AAC Volume 8, n° 1/2019

couverture du numéro

Interfaces Numériques, volume 8, n° 1/2019

Parution en janvier 2019

Design et fonction communication
Rencontre et esquisses paradigmatiques
autour de la relation au public

Dirigé par : Fabien Bonnet, Eleni Mitropoulou et Carsten Wilhelm

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Appel à contribution

Interfaces numériquesest la première revue scientifique francophone dédiée au design numérique. Née en janvier 2012, elle a pour objectif de faire coopérer des professionnels, des chercheurs universitaires et des chercheurs en école de design sur des problématiques liées au design numérique que les sciences humaines (Sciences de l’Information et de la Communication, Sciences du Langage, Anthropologie, Sociologie, Sémiotique, Histoire de l’Art, Philosophie…) traitent avec une ouverture pluridisciplinaire réelle.

Face à des publics dont les représentations à propos de la consommation, de l’industrie et de la publicité ont pu évoluer, les professionnels en charge de la fonction communication au sein des organisations n’ont eu de cesse d’adapter leurs pratiques.

Adoptant un point de vue d’ordre sémiotique, Karine Berthelot-Guiet, Caroline Marti de Montety et Valérie Patrin-Leclère (Berthelot-Guiet, Marti de Montety, & Patrin-Leclère, 2013) qualifient ainsi de « dépublicitarisation » le processus qui voit les organisations renoncer en partie au format publicitaire pour chercher d’autres formes d’interactions à travers leurs productions médiatiques. Ce recul du format publicitaire au profit de « contenus de marques » conduirait paradoxalement à une dilution des prises de paroles dans des productions médiatiques toujours plus nombreuses et variées, à un phénomène d’« hyperpublicitarisation ». Ces considérations peuvent rappeler les travaux proposés à propos de l’impact de la communication sur l’espace public, par Bernard Miège, quand celui-ci évoquait des « relations publiques généralisées » (Miège, 2007), relations marquées par une dimension culturelle, au-delà d’une seule évolution des pratiques de production médiatiques.

Si on se focalise sur les discours des professionnels impliqués dans ces évolutions, il est possible de mettre l’accent sur deux tendances complémentaires. La fonction communication telle qu’elle est vécue par les professionnels qui en ont la charge, résulte tout d’abord d’une tension entre, d’une part, production médiatique à forte dimension technique et, d’autre part, ambition stratégique en lien avec les problématiques managériales et des enjeux de médiation. (Baillargeon et al. 2013).

Par ailleurs, la place et le statut de cette communication appréhendée comme fonction, indépendamment des métiers exercés ou revendiqués, représentent un enjeu majeur, notamment en termes de positionnement et de légitimité vis-à-vis de champs d’activité tels que le marketing ou les ressources humaines. Au-delà du constat d’une revendication des marketeurs à coordonner à la fois la communication externe et l’articulation des ressources internes de l’organisation à des fins stratégiques face à un public (de Swaan Arons, Van den Driest, & Weed, 2015), nous avons pu insister (Bonnet, 2014) sur l’émergence d’un discours légitimant l’expertise de ces professionnels dans le champ du social. L’essor des notions de marketing relationnel et de relation client dans les discours professionnels au cours des années 2000 traduit ainsi une autre forme de revendication dans le champ de la médiation. Ce type de discours professionnel a cependant pu être appréhendé en termes de cadrage cognitif et relationnel de l’échange marchand (Mallard, 2009) ou même d’ « instrumentalisation du lien communautaire » (Galibert, 2016) dans le cas des pratiques de community management. Ces travaux nous conduisent à insister sur la tension existant entre d’une part, cette revendication par les marketeurs d’une mission de coordination en interne et en externe et, d’autre part, la dimension normative, industrielle et finalement unilatérale de cette relation contrôlée.

Dans ces conditions, la référence faite par les professionnels au champ du marketing, à celui de la production d’artefacts médiatiques ou du management revêt une signification particulière en ce qu’elle révèle un rapport de sens particulier à la fonction communication elle-même, à la fonction « d’interface » que celle-ci joue entre l’organisation et son environnement ou entre ses différentes composantes internes. Le professionnel en charge de cette fonction hybride peut alors être décrit comme un « couteau suisse » au service de l’organisation, (Baillargeon et al. 2013) un acteur dont les missions diffèrent d’une organisation à l’autre, d’une sensibilité à l’autre, un acteur dont la posture et les compétences gagnent à être clarifiées. Le projet que porte ce numéro d’Interfaces numériques vise à questionner l’articulation de ces différentes dimensions d’une fonction communication en charge d’une diversité de productions, d’interfaces matérielles, de médiations. Comment articuler, du point de vue de la recherche, l’évolution des dispositifs et formats mobilisés par les différents acteurs de la communication des organisations, la question de la revendication relationnelle formulée par certains d’entre eux et, enfin, la perception des publics à ce sujet ?

Un constat nous amène à proposer une piste de réflexion qui sera au cœur de ce dossier, celui de la mobilisation de plus en plus fréquente du terme « design » dans les discours institutionnels, managériaux et commerciaux, au-delà des proportions qui pourraient être expliquées par le développement du design industriel comme pratique professionnelle. On citera à ce sujet l’évocation fréquente et potentiellement naturalisante des activités de webdesigners dans le champ de la création numérique (Pignier, 2009), le recours à la notion de « design organisationnel » dans celui du management, l’émergence d’un « design d’interaction » comme pratique professionnelle et finalement l’apparition et la mise en avant de Chief Design Officers au sein des directions d’un nombre grandissant d’entreprises engagées notamment dans des démarches d’innovation. L’ensemble de ces éléments de discours nous conduit finalement à formuler une hypothèse selon laquelle le « design thinking » serait aujourd’hui souvent éloigné de l’activité des designers pour devenir une grille de lecture, un cadre, ou peut-être un prétexte, mobilisé par d’autres professionnels dans le contexte de toute activité de conception.

Stéphane Vial insiste pourtant sur la spécificité du design en tant que discipline et que « culture particulière de la conception » (Vial, 2014, p. 26), dépassant ici une définition limitée en termes d’activité de production contemporaine ou au sens d’une seule recherche esthétique. Le design serait une « discipline du projet au même titre que l’architecture et l’ingénierie ». Il serait cependant fondé sur une « culture créative propre » et un « mode de connaissance » spécifique dans lesquels la modélisation formelle, la conception d’un dispositif, est à la fois un objectif opérationnel et une « manière de connaître et de comprendre le monde ». (Findeli, 2010 ; cit. par Vial, 2014, p. 27) Par ailleurs, le design serait porté par une dimension utopique, ou plutôt par la volonté d’amener à un monde meilleur.

Enfin, la notion de projet, centrale dans la discipline, aurait évolué au cours du vingtième siècle, passant d’une conception « centrée-objet », au « centré-processus » puis au « centré-acteurs ». Estelle Berger insiste également sur la spécificité de la « démarche design », mais elle souligne l’articulation que celle-ci propose, à travers une « poïétique qui hybride penser et faire », entre « projet » et « expérience » (Berger, 2014).

Si l’on tente d’esquisser une synthèse, la spécificité de la démarche design résiderait donc dans l’articulation originale de trois préoccupations majeures : une perspective de recherche d’ordre anthropologique à travers la notion de pratique, un questionnement des dimensions sensibles et symboliques des dispositifs à travers l’empirie d’une modélisation formelle, et une perspective téléologique (ou stratégique) liée à la notion de projet. A la frontière du technique, du stratégique et du culturel, le design cristalliserait ainsi de nouvelles formes ou, du moins, des formes spécifiques d’interaction avec les publics.

Dans ces conditions, dans quelle mesure la mobilisation de cette notion de design traduit-elle, conduit-elle, suscite-t-elle ou contribue-t-elle à une transformation de la fonction communication dans les organisations quand celle-ci est investie par une diversité croissante d’acteurs ? En d’autres termes et au-delà de la convocation plus ou moins opportune d’un « design thinking », peut-on envisager des fertilisations conceptuelles et méthodologiques entre le champ du design et celui de la communication ? Quels sont alors les points de convergence effectifs ou potentiels ; les divergences plus ou moins pérennes entre les approches mobilisées ? Quels sont, de l’échelle locale jusqu’au plan international, les dispositifs ou les pratiques susceptibles de rendre compte de ces tensions et de ces mouvements interdisciplinaires entre cadres de pensée et d’action autour des relations entre design et communication ?

Les contributions à ce dossier pourront se saisir de ces problématiques selon les perspectives suivantes, non exhaustives :

  • La question du rapport entre fonction communication, design et organisation à l’ère du numérique constitue un premier axe.
  • Les usages numériques à l’intersection du design et de la communication pourront également être traités selon un deuxième axe.
  • Enfin, la question de la diversité des modes d’articulation entre design et communication à l’international consiste en un troisième axe.

Bibliographie

Baillargeon, D., Brulois, V., Coyette, C., Davis, M. D., Lambotte, F., & Lépine, V. (2013). Figures et dynamiques de la professionalisation des communicateurs. In Cahiers de RESIPROC - La professionalisation des communicateurs : Dynamiques, tensions et vecteurs. Presses universitaires de Louvain, p. 12-32.

Berger, E. (2014). La démarche design, entre projet et expérience - Une poïétique qui hybride penser et faire. Communication & Organisation, (46), p. 33‑42.

Berthelot-Guiet, K., Marti de Montety, C., & Patrin-Leclère, V. (2013). Entre dépublicitarisation et hyperpublicitarisation, une théorie des métamorphoses du publicitaire. Semen, (36), p. 53‑68.

Bonnet, F. (2014). La « relation client ». Quelle place et rôle pour le client face à l’affirmation de la thématique relationnelle dans les pratiques commerciales ? In J. Bonnet, R. Bonnet, & D. Raichvarg, Communication et Intelligence du Social. Paris: L’Harmattan, p. 37-46.

de Swaan Arons, M., Van den Driest, F., & Weed, K. (2015, mars). L’ultime machine marketing. Harvard Business Review France, (n°7), p. 37‑46.

Findeli, A. Searching For Design Research Questions: Some Conceptual Clarifications. In Chow, Rosan and Jonas, Wolfgang and Joost (dir.) (2010), Gesche Questions, Hypotheses & Conjectures. iUniverse, p. 286‑303.

Galibert, O. (2016). Le Community management : une instrumentalisation de l’espace public, de la lutte pour la reconnaissance et de la logique de don. Communication & management, 12(2), p. 67‑80.

Mallard, A. (2009). Le cadrage cognitif et relationnel de l’échange marchand : analyse sociologique des formes de l’organisation commerciale. Mémoire d’habilitation à diriger les recherches. Université Toulouse II le Mirail.

Miège, B. (2007). La Société conquise par la communication : Tome 3, Les Tic entre innovation technique et ancrage social. Grenoble : PUG.

Mitropoulou, E. (2012). Les Organisations interactives : quelle innovation pour la communication ? Communication & Organisations, N°39, « Les applications de la sémiotique à la communication des organisations », Presses Universitaires de Bordeaux, pp. 37-58.

Pignier, N. (2009). Sémiotique du webdesign : quand la pratique appelle une sémiotique ouverte. Communication & langages, (159), p. 91‑110.

Vial, S. (2014). ‪De la spécificité du projet en design : une démonstration‪. Communication & Organisation, (46), p. 17‑32.

Organisation scientifique

La réponse à cet appel se fait sous forme d’une proposition livrée en fichier attaché (nom du fichier du nom de l’auteur) aux formats rtf, doc ou odt. Elle se compose de deux parties :

  • Un résumé de la communication de 4 000 signes maximum, espaces non compris ;
  • Une courte biographie du (des) auteur(s), incluant titres scientifiques, le terrain de recherche, le positionnement scientifique (la discipline dans laquelle le chercheur se situe), la section de rattachement.

Le fichier est à retourner, par courrier électronique, pour le 15 avril 2018, à :

fabien.bonnet@uha.fr, eleni.mitropoulou@uha.fr, carsten.wilhelm@uha.fr

Un accusé de réception par mail sera renvoyé.

Calendrier prévisionnel :

  • 15 avril 2018 : date limite de réception des propositions ;
  • 30 avril 2018 : avis aux auteurs des propositions ;
  • 15 juillet 2018 : date limite de remise des articles ;
  • Du 16 juillet au 15 septembre 2018 : expertise en double aveugle, navette avec les auteurs ;
  • 30 octobre 2018 : remise des articles définitifs ;
  • janvier 2019 : sortie du numéro en versions numérique et papier.

Modalités de sélection :

Un premier comité de rédaction se réunira pour la sélection des résumés et donnera sa réponse le 15 avril 2018.

L’article complet, écrit en français ou en anglais, devra être mis en page selon la feuille de style qui accompagnera la réponse du comité (maximum 25 000 signes, espaces compris). Il devra être envoyé par courrier électronique avant le 20 avril 2018 en deux versions : l’une entièrement anonyme et l’autre nominative.

Un second comité international de rédaction organisera une lecture en double aveugle des articles et enverra ses recommandations aux auteurs au plus tard le 15 septembre 2018.

Le texte définitif devra être renvoyé avant le 30 octobre 2018.

Les articles qui ne respecteront pas les échéances et les recommandations ne pourront malheureusement pas être pris en compte.

Contacts : fabien.bonnet@uha.fr, eleni.mitropoulou@uha.fr, carsten.wilhelm@uha.fr

Interfaces Numériques est une revue scientifique publiée chez Hermès-Lavoisier sous la direction de Benoît Drouillat et Nicole Pignier.

Présentation de la revue classée par l’HCERES (Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) : https://www.unilim.fr/interfaces-numeriques/