2026, Deuxième quinzaine de mars par Solene Fogret
16 mars 2026. Salvador. Détentions arbitraires et disparitions forcées de Salvadoriens après leur expulsion par les Etats-Unis. Depuis le début de l’année 2025, plus de 9 000 Salvadoriens ont été expulsés par les Etats-Unis. A leur arrivée au Salvador, ils ont été immédiatement placés en détention, certains au Centre de détention pour terroristes (Centro de Confinamiento del Terrorismo, CECOT), une méga-prison. Certains y ont été torturés et, dans certains cas, victimes d’abus sexuels. Comme la plupart des détenus dans le pays, ils n’ont pas été autorisés à communiquer avec leurs proches ou leur avocat. Ces derniers n’ont reçu aucune indication de la part des autorités indiquant le lieu et le motif de détention, ni si leur proche avait été présenté devant un juge. La Chambre constitutionnelle de la Cour suprême a également refusé de fournir des informations concernant les détenus. Finalement, sur requête de proches de cinq Salvadoriens expulsés par les Etats-Unis, la Commission interaméricaine des droits de l’Homme a enjoint au Salvador de divulguer le statut juridique des détenus, de mettre fin à leur détention au secret, et de prendre des mesures pour les protéger. Par ailleurs, bien qu’une des personnes expulsées soit effectivement membre du gang MS-13, ni les autorités américaines ni les autorités salvadoriennes n’ont fourni de preuves que les autres sont aussi des membres de gangs. De plus, d’après les données publiées par les services américains d’immigration et de douane (Immigration and Customs Enforcement, ICE), sur les 9 000 Salvadoriens expulsés depuis janvier 2025, seuls 10,5 % ont été condamnés aux Etats-Unis pour un crime violent ou potentiellement violent. Au contraire, certains avaient fui le Salvador en raison de violences domestiques ou criminelles, d’extorsions par des gangs, ou de menaces de recrutement forcé par des gangs. L’état d’urgence est en vigueur au Salvador depuis mars 2022, permettant la suspension du droit d’être informé sans délai des motifs d’une arrestation, du droit de garder le silence, du droit à un avocat et de l’obligation de présenter tout détenu devant un juge dans les 72 heures suivant son arrestation.
16 mars 2026. Equateur. Violation des droits des peuples autochtones. Le 14 mars 2025, la Cour interaméricaine des droits de l’Homme avait enjoint l’Equateur à prendre des mesures pour protéger les peuples autochtones semi-nomades Tagaeri et Taromenane, notamment en cessant immédiatement les opérations pétrolières dans une zone du parc national Yasuní appelée « Bloc 43 ». En 1999, l’Equateur avait créé la « Zone intangible Tagaeri-Taromenane », une partie centrale du parc national où toute activité extractive est interdite ; une zone tampon de dix kilomètres sépare les installations pétrolières de cette zone interdite. La Cour avait estimé que l’extraction pétrolière générait une pollution environnementale et augmentait les risques de contact forcé avec les groupes autochtones, les exposant potentiellement à des maladies, des déplacements, des pénuries alimentaires et des conflits liés aux ressources. Elle avait laissé au gouvernement jusqu’à mars 2026 pour améliorer les mesures de protection et de suivi dans cette zone, mais ce dernier a autorisé la poursuite de la production pétrolière dans le Bloc 43 en 2025 et n’a fourni aucune information sur les conditions environnementales dans les environs. Le gouvernement n’a pas non plus respecté la date limite de septembre 2025 pour mettre en place une commission technique selon l’ordonnance de la Cour. Cette commission devrait être chargée de surveiller les déplacements des personnes vivant dans la région, afin de déterminer s’il est nécessaire d’étendre la zone protégée à l’intérieur du parc national Yasuní. En effet, un rapport gouvernemental de 2024 avait noté des « signes de présence » des peuples Tagaeri et Taromenane au sud du Bloc 43. Le gouvernement équatorien était déjà tenu de mettre fin à la production pétrolière dans le Bloc 43 en vertu d’un référendum national de 2023.
16 mars 2026. Nigeria. Nouvelles attaques potentiellement menées par Boko Haram. Des attentats à la bombe ont été perpétrés ce jour à Maiduguri, capitale de l’Etat de Borno dans le nord-est du Nigeria. Ayant visé des lieux publics très fréquentés, notamment un marché, les environs d’un bureau de poste et l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri, les frappes ont fait 23 morts et 108 blessés. Les attaques n’ont pas été revendiquées mais l’armée nigériane les a décrites comme « des tentatives coordonnées » menées par des combattants présumés de Boko Haram, qui « visent à faire un grand nombre de victimes et à semer la panique ». Le gouvernement nigérian est engagé depuis plus d’une décennie dans un conflit armé dans le nord-est du pays contre le groupe Boko Haram et les factions qui s’en sont séparées. Ce dernier a déjà perpétré plusieurs attentats-suicides visant des civils. Bien qu’il ait été fortement affaibli après le décès de son chef, Abubakar Shekau, en 2021, lors d’affrontements avec la Province d’Afrique de l’Ouest de l’Etat islamique, une faction rivale qui s’est séparée du groupe, il serait récemment en train de réémerger. L’Etat de Borno est considéré comme le cœur de l’insurrection. Ainsi, en décembre 2025, une mosquée de Maiduguri a été visée par un attentat à la bombe qui a fait cinq morts. En 2020, la Procureure de la Cour pénale internationale avait affirmé que son Bureau avait trouvé des motifs raisonnables de croire que Boko Haram et ses groupes dissidents, ainsi que les forces de sécurité nigérianes, avaient commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité pendant le conflit qui les oppose, précisant que « la grande majorité des actes criminels commis dans le cadre de cette situation [était] imputable à des acteurs non étatiques ». Elle avait décidé de ne pas donner suite à une demande d’ouverture d’une enquête officielle, en partie en raison de ressources limitées. Ces nouvelles attaques sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.
16 mars 2026. Belgique. Manquement de l’Etat au regard de la situation dans la bande de Gaza. La cour d’appel de Bruxelles a jugé ce jour que les ONG pro-palestiniennes et plusieurs victimes palestiniennes qui poursuivent le gouvernement fédéral pour son inaction contre Israël peuvent demander qu’il soit ordonné au gouvernement de prendre des mesures relevant de sa compétence pour prévenir la violation de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza. Elle s’est donc déclarée compétente pour examiner si la Belgique a agi conformément à ses obligations en vertu du droit international face à un important risque de génocide et de violations graves des Conventions de Genève. Puis elle a reconnu la faute de l’Etat belge, notant qu’il n’avait pas fait tout ce qui était « raisonnablement en son pouvoir au moment opportun pour prévenir et arrêter les crimes d’Israël ». En effet, la Belgique aurait dû prendre des mesures depuis le 26 janvier 2024, date à laquelle la Cour internationale de justice a constaté qu’il y avait un « risque grave » de commission du crime de génocide, de crimes contre l’humanité et de graves violations des Conventions de Genève dans la bande de Gaza. Mais le gouvernement fédéral a attendu jusqu’au 18 janvier 2026 pour adopter un décret royal interdisant les vols au-dessus de l’espace aérien national et les escales techniques pour le matériel militaire à destination d’Israël et du territoire palestinien occupé.
17 mars 2026. République démocratique du Congo. Potentiel procès pour le meurtre de Patrice Lumumba. Un tribunal belge a jugé ce jour qu’Etienne Davignon devrait être jugé pour complicité de crimes de guerre. Cet ancien diplomate belge est le dernier encore en vie parmi les dix Belges que la famille Lumumba accuse d’implication dans le meurtre de Patrice Lumumba en 1961. Ce dernier était alors le premier Premier ministre du nouvel Etat, indépendant depuis 1960. Il a été torturé et assassiné en janvier 1961, aux côtés de ses associés, Maurice Mpolo et Joseph Okito, par des séparatistes de la région du Katanga avec le soutien de mercenaires belges. Une enquête parlementaire de 2001 a conclu que les ministres belges avaient une « responsabilité morale » dans les événements qui ont conduit à cette exécution. Le Premier ministre belge de l’époque, Alexander De Croo, a affirmé récemment que « les ministres, les diplomates, les fonctionnaires et les officiers belges n’avaient peut-être pas l’intention d’avoir assassiné Patrice Lumumba » ; « mais ils auraient dû se rendre compte que son transfert au Katanga mettait sa vie en danger » ; « (…) ils ont choisi de ne pas voir… de ne pas agir ». Le tribunal est allé au-delà de la décision du procureur, étendant la portée du procès aux associés de Patrice Lumumba. Etienne Davignon, qui était au moment des faits stagiaire diplomatique, nie aujourd’hui son implication et compte faire appel de la décision du tribunal.
18 mars 2026. Afghanistan. Conflit avec le Pakistan. Après le bombardement d’un centre médical à Kaboul, qui a fait 408 morts et 265 blessés, les autorités talibanes ont averti ce jour le Pakistan qu’elles « venger[ont] » les victimes. De son côté, le Pakistan a affirmé avoir visé « des cibles militaires et terroristes ». La reprise du conflit entre les deux Etats, le 22 février 2026, s’explique par le fait que le Pakistan accuse l’Afghanistan d’abriter des groupes terroristes, notamment le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), ce que l’Afghanistan dément. Ce mouvement, formé au combat en Afghanistan et qui se revendique de la même idéologie que les Talibans afghans, est accusé d’avoir tué des centaines de soldats pakistanais depuis 2021.
18 mars 2026. Tunisie. Maintien en détention de la défenseure des droits humains Saadia Mosbah. Le 6 mai 2024, les autorités tunisiennes ont arrêté Saadia Mosbah en vertu d’une loi de 2015 relative à la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent. Elle est accusée d’enrichissement illicite et de constitution d’une entente criminelle en lien avec les activités de l’association M’nemty – qu’elle préside – qui soutient les personnes en déplacement et lutte contre les discriminations raciales. Saadia Mosbah a par la suite été placée en détention provisoire (prolongée à plusieurs reprises) à la prison pour femmes de Manouba, dans le nord du pays. En mars 2025, un rapport d’expertise comptable a conclu que les financements de l’association étaient « légaux, transparents et de faible ampleur », mais les poursuites ont été maintenues. Le 12 mars 2026, Saadia Mosbah a comparu devant la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis, dans le cadre de son procès qui a débuté le 22 décembre 2025. Sa demande de remise en liberté a été rejetée et une audience a été fixée au 19 mars 2026 afin d’examiner l’affaire sur le fond. Maintenue en détention depuis près de deux ans, Saadia Mosbah a par ailleurs dénoncé des conditions de détention difficiles. Transférée vers la prison pour femmes de Béni Khalled, dans le gouvernorat de Nabeul, elle a signalé, en septembre et octobre 2025, des difficultés d’accès à l’eau potable, des restrictions concernant la réception de livres ainsi que des limitations dans les visites familiales. Ces conditions de détention, compte tenu notamment de son âge (66 ans) et des préoccupations relatives à son état de santé, qui s’est fortement dégradé au cours de sa détention prolongée, pourraient constituer des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Les poursuites engagées à son encontre semblent viser à entraver ses activités de défense des droits humains. En effet, elles s’inscrivent dans un contexte de répression croissante de la société civile en Tunisie, marqué par de nombreuses poursuites judiciaires contre des défenseurs des droits humains, des campagnes de dénigrement dans les médias et des restrictions visant les organisations travaillant sur les questions migratoires. Le président tunisien, Kaïs Saïed, a dénoncé à plusieurs reprises l’arrivée de personnes migrantes d’Afrique subsaharienne et évoqué un prétendu complot visant à modifier la composition démographique du pays.
20 mars 2026. France. Condamnation du djihadiste Sabri Essid. La cour d’assises de Paris a reconnu ce jour Sabri Essid, membre français de l’organisation Etat islamique (EI), coupable de génocide, crimes contre l’humanité et complicité de ces crimes à l’encontre des Yézidis. Cette minorité religieuse implantée en Irak et en Syrie a été victime d’un génocide mené par l’EI entre 2014 et 2017. La cour a réaffirmé que les Yézidis ont « clairement été ciblé[s] par l’EI en tant que groupe religieux ». Présumé mort en Syrie en 2018, Sabri Essid a été condamné par défaut à la réclusion criminelle à perpétuité. La représentante du parquet a précisé qu’il n’était pas considéré comme « une tête pensante de la politique d’extermination » de cette communauté, mais qu’il y a « activement participé », était « déterminé à briser l’humanité de ses victimes » et était « un homme qui incarne le génocide ».
21 mars 2026. Allemagne. Implantation des Talibans dans une ambassade. Le 3 octobre 2025, un Taliban, Said Mustafa H., s’était installé au consulat général de Bonn, après que le gouvernement allemand ait accepté la révocation par le ministère des Affaires étrangères taliban du consul Hamid Nangialay Kabiri. Désormais, les Talibans contrôlent une ambassade à Berlin. Le diplomate Abdul Baqi Popal y a été officieusement remplacé par le Taliban Nibras‑ul‑Haq Aziz, qui a pris la tête de la mission sans jamais être officiellement annoncé aux autorités allemandes, qui continuent de dialoguer avec Abdul Baqi Popal qui a, dans les faits, été écarté par les Talibans.
(https://lalettrehebdo.com/les-terroristes-talibans-ont-desormais-une-ambassade-en-allemagne/)
22 mars 2026. Liban. Destructions et déplacements forcés susceptibles de constituer des crimes de guerre. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré le 15 mars 2026 que l’armée israélienne allait accélérer la démolition des habitations libanaises dans les villages situés le long de la frontière avec Israël, « selon le modèle que nous avons appliqué à Rafah et à Beit Hanoun, dans la bande de Gaza », qui ont été en grande partie rasés. Il a ajouté que l’armée israélienne détruirait tous les ponts situés au sud du fleuve Litani « utilisés pour les activités terroristes du Hezbollah ». Le 22 mars 2026, le pont de Qasmiyeh, un axe majeur menant à la ville de Tyr (sud du pays), a été gravement endommagé, ce qui risque d’isoler de fait la ville et une grande partie du sud du Liban. Trois autres ponts avaient subi des frappes depuis le 13 mars 2026. En outre, les ordres d’évacuation des zones situées au sud du fleuve Zahrani, situé à 15 kilomètres au nord du fleuve Litani, soit à 40 kilomètres de la frontière israélo-libanaise, ont été réitérés ; avec les zones du sud de Beyrouth qui ont également reçu l’ordre d’évacuer, environ 13 % du Liban est désormais soumis aux ordres d’évacuation israéliens. Plus d’un million de personnes ont été déplacées à ce jour. Depuis le 2 mars, les attaques israéliennes ont tué au moins 1 029 personnes au Liban, dont 118 enfants et 40 secouristes. Les attaques du Hezbollah ont blessé au moins 15 personnes en Israël. Par ailleurs, selon l’Organisation mondiale de la santé, entre le 2 et le 15 mars 2026, 28 attaques contre des services ou personnels de santé ont été recensées, faisant 30 morts et 35 blessés ; cinq hôpitaux ont été contraints de fermer. L’armée israélienne affirme, sans apporter de preuves, que des ambulances et des établissements de santé sont utilisés à des fins militaires. Ces attaques sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.
(https://blogs.mediapart.fr/yves-romain/blog/220326/liban-faire-comme-gaza)
23 mars 2026. Territoires palestiniens occupés. Rapport « Torture et génocide ». Dans son dernier rapport, la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 examine le « recours systématique à la torture » par Israël à l’encontre des Palestiniens des territoires palestiniens occupés « en tant que groupe » depuis le 7 octobre 2023. Elle documente comment « la torture est devenue partie intégrante de la domination et des châtiments infligés aux hommes, aux femmes et aux enfants, tant par le biais de mauvais traitements en détention que par une campagne implacable de déplacements forcés, de massacres, de privations et de destruction de tous les moyens de subsistance, dans le but d’infliger des souffrances collectives et durables ». Ce régime « de terreur psychologique continu et omniprésent sur l’ensemble du territoire », « renforcé par l’industrie mondiale de la sécurité et l’inaction des Etats tiers », « déshumanise les Palestiniens » et est « conçu pour briser les corps, priver un peuple de sa dignité et le chasser de sa terre ». La Rapporteuse spéciale ajoute que plusieurs responsables israéliens qui ont soutenu le génocide en cours et la torture collective ont reconnu que leur objectif ultime est « l’expulsion forcée des Palestiniens afin de permettre l’annexion et la conquête par les colons » des territoires palestiniens occupés. Par ailleurs, bien que « la torture a toujours été un élément central de la dépossession des Palestiniens par Israël », « depuis octobre 2023, Israël recourt à la torture à une échelle qui suggère une vengeance collective et une intention destructrice ». Ainsi, la Rapporteuse spéciale estime que la torture atteint désormais « le seuil nécessaire pour être qualifiée de génocide au sens de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ». Elle ajoute que la torture est, plus largement, « une caractéristique structurelle de l’apartheid et du colonialisme de peuplement ».
24 mars 2026. Union européenne. Lancement du Centre européen contre le trafic illicite de migrants. Europol a lancé ce jour le Centre européen contre le trafic illicite de migrants, permettant d’intensifier la lutte de l’Union européenne contre les réseaux de trafic de migrants. Europol se concentrera désormais davantage sur les enquêtes basées sur les données OSINT (Open-source intelligence, renseignement d’origine sources ouvertes) et financières, ainsi que sur l’innovation et l’expertise numérique.
24 mars 2026. Soudan. Hausse continue des victimes civiles. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a rapporté ce jour que plus de 500 civils ont été tués par des frappes de drones depuis janvier 2026 au Soudan, principalement dans trois Etats de la région du Kordofan. Au cours des seules deux premières semaines de mars, « plus de 277 civils ont été tués, dont plus des trois quarts lors de frappes de drones ». L’hôpital Al Fasher, au Darfour, est partiellement détruit à la suite de tirs d’artillerie. Lors de l’attaque la plus meurtrière, le 20 mars, qui a visé l’hôpital universitaire d’Al-Deain, dans l’Etat du Darfour-Oriental, des frappes aériennes et de drones lancées par l’armée soudanaise ont fait au moins 60 morts, dont treize enfants et sept femmes. Cette attaque a entraîné la fermeture de l’hôpital. Selon l’OMS, Al-Deain servait d’hôpital de référence pour plus de deux millions de personnes dans la ville ainsi que dans neuf autres localités de l’Etat du Darfour-Oriental. Désormais les patients devront parcourir plus de 160 kilomètres pour rejoindre l’hôpital de référence le plus proche. L’armée a affirmé avoir visé les paramilitaires des Forces de soutien rapide, ce qui pourrait être avéré : deux sources humanitaires ayant visité l’établissement avant l’attaque affirment que « 90 % des patients dans les couloirs sont des soldats, y compris dans le service de pédiatrie ». Toutefois, au regard des victimes civiles et sachant que, dès lors qu’ils sont blessés, les soldats ne sont plus considérés comme des belligérants, cette attaque est susceptible de constituer un crime de guerre. Par ailleurs, le conflit présente un risque d’extension aux régions voisines : une attaque de drone qui a frappé la ville tchadienne de Tiné le 18 mars a causé la mort de 24 civils au moins, et en a blessé une soixantaine d’autres. La guerre civile au Soudan a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 12 millions de personnes, dont près d’un million se sont réfugiées au Tchad.
(https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158606)
24 mars 2026. France. Fabrice Leggeri accusé de complicité de crimes contre l’humanité. La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et Utopia 56 ont obtenu qu’un juge d’instruction soit saisi pour enquêter sur l’eurodéputé RN Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex – agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières – entre janvier 2015 et avril 2022. Soupçonné de complicité de crimes contre l’humanité et de torture, la LDH l’accuse notamment d’avoir « encouragé » ses agents à faciliter les interceptions d’embarcations de migrants par les autorités libyennes et grecques, afin de « faire obstacle, quel qu’en soit le prix – en vies humaines notamment – à l’entrée des personnes migrantes au sein de l’UE ». Quelque 82 000 migrants sont morts ou portés disparus depuis 2014, principalement en Méditerranée (34 000), route migratoire la plus meurtrière au monde, selon l’Organisation internationale des migrations. Un nombre sous-estimé, d’après la Mission d’appui des Nations unies en Libye et du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme qui ont alerté à plusieurs reprises contre les graves violations des droits humains subies par les personnes migrantes détenues arbitrairement dans des centres officiels et non officiels en Libye. Les moyens maritimes de surveillance de Frontex ont en outre progressivement été remplacés par des moyens aériens, afin de détecter plus tôt les embarcations et faire intervenir les gardes-côtes libyens plutôt que les gardes-côtes italiens ou maltais.
25 mars 2026. Monde. Résolution relative à la traite transatlantique des esclaves. L’Assemblée générale des Nations unies a adopté ce jour une résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves, qui a duré plus de 400 ans, de « crime contre l’humanité le plus grave ». La résolution, portée par le Ghana, explique cette qualification par « la rupture décisive (…) provoquée dans l’histoire mondiale », ainsi que l’ampleur, la durée, le caractère systémique, la brutalité et les conséquences durables de ces crimes, « qui continuent d’influer sur la vie de tous les peuples à travers des systèmes racialisés de travail, de propriété et de capital ». Le texte affirme l’importance de « remédier aux torts historiques subis par les Africains et les personnes d’ascendance africaine » et souligne que les demandes de réparations sont un pas concret vers la réparation de ces torts. 123 Etats ont voté pour ; l’Argentine, Israël et les Etats-Unis ont voté contre ; et 52 Etats – dont de nombreux Etats européens, y compris la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et le Portugal – se sont abstenus. Ces derniers se sont principalement justifiés par le rejet d’une « hiérarchie » entre les crimes contre l’humanité.
(https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158618)
25 mars 2026. Russie. Entreprises complices de la déportation d’enfants ukrainiens. D’après le dernier rapport du Humanitarian Research Lab de l’université de Yale, publié ce jour, deux des principales compagnies pétrolières et gazières russes, Gazprom et Rosneft, sont des « complices volontaires » de la déportation et de l’endoctrinement d’enfants ukrainiens par les autorités russes. Ces enfants, originaires des régions de Donetsk, Louhansk et Zaporijia, ont été emmenés dans au moins six camps situés en Russie et dans les territoires occupés d’Ukraine – les camps « Prométhée », « Signal », « Kubanskaya Niva », « Art-Quest », « Sputnik » et le « centre de santé pour enfants A. V. Kazakevich » – et y ont été soumis à une rééducation et à une militarisation forcées. Se fondant sur leurs déclarations publiques, leurs publications sur les réseaux sociaux et leurs documents d’entreprise, l’enquête conclue que les deux entreprises auraient « financé et facilité le transfert et la rééducation d’environ 2 158 enfants ukrainiens entre 2022 et 2025 ». De nombreuses filiales des deux entreprises sont également impliquées : elles détiennent directement certains camps, fournissent des bons pour y accéder ou coordonnent l’endoctrinement prorusse. Le rapport constate qu’« au moins 80 % des entités impliquées dans le transfert et l’endoctrinement des enfants ukrainiens par la Russie ne font actuellement l’objet d’aucune sanction de la part des Etats-Unis ou de l’Europe ».
25 mars 2026. France. Attaque en justice des partenariats entre universités françaises et israéliennes. Un collectif d’associations a déposé ce jour des recours devant les tribunaux administratifs et le Conseil d’Etat contre huit universités (Paris-I Panthéon-Sorbonne, Sorbonne Université, Paris Sciences et lettres, Aix-Marseille Université, Strasbourg, Grenoble-Alpes, ENS Lyon et Sciences Po Paris), ainsi que les ministères de l’Enseignement supérieur et de la recherche, et de l’Europe et des affaires étrangères. Les associations demandent aux juridictions de constater que les partenariats conclus entre ces entités et des universités israéliennes sont contraires aux obligations de la France en vertu du droit international et doivent de ce fait être suspendus. En effet, elles affirment que « les universités israéliennes continuent d’être des rouages essentiels dans l’accaparement des terres, la formation des soldats et des unités de renseignement, la production d’armement, de doctrines militaires, juridiques et de récits de propagande pro-génocide ». Depuis 2024, une centaine d’universités ont rompu ou se sont engagées à ne pas renouveler leurs partenariats avec des universités israéliennes, notamment en Espagne, en Irlande et en Italie.
25 mars 2026. Etats-Unis. Nouvelle exécution extrajudiciaire dans les Caraïbes. Le Commandement Sud des Etats-Unis a annoncé ce jour avoir mené une « frappe cinétique létale » contre un bateau prétendument impliqué dans le trafic de drogue. Il s’agissait de la 47ème frappe de ce type menée par l’armée américaine dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique. Elle aurait fait quatre morts, ce qui porte, à ce jour, le nombre de victimes à 163. Il s’agit d’exécutions extrajudiciaires, menées en dehors de tout conflit armé.
(https://www.hrw.org/fr/news/2026/03/31/etats-unis-nouvelle-attaque-illegale-contre-un-bateau)
26 mars 2026. Iran. Intensification de l’enrôlement d’enfants. Un responsable de la 27ème division Mohammad Rasulullah du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) à Téhéran a déclaré ce jour qu’une campagne visant à enrôler des civils, intitulée « Combattants pour la défense de la patrie en Iran », avait fixé l’âge minimum du recrutement à 12 ans, affirmant que des enfants de cet âge avaient demandé à participer aux patrouilles de surveillance et opérationnelles. Un responsable du CGRI a présenté cette campagne comme visant à recruter des civils pour assurer des services de restauration et de soins médicaux, distribuer des articles et s’occuper d’habitations endommagées, ainsi que pour des activités de maintien de la sécurité telles que la garde des postes de contrôle, ou la participation à des patrouilles opérationnelles et de surveillance, et à des convois de véhicules. Les candidats peuvent s’inscrire dans les mosquées de Téhéran qui accueillent des bases des Basij, la force paramilitaire iranienne placée sous le commandement du CGRI. L’Iran recrute depuis plusieurs années des enfants de moins de 18 ans au sein des forces Basij. Pourtant, la législation iranienne prévoit explicitement le recrutement dans l’armée d’enfants dès l’âge de 15 ans. Et en vertu des Statuts et règlements du CGRI, toute personne doit être âgée d’au moins 16 ans pour pouvoir être recrutée, que ce soit en tant que membre du personnel permanent, contractuel ou membre spécial des Basij. La Convention relative aux droits de l’enfant interdit le recrutement d’enfants de moins de 15 ans et un protocole facultatif à cette Convention, que l’Iran a signé mais n’a pas ratifié, prévoit que l’âge minimum pour la participation directe aux hostilités est de 18 ans. L’Iran est tenu de respecter le droit international coutumier, qui stipule que le recrutement d’enfants de moins de 15 ans constitue un crime de guerre.
(https://www.hrw.org/fr/news/2026/03/30/iran-larmee-intensifie-lenrolement-denfants)
27 mars 2026. Syrie. Rapport sur les crimes commis à Soueïda en juillet 2025. La Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie a publié ce jour un rapport sur les violences qui ont fait plus de 1 700 morts à Soueïda (sud de la Syrie), en juillet 2025, et contraint près de 200 000 habitants à quitter leur foyer. Les affrontements avaient débuté le 13 juillet 2025, opposant des Druzes et des Bédouins, après l’enlèvement d’un commerçant druze par des Bédouins qui ont installé des barrages sur la route reliant Soueïda à Damas. La province abrite la plus importante communauté druze du pays, une minorité également implantée au Liban et en Israël. Dans un premier temps, entre le 14 et le 16 juillet, les forces gouvernementales accompagnées de combattants tribaux avaient commis des violations généralisées du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’Homme contre des civils druzes, y compris des meurtres, des actes de torture, des détentions arbitraires et des pillages. Les hommes identifiés comme druzes étaient séparés des femmes et des enfants et exécutés. D’autres étaient abattus dans les rues ou tués dans leur maison aux côtés de membres de leur famille. Puis, le 17 juillet, à la suite du retrait des forces gouvernementales, dû aux frappes israéliennes sur Soueïda et Damas, des groupes armés druzes avaient attaqué des civils bédouins, commettant de graves violations du droit international humanitaire, notamment des meurtres, des actes de torture, des détentions arbitraires, des déplacements forcés et des pillages, conduisant finalement la quasi-totalité de la communauté bédouine à quitter les zones sous leur contrôle. Enfin, jusqu’au 19 juillet, des combattants tribaux avaient de nouveau visé des civils druzes, en représailles. Certains membres des forces gouvernementales ont retiré leurs uniformes et se sont joints aux attaques. Le rapport identifie « des modèles clairs de ciblage fondés sur l’identité religieuse, l’origine ethnique, l’âge et le sexe ». Les hommes et les garçons ont été particulièrement ciblés. Les communautés druzes et bédouines ont également signalé des violences sexuelles contre des femmes et des filles, y compris des viols. En outre, bien que la plupart des personnes enlevées ou illégalement détenues ont été localisées et libérées, environ une centaine de Druzes, vingt Bédouins et trente membres du personnel du gouvernement restent portés disparus, ainsi qu’un volontaire de la Défense civile syrienne qui a disparu lors de l’assistance aux évacuations. Au total, la Commission a reçu des informations faisant état de plus de 1 707 personnes tuées, dont une majorité d’hommes civils druzes. Par ailleurs, alors que les affrontements se poursuivent, sur près de 200 000 personnes déplacées en juillet, environ 155 000 – principalement originaires des villages druzes brûlés – restent incapables de rentrer chez eux. Presque toute la population bédouine reste également déplacée de force. Les crimes commis, qualifiés de « dévastation généralisée » par la Commission, sont susceptibles de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
27 mars 2026. Moyen-Orient. Bilan des décès en Iran et des déplacements d’enfants au Liban. A ce jour, plus de 1 900 personnes, dont environ 240 femmes et plus de 200 enfants, ont été tuées en Iran depuis le début de la guerre opposant cet Etat à Israël et aux Etats-Unis. Le conflit a également fait plus de 24 800 blessés. Au Liban, plus d’un million de personnes sont désormais déplacées, soit 20 % de la population, dont beaucoup pour la deuxième, la troisième, voire la quatrième fois. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), plus de 370 000 enfants ont été contraints de quitter leur foyer au Liban en seulement trois semaines, ce qui représente en moyenne 19 000 enfants déplacés chaque jour. L’UNICEF qualifie ce déplacement de « massif, soudain et chaotique », avec « des conséquences qui se feront sentir longtemps après que la violence se sera apaisée ». A ce jour, au moins 121 enfants ont été tués et 395 blessés dans le pays.
(https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158628)
30 mars 2026. Iran. Utilisation illégale d’armes à sous-munitions contre Israël. D’après Human Rights Watch, le gouvernement iranien a utilisé à plusieurs reprises des armes à sous-munitions lors de tirs de missiles balistiques vers Israël depuis le 28 février 2026. La première frappe confirmée impliquant des armes à sous-munitions s’est produite le 4 mars dans une zone commerciale de la ville d’Or Yehuda, dans le centre d’Israël. La seconde attaque a été perpétrée le 9 mars de manière quasi simultanée à Or Yehuda, Yehud, Bat Yam et Holon, des villes voisines situées dans la grande agglomération de Tel-Aviv. Cette zone est la plus densément peuplée d’Israël, abritant jusqu’à 45 % de la population du pays. Lors de la troisième frappe authentifiée, le 18 mars, des sous-munitions présumées ont frappé plusieurs sites. Plusieurs autres attaques ont été rapportées mais non confirmées, notamment une ayant conduit au décès de quatre Palestiniens dans la ville de Beit Awa, en Cisjordanie. Les Palestiniens de Cisjordanie sont particulièrement vulnérables aux tirs de missiles ainsi qu’aux retombées de fragments issus d’interceptions, en raison de l’absence d’infrastructures de protection telles que des sirènes d’alerte ou des abris anti-bombes. Au moins quatre civils ont été tués lors de ces frappes, qui sont susceptibles de constituer des crimes de guerre. En effet, les armes à sous-munitions, qui sont tirées par des roquettes, des missiles ou d’autres projectiles, ou larguées depuis des aéronefs, se dispersent généralement en vol, projetant des dizaines de sous-munitions explosives sur une large surface. De nombreuses n’explosent pas lors de l’impact initial, laissant ainsi des engins non explosés susceptibles de tuer et mutiler de manière indiscriminée durant des années, voire des décennies.
30 mars 2026. Haïti. Attaque par un gang dans l’Artibonite. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a condamné ce jour la récente attaque menée par le gang « Gran Grif » à Petite-Rivière, dans le département de l’Artibonite, en Haïti. Au moins 16 personnes auraient été tuées ; les estimations varient entre 10 et 80 personnes décédées. Haïti est victime depuis des années de la violence des gangs, qui commettent des meurtres, des viols, des pillages et des enlèvements. Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme publié la semaine dernière, les violences perpétrées par les gangs et les attaques visant ces derniers en Haïti ont fait plus de 5 500 morts entre mars 2025 et mi-janvier 2026. Au cours des 12 derniers mois, la violence des gangs s’est étendue à la périphérie de Port-au-Prince, se déplaçant vers le nord dans les départements de l’Artibonite et du Centre.
(https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158637)
30 mars 2026. France. Arrestation de membres d’un réseau de trafic de migrants. Une opération conjointe impliquant les autorités de Belgique, de France et du Royaume-Uni, soutenue par Europol et Eurojust, a conduit ce jour au démantèlement d’un réseau criminel vietnamien faisant passer clandestinement des migrants du Vietnam vers l’Union européenne et le Royaume-Uni. Plus de 40 migrants en situation irrégulière ont été découverts lors des perquisitions en France. 19 personnes ont été arrêtées – seize en France et trois au Royaume-Uni. Le réseau a organisé plus de 200 traversées de la Manche, transportant plus de 1 000 migrants, avec un chiffre d’affaires estimé à 50 millions d’euros. Le principal organisateur du réseau serait une femme non identifiée basée au Vietnam. Le même jour, une autre opération conjointe impliquant les autorités de France, d’Allemagne et de Hongrie, soutenue par Europol et Eurojust, a conduit au démantèlement d’un autre réseau criminel vietnamien faisant passer clandestinement des migrants du Vietnam vers l’Union européenne et le Royaume-Uni. Les migrants sont entrés dans l’espace Schengen en utilisant des visas de court séjour ou des permis de séjour émis par la Hongrie avant de voyager en avion vers la France. Le passage final vers le Royaume-Uni a été organisé par un réseau kurdo-irakien. Huit personnes ont été arrêtées – six en France, une en Allemagne et une en Hongrie). Transportant au moins 15 migrants par mois, qui devaient payer jusqu’à 22 000 euros pour le voyage complet, le réseau aurait généré jusqu’à 3 millions d’euros de revenus au cours des dernières années.
30 mars 2026. Israël. Adoption d’un projet de loi élargissant le champ de la peine de mort. Le Parlement israélien a adopté ce jour, par 62 voix pour et 48 contre, un projet de loi instaurant la peine de mort dans deux cas distincts. En Israël, la loi prévoit que « quiconque cause intentionnellement la mort d’autrui (…) avec l’intention de nier l’existence de l’Etat d’Israël est passible de la peine de mort ou de la réclusion à perpétuité ». En Cisjordanie, « tout résident qui cause intentionnellement la mort d’une personne dans le cadre d’un acte terroriste est passible de la peine de mort ». De manière exceptionnelle, selon des circonstances spéciales non précisées, une peine à perpétuité pourrait être prononcée. Le terrorisme a une définition très large en Israël : il intègre « le nationalisme palestinien et le combat contre l’occupation, quelles que soient ses formes d’action ». La loi laisse une marge de manœuvre minimale aux juges et aux avocats ; la décision pourra être adoptée par une majorité simple des magistrats et non plus à l’unanimité de la cour. En outre, le prisonnier condamné doit être exécuté, par pendaison, dans les 90 jours qui suivent la sentence, un délai qui ne peut être renouvelé que par le Premier ministre. Les députés à l’origine du texte justifient ces nouvelles peines par le fait que « l’expérience montre que [la peine d’emprisonnement à perpétuité] n’a pas d’effet dissuasif sur les terroristes, car nombre d’entre eux partent du principe que leur peine sera considérablement réduite dans le cadre d’accords prévoyant la libération de prisonniers ». Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a exhorté Israël à abroger cette loi, qu’il juge « manifestement incompatible » avec les obligations de l’Etat au regard du droit international et qui « suscite de graves inquiétudes quant à des violations des garanties d’une procédure régulière ». Le fait que la sentence doive être exécutée dans les 90 jours qui suivent son prononcé constitue une violation du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’Homme. Ce dernier est également violé du fait que la loi ne prévoit pas la possibilité d’une grâce. En outre, l’application de la loi « de manière discriminatoire » constitue « une violation supplémentaire, et particulièrement flagrante, du droit international » ; « son application aux résidents du territoire palestinien occupé constituerait un crime de guerre ». Volker Türk s’est par ailleurs inquiété des propositions contenues dans un autre projet de loi, actuellement examiné par le Parlement israélien, visant à créer un tribunal spécial (militaire) chargé exclusivement de juger les crimes commis pendant et au lendemain des attaques du 7 octobre 2023 perpétrées par des groupes armés palestiniens. Il rappelle qu’« en vertu du droit international des droits de l’Homme, les procès de civils devant des tribunaux militaires sont interdits, sauf dans des circonstances strictement exceptionnelles où l’Etat peut démontrer que de tels tribunaux sont nécessaires et justifiés par des raisons graves et impérieuses, et lorsque les tribunaux civils ordinaires sont dans l’incapacité de conduire ces procès ». Ce point est également violé par le projet de loi adopté ce jour, qui prévoit qu’en Cisjordanie, les tribunaux militaires se chargeront des procès. La Cour suprême va être saisie pour vérifier si cette loi est conforme aux Lois fondamentales du pays. Depuis 1962 et l’exécution d’Adolf Eichmann, Israël n’avait plus appliqué la peine de mort mais n’a jamais cessé de procéder à des exécutions extrajudiciaires. Ainsi, depuis le 7 octobre 2023, 1 087 Palestiniens, dont 227 enfants, ont été tués par l’armée ou les colons en dehors de tout cadre judiciaire.
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