Conjuguer nature et culture. Entretien

Nicole Pignier 
et Lina Liñán Durán 

Avec Dominique Truco 

Conceptrice / commissaire d’exposition

Commissaire d’exposition depuis trois décennies, Dominique Truco accompagne les recherches et favorise la production d’œuvres nouvelles d’artistes qui s’emparent des sujets essentiels surgissant d’une planète en crise. D’abord directrice des arts plastiques au Confort Moderne entre 1987 et 2000, elle crée fin 2002 la Biennale internationale d’art contemporain de Melle en Nouvelle-Aquitaine qu’elle dirige jusqu’en 2015 réunissant 160 artistes français et internationaux tous attachés au vivant et à l’interdépendance du vivant. Parallèlement, de 2005 à 2020, elle est chargée de mission pour le développement des arts plastiques en responsabilité de la Galerie Louise-Michel et des ateliers d’artiste à la Ville de Poitiers. Entre 2016 et 2019, elle conçoit îles jardins îles paradis pour les îles d’Aix et Madame continuant à relier l’art, l’écologie et la poétique du vivant.

Publié en ligne le 02 juin 2020

Texte intégral

Nicole Pignier : Qu’est-ce qui dans votre parcours vous a amenée à la vie artistique ?

Dominique Truco : Ce qui m’a amenée à la vie artistique, c’est la force de la création et des artistes eux-mêmes. Leur liberté, leur fertilité, leur curiosité, leur capacité à observer, à interpréter, à expérimenter, à mettre du sens en forme et à le faire exister... à partir d’un peu de matière grise et d’autres colorées pour nous transmettre, pour partager leurs perceptions du monde, voire agir sur ce dernier.

Beaucoup d’artistes sont pour moi des augmentateurs de bien commun, des éveilleurs de conscience, des chercheurs habités par une nécessité intérieure. Cette capacité à créer et à transmettre traverse bien sûr une grande diversité de nos champs d’activités. De cette considération profonde pour les artistes et l’art, j’ai fait mon métier en « franc-tireuse », c’est-à-dire sans passer par les cursus de formation ad hoc, mais en étant au plus près des artistes et de la création en train de se faire.

Nous étions au début des années 1980 et l’ère de la décentralisation culturelle François Mitterrand-Jack Lang offrait enfin aux créateurs des moyens, outils de soutien et reconnaissance de leur travail améliorant les conditions de création, la visibilité des artistes ainsi qu’une plus grande sensibilisation à l’art d’aujourd’hui. À Poitiers, pour se donner plus de lisibilité, un groupe d’artistes décidaient de prendre la vague, en créant l’association Artension pour se lancer dans l’aventure rédactionnelle d’une revue d’art à laquelle je contribuais dès le début et durant plusieurs années.

D’une ébullition culturelle intense et volontariste, dans un ancien entrepôt d’électroménager situé à mi-chemin entre le campus universitaire et le centre-ville de Poitiers, naissait un lieu de culture mixte dédié initialement aux musiques actuelles : le Confort Moderne. En 1987, je rejoignais l’équipe du Confort Moderne et l’association l’oreille est hardie pour y rendre les yeux aussi hardis que les oreilles… et développer, avec des artistes émergents ou de maturité, français et internationaux, des projets artistiques transgressant les frontières de l’art. Aventure menée pendant treize ans.

Les 1 000 m² de l’entrepôt du Confort Moderne devinrent rapidement un lieu d’expérimentation, de production et fréquentation des œuvres accessibles à une diversité de publics, jeunes ou non, rockers ou amateurs d’art, inscrivant la capitale régionale sur la carte de France de l’art contemporain avec des artistes hors du commun et des expositions mémorables parmi lesquels notamment : Glen Baxter, James Turrell, Jean-Luc Moulène, Monique Tello, Marylène Negro, Christina Kubisch, Alice Maher, Fabrice Hybert, Claude Lévêque, Jacques Villeglé et Pierre Henry, etc.

Nicole Pignier : Vous êtes commissaire d’exposition en quoi cela consiste-t-il ?

Dominique Truco : Étymologiquement commissaire signifie : réunir, joindre, assembler et relier.

Pour moi cela consiste à concevoir des expositions, des projets artistiques, des publications, à les faire exister, à vivre l’art au quotidien en accompagnant les recherches d’artistes.

Relier, tisser des liens entre des artistes, des œuvres, des gens, des contextes qui entrent en résonance avec les réalités de notre époque et une planète en crise… C’est à cela que je me livre, avec jubilation, depuis plus de trois décennies avec des plasticiens-jardiniers-poètes-écrivains-musiciens-chorégraphes-biologistes-philosophes-penseurs en somme, tous en prise avec le vivant et nos conditions d’existence en commun. Des créateurs qui conjuguent, dans leur art, éthique et esthétique, nature et culture pour mieux habiter la Terre.

Ce travail a pour finalité la mise en œuvre d’expositions monographiques ou collectives qu’il faut orchestrer dans de multiples directions. Avec les artistes, je privilégie toujours l’élaboration et la production d’œuvres nouvelles permettant l’aboutissement le plus récent de leur pensée. Car je ne travaille pas dans l’unique perspective d’exposer des œuvres mais bien pour que ce faisant, dans le processus de réflexion et de production, ces dernières contribuent d’abord à l’accomplissement de chacun via la rencontre avec l’œuvre, l’exposition ou le livre. « L’art nous reconstruit », affirmait Bram Van Velde à Samuel Becket.

Je travaille dans la durée avec les artistes et suis ainsi la témoin privilégiée, par le dialogue continu, de la complexité d’une œuvre. C’est passionnant. L’art est un moyen de connaissance.

L’orientation définie du projet – que je sais en constante évolution jusqu’à son plein épanouissement – il nécessite de réunir les moyens de productions financières et techniques des œuvres, puis leur présentation dans les conditions les plus pertinentes afin favoriser le dialogue entre elles et les publics. La plupart des projets artistiques que j’ai conçus ont pris corps dans de multiples contextes naturels, architecturaux, humains, faisant entrer en résonance les œuvres dans la proximité du quotidien et une diversité d’univers, du jardin au tribunal d’instance, de l’école maternelle à la résidence pour personnes âgées, de la boulangerie à l’église romane, etc.

La Biennale internationale d’art contemporain de Melle que j’ai dirigé de sa création en 2003 à sa huitième édition en 2015 est emblématique d’un travail de création construit sur des nécessités et non des thèmes. Nécessités toujours renouvelées pour mieux vivre ensemble, empruntant les chemins de l’altérité, de l’écologie, de l’hospitalité universelle, de la poésie.

Chaque biennale déployée à l’échelle de la ville entière et dans son tissu vivant a toujours rapproché les artistes, les œuvres, des habitants (en l’occurrence 3 600), associations, lycées, écoles, structures culturelles, commerçants, jardiniers communaux...

Également emblématique le projet îles jardins îles paradis en germination dès 2016 pour les deux plus petites îles de l’archipel charentais. À mon invitation entre 2018 et 2019, l’île d’Aix et l’île Madame ont été les territoires d’attention, d’immersion et de création du jardinier philosophe Gilles Clément et du plasticien aqua-poète Patrick Beaulieu. Deux artistes du vivant qui déjouent naturellement les clivages entre nature et culture pour relier art, écologie et poétique du vivant. Dans les forts, dans des cabines de chaland, dans les paysages, l’exposition buissonnière restituait la diversité des confluences entre leurs regards et les caractères spécifiques de ces deux jardins en mouvement. Elle restituait également les multiples passerelles tendues entre les deux îles, leurs habitants, et des acteurs précieux du Jardin planétaire de l’île de la Réunion, à l’Université et l’ENSA de Limoges, au LIENSs de l’Université de La Rochelle et au Centre Intermondes.

Nicole Pignier : En octobre 2018, une toile créée par un logiciel d'intelligence artificielle, sous l'égide du collectif Obvious a été vendue aux enchères, adjugée 432 500 dollars. Le logiciel, nourri avec 15 000 portraits classiques du XIVe et XXe siècle, a dit-on appris à détecter les règles du portrait via un algorithme mis au point par Ian Goodfellow, chercheur chez Google. Selon le collectif, il s'agit d'une démarche artistique dans la mesure où l'intention et la signature leur reviennent, même si c'est l'algorithme qui a produit l'image. S'il s'agit d'une expérience intentionnellement artistique, peut-on pour autant, selon vous, parler de création artistique et d’œuvre quand l'engagement spatio-temporel du corps n'a pas lieu d'être ou n'a plus lieu d'être dans le geste artistique, en l'occurrence graphique ? Pourquoi ? 

Dominique Truco : À 23 ans, au printemps 1949 en décollant dans la rue à Paris, avec Raymond Hains, une première affiche lacérée par des passants anonymes (acquise en 1987 par le centre Georges-Pompidou), Jacques Villeglé devient releveur de nos traces de civilisation. L’inventeur du Nouveau Réalisme avant la lettre et de l’épigraphie contestataire constitue depuis soixante-dix ans avec l’affiche lacérée un incroyable portrait de société. L’artiste, aujourd’hui nonagénaire, a fait entrer nos Réalités collectives dans l’histoire de l’art ; il a constitué une vaste collection de gestes de contestation ou d’élans de vie. Il a fait des rues du monde occidental son atelier, villes et des villages sont devenus les plus vivants des musées ! Six ans avant d’entreprendre dans le désert peint d’Arizona, son grand œuvre récemment achevé par la métamorphose du volcan Roden Crater en chambres d’observatoire céleste, en 1969 James Turrell tout juste âgé de 26 ans effectue des dessins dans le ciel aux commandes de son avion en suivant les consignes de dispersion des fumées colorées données par la peintre Sam Francis resté au sol… Il ne cessera de faire du ciel un espace de perception et de chacun d’entre nous une conscience percevante.

En 1974, candidat à l’élection présidentiel, l’agronome et écologiste René Dumont boit un verre d’eau devant des milliers de téléspectateurs pour focaliser par ce geste l’attention à porter à ce bien précieux puisque « avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, l’eau manquera... ». En 1988, Sylvain Soussan invente le musée des nuages, un musée sans mur, de plein air, d’eau de lumière, dans le vent jouant avec le temps pour rêver, comprendre les éléments de notre environnement à reconsidérer l’eau dans l’air et l’eau sur terre.

En octobre 2018, le « Portrait d’Edmond de Bélamy » créé par un logiciel « d’intelligence artificielle » sous l’égide du collectif Obvious est une impression numérique formaliste d’une figure fantomatique et opportuniste créée par compilation algorithmique de 15 000 œuvres qui, elles ont bel et bien traversé l’histoire de l’art et les siècles. L’intelligence désespérément artificielle n’est ici à l’évidence qu’un outil pour gros calculateurs. En atteste l’adjudication de cette image à 432 500 dollars chez Christies en 2018 qui témoigne de mon point de vue d’une confusion entre le prix et la valeur d’une œuvre. Reste maintenant à examiner le crédit à apporter à son acquéreur.

Nicole Pignier : Le biologiste Derek Denton, le bioacousticien Bernie Krause font partie des quelques chercheurs précisant que les arts tels la peinture, la musique, le chant, la sculpture, la danse ont émergé dans un lien puissant entre les communautés humaines, le vivant, les éléments naturels. Ils précisent comment les premiers instruments, les premiers chants, ... ont été imaginés, façonnés dans une continuité sensorielle, synesthésique, sensible avec le chant et les sons du vivant mêlés à la géophonie, à savoir les sons de l'eau, du vent, de l'orage, de la terre. Les gestes artistiques prolongeaient les réalités phénoménologiques ; leur reprise inscrivait, manifestait la conscience que les humains avaient de la puissance sensible/cosmique des lieux qu'ils traversaient. En comparaison, comment situez-vous les gestes artistiques issus de l'intelligence artificielle ? Qu'en est-il de ce lien à la Terre ? 

Dominique Truco : L’intelligence artificielle est un outil de haute technologie en usage dans de nombreuses circonstances de notre vie depuis son apparition dans les années 1950.

Dans l’art dit numérique, l’IA, aussi sophistiquée qu’elle soit, demeure un outil comme un silex taillé, un crayon de bois, un pinceau, une encre, un appareil photographique, une affiche lacérée, un avion, un piano, une caméra, un ordinateur, une presse à métal, un déchet, etc. Ce n’est pas le medium qui fait l’œuvre, mais bien l’humain avec son intelligence de la vie, sa sensibilité, sa pensée autonome, sa culture, ses gestes, la totalité de son corps et de son esprit en interrelation avec ses outils. Seul un être vivant humain ou non humain est en capacité d’extraire de l’information de son environnement, pour produire une émission d’idée, un comportement et à partir de l’ensemble de ses connaissances possiblement réaliser...une œuvre d’art !

Qu’attend-t-on d’un artiste et d’une œuvre d’art ? Qu’ils nous ouvrent un peu plus au monde ? Qu’ils contribuent à l’élargissement nos champ de conscience ? Qu’ils nous rendent plus voyants ? Qu’ils augmentent nos territoires de connaissance et de résistance ? Qu’ils nous étonnent, nous tirent vers l’inconnu ? Qu’ils ouvrent des chemins à la croisée de plus de créativité et d’humanité pour mieux vivre ensemble ? Tout cela. La justesse et la force d’une œuvre tient à ce qu’elle tisse ensemble, à ce que sa « complexité » nous enseigne à vivre.

Nicole Pignier : Enfin, quels rôles l'art, tel que vous l'appréhendez dans vos projets peut-il jouer pour (r)éveiller en nous une conscience de ce qu'implique notre condition de Terriens ? Pouvez-vous développer un exemple de projet artistique particulier ?  

Dominique Truco : Pas d’œuvre sans l’humain, quel que soit le champ de création, danse, musique, littérature, théâtre, cinéma, arts visuels... S’interroger sur le rôle de l’art, c’est répondre par la fonction de celle ou de celui qui l’origine. Les artistes sont des catalyseurs de rencontres, de découvertes arborescentes et agissantes ! Dans mon compagnonnage avec les artistes, j’ai mis en acte une analyse du poète Francis Ponge publiée en 1941 dans un bel ouvrage intitulé L’atelier contemporain. De sa fréquentation des artistes, il formulait que La fonction de l’artiste c’est de prendre le monde en réparation, comme il vient, dans son atelier, par fragment. En 2003, c’est autour de cette pensée de Francis Ponge que j’élaborais la première Biennale de Melle L’art d’être au monde, la monde en réparation. L’art conjugue création et réparation indissociablement. C’est vrai pour la totalité des artistes avec qui j’ai choisi de travailler, des plus jeunes et inconnus aux plus renommés.

Un exemple me demandez-vous ? Eau, air, terre, la sagesse du jardinier titre éponyme d’un livre de Gilles Clément et de la troisième Biennale internationale d’art contemporain de Melle en 2007. Je construis cette nouvelle édition sur le socle fertile de deux citations de deux figures visionnaires de l’écologie : L’une de Madame Wangari Maathai (première femme kenyane universitaire biologiste et secrétaire d’Etat à l’Environnement chargée des ressources naturelles en 2003) est extraite de son discours de réception du son prix Nobel de la Paix en 2004 à Oslo. Elle résume : « Les activités dévastant l’environnement et les sociétés se poursuivent. Nous sommes aujourd’hui face à un défi qui exige un changement de pensée pour que l’humanité cesse de menacer le système qui soutient on existence. Il nous est demandé d’assister la Terre pour l’aider à guérir de ses blessures et, ce faisant de guérir les nôtres. » L’autre citation est de Gilles Clément. Il assure : « Le jardinier d’aujourd’hui c’est l’ensemble des habitants de la planète. La population humaine est responsable dans son ensemble du jardin planétaire. » Ces deux textes prendront place sur les murs de la petite cité de caractère.

Je convie vingt et un artistes à contribuer au contenu de cette biennale : Gilles Clément, Knud Viktor, Erik Samakh, Sylvain Soussan et le musée des Nuages, Adel Abdessemed, Mikaël Dans, Ingrid Wangi, Robert Hutter, Ha Cha Youn, Laurie-Anne Estaque, Pascale Gadon, Franck Gérard, Claude Pauquet, Bertrand Gadenne, François Bon, Jean-Pierre Courjaud, Dominique Pichon. Les œuvres de Joseph Beuys, Andy Goldsworthy, Giuseppe Penone, Herman de Vries seront empruntées à des collections publiques.

En août 2006 lors sa première visite à Melle, où l’arbre est roi avec 1 600 essences, Gilles Clément commente : Cette ville est faite pour l’humain. À ses côtés j’ai convié l’ancien maire-jardinier-charcutier-amateur d’art Jean Bellot, l’équipe des jardiniers de la commune, l’adjointe à la culture, l’adjoint au tourisme. Ensemble nous partons dans la nature… L’auteur d’Une écologie humaniste découvre le parc de la Maladrerie, traversé par un ruisseau, baigné par un océan d’orties et planté en ses confins d’une collection de saules.

Quinze jours plus tard, Gilles Clément me propose la réalisation au cœur du parc d’un jardin d’eau jardin d’orties scénographiant, mettant en œuvre le traitement de l’eau par les plantes aquatiques mais également l’usage libre et bienfaisant de l’ortie en purin. Ce jardin d’eau jardin d’orties devient le premier jardin de résistance de Gilles Clément : un jardin de résistance au système dominant par lequel tout se marchandise au détriment de l’environnement et de l’humanité clairement en résistance à la loi d’orientation agricole qui avait été votée en janvier 2006 puis amandée visant les plantes peu préoccupantes...

Du purin d’orties fut réalisé par le jardinier de la ville Jean-Luc Denis puis offert aux Mellois chaque jour de marché en parfaite infraction à la loi avec l’agrément de monsieur le Maire et de l’ensemble du conseil municipal bien décidés à partager le risque avec l’artiste ! En 2011, lors de la Ve Biennale intitulée « Habiter la terre » le jardin d’eau jardin d’orties qui ne comportait qu’une seule espèce d’ortie est enrichie de huit nouvelles espèces. En 2019, la distribution de purin d’ortie est toujours d’actualité sur le marché de Melle.

Si créer c’est résister comme l’affirmait Gilles Deleuze, avec Gilles Clément créer c’est résister en cultivant notre Jardin planétaire. Mettre en œuvre de nouveaux paradigmes contre l’écocide. Pour Kôichi Kurita, créer c’est célébrer la beauté et l’innocence de la Terre à l’origine de toute vie. Ce qu’il a entrepris sobrement en constituant la Bibliothèque de terres du japon entre 1991 et 2019, poignée par poignée, puis la Bibliothèque de terres de France depuis 2004.

Après le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima, en 2011, Kôichi Kurita extrait de sa Bibliothèque de terres du japon la poignée collectée à Fukushima en 2001. Il fait glisser cette terre sauve et saine dans un petit flacon de verre sur lequel il grave : Innocence, 2011.

Note de bas de page 1 :

J’avais réuni 26 artistes dans cette Ve édition de la Biennale internationale d’art contemporain de Melle : Christian Boltanski, François Bon, Céline Boyer, Gilles Clément, Pascal Colrat, Thierry Fontaine, Ha Cha Youn, Mona Hatoum, Shigeko Hirakawa, Gary Hill, Jason Karaïndros, Kôichi Kurita, Sébastien Laval, Claude Lévêque, Cristina Lucas, Adrian Paci, Mathieu Pernot, Dominique Robin, Massinissa Selmani, Claire Servant, Chiharu Shiota, Kristina Solomoukha, Max Streicher, Barthélémy Toguo, Paul Virilio, Fang Wen.

Ensemble, en juin 2011, nous déposons cette œuvre brûlante dans une architecture romane, au cœur de la nouvelle biennale de Melle1 que j’ai nommé Habiter la Terre, du battement de cœur à l’emportement du monde.