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2026, première quinzaine de janvier par Solene Fogret

1 janvier 2026. Israël. Législation relative à l’UNRWA contraire à l’avis de la CIJ. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a condamné l’adoption, le 29 décembre 2025, par la Knesset, le parlement israélien, d’amendements à une loi visant à mettre fin aux opérations de l’agence des Nations unies chargée de l’assistance aux réfugiés palestiniens (UNRWA). Cette loi prévoit qu’aucun fournisseur ne pourra désormais « délivrer des services d’eau ou d’électricité à des biens immobiliers enregistrés au nom de l’UNRWA » et qu’« aucune autorité publique ni aucun responsable exerçant une fonction officielle ne pourra désormais entretenir de relations avec l’UNRWA ou ses représentants ». Elle autorise également Israël à « saisir des terrains relevant du domaine israélien qui étaient utilisés par l’UNRWA dans certains complexes ». Rappelant l’avis consultatif rendu le 22 octobre 2025 par la Cour internationale de justice et les obligations d’Israël au titre de la Charte des Nations unies et de la Convention sur les privilèges et immunités des Nations unies, António Guterres a exigé que ces mesures soient « immédiatement abrogées ».

(https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158168)

(https://www.i24news.tv/fr/actu/israel/artc-israel-durcit-sa-ligne-contre-l-unrwa-eau-electricite-et-biens-vises-par-une-nouvelle-loi)

 

2 janvier 2026. Afghanistan. Rapport sur l’« entreprise d’effacement » des Ismaéliens chiites. Dans son rapport « The Human Rights Situation of Ismaili Shias in Afghanistan », publié en décembre 2025 et s’appuyant sur 25 entretiens couvrant la période d’août 2021 à décembre 2025, l’ONG afghane Rawadari dénonce « une entreprise d’effacement » des Ismaéliens chiites. Tout d’abord, l’ONG rappelle que les Ismaéliens représentent une minorité au sein du chiisme afghan (estimés entre 2 % et 3 % de la population chiite) et qu’ils sont fréquemment soumis à une « double vulnérabilité » en ce que « l’identité ismaélienne se superpose souvent à des lignes ethniques ». D’après le rapport, les Ismaéliens sont presque entièrement exclus de l’ensemble des niveaux de décision politique en raison de leur prétendue « impureté religieuse ». Pour la même raison il leur est extrêmement difficile de trouver un emploi, devant prouver qu’ils sont « musulmans » selon les critères des Talibans et devant parfois adopter des pratiques hanafites pour conserver leur poste. Ils sont également victimes d’un isolement social : fermeture d’institutions communautaires jugées « trop libres », pression sur les notables, annulation forcée d’engagements ou de mariages entre hommes ismaéliens et femmes sunnites, diffusion de l’idée que la nourriture préparée par des Ismaéliens serait haram. Ce dernier comportement crée « une répulsion sociale apprise dès l’enfance » et, associé aux autres, constitue, selon l’ONG, une « technique de ségrégation ». Par ailleurs, de nombreux lieux de culte ismaéliens ont été transformés en mosquées hanafites, dans lesquelles des imams sunnites ont été nommés, et de nombreuses écoles religieuses ismaéliennes ont été remplacées par des établissements dans lesquels est imposée une lecture unique (sunnite hanafite) de l’islam. D’après le rapport, les familles sont contraintes d’envoyer leurs enfants dans ces écoles, les Talibans menaçant de leur infliger des amendes pouvant atteindre 200 000 afghanis, d’incendier leur maison, ou encore de les placer en détention. Ainsi, le rapport dénonce un « climat de menaces constantes et de peur collective », précisant que de nombreuses personnes fuient : dans le district de Tala wa Barfak (Baghlan), le nombre de familles ismaéliennes serait passé de 4 000 à moins de 1 000 en quatre ans. Désignés comme « infidèles », « polythéistes », « athées » ou encore « déviants », les Ismaéliens subissent humiliation, emprisonnement, torture et conversion forcée. Ils voient également leurs biens confisqués et leurs terres détruites par les Talibans. Et lorsqu’ils tentent de s’en remettre à la justice, leurs plaintes ne sont pas traitées équitablement et les affaires sont jugées selon les règles hanafites même quand cela contredit les règles ismaéliennes, notamment s’agissant du statut personnel. Le rapport conclut en posant l’hypothèse de l’existence de crimes contre l’humanité, en ce que la persécution contre les Ismaéliens est « extensive, systématique et durable ».

(https://lalettrehebdo.com/analyse-du-rapport-rawadari-the-human-rights-situation-of-ismaili-shias-in-afghanistan-decembre-2025/)

 

3 janvier 2026. Venezuela. Agression armée et enlèvement du Président par les Etats-Unis. Alors que le Venezuela est sous pression des Etats-Unis depuis début septembre 2025, ces derniers ont lancé, dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, l’opération « Absolute Resolve » afin d’enlever le Président vénézuélien, Nicolás Maduro, et son épouse, Cilia Flores. L’opération, qui a demandé des mois de préparation, a mobilisé plus de 150 appareils (avions de combat, bombardiers, drones et hélicoptères). Nicolás Maduro et son épouse ont par la suite été incarcérés au centre de détention de Brooklyn, à New-York. De nombreux pays d’Amérique du Sud, la Russie, la Chine, l’Afrique du Sud et le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ont condamné l’agression. Donald Trump a tenté de légitimer l’opération, d’une part, du point de vue du droit international, en affirmant qu’elle consistait en « l’arrestation d’un criminel à l’étranger » et non « l’invasion d’un pays souverain » et que Nicolás Maduro n’est pas le dirigeant légitime du Venezuela et ne peut donc bénéficier de l’immunité dévolue aux chefs d’Etat ; et, d’autre part, du point de vue du droit interne, en affirmant qu’il s’agissait d’« une opération plus judiciaire que militaire » et qu’il n’avait donc pas besoin d’en avertir le Congrès. Mais cette agression armée, au sens de la résolution 3314 de l’Assemblée générale de l’ONU, et l’arrestation arbitraire de Nicolás Maduro constituent des violations du droit international.

Alors qu’il justifiait jusqu’à présent son opposition à Nicolás Maduro par le fait que ce dernier financerait « le terrorisme de la drogue, le trafic d’êtres humains, le meurtre et le kidnapping » et serait à la tête du prétendu Cartel de los Soles, Donald Trump a finalement reconnu vouloir s’emparer des ressources pétrolières du pays – qui possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde – et récupérer ce dont les Etats-Unis avaient été spoliés. Il fait ici référence au fait que, sous l’ancien Président vénézuélien, Hugo Chávez (1999-2013), les entreprises américaines ont dû choisir entre quitter le pays et accepter que chacun de leur projet pétrolier soit exploité par une entreprise dans laquelle l’Etat vénézuélien détenait une participation majoritaire ; à l’exception de Chevron, toutes les entreprises américaines ont préféré quitter le pays. Par ailleurs, contrairement à celui émis contre Nicolás Maduro en 2020, l’acte d’accusation ne contient presque plus aucune mention du Honduras, l’ancien Président du pays, Juan Orlando Hernández, ayant été gracié à des fins d’ingérence électorale par Donald Trump le 1er décembre 2025 alors qu’il avait été condamné à New York, en 2024, à 45 ans de prison pour trafic de drogue. De même, avec cette opération au Venezuela, Donald Trump a très probablement pour objectif de peser sur les prochaines élections dans la région : entre mars et juin en Colombie et en octobre au Brésil.

A travers cet évènement, Donald Trump a réaffirmé la doctrine Monroe, déjà renforcée début décembre 2025 dans sa dimension anti-Europe par la nouvelle stratégie de sécurité nationale. En effet, il a annoncé que les Etats-Unis allaient « diriger » le Venezuela, jusqu’à ce qu’« une transition sûre, appropriée et judicieuse » soit possible. Il a également menacé la Colombie et Cuba – qui bénéficiait largement du pétrole vénézuélien, au même titre que la Chine et la Russie – et Marco Rubio, le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, a déclaré « Ce que nous ne tolérerons pas, c’est que l’industrie pétrolière vénézuélienne soit contrôlée par des adversaires des Etats-Unis (…) nous n’allons pas permettre que l’hémisphère occidental devienne une base d’opérations pour les adversaires, les concurrents et les rivaux des Etats-Unis ».

Le 3 janvier, la Cour suprême du Venezuela a ordonné à la vice-présidente du pays, Delcy Rodriguez, d’assurer l’intérim de la Présidence et n’a pas déclaré Nicolás Maduro définitivement absent, ce qui aurait déclenché une élection présidentielle anticipée sous 30 jours. La Constitution vénézuélienne limite cet intérim à 90 jours, pouvant être prorogé de trois mois supplémentaires par l’Assemblée nationale. Alors que Delcy Rodriguez a exigé la libération de Nicolás Maduro, le qualifiant d’« unique Président du Venezuela » et assurant que le pays « ne sera[it] la colonie de personne », Donald Trump a affirmé qu’elle avait assuré à Marco Rubio être prête à coopérer avec les Etats-Unis. En outre, Donald Trump a déclaré, s’agissant de la cheffe de l’opposition et proche des Etats-Unis, Maria Corina Machado, « qu’il lui serait très difficile d’être à la tête du pays » car « elle ne bénéficie ni du soutien ni du respect au sein de son pays ».

(https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/03/l-enlevement-de-nicolas-maduro-au-venezuela-une-demonstration-de-force-de-donald-trump-et-un-message-envoye-au-monde-entier_6660472_3210.html)

(https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/05/le-sort-des-maduro-entre-les-mains-de-la-justice-americaine-celui-du-venezuela-entre-celles-de-donald-trump_6660565_3210.html)

(https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/04/qui-est-delcy-rodriguez-qui-doit-assurer-l-interim-du-pouvoir-au-venezuela-apres-l-enlevement-de-nicolas-maduro_6660503_3210.html)

 

5 janvier 2026. Venezuela. Comparution de Nicolás Maduro. Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont comparu ce jour devant la cour de justice fédérale de Manhattan, à New York, pour une audience de mise en accusation. L’acte d’accusation vise Nicolás Maduro – notamment pour « conspiration narcoterroriste » –, Cilia Flores, Nicolás Maduro Guerra, son fils, Diosdado Cabello, le ministre de l’Intérieur, Ramón Rodriguez Chacín, un ancien ministre, et Niño Guerrero, le chef du gang Tren de Aragua. Ce dernier, de même que les Forces armées révolutionnaires de Colombie, l’Armée de libération nationale et les cartels mexicains de Sinaloa et Los Zetas, sont également cités comme ayant participé au transport de « milliers de tonnes de cocaïne aux Etats-Unis ». L’acte diffère de celui qui avait été émis en 2020, notamment en ce qu’il ne mentionne plus le Cartel de los Soles que deux fois et ne le présente plus comme une organisation établie mais comme « un système de clientélisme dirigé par ceux qui sont au sommet ». Nicolás Maduro et Cilia Flores ont tous deux plaidé non coupable. La prochaine comparution aura lieu le 17 mars.

(https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/05/enlevement-de-nicolas-maduro-ce-que-contient-l-acte-d-accusation-de-la-justice-americaine_6660600_3210.html)

(https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/06/les-etats-unis-n-accusent-plus-nicolas-maduro-d-etre-a-la-tete-du-cartel-de-los-soles_6660787_3210.html)

(https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/05/nicolas-maduro-et-son-epouse-cilia-flores-presentes-devant-un-tribunal-a-new-york-ce-qu-il-faut-retenir-de-leur-comparution_6660662_3210.html)

 

5 janvier 2026. Finlande. Rapport de la Commission vérité et réconciliation Sámi. Après quatre ans de travail, la Commission vérité et réconciliation Sámi (CVR) a remis, le 4 décembre 2025, son rapport final au gouvernement finlandais, au Parlement Sámi de Finlande et au Conseil Skolt Saami Siida (représentant de la population Skolt Sámi). Tout d’abord, la CVR note que la Finlande n’a toujours pas adopté la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail, ni mis en œuvre la Convention nordique sur les Sámi, qui garantit leurs droits dans l’ensemble de la région sámi. Au niveau régional, le rapport souligne la collaboration avec la Norvège et la Suède – qui ont en outre également mis en place des CVR – pour fournir des services d’éducation et de santé en langue sámi. Il recommande toutefois d’augmenter le contenu relatif aux Sámi dans la formation des enseignants et dans les programmes d’enseignement primaire et secondaire. Par ailleurs, le rapport souligne l’adoption, en juin 2025, par le Parlement finlandais d’une loi qui prévoit que seuls ceux qui ont appris le Sámi comme première langue, ou ceux dont au moins un des parents, grand-parents ou arrière-grands-parents l’a appris comme première langue, pourront voter ou se présenter aux élections parlementaires sámi – ce parlement leur permettant de prendre des décisions en matière linguistique et culturelle. D’un point de vue environnemental, le rapport insiste sur la nécessité de concilier les projets énergétiques et miniers du nord de la Finlande avec les droits des Sámi. De plus, afin de renforcer les moyens de subsistance traditionnels de ces derniers, la CVR invite le gouvernement à modifier la législation sur la sylviculture, l’élevage de rennes et la pêche au saumon dans la rivière Deatnu, entre la Finlande et la Norvège. Enfin, la CVR regrette que, dans le cadre du processus d’adhésion de la Finlande à l’OTAN, le parlement sámi et les Sámi n’ont pas été consultés, comme l’exige la Constitution finlandaise. Le rapport recommande la création, au sein du cabinet du Premier ministre, d’une unité dirigée par un secrétaire d’Etat et chargée de coordonner les affaires sámi. Afin de soutenir le processus de mise en œuvre et d’application des recommandations de la CVR, le gouvernement a nommé un groupe de suivi parlementaire qui ne comprend actuellement aucun représentant sámi.

(https://www.justiceinfo.net/fr/154036-ce-que-la-finlande-a-promis-aux-samis.html)

 

6 janvier 2026. Colombie. Première condamnation issue de la procédure contradictoire par la JEP. Le 19 décembre 2025, la Juridiction spéciale pour la paix a reconnu l’ancien colonel Hernán Mejía Gutiérrez responsable de 72 exécutions extrajudiciaires et l’a condamné à 20 ans de prison. Cette peine élevée s’explique car l’accusé a refusé de reconnaître sa responsabilité, aboutissant à la première condamnation issue de la procédure contradictoire. Les juges ont conclu que « la participation du défendeur n’était ni marginale ni passive ; au contraire, elle était structurelle et décisive dans la configuration et la consolidation » du plan visant à assassiner et faire disparaître des civils sans lien avec le conflit armé, puis à présenter leurs corps comme le résultat de faux succès opérationnels. Déjà condamné par la justice pénale ordinaire à 19 ans de prison pour ses liens avec les paramilitaires, Hernán Mejía Gutiérrez a annoncé interjeter appel de cette condamnation.

(https://www.justiceinfo.net/fr/154064-condamnation-colonel-mejia-compte-a-rebours-justice-transitionnelle.html)

 

6 janvier 2026. Syrie. Reprise des affrontements à Alep. Alors qu’un cessez-le-feu était respecté depuis fin décembre 2025, des affrontements ont repris ce jour à Alep entre les forces de sécurité générales du gouvernement de transition et les Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes. Au moins cinq civils ont été tués, des dizaines d’autres blessés et quelque 30 000 personnes ont été déplacées. Plusieurs établissements de santé ont été touchés. Ces violences interviennent alors que les deux parties peinent à appliquer l’accord négocié entre elles le 10 mars 2025, qui prévoit l’intégration des institutions et des forces armées kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

(https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158194)

 

7 janvier 2026. Cisjordanie. L’ONU dénonce une « ségrégation » « qui ressemble au système d’apartheid ». Dans un rapport publié ce jour, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme dénonce l’expansion illégale des colonies israéliennes et la confiscation par Israël des ressources en Cisjordanie, ces pratiques contrôlant et restreignant « tous les aspects de la vie des Palestiniens en Cisjordanie » et entraînant une « asphyxie systématique » de leurs droits. Il ajoute que la situation constitue « une forme particulièrement grave de discrimination raciale et de ségrégation, qui ressemble au système d’apartheid que nous avons connu par le passé ». En effet, les autorités israéliennes traitent les colons israéliens et les Palestiniens « selon deux ensembles distincts de lois et de politiques ». D’après le Haut-Commissariat, il existe des motifs raisonnables de croire que « la ségrégation et la subordination sont destinées à être permanentes, afin de maintenir l’oppression et la domination des Palestiniens ». Par ailleurs, le rapport note « une détérioration sans précédent de la situation des droits humains » depuis le 7 octobre 2023, avec une escalade de la violence des colons, « souvent avec l’assentiment, le soutien et la participation des forces de sécurité israéliennes ». Des milliers de Palestiniens ont également été expulsés de leurs maisons en Cisjordanie, « ce qui pourrait constituer un transfert illégal, un crime de guerre », et des milliers d’autres restent détenus arbitrairement par les autorités israéliennes, pour la plupart en « détention administrative », sans inculpation ni procès.

(https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158185)

 

7 janvier 2026. Venezuela. Conséquences humaines de l’agression par les Etats-Unis. D’après le ministre de l’Intérieur vénézuélien, Diosdado Cabello, l’agression du Venezuela par les Etats-Unis a fait au moins 100 morts « et un nombre similaire de blessés ». Le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, a ajouté que « des zones résidentielles » avaient été touchées, sans préciser si des civils avaient été tués. Le gouvernement cubain a, de son côté, annoncé que 32 militaires et membres des services de renseignement cubains, chargés de la sécurité du Président vénézuélien, Nicolás Maduro, avaient été tués.

(https://information.tv5monde.com/international/venezuela-loperation-des-etats-unis-pour-capturer-nicolas-maduro-provoque-au-moins-100-morts-2804493)

 

7 janvier 2026. Soudan du Sud. Torture, conscription forcée et disparition forcée dans le cadre d’une opération anti-gangs. Fin juin 2025, la Police nationale, les Forces de défense populaires du Soudan du Sud et le Service de sécurité nationale ont lancé une opération anti-gangs conjointe à Juba. Alors qu’elle ne devait initialement durer que sept jours, des témoins ont rapporté que les arrestations se poursuivaient encore à la fin de l’année 2025. Début juillet, les autorités ont annoncé avoir arrêté au moins 600 membres présumés de gangs. En octobre, la police a déclaré avoir arrêté 32 criminels présumés et confisqué des armes, et a indiqué que des poursuites pénales seraient engagées. Human Rights Watch a constaté que l’opération avait donné lieu à des arrestations et des détentions arbitraires, suivies de passages à tabac et d’autres mauvais traitements et actes de torture, ainsi qu’à la conscription forcée de dizaines de garçons et d’hommes. Des femmes ont également déclaré avoir été violées par plusieurs policiers. Des personnes précédemment détenues ont déclaré avoir été incarcérées pendant des périodes allant de quelques heures à une semaine, jusqu’à ce que leurs proches paient ou offrent des biens pour obtenir leur libération. Au moins quatre membres de familles de détenus ont déclaré que leurs proches avaient disparu suite à leur détention par les autorités, et que celles-ci avaient refusé de fournir des informations sur leur sort, ce qui constitue une disparition forcée.

(https://www.hrw.org/fr/news/2026/01/07/soudan-du-sud-repression-abusive-liee-a-la-campagne-anti-gangs)

 

7 janvier 2026. Etats-Unis. Retrait de 66 organisations internationales. Le Président des Etats-Unis, Donald Trump, a signé ce jour un décret ordonnant le retrait du pays de 66 organisations internationales jugées « coûteuses, inefficaces ou nuisibles ». 31 agences et entités des Nations unies sont concernées, parmi lesquelles le Fonds des Nations unies pour la population – qui soutient la santé maternelle et infantile et lutte contre les violences sexuelles et fondées sur le genre –, le Fonds des Nations unies pour la démocratie – qui finance et accompagne des projets de la société civile en faveur de la démocratie –, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et la Commission du droit international. Le Secrétaire général des Nations unies a regretté cette décision tout en précisant que l’ONU continuera de s’acquitter des mandats qui lui sont confiés par les Etats membres. Par ailleurs, alors que le décret prévoit la « cessation de toute participation ou de tout financement » de ces organisations, « dans la mesure permise par la loi », le porte-parole du Secrétaire général a rappelé que les « contributions obligatoires au budget ordinaire des Nations unies et au budget des opérations de maintien de la paix, telles qu’approuvées par l’Assemblée générale » constituent toujours « une obligation juridique en vertu de la Charte des Nations unies » pour les Etats-Unis.

(https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158193)

 

9 janvier 2026. Iran. Grave répression des manifestations. Des manifestations ont lieu en Iran depuis le 28 décembre 2025, amorcées par des commerçants, puis suivies par des étudiants. D’une protestation contre la vie chère et la dégradation de la situation économique du pays, les manifestations se sont élargies en un appel au renversement de la République islamique et au retour de la dynastie Pahlavi, notamment depuis l’appel à manifester lancé le 8 janvier 2026 par Reza Pahlavi, le fils exilé de l’ancien chah d’Iran. En réaction, les autorités iraniennes ont coupé, le 8 janvier, l’accès à internet – toujours inaccessible au 15 janvier – et ont envoyé des messages aux Iraniens sur leur téléphone afin de les dissuader de descendre dans la rue. Ils ont également gravement réprimé les manifestations, usant de gaz lacrymogène et tirant sur les manifestants au fusil à plomb et à la kalachnikov. Selon l’ONG Iran Human Rights, au 15 janvier, au moins 3 428 manifestants, dont plusieurs mineurs, ont été tués depuis le 28 décembre et des milliers d’autres ont été blessés. Par ailleurs, le discours des autorités s’est durci : tandis que les manifestants ont d’abord été présentés comme des « personnes légitimement mécontentes », depuis le 9 janvier, les médias d’Etat et les responsables politiques et judiciaires les qualifient d’« agents terroristes » au service des Etats-Unis et d’Israël. De même, le procureur général iranien a déclaré que tous les manifestants seraient jugés pour moharebeh (inimitié contre Dieu), une infraction passible de la peine de mort. Il a également souligné que les affaires des manifestants doivent être traitées « sans clémence, merci ou compromis », ajoutant que les procureurs doivent rapidement émettre des actes d’accusation pour faciliter les procès et « des actions décisives » contre ceux qui sont accusés de « trahir la nation et de créer l’insécurité dans la poursuite de la domination étrangère ». Selon Iran Human Rights, environ 20 000 manifestants ont été arrêtés depuis le début des manifestations.

(https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/10/en-iran-une-repression-sanglante-et-a-huis-clos_6661266_3210.html)

(https://www.iranhr.net/en/articles/8530/)

 

12 janvier 2026. République démocratique du Congo. Augmentation des violences sexuelles liées au conflit. Le Fonds des Nations unies pour la population a signalé plus de 80 000 cas de viol dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) entre janvier et septembre 2025, soit une hausse de 32 % par rapport à la même période en 2024. L’intensification des combats dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont une cause de cette augmentation. En effet, selon Human Rights Watch, dans la province de l’Ituri, « les violences sexuelles constituent une caractéristique courante des violences intercommunautaires ». L’ONG ajoute que ces violences sexuelles ont été commises par des membres d’au moins cinq groupes armés non étatiques et par des soldats de l’armée congolaise. Certaines de ces violences ont visé des groupes ethniques spécifiques lors d’assauts sur des villes et des villages ; d’autres sont intervenues dans le cadre de prises d’otages et d’enlèvements à des fins d’esclavage sexuel ; d’autres enfin dans des lieux de travail ou lorsque les femmes et les filles fuyaient les conflits. En parallèle, depuis le début de l’année 2025, l’aide humanitaire et les soins médicaux d’urgence ont été drastiquement diminués, en raison de la réduction de la part des Etats-Unis dans l’aide internationale et du contrôle du M23 sur une grande partie du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, entravant largement l’acheminement de l’aide humanitaire du fait de la fermeture des principaux aéroports. Par conséquent, de nombreuses filles et femmes victimes de violences sexuelles ont contracté le VIH ou sont tombées enceintes. Depuis l’adoption par la RDC du Protocole de Maputo en 2018, l’avortement est légal dans le pays dans certaines circonstances, dont le viol. Mais peu d’établissements de santé ont la capacité de pratiquer ces procédures et la stigmatisation entourant l’avortement est forte. Toutefois, les victimes qui retournent dans leur communauté alors qu’elles sont enceintes ou avec des enfants nés de combattants de groupes armés sont également fortement stigmatisées.

(https://www.hrw.org/fr/news/2026/01/12/rd-congo-escalade-des-violences-sexuelles-liees-au-conflit)

 

12 janvier 2026. Myanmar. Audiences relatives au « génocide » des Rohingya devant la CIJ. Ont commencé ce jour les audiences sur le fond relatives à la plainte déposée en 2019 devant la Cour internationale de justice (CIJ) par la Gambie contre le Myanmar pour violation de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, qui impose à tous les Etats de prévenir et punir tout acte de génocide. D’après la délégation gambienne, « pendant des décennies, le Myanmar a construit un système d’Etat discriminatoire qui a dénationalisé les Rohingya, supprimé les naissances et les mariages, et rendu la vie impossible à cause de la ségrégation, de l’enfermement et des privations ». En effet, musulmans vivant dans l’ouest du Myanmar, à majorité bouddhiste, les Rohingya sont privés de citoyenneté depuis une loi de 1982 qui les exclut des groupes ethniques reconnus par l’Etat. Cette répression s’était intensifiée durant l’été 2017, les autorités birmanes affirmant alors mener une « opération anti-terroriste » en riposte aux attaques meurtrières menées par l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan contre des postes de police. Les forces de sécurité et des milices bouddhistes avaient tué plus de 10 000 Rohingya, mené une campagne de viols massifs et brûlé des villages, conduisant plus de 700 000 personnes à fuir vers le Bangladesh. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme d’alors avait qualifié la situation d’« exemple typique de nettoyage ethnique ». Une mission d’établissement des faits mandatée par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies avait déclaré en 2018 qu’il existait des motifs raisonnables de conclure que « des crimes graves au regard du droit international, notamment le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre, avaient été commis ». Près d’un million de Rohingya vivent toujours comme réfugiés dans des camps au Bangladesh. En janvier 2020, la CIJ a ordonné au Myanmar de prendre des mesures conservatoires afin de prévenir les actes de génocide contre les Rohingya et de préserver les preuves. Le 15 janvier 2026, la Gambie a présenté à la Cour une vidéo datant d’août 2017 dans laquelle un soldat appelle à l’extermination des Rohingya en les déshumanisant : « Nous allons nettoyer les villages où vivent ces animaux ».

(https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158209)

(https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/13/cour-internationale-de-justice-debut-des-audiences-a-la-haye-concernant-la-birmanie-accusee-de-genocide-des-rohingya_6661805_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1)

(https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158225)

 

14 janvier 2026. Ghana. Examen du Ghana par le Comité des droits de l’enfant. Le Comité a constaté que les mutilations génitales féminines continuent d’être pratiquées par des familles qui se rendent dans des pays voisins pour exciser leurs filles, avant de rentrer au Ghana où cette pratique a été interdite. La délégation ghanéenne a affirmé que le gouvernement coopère avec ces pays pour lutter contre cette pratique. Le Comité a également constaté que de nombreux enfants handicapés sont victimes de traitements inhumains et dégradants, voire de crimes rituels, et a relevé qu’aucune loi ne criminalise les accusations de sorcellerie. De plus, il existe dans le pays une acceptation sociale généralisée des châtiments corporels comme moyen d’éducation, dans tous les milieux. En outre, la servitude rituelle (trokosi) persiste à l’égard des filles alors qu’elle est interdite depuis 1998. Par ailleurs, le Comité a relevé une augmentation du nombre de mariages d’enfants, malgré l’interdiction de cette pratique, ainsi qu’une augmentation de 15 % depuis 2022 du nombre de grossesses parmi les adolescentes. Enfin, le Comité s’est dit préoccupé par la persistance du travail des enfants, y compris dans les mines. La délégation a évoqué la mise en place de programmes de sensibilisation à l’ensemble de ces pratiques contraires aux droits des enfants, ainsi que le renforcement des capacités des forces de l’ordre et le retrait des enfants des secteurs d’exploitation tels que les mines et la pêche, et leur intégration dans l’éducation formelle.

(https://www.ohchr.org/fr/meeting-summaries/2026/01/experts-committee-rights-child-commend-ghana-childrens-model-summit)

 

15 janvier 2026. Grèce. Procès de travailleurs humanitaires. Les 24 travailleurs humanitaires qui avaient comparu en décembre 2025 devant un tribunal sur l’île de Lesbos pour des crimes passibles de 20 ans de prison ont tous été acquittés ce jour. Ils étaient accusés de trafic de migrants, d’appartenance à une organisation criminelle et de blanchiment d’argent. Membres de l’ONG Emergency Rescue Center International, ils étaient poursuivis depuis sept ans pour avoir mené, entre 2016 et 2018, des opérations de recherche et de sauvetage de migrants en mer pour aider les autorités locales.

(https://www.hrw.org/fr/news/2026/01/15/en-grece-des-travailleurs-humanitaires-acquittes-daccusations-infondees)

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