était généralement pratiquée dans des services ou des sections de chirurgie générale ou même exceptionnellement dans des services de neurologie. La société de Neurochirurgie de Langue Française créée en 1949, le syndicat des Neurochirurgiens Hospitaliers Français, le Comité Supérieur des Universités contribuèrent à la formation des Neurochirurgiens, aidèrent à la constitution d’équipes neurochirurgicales et au recrutement d’enseignants de neurochirurgie.

En 1950, il y avait environ 40 neurochirurgiens qualifiés ou en formation en France. L’ambition des jeunes neurochirurgiens était de parvenir tôt ou tard à créer et à diriger un service de neurochirurgie. Les grands centres Universitaires furent vite pourvus de services de neurochirurgie. Restait à organiser la spécialité dans les villes moins importantes, siège d’Ecole de Médecine par exemple où le besoin de spécialités se faisait sentir en raison de l’accroissement de la traumatologie crânienne et surtout de l’éloignement de ces villes, par rapport aux Centres neurochirurgicaux voisins. Mais les équipements hospitaliers de l’époque ne permettaient souvent pas la création de tels services. C’est pourquoi, beaucoup de neurochirurgiens de ma génération durent d’abord exercer leur spécialité en clinique privée avant de faire carrière dans les Hôpitaux Publics.

En 1952, sur les conseils du Professeur GELMA, titulaire de la chaire de Psychiatrie de Strasbourg, je pris contact avec le Professeur DUVERGER, ancien Professeur d’ophtalmologie de Strasbourg, en vue d’une installation éventuelle comme Neurochirurgien à Limoges. Cette idée fut favorablement accueillie en particulier par le Professeur DE LEOBARDY, Directeur de l’Ecole de plein exercice de Médecine et de Pharmacie, le Professeur FAURE, titulaire de la Chaire de Chirurgie, et surtout le Professeur Jean-Noël VALLAT, responsable de la Neurologie à Limoges.

Le projet retenu était de prendre pied à l’Ecole de Médecine et à l’hôpital par une agrégation de Chirurgie Générale et d’organiser un service de Neurochirurgie dans une Clinique privée de la ville. Mais en 1954, ces projets furent rejetés par Paris. Le Professeur PETIT-DUTAILLIS, titulaire de la Chaire de Neurochirurgie de la Pitié, écrivait à mon Maître le Professeur FONTAINE de Strasbourg “ que le Conseil Supérieur des Hôpitaux tendait à limiter pour le moment les services de Neurochirurgie aux villes de faculté. Acquérir le poste de Neurochirurgie à Limoges m’exposerait à des difficultés ardues et à ne pas obtenir avant longtemps les possibilités de réalisation technique indispensables à la création d’un tel poste pour y exercer la spécialité de manière satisfaisante. La Neurochirurgie est une spécialité s’adressant à un nombre assez restreint de malades ; pour l’exercer de façon satisfaisante, il faut de toute évidence des moyens techniques compliqués et coûteux, et il convient de réaliser avant tout de grands centres bien équipés en matériel et en personnel, et il ne faut en étendre le nombre que très progressivement et selon les besoins ”.

En 1958, mes collègues de la Clinique BUGEAUD me conseillèrent de me joindre à leur groupe et de prévoir un certain nombre de lits équipés pour la neurochirurgie : en même temps, mon ami le Docteur André VALEGEAS, élève du Professeur FISCHGOLD installait une salle de neuroradiologie à côté de la salle d’opération de neurochirurgie. Le 1er février 1959, avec l’accord de mes maîtres parisiens, (PETIT-DUTAILLIS et DAVID), je commençais à exercer la neurochirurgie à la Clinique BUGEAUD, grâce aux encouragements de tous mes collègues de la clinique, du Professeur VALLAT, de tous les spécialistes, chirurgiens, neurologues de la région Limousin. L’activité neurochirurgicale à BUGEAUD devint vite importante. L’anesthésie et la réanimation furent confiées à Madame le Docteur LEPETIT , Mademoiselle le Docteur DELUCHAT, ainsi qu’au Docteur NICOT. Pour exercer également à l’hôpital, je fus nommé sur concours assistant de chirurgie des Hôpitaux de Limoges en juin 1960. Deux autres concours furent encore nécessaires pour consolider ma position hospitalière et universitaire :

l’Agrégation de médecine, section neurochirurgie en juin 1961 ; le concours de neurochirurgien des hôpitaux de Limoges en mai 1962. Dès lors, il ne me restait qu’à organiser au mieux à la clinique BUGEAUD et à l’hôpital les soins aux malades et blessés neurochirurgicaux. Une salle de neuroradiologie fut également installée à l’hôpital. La plupart des interventions neurochirurgicales furent pratiquées dans le service de chirurgie générale du Professeur ROBIN. Mais de graves difficultés allaient très rapidement survenir pour l’organisation de la neurochirurgie en raison du développement trop rapide de la spécialité et du recrutement trop important des malades et blessés neurochirurgicaux. Il en était d’ailleurs de même dans la plupart des Centres Neurochirurgicaux, et cela n’avait pas été prévu 10 ans plus tôt. Dès octobre 1963, je demandais la création d’un service de neurochirurgie par lettre au Président de la Commission Administrative du C.H.R. de Limoges (voir lettre ci-après Limoges, le 15 octobre 1963).


à

Monsieur le Président de la Commission Administrative Du centre Hospitalier Régional De Limoges

Monsieur le Président,

“ J’ai l’honneur de vous exposer les raisons pour lesquelles la création d’un service de neurochirurgie devient urgente au Centre Hospitalier Régional de Limoges ”.

1 - Situation de Limoges par rapport aux services de neurochirurgie voisins

Il existe des services de neurochirurgie à Bordeaux, Toulouse, Tours, Clermont-Ferrand et depuis un an, Orléans. L’éloignement de ces centres neurochirurgicaux nous oblige à recueillir à Limoges les malades et blessés neurochirurgicaux d’une vaste région s’étendant sur un rayon de 120 à 150 kilomètres autour de Limoges, couvrant en somme complètement les trois départements du Limousin et partiellement les départements de l’Indre, de la Haute-Vienne, de la Charente, de la Dordogne et du Lot.

Les services de chirurgie générale situés dans ce rayon adressent de façon assez systématique les cas graves de traumatologie crânienne qui leur paraissent avoir besoin des techniques neurochirurgicales. Il ne paraît d’ailleurs pas concevable que de tels blessés dont le transport représente souvent un certain risque, soit refoulés sur les centres neurochirurgicaux voisins mais plus éloignés, sous n’importe quel prétexte.

Les centres neurochirurgicaux voisins ont eux-mêmes des problèmes d’organisation souvent difficiles pour faire face à l’augmentation des cas de traumatologie crânienne dont ils ont la charge.

C’est le cas pour le Centre Hospitalier Régional de BORDEAUX, en particulier, qui a été obligé de dédoubler son service de neurochirurgie en y ajoutant un service de traumatologie crânienne créé dans le centre de traumatologie. C’est le cas aussi de CLERMONT-FERRAND qui a créé une section de neurochirurgie de quarante lits dans le service de traumatologie. Du fait de sa situation géographique et du nombre peu élevé de neurochirurgiens en France (51 spécialistes qualifiés) Limoges se trouve dans l’obligation d’assurer la neurochirurgie pour une population de plus de 1 000 000 habitants.

2 - Eléments statistiques concernant l’activité neurochirurgicale à Limoges du 1er octobre 1962 au 1er octobre 1963.

Pendant le période du 1.10.1962 au 1.10.1963, il a été pratiqué à Limoges en neurochirurgie :

130 interventions pour tumeurs cérébrales et autres lésions cérébrales non traumatiques ; 103 interventions pour traumatismes crâniens ; 140 interventions diverses ; plus de 700 examens neuroradiologiques, artériographies, encéphalographies, myélographies et radiculographies.

3 - Etat actuel de l’activité neurochirurgicale au Centre Hospitalier Régional de LIMOGES

L’hôpital ne possédant pas de service ni de section de neurochirurgie, les malades neurochirurgicaux sont admis dans de multiples services avec l’accord bienveillant des chefs de service. Grâce à l’obligeance du Professeur ROBIN, Chef de service de Chirurgie Générale, il a été possible de réaliser un certain regroupement de malades de neurochirurgie dans les salles Saint-Vincent et Sainte Elisabeth. Ce service reçoit les traumatismes crâniens locaux un jour sur deux, les traumatismes crâniens régionaux adressés par les services de chirurgie des hôpitaux de la région (BRIVE, GUERET, TULLE, MONTMORILLON, LA CHATRE...), les malades de neurochirurgie de la région après accord téléphonique et des malades transférés des services de médecine. Le recrutement neurochirurgical crée un encombrement certain dans le service de chirurgie ; au cours de la dernière année, il a ainsi été admis dans le seul service du Professeur ROBIN, 285 malades de la spécialité pour lesquels furent pratiquées 97 interventions neurochirurgicales.

Ce service est occupé de façon presque continuelle par vingt ou vingt cinq malades de neurochirurgie dont certains sont très gravement atteints, comateux et trachéotomisés. Ce service n’est pourtant pas équipé pour recevoir de tels malades. Il manque de locaux d’isolement et d’un personnel soignant suffisamment nombreux. Il est impossible, malgré les efforts de chacun de parvenir à une “ humanisation ” de ce service. Souvent, des malades opérés neurochirurgicaux se trouvent en salle commune avec des malades de chirurgie générale. Les grands blessés trachéotomisés sont “ parqués ” dans une pièce d’isolement et s’infectent mutuellement ; il en résulte une augmentation des complications broncho-pulmonaires et, de ce fait, il est possible de prévoir qu’un jour puisse survenir une augmentation du taux de mortalité des malades trachéotominés ; les malades comateux alimentés par sonde voisinent souvent avec des malades lucides qui devront être opérés. Malgré tout son dévouement, le personnel soignant est notoirement insuffisant, mais il n’est pas augmenté du fait que le service est un service de chirurgie générale.

Equipement technique

Le Centre Hospitalier Régional de LIMOGES possède des électro-encéphalographes, un crânographe, des salles d’opération équipées, un respirateur ... Toutes les opérations de neurochirurgie courante peuvent donc être pratiquées et y sont pratiquées. Mais, a fait défaut, un service de réanimation dont la nécessité n’est plus à démontrer.

Intérêt de la création anticipée du service de neurochirurgie

Les conditions actuelles de travail en neurochirurgie au centre Hospitalier Régional de Limoges ne peuvent être maintenues jusqu’à la création du futur Centre Hospitalier Universitaire qui reste encore un projet. La nécessité d’opérer les malades neurochirurgicaux dans trois services de chirurgie différents et l’encombrement d’un de ces services de chirurgie générale par des grands malades neurochirurgicaux démontrent l’urgence du regroupement des malades neurochirurgicaux dans un service autonome doté d’un personnel suffisant. Ce service qui doit comporter trente lits au minimum doit surtout être pourvu de chambres d’isolement pour les grands malades. Il peut très bien se trouver à proximité ou contigu à un service de chirurgie générale dont les salles d’opérations pourraient être utilisées.

Responsable de la neurochirurgie du Centre Hospitalier de LIMOGES en qualité de neurochirurgien des Hôpitaux, Bureau Central, j’ai cru de mon devoir de venir vous exposer les motifs justifiant la création ou l’aménagement rapide d’un service d’hospitalisation permettant un regroupement des malades de cette spécialité qui a pris à LIMOGES une grande extension ”.


Une enquête menée en 1964 par le Professeur PERTUISET pour le Syndicat des Neurochirurgiens Hospitaliers Français, montrait l’importance de l’activité neurochirurgicale pendant l’année 1963 à LIMOGES.

Interventions neurochirurgicales (1963)

-  Tumeurs cérébrales ............................................................... 82

-  Traumatismes cranio-cérébraux ( récents et tardifs°.................. 100

-  Opérations intra-crâniennes diverses (hématomes intra-cérébraux, trijumeau, anévrisme, psychochirurgie....). .................................. 84

-  Chirurgie médullaire et hernies discales...................................... 94

-  Opérations diverses (extra-crâniennes)........................................ 63

TOTAL 425

Explorations neuro-radiologiques

-  Ventriculographies...................................................................... 37

-  Encéphalographies gazeuses fractionnées.................................... 317

-  Angiographies carotidiennes vertébrales.......................................375

-  Radiculo et myélographies ............................................................125

TOTAL ...........................................................................................854

Nombre de malades hospitalisés en neurochirurgie en 1963 : 1 144

Pendant l’année 1964, la situation de la neurochirurgie au C.H.R. de LIMOGES va encore s’aggraver. Après de multiples interventions devant la Commission Administrative de l’Hôpital, les pouvoirs publics (Préfecture, Sécurité Sociale, Ministère de la Santé ...), le Conseil Municipale de LIMOGES décide de faire édifier un pavillon de neurochirurgie de 41 lits dans l’enceinte de l’hôpital, voici la décision prise lors de la délibération du budget prévisionnel de 1965.

“ Le Centre Hospitalier Régional possède une section non individualisée de neurochirurgie dirigée par un spécialiste qualifié. Malheureusement, celui-ci n’étant pas classé comme chef de service, ne dispose pas de lits affectés, et se trouve obligé de recourir constamment à la bonne volonté des chefs de service de chirurgie pour faire admettre ses malades.

Cette situation crée des difficultés à l’établissement qui reçoit de très nombreux malades de cette spécialité, venant souvent de très loin, et pour remédier à cet état de choses, la commission administrative du Centre Hospitalier Régional a présenté un projet de construction de bâtiment en préfabriqué qui serait affecté à ce service et permettrait de recevoir 41 lits.

Le Ministère de la Santé Publique a donné son agrément technique à cette opération, et arrêté à la somme 767 000 Francs (valeurs avril 1964), le montant de la somme prévue mais précise qu’il appartenait à Monsieur le Préfet de la Région du Limousin de lui accorder un tour prioritaire dans les subventions du prochain plan d’équipement.

Louis LONGEQUEUE est intervenu auprès de Monsieur le Ministre de la Santé Publique et de la Population pour signaler l’urgence exceptionnelle de ce projet et le prier de bien vouloir accorder une subvention pour sa réalisation immédiate.

Par avance le Conseil Municipal a décidé d’accorder sa garantie de principe aux emprunts qui devraient être contractés à cette fin par le Centre Hospitalier Régional ”.

Début 1967, la section de neurochirurgie construite dans un bâtiment en préfabriqué était inaugurée et permettait de résoudre une partie des problèmes posés par la neurochirurgie à LIMOGES. Il était de plus en plus urgent de constituer une équipe neurochirurgicale sérieuse pour faire face à l’activité du service.

Madame PREVAUD, qui avait été infirmière anesthésiste dans le service de neurochirurgie du Professeur HOUDART a LARIBOISIERE fut nommée surveillante du service. L’équipe médicale comportait alors un neurochirurgien titulaire professeur agrégé, un chef de clinique assistant, un attaché, deux internes et trois externes.

En 1968, je fus nommé chef de service de neurochirurgie. Désireux d’exercer ma spécialité à plein temps au C.H.U. de LIMOGES, je demandais une extension du service de neurochirurgie dès 1969.

Le 1er octobre 1970, je fus intégré comme neurochirurgien, chef de service et professeur titulaire à titre personnel de neurochirurgie. La pavillon Saint-Michel fut mis à la disposition du service de neurochirurgie ; ainsi le service comportait 47 lits, ce qui permettait de faire face raisonnablement aux besoins de la région.

Le service obtenait un deuxième poste de chef de clinique assistant. Désireux de voir ces postes de chef de clinique-assistant occupés par des neurochirurgiens qualifiés ou en cours de qualification, j’eus la chance de pouvoir accueillir dans le service en 1973, le Docteur RAVON, ancien chef de clinique-assistant des hôpitaux de LYON, et le Docteur BOKOR, ancien attaché de neurochirurgie des hôpitaux de GRENOBLE. Le Docteur RAVON était nommé sur concours en 1974, professeur agrégé de neurochirurgie.

Avec mes collaborateurs RAVON et BOKOR, nous avons constitué pendant 10 ans, une équipe très unie et très solide. Tout en faisant toute la neurochirurgie, chacun de nous s’était spécialisé dans certains domaines. Le Professeur RAVON s’occupait spécialement de la chirurgie des anévrismes, des malformations vasculaires cérébrales et de la chirurgie de l’hypophyse pendant que le Docteur BOKOR s’intéressait surtout à la neurochirurgie infantile, à la traumatologie crâno-rachidienne.

L’ambiance de travail fut telle que bientôt vinrent se joindre à nous de jeunes internes, désireux d’être formés à la neurochirurgie.

En 1976, fut inauguré le nouveau C.H.R.U. de LIMOGES avec l’hôpital Dupuytren. La neurochirurgie fut installée au 5ème étage entre le service de neurologie et celui d’explorations fonctionnelles neurologiques.

Ce nouveau service de neurochirurgie de 60 lits comportait une section de réanimation neurochirurgicale de 8 lits et deux sections d’hospitalisation de 26 lits chacune, deux salles d’opération.

En 1983, le service de neurochirurgie pouvait être scindé en deux :

un service de neurochirurgie, et un service de neuro-traumatologie dont le Professeur RAVON prit la direction Ces deux services travaillent en étroite collaboration.

Ainsi tout était prêt à LIMOGES pour continuer à développer la spécialité sur le plan clinique et sur le plan de la recherche. De nombreux jeunes neurochirurgiens furent formés à cette école. Leur réussite nous récompense bien de tous les efforts que nous avions dû déployer au cours des années 1960 - 1970.

Travaux et publications :

265 travaux et publications portant essentiellement sur la neurochirurgie, les sciences neurologiques et la pathologie chirurgicale ont été réalisés pendant mon activité neurochirurgicale à Strasbourg et à Limoges. Le Professeur E. LAINE dans un rapport concernant ma candidature au grade de Professeur à titre personnel et destiné en 1970 au Comité Supérieure des Universités écrit au sujet de ces publications.

“ Vous me permettez de me limiter et d’extraire de leur liste que les publications les plus importantes par leur originalité et leur importance.

Dans une série de recherches réalisées à la demande du professeur FONTAINE, le Docteur DANY s’est attaché à préciser les modifications biologiques et endocriniennes engendrées par les lésions traumatiques de la moelle épinière. Il met notamment en évidence une hypoactivité surrénalienne et des altérations profondes des tubes séminifères aboutissant à une disparition rapide de la lignée spermatogénique. Ces recherches consignées dans un Rapport au Congrès de la Société de Neurochirurgie de Langue Française en 1952 constituaient à l’époque un rapport très original.

En ce qui concerne les tumeurs intracrâniennes, les travaux du Professeur DANY témoignent d’un talent hautement appréciable et d’une sûreté rarement égalée.

Il s’attaque avec succès à toute une série de lésions à la limite de l’opérabilité. Tumeurs du plancher du IVème ventricule adhérents au bulbe, Neurinome du pneumogastrique développé dans le trou déchiré postérieur font l’objet de publications d’un grand intérêt.

Les tumeurs de la base du crâne : chondrome, chordome de la lame basilaire, méningiome du clivus sont l’objet de mises au point de techniques d’exérèse dignes d’admiration.

Situées sous la masse de l’encéphale, en avant du tronc cérébral, elles ne sont guère extirpables qu’à la faveur d’une voie d’abord trans-buccale et pharyngée. A l’heure actuelle, la sécurité que nous donne un large éventail de puissants antibiotiques vis-à-vis d’infections propagées à partir du carrefour aéro-digestif, autorise de telles voies d’abord. Nous n’en étions pas là voici dix ans ; seules les voies postérieures latéro-protubérantielles étaient permises. L’intervention d’exérèse constituait une véritable prouesse que seuls quelques exceptionnels opérateurs peuvent se targuer d’avoir réussis.

Ceci donne la mesure de la valeur du Professeur DANY.

Il convient de souligner en terminant qu’en l’espace de ces dix dernières années, il a créé de toutes pièces le service de clinique Neurochirurgicale de Limoges. Seuls sans doute ceux qui ont vécu la même passionnante aventure peuvent mesurer à leur juste valeur l’ampleur des efforts qu’exige une telle création avant qu’ait pu être constitué une suffisante équipe de collaborateurs. Peut-être représente t’elle le titre le plus important que le Professeur DANY s’est acquis à notre très grande considération ” . (Professeur E. LAINE 1970)




 
 La Neurochirurgie en Limousin