2025, octobre, première quinzaine. Solene Fogret
1 octobre 2025. Colombie. Cession partielle du domaine de Pablo Escobar aux victimes du conflit armé. Le gouvernement colombien a commencé ce jour la cession d’une partie des terres (120 hectares sur les plus de 4 000 que compte la propriété) de l’Hacienda Nápoles à des femmes déplacées en raison des opérations des paramilitaires impliqués dans le trafic de drogue. Cette ancienne propriété de Pablo Escobar, située dans la région de Magdalena Medio (nord-ouest), avait été confisquée par l’Etat colombien après la mort du narcotrafiquant en 1993. Cette cession intervient dans le cadre d’une réforme agraire qui a donné des milliers d’hectares de terres aux agriculteurs dans le but de réduire les inégalités en matière d’accès à la terre et de promouvoir le développement rural. Les désaccords fonciers étant au cœur du conflit armé qui persiste en Colombie, cette réforme constitue un élément central des accords de paix de 2016.
1 octobre 2025. Albanie et Colombie. Démantèlement d’un réseau de trafic de migrants. Les forces de police albanaise, colombienne et croate ont démantelé ce jour un réseau de traite des êtres humains, dans le cadre d’une taskforce d’Europol et avec le soutien d’Eurojust. Composé principalement de ressortissants colombiens, ce réseau a recruté et transporté des femmes de la Colombie vers l’Europe, où elles ont ensuite été victimes d’exploitation sexuelle dans plusieurs pays dont l’Albanie et la Croatie. 17 trafiquants présumés ont été arrêtés en Albanie et en Colombie ; 54 victimes ont été identifiées.
1 octobre 2025. Soudan du Sud. Procès de Riek Machar. Le 29 septembre 2025, un tribunal ad hoc destiné à juger l’ancien vice-président, Riek Machar, et sept responsables de son parti, l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition, a décidé que l’affaire pouvait être jugée au fond. Il a ainsi rejeté les arguments de la défense qui l’estimait incompétent au motif que les faits en cause constituaient une violation des accords de cessez-le-feu et devaient donc être traités par le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu ; que ces charges criminelles graves devaient être portées devant le tribunal hybride, comme le prévoit l’accord de paix de 2018 ; et que Riek Machar bénéficie de l’immunité de poursuites. Le 11 septembre 2025, Riek Machar avait été déchu de ses fonctions et mis en examen pour crimes contre l’humanité, meurtre, terrorisme, financement d’actes terroristes, trahison et conspiration. Il est accusé d’avoir coordonné l’attaque menée le 3 mars 2025 par la milice de l’Armée blanche contre une base militaire à Nasir (est du pays). Cette milice est composée de jeunes issus de la communauté ethnique Nuer, dont est issu Riek Machar. Ces troubles participent à l’échec de l’accord de partage du pouvoir entre le vice-président et le président, Salva Kiir, accord qui avait mis un terme à la guerre civile.
(https://www.justiceinfo.net/fr/150448-proces-risque-riek-machar.html)
2 octobre 2025. Israël. Mauvais traitements infligés aux membres de la Flottille de la liberté. Certains participants à la Flottille de la liberté pour Gaza ont dénoncé des abus et des mauvais traitements dans le cadre de leur détention à la prison de Ketziot, dans le sud d’Israël. Ils ont notamment affirmé avoir subi de la violence physique, du harcèlement verbal, un enfermement prolongé, et une privation d’eau potable, de nourriture, de sommeil et de médicaments. Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, est apparu en vidéo dans la soirée du 2 octobre, montrant les membres détenus de la Flottille alors qu’il les insultait et les accusait en hébreu d’être des terroristes.
3 octobre 2025. République démocratique du Congo. Détournement de millions de dollars du FRIVAO. Une enquête du Centre de recherche en finances publiques et développement local, une ONG congolaise réputée, a dénoncé le détournement de millions de dollars du Fonds spécial de répartition de l’indemnisation aux victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO). 195 millions de dollars ont été versés par l’Ouganda, entre 2022 et 2024, en guise de réparation pour des crimes et destructions perpétrés à Kisangani (nord de la RDC) en 2000. Ce versement a été effectué conformément à un arrêt de la Cour internationale de justice rendu en février 2022. Le 1er septembre 2025, l’Ouganda devait effectuer son avant-dernier versement de 65 millions de dollars. Le rapport dénonce tout d’abord le fait que seuls 1,98 % des fonds ont été versés aux bénéficiaires, ce qu’il explique par « la lenteur dans le traitement des dossiers et le faible niveau de qualification du personnel ». Le rapport dénonce ensuite plusieurs opérations douteuses : 172 800 dollars ont par exemple été versés au titre d’avances sur les frais d’installation des membres du conseil d’administration et de la coordination du Fonds. Le rapport explique qu’« il n’existe aucune loi de finances ni reddition des comptes qui retrace l’encaissement du montant par le FRIVAO ». De plus, les fonds ont été « mouvementés » sur au moins dix comptes bancaires dont sept ont pour mandataire le ministre de la Justice. En août 2024, le premier comité du FRIVAO avait déjà été suspendu par le ministre de la Justice, Constant Mutamba, pour des accusations de malversations, avant d’être réhabilité par son successeur intérimaire, Samuel Mbemba, en juillet 2025. Début septembre 2025, Constant Mutamba a été condamné à 10 ans de travaux forcés pour le détournement de 19 millions de dollars du FRIVAO. Alors que son procès était en cours, le second coordonnateur du Fonds, Chançard Bolukola, a été arrêté pour des allégations similaires. Le Centre de recherche en finances publiques et développement local termine son rapport en recommandant la dissolution du FRIVAO et l’attribution du fonds à un autre organisme existant, soit la Commission de gestion des biens saisis et confisqués, soit le Fonds de lutte contre le crime organisé. Il demande également l’ouverture d’une enquête contre tous les gestionnaires des comptes concernés et ceux du Fonds depuis le premier versement par l’Ouganda ; la restitution des biens mal acquis ; la suspension des indemnisations et leur évaluation ; ainsi que la publication de l’audit de la Cour des comptes. Cet audit avait été sollicité par Constant Mutamba en juin 2024.
(https://www.justiceinfo.net/fr/150495-rdc-faut-il-dissoudre-le-fonds-pour-les-victimes.html)
3 octobre 2025. Afghanistan. Nouvelles expulsions d’Afghans vers l’Iran et le Pakistan. L’Iran et le Pakistan ont expulsé ce jour 963 familles afghanes : 822 familles sont rentrées du Pakistan via les postes frontaliers de Torkham et Spin Boldak, tandis que 141 familles sont arrivées d’Iran par le passage du pont de la Soie à Nimruz et le point de passage d’Islam Qala dans la province de Herat.
5 octobre 2025. France. Ouverture d’une enquête par le PNAT pour « crime de guerre » commis par la Russie. Deux jours après la mort du photojournaliste français Antoni Lallican, tué par une frappe de drone russe dans la région ukrainienne du Donbass, le parquet national antiterroriste français a ouvert ce jour une enquête pour « crime de guerre » et confié les investigations à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine. L’ONG Reporters sans frontières a précisé que le journaliste et son collègue ukrainien, Georguiï Ivantchenko, qui l’accompagnait et qui a, quant à lui, été blessé, circulaient « dans une voiture identifiée presse quand ils ont été atteints ».
6 octobre 2025. Afghanistan. Création d’un mécanisme indépendant d’enquête dans le cadre de l’ONU. Le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a adopté ce jour par consensus une résolution, soumise suite à une initiative de l’Union européenne, créant un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur les violations passées et en cours des droits en Afghanistan. La résolution avise les Talibans et tous les autres auteurs de crimes graves commis dans le pays, notamment les fonctionnaires de l’ancien gouvernement, les chefs de guerre, les membres des forces internationales et les groupes armés non étatiques, que des preuves de ces crimes sont recueillies et traitées, en vue de traduire les responsables en justice. En outre, cette résolution proroge le mandat du rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’Homme en Afghanistan.
6 octobre 2025. Soudan. Déclaration de culpabilité d’Ali Kosheib. La Chambre de première instance I de la Cour pénale internationale (CPI) a déclaré ce jour Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman, également connu sous le nom d’Ali Kosheib, coupable de 27 chefs de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis au Darfour entre août 2003 et avril 2004. Il a été identifié comme étant le chef de la milice soudanaise Janjawid et l’allié de l’ancien dirigeant Omar el-Béchir, destitué en avril 2019 après des mois de manifestations et lui-même recherché par la CPI pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ali Kosheib a toujours nié les accusations à son encontre, affirmant qu’il n’était pas l’homme recherché et qu’il s’était identifié comme tel auprès de la CPI uniquement car il était « désespéré » après avoir passé deux mois « dans la clandestinité ». La Chambre doit désormais statuer sur la peine et entamer la phase consacrée à l’octroi de réparations aux victimes. Les combats ont éclaté en 2003 au Darfour lorsque des rebelles, dénonçant une discrimination ethnique systématique, ont pris les armes contre le régime en place, dominé par les Arabes. Selon l’ONU, le conflit au Darfour, qui a pris fin en 2020, a fait 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés. Un autre conflit armé oppose depuis avril 2023 l’armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide, issues des Janjawid.
6 octobre 2025. Soudan. Prolongement par l’ONU des enquêtes sur les violations des droits de l’Homme. Le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a prolongé ce jour pour un an la Mission d’établissement des faits lancée en 2023, qui documente les abus graves commis dans le pays par chacune des parties au conflit, malgré les objections des autorités soudanaises qui ont voté contre cette prolongation.
(https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157624)
6 octobre 2025. Pérou. Explication de la déclaration du point de contact néerlandais de l’OCDE, en date du 3 septembre 2025, concernant la violation par Pluspetrol des droits de l’environnement et des peuples autochtones. Les Principes directeurs de l’OCDE sont des lois non contraignantes que les Etats membres adressent aux entreprises opérant dans ou à partir de leur territoire. Ces Etats sont tenus de mettre en place un point de contact national, notamment chargé de contribuer à résoudre les controverses lorsque des entreprises sont soupçonnées de ne pas respecter les lignes directrices. Dans une déclaration en date du 3 septembre 2025, le point de contact néerlandais affirme que la compagnie pétrolière Pluspetrol a violé les droits de l’environnement et des peuples autochtones dans le cadre de ses activités en Amazonie péruvienne. Cette entreprise appartient à deux familles argentines mais a son siège social aux Pays-Bas, où elle n’a cependant qu’une adresse et n’exerce aucune activité. En mars 2020, quatre fédérations autochtones péruviennes, représentant environ 25 communautés de l’Amazonie péruvienne, avaient adressé une plainte contre Pluspetrol au point de contact néerlandais. Elles affirmaient alors que la société n’avait pas respecté leurs droits humains, leur environnement et leur santé en ne faisant pas preuve de « la diligence requise pour identifier ses impacts existants et en prévenir de nouveaux, ce qui l’a conduit à causer et à contribuer à la contamination d’au moins 1 963 sites » dans le cadre de ses activités dans la région de Loreto. Cette zone, qui couvre environ 500 000 hectares de forêt tropicale, a fait l’objet de premiers forages pétroliers en 1971 et est rapidement devenue le plus grand champ pétrolier terrestre du pays. De plus, lorsque Pluspetrol a cédé la zone en 2015, il n’a pas remédié à la contamination et n’a notamment jamais remplacé ni rénové les pipelines corrodées – construites en 1971 et dont la durée de vie est estimée à 20 ans. Au Pérou, les communautés autochtones ont le droit à la terre, mais le gouvernement peut utiliser les ressources souterraines et donc concéder des terres à des entreprises pour l’extraction de combustibles fossiles. Dans sa déclaration finale, le point de contact national néerlandais recommande à Pluspetrol « d’améliorer ses performances environnementales, […] de s’efforcer de remédier autant que possible aux dommages causés […] et de consulter et d’impliquer les communautés touchées dans la conception et la planification de toute activité de réhabilitation ». Ces recommandations ne sont pas contraignantes mais les entreprises qui enfreignent les lignes directrices de l’OCDE peuvent être exclues des initiatives de promotion commerciale, de crédit à l’exportation et de marchés publics, en vertu des politiques du gouvernement néerlandais.
6 octobre 2025. Afghanistan. Rapport 2025 du Département d’Etat américain sur la traite des êtres humains. Le rapport 2025 sur la traite des êtres humains publié par le Département d’Etat américain place une nouvelle fois l’Afghanistan au niveau 3, le niveau le plus bas dans le classement international. Il établit qu’aucune institution publique du pays ne respecte pleinement les normes minimales pour l’élimination de la traite, ni ne prend de mesure significative pour identifier les victimes et leur fournir des services. Ces dernières sont majoritairement des enfants, victimes de travail forcé (fabrication de tapis, briqueteries, agriculture, exploitation minière, trafic de drogue et d’armes…) et de trafic sexuel. Le rapport note une tendance à l’esclavage sexuel, notamment au bacha bazi qui consiste à vendre des jeunes garçons soumis aux désirs sexuels de leur « maître », y compris à des violences sexuelles. Il note également une tendance à l’emploi d’enfants soldats. De plus, les autorités ont souvent placé les enfants victimes de la traite dans des centres de détention aux côtés d’adultes, où ils étaient soumis au travail carcéral illégal ou à des conditions révélant des signes de travail forcé, de torture et d’abus sexuels. Des observateurs ont également signalé que la police arrêtait souvent des enfants mendiant dans la rue sans procéder à aucun dépistage des signes de traite. Par ailleurs, les Talibans ont continué de porter atteinte aux droits des femmes, des membres de groupes minoritaires et d’autres populations vulnérables, et ont entravé le travail des ONG, ce qui a exacerbé les vulnérabilités à la traite et entravé la protection des victimes. Enfin, les Talibans ont reconnu avoir recours aux hudud (châtiments corporels pour des délits perçus comme immoraux), notamment pour des relations sexuelles hors mariage, ce qui dissuade les victimes de la traite à des fins sexuelles de signaler leur exploitation.
(https://www.state.gov/reports/2025-trafficking-in-persons-report/afghanistan/)
6 octobre 2025. Sri Lanka. Prolongement par l’ONU du projet de recueil des preuves de violations des droits de l’Homme et des crimes de guerre. Le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a prolongé ce jour à l’unanimité un projet créé en 2021 et qui vise à recueillir des preuves de violations des droits de l’Homme et des crimes de guerre commis dans le cadre de la guerre civile. Celle-ci a opposé les Tigres de libération de l’Eelam Tamoul et le gouvernement entre 1983 et 2009. L’actuel gouvernement est plus modéré que certaines administrations précédentes à l’égard de ce projet mais le rejette tout de même : bien qu’il se soit engagé à faire avancer la « réconciliation » d’après-guerre et à poursuivre certaines affaires emblématiques, peu de progrès ont été réalisés.
(https://www.hrw.org/news/2025/10/06/un-extends-evidence-gathering-mandate-for-sri-lanka-war-crimes)
6 octobre 2025. Birmanie. Frappes de l’armée contre des civils. L’armée birmane a mené ce jour des frappes sur des manifestants rassemblés à l’occasion de la fête bouddhiste des Lumières pour manifester contre la junte au pouvoir depuis 2021. Ces bombardements auraient fait plus de 40 morts, dont des enfants, selon une membre du comité organisateur et un témoin ; Amnesty International, citant des témoins, fait quant à elle état de 17 à 20 personnes tuées. Des dizaines de personnes auraient également été blessées.
7 octobre 2025. Syrie. Cessez-le-feu conclu entre le gouvernement et les Kurdes. Après une nuit de violents combats à Alep, le ministre syrien de la Défense, Mourhaf Abou Qasra, a annoncé ce jour la conclusion d’un « cessez-le-feu global » avec le chef kurde, Mazloum Abdi. Les deux parties avaient déjà conclu un accord en mars 2025 pour intégrer les institutions kurdes au sein de l’Etat, mais il n’a toujours pas été pleinement appliqué.
8 octobre 2025. France. Assignation en justice de l’organisateur du Salon du Bourget. Plusieurs associations ont assigné ce jour en justice l’organisateur du Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget pour avoir accueilli des entreprises militaires israéliennes qui pourraient être reconnues complices de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide. Un porte-parole des plaignants estime qu’un salon comme celui du Bourget « aide significativement les livraisons d’armes » et que, sans lui, les conflits armés n’auraient « pas la même intensité ». En juin 2025, plusieurs associations, dont certaines sont à l’initiative de cette nouvelle plainte, avaient saisi la justice pour tenter d’empêcher la participation des entreprises de défense israéliennes au salon. Mais le tribunal judiciaire avait rejeté leur requête au motif que la présence ou l’interdiction d’un exposant relevait d’un acte de gouvernement, décision confirmée par la cour d’appel de Paris.
8 octobre 2025. Espagne. Embargo sur l’exportation d’armes en Israël. Les députés espagnols ont adopté ce jour par 178 voix contre 169 un décret-loi établissant un embargo, déjà appliqué de fait par l’Espagne depuis octobre 2023, afin d’« arrêter le génocide » à Gaza. Ce décret-loi interdit toutes les exportations de matériel de défense, produits ou technologies servant dans ce domaine vers Israël, tout comme leur importation en Espagne. Il bloque également les demandes de transit de carburant d’aviation ayant des applications militaires potentielles et interdit la publicité des produits « provenant des colonies illégales à Gaza et en Cisjordanie ». Toutefois, « le conseil des ministres pourra, exceptionnellement, autoriser les transferts de matériel de défense, d’autres matériels et de produits et technologies à double usage (…) si l’application de l’interdiction prévue causait un préjudice aux intérêts généraux nationaux ».
8 octobre 2025. Genève. Instauration du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage et la traite des personnes. Au terme de sa session du 8 septembre au 8 octobre 2025, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a adopté sans vote une résolution par laquelle il fusionne le mandat du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et leurs conséquences, et celui du Rapporteur spécial sur la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants. Il établit en conséquence, pour une période de trois ans, un mandat unique qui portera le titre de Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage et la traite des personnes. Celui-ci examinera toutes les formes contemporaines d’esclavage et de traite des personnes « en tant que questions connexes mais distinctes ». Le titulaire du mandat prendra ses fonctions le 1er mai 2026. Toutefois, il ne mènera pas d’activités relatives à la traite des personnes tant que le mandat de l’actuelle Rapporteuse en la matière n’aura pas pris fin, soit juillet 2026. Enfin, le mandat du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage est renouvelé jusqu’à l’entrée en fonctions du titulaire du mandat du nouveau Rapporteur.
(https://docs.un.org/fr/A/HRC/RES/60/25)
8 octobre 2025. Afghanistan. Audiences du Tribunal populaire des femmes d’Afghanistan. Les audiences publiques du Tribunal populaire des femmes d’Afghanistan ont eu lieu à Madrid, en Espagne, du 8 au 10 octobre 2025. Il s’agit d’une initiative mise en place par une coalition d’institutions de la société civile afghane en exil et qui s’inscrit dans le cadre du Tribunal permanent des peuples, une instance symbolique mais politiquement influente depuis 1979. L’objectif était de documenter, rendre visible et condamner moralement la persécution des femmes et des filles depuis le retour au pouvoir des Talibans en août 2021. Un verdict fondé sur les preuves factuelles et le droit international sera rendu public dans les deux prochains mois. Le 8 octobre, il a été affirmé que « l’oppression des femmes en Afghanistan n’est pas une série de mesures isolées, mais une architecture cohérente visant à effacer leur présence publique et à les réduire à une existence domestique contrôlée ». Il a également été rappelé que la notion de « persécution de genre » est désormais reconnue comme crime contre l’humanité dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Le 9 octobre, plus de cent organisations civiles et mouvements de protestation ont affirmé dans une déclaration conjointe que les pratiques des Talibans « constituent des crimes contre l’humanité et instaurent un apartheid de genre ». Ils ont également appelé le gouvernement espagnol et l’Union européenne à engager des procédures judiciaires contre les Talibans et leurs soutiens, et à garantir que les voix des femmes, des minorités, des anciens soldats et des journalistes soient entendues sans risque.
(https://lalettrehebdo.com/madrid-8-octobre-2025-la-parole-arrachee-aux-tenebres/)
8 octobre 2025. Bangladesh. Poursuites contre des membres du précédent gouvernement accusés de disparitions forcées et d’actes de torture. Le Tribunal des crimes internationaux a émis ce jour des mandats d’arrêt pour « crimes contre l’humanité » à l’encontre de 24 individus pour leur rôle présumé dans des disparitions forcées et des actes de torture commis entre 2016 et 2024. Il s’agit principalement d’anciens officiers de l’armée, et d’autres encore en service, appartenant à la Task Force for Interrogation Cell et à la Joint Interrogation Cell. Il s’agit également d’anciens directeurs généraux du Directorate General of Forces Intelligence, d’anciens responsables du Rapid Action Battalion et de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina. L’armée bangladaise a par la suite déclaré avoir procédé à l’arrestation de 15 officiers, détenus depuis dans un cantonnement militaire de la capitale, Dhaka, avec l’approbation du ministère de l’Intérieur. Deux de ces officiers ont été arrêtés dans le cadre d’un autre acte d’accusation, concernant des assassinats commis lors des manifestations de juillet et août 2024. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme a salué l’ouverture de ces poursuites, soulignant que « c’est la première fois que des charges formelles sont retenues pour des disparitions forcées dans le pays ». Il a exhorté les autorités à veiller à la régularité des procédures et à ne recourir à la peine de mort dans aucune des affaires pendantes, quelle que soit la gravité des charges. Il a conclu en appelant à la création d’un « processus global de vérité, de réparation, de guérison et de justice ».
(https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157688)
9 octobre 2025. Afghanistan. Condamnation par le Parlement européen d’un « apartheid fondé sur le genre ». Dans une résolution adoptée ce jour par 504 voix pour, 74 contre et 30 abstentions, le Parlement européen a condamné « les nombreuses restrictions et politiques discriminatoires fondées sur le genre imposées par les Talibans, qui empêchent les femmes afghanes d’accéder à l’éducation, à la formation médicale, aux soins de santé et au travail humanitaire, ce qui fait naître un apartheid fondé sur le genre ». Ainsi, il demande aux Talibans de « lever toutes les restrictions imposées aux femmes » et invite l’UE à « soutenir la reconnaissance » de cet apartheid comme « crime contre l’humanité » et lui demande, ainsi qu’aux Etats membres, de « prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre aux femmes afghanes de participer utilement aux instances et négociations internationales ». Par ailleurs, s’agissant des tremblements de terre qui ont eu lieu fin août 2025 dans les provinces de Kunar et de Nangarhar, le Parlement demande aux Talibans de « lever toutes les restrictions mises à l’accès à l’aide humanitaire ou à sa distribution » et « dénonce et qualifie de crime contre l’humanité l’abandon délibéré [par les Talibans] des femmes et des filles victimes de cette tragédie ». Il condamne également « les violations des droits de l’Homme » qui ont eu lieu lors des expulsions forcées de l’Iran et du Pakistan et demande à ces derniers de « mettre immédiatement un terme » à ces expulsions, en leur rappelant « l’importance de respecter le principe de non-refoulement ». Enfin, il invite l’UE et les Etats membres à accroître les « sanctions ciblées » contre les Talibans et à ne « pas reprendre de relations diplomatiques » avec ces derniers. Il appelle également à la création d’un « mécanisme d’enquête indépendant des Nations unies pour l’Afghanistan » et exhorte la communauté internationale à « exécuter les mandats d’arrêt émis en juillet 2025 par la CPI ».
10 octobre 2025. Gaza. Cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. L’armée israélienne a annoncé ce jour l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza. Le président américain, Donald Trump, avait annoncé la veille qu’Israël et le Hamas avaient « approuvé » la première phase de son plan de paix. Celui-ci s’articule autour de plusieurs phases : un cessez-le-feu immédiat, la libération des otages et des prisonniers, un retrait progressif des troupes israéliennes, la démilitarisation de Gaza et la mise en place d’une administration palestinienne intérimaire sans le Hamas, sous supervision internationale. Le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a salué « les efforts diplomatiques déployés par les Etats-Unis, le Qatar, l’Egypte et la Turquie ». Il a par ailleurs appelé à ce que l’entrée immédiate et sans entrave des convois acheminant des produits essentiels à la population gazaouie soit « garantie ».
(https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157648)
(https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157656)
(https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157651)
10 octobre 2025. Afghanistan. Rapport sur les crimes commis par les Talibans dans le Panjshir. Le 5 septembre 2025, le Panjshiryan Worldwide Council a publié un rapport sur les crimes commis par les Talibans dans la province du Panjshir depuis le 5 septembre 2021. Cette province était alors contrôlée de fait par le Front national de résistance d’Afghanistan, créé au moment de l’offensive des Talibans en juillet-août 2021. Le rapport fait état de 543 meurtres ciblés, accompagnés de « tortures horribles et inhumaines » et visant à « créer la peur, la terreur, établir le contrôle politique et réprimer l’esprit de recherche de la justice, de liberté et de résistance civile ». Ces actions sont « reconnues comme de graves violations des droits de l’Homme et comme des exemples de crimes contre l’humanité ». De plus, près de 15 500 habitants ont été humiliés, menacés, arrêtés, torturés ou ont subi des disparitions forcées « en raison de leur appartenance ethnique, de leur langue, de leur identité, en particulier pour être Panjshiri ». Par ailleurs, le rapport met en garde contre les dommages culturels profonds causés par le fait que plus de 450 familles autochtones ont été forcées de quitter leur domicile et qu’un certain nombre de maisons ont été données aux partisans des Talibans qui ont été « délibérément transférés » depuis d’autres régions. Enfin, les Talibans ont transformé 285 propriétés privées, 12 écoles, 13 mosquées et un hôpital en centres militaires. Ils ont délibérément mis le feu à sept propriétés privées et centres éducatifs et universitaires. Des dizaines d’autres établissements d’enseignement ont été transformés en madrassas talibanes. Le rapport exhorte la communauté internationale à mettre en place une mission d’enquête indépendante, imposer des sanctions, surveiller les prisons talibanes, et fournir un soutien médical, psychologique et économique aux victimes.
10 octobre 2025. Belgique. Matériel de haute technologie à destination d’Israël. Heidi.news a révélé le 7 octobre 2025 que la société Swissto12 s’apprêtait à faire livrer de Suisse, via la Belgique, du matériel de haute technologie (antennes et matériel radiofréquence) à la société Elbit Systems, premier fournisseur de drones de l’armée israélienne. Sur la base de ces informations, le gouvernement de Wallonie est intervenu auprès du ministère fédéral belge des Douanes pour bloquer la cargaison qui doit désormais faire l’objet d’une expertise afin de vérifier qu’elle ne contient pas de matériel à double usage civil et militaire. D’après le cabinet du ministre-président wallon Adrien Dolimont, depuis 2009, « la Belgique ne signe aucune licence d’exportation de matériel pour Israël qui viserait à renforcer la capacité militaire des forces en présence, et cela inclut aussi les sous-traitants ». Suite à ces révélations, la société Swissto12 a annoncé qu’elle ne « vendra[it] plus les produits pour lesquels elle avait conclu des contrats avec des entités basées en Israël ».
13 octobre 2025. Gaza. Libération des otages israéliens et de prisonniers palestiniens. Conformément à l’accord de cessez-le-feu conclu le 10 octobre entre Israël et le Hamas, qui prévoyait que l’échange d’otages et de prisonniers ait lieu dans les 72 heures suivant la signature, les 20 otages israéliens encore vivants ont été libérés. En échange, 1968 prisonniers palestiniens l’ont également été. Certains avaient été incarcérés sans inculpation, pour des « raisons de sécurité » ; d’autres avaient été condamnés à de lourdes peines, allant jusqu’à la perpétuité. Certains sont restés détenus depuis le 7 octobre 2023 en vertu de lois adoptées au début de la guerre entre Israël et le Hamas, autorisant la détention de « combattants illégaux » de façon prolongée, sans aucun contrôle judiciaire ni accès à un avocat. En juillet 2024, l’ONU avait dénoncé des cas de « torture et mauvais traitements » à l’encontre de ces détenus ; plusieurs sont décédés en prison. Les restes de 45 Palestiniens ont également été remis par Israël, tandis que le Hamas n’a restitué entre le 13 et le 17 octobre que 10 dépouilles sur les 28 qu’il détenait encore. Il a toutefois assuré avoir remis tous les corps accessibles, expliquant que les autres sont toujours ensevelis sous les décombres.
(https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157664)
13 octobre 2025. Europe. Identification de victimes et d’auteurs potentiels de traite des êtres humains. Du 15 au 19 septembre 2025, Europol a soutenu la quatrième édition du Hackathon de l’EMPACT sur la traite des êtres humains, une semaine d’action contre la traite. Elle a été dirigée par les autorités néerlandaises, avec le soutien de l’Allemagne et du Royaume-Uni, et a réuni 73 spécialistes de 26 pays à travers le monde. Sur 44 plateformes en ligne, les experts ont identifié 33 victimes et 31 auteurs potentiels.
13 octobre 2025. France. Condamnation de Dilnur Reyhan. Dilnur Reyhan a été condamnée ce jour à 150 euros d’amende pour « dégradation de biens et d’effets personnels appartenant à autrui », décision dont elle va faire appel. Présidente de l’Institut ouïghour d’Europe, elle dénonce depuis une dizaine d’années le génocide en cours de son peuple en Chine et avait, à ce titre, jeté de la peinture à l’eau sur un stand de l’ambassade de Chine en 2022. En tentant de s’interposer, un membre de l’ambassade avait été éclaboussé, de même que deux de ses collègues. Alors que l’affaire avait été classée sans suite, le parquet général avait demandé sa réouverture en 2024. Lors du procès, il a été rappelé que le procès-verbal des gendarmes indique qu’« aucune forme de violence n’a été constatée » ce jour-là. Par ailleurs, Dilnur Reyhan a évoqué le « harcèlement judiciaire » dont elle est victime de la part de la Chine. Elle a également rappelé la tentative d’enlèvement à l’encontre de Gulbahar Jalilova, une citoyenne kazakhe d’origine ouïghoure qui était arrivée en France en octobre 2020 après avoir été détenue « pendant un an, trois mois et dix jours » dans un camp de concentration du Xinjiang, y subissant des tortures et des viols.
14 octobre 2025. Iran. Condamnation de Cécile Kohler et de Jacques Paris. Alors qu’ils sont détenus en Iran depuis mai 2022, Cécile Kohler et Jacques Paris ont été condamnés ce jour respectivement à 20 et 17 ans de prison pour « espionnage au profit des services de renseignement français et israélien ».
15 octobre 2025. Brésil. Eleveurs illégaux dans l’Etat du Pará. En 2006, l’Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrária, chargé de la réforme agraire, a créé la colonie Terra Nossa pour permettre à des petits agriculteurs de cultiver la terre, récolter les fruits et les noix de la forêt tropicale et vendre leurs produits sur les marchés locaux. Toutefois, à partir de 2016, l’Institut a constaté que 78,5 % du territoire était illégalement occupé. En 2023, 45,3 % avaient été convertis en pâturages. L’Institut n’a jusqu’à présent pris aucune mesure pour expulser les éleveurs illégaux mais examine actuellement un plan qui consisterait à diviser le territoire et à réviser son statut. D’autres éleveurs illégaux se sont installés sur le territoire autochtone de Cachoeira Seca, dont la population dépend de la forêt tropicale qui couvre une partie de son territoire. Ces éleveurs illégaux ont porté atteinte aux droits au logement, à la terre et à la culture de ces populations. Parmi les territoires autochtones de l’Amazonie brésilienne, Cachoeira Seca a enregistré en 2024 la plus grande superficie déboisée. Le gouvernement fédéral est légalement tenu d’expulser les occupants non autochtones. Par ailleurs, les éleveurs illégaux ont vendu du bétail à d’autres éleveurs situés en dehors de ces zones, qui l’ont à leur tour vendu à des abattoirs de l’entreprise brésilienne JBS, principal producteur mondial de viande. Selon Human Rights Watch, JBS ne procède pas à un traçage systématique de ses fournisseurs indirects mais a déclaré qu’à compter du 1er janvier 2026, ses fournisseurs directs seraient tenus de divulguer des informations sur leurs fournisseurs sous-traitants. Le gouvernement brésilien et le gouvernement de l’Etat du Pará ont chacun annoncé un plan visant à mettre en œuvre un système de traçabilité individuelle du bétail, d’ici 2032 au niveau fédéral et d’ici 2026 au niveau de l’Etat du Pará. De plus, des responsables de l’Etat fédéré ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils cesseraient de délivrer des permis pour le déplacement du bétail dans les forêts protégées. Enfin, selon Human Rights Watch, entre 2020 et 2025, l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, l’Irlande, les Pays-Bas et la Suède ont importé du bœuf provenant des municipalités qui accueillent des installations de JBS identifiées dans le rapport de l’ONG ; l’Italie était une destination majeure pour les produits en cuir. Toutefois, à partir de janvier 2026, les pays de l’UE devraient appliquer le Règlement sur les produits sans déforestation, qui interdit la mise sur le marché européen de produits bovins provenant de terres déboisées après 2020, ou dont la production enfreint les lois nationales du pays d’origine.
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