Appel à contribution – N°2

Espaces Linguistiques N°2
Le rôle des discours dans la relation de soin
Couverture du futur numéro

Le rôle des discours dans la relation de soin

sous la direction de Aurore FAMY (Université de Limoges)
et Aline DELSART (Université Clermont Auvergne)

Date limite de soumission des articles : 30 novembre 2020

Argumentaire :

La relation de soin engage a minima deux acteurs : le soignant et le soigné. La communication entre les deux se trouve au cœur d’enjeux thérapeutiques et sociaux importants. De ce fait, sa compréhension et son optimisation font l’objet d’une réelle demande sociale. Dans la perspective de répondre à cette demande, nous proposons trois axes de recherche afin d’étudier le rôle des discours dans la relation de soin. Cette dernière, en tant qu’objet d’étude, est en premier lieu une pratique discursive intersubjective qui possède ses propres codes et qui fait coexister une formation discursive spécifique (celle du médecin, par exemple) et la langue ordinaire. Il s’agit également d’une pratique sociale qui impose des rôles prédéfinis, des conventions sociales implicites entre les protagonistes identifiés, des anticipations, des stéréotypies. Ces deux rôles socialement normés (le médecin et le patient) impliquent des rôles discursifs particuliers : l’enjeu est de trouver sa place à l’intérieur de l’échange pour garantir la meilleure performativité thérapeutique (Axe 2). Il s’agit également d’une pratique de transmission des savoirs médicaux en tant que moment privilégié de vulgarisation des savoirs scientifiques par la parole experte elle-même, contenant son lot de reformulations, métaphorisations, médiations discursives, etc. qui re-sémiotisent la pratique et les savoirs médicaux proprement dits (Axe 1). Enfin, cette transmission peut être entravée par la barrière de la langue ; la question de la traduction est alors d’autant plus difficile quand elle doit mettre en œuvre une remédiation et intervenir entre deux rôles discursifs déjà en présence : le médecin et le patient par exemple (Axe 3).

Axe 1 : Interactions verbales et remédiations discursives

Le discours construit par le médecin envers son patient constitue une remédiation, c'est-à-dire une réénonciation qui incarne une réparation dans le processus de médiation. En s’effectuant, la remédiation agit comme résolution, pallie les discontinuités apportées par des ruptures (cognitives, encyclopédiques, axiologiques, affectives) au sein d’un contexte de décalage entre deux parties, honorant ainsi son étymologie de « tiers médiateur ». En consultation, le médecin et le patient s’inscrivent dans une interaction verbale particulière, mettant en scène, presque au sens théâtral du terme, cette remédiation. La consultation médicale incarne de manière exemplaire une situation d’interaction verbale complexe. Cet axe interrogera en particulier le fonctionnement sémiolinguistique de la transmission des savoirs et de la co-construction du sens, mais également, plus localement, l’identification de mécanismes lexicaux, sémantiques et rhétoriques impliqués dans cette construction.

Quelles sont les caractéristiques définitoires d’un discours médical vulgarisé dans le cadre de la relation de soin ?

Quelles stratégies discursives sont mises en œuvre par le locuteur médecin pour se faire comprendre (métaphore, comparaison, passerelle ou équivalence sémantique, etc.) ?

Réciproquement, quelles sont les caractéristiques définitoires du discours patient ? Comment le sens est-il négocié entre les deux interlocuteurs ? Dans quelle mesure le sens est-il co-construit ? Quels sont les processus linguistiques et rhétoriques qui mettent en œuvre cette co-construction au fil des tours de parole ?

D’un point de vue (méta)méthodologique sur les interactions verbales, comment étudier des processus et stratégies sémio-linguistiques « filés » de la part d’un locuteur sur des tours de paroles distincts et entrecoupés ? L’analyse outillée peut-elle être envisagée ?

Axe 2 : Négocier sa place dans la relation de soin

L’interaction en milieu médical se déroule entre deux protagonistes aux statuts différents : un médecin qui détient le savoir médical et les connaissances scientifiques face à un patient qui détient, lui, la connaissance personnelle de sa maladie, son vécu. Cette relation est alors qualifiée d’asymétrique. Pour qu’une relation de soin soit efficace, les acteurs doivent trouver un équilibre en leurs savoirs et leurs pouvoirs, en lien avec leurs statuts sociaux. Comment l’étude linguistique des discours permet-elle de rendre compte des rôles de chacun dans cette relation de soin ?

Comment dépasser la relation asymétrique qui structure traditionnellement ce type de discours ?

Comment caractériser la place du patient par opposition à celle du médecin dans le discours interactionnel ?

En quoi la parole est-elle libératrice de pouvoir et de savoir ?

En quoi l’analyse linguistique peut-elle révéler la performativité thérapeutique des discours ?

Quel type de négociation retrouve-t-on dans les discours médicaux ?

Comment médecins et patients négocient-ils leur place dans le discours en contexte de soin ?

Axe 3 : Enjeux et conséquences de la traduction en contexte de relation de soin

Les discours médicaux, qui s’ancrent dans une pratique concrète en centre hospitalier ou en cabinet d’exercice, sont parfois touchés par une problématique de diversité linguistique entre les protagonistes. L’enjeu d’accès à l’information médicale pour le patient, qui est parfois vital (quelle est la maladie ? comment évolue-t-elle ? quel médicament prendre ? en quelle quantité ? etc.), définit une urgence absolue de traduction quand le médecin et le patient ne partagent pas la même langue. En plus des considérations de vulgarisation scientifico-médicale et de négociation du sens qui caractérisent les interactions médecin-patient, les discours médicaux doivent, en certains cas, être traduits. Cette traduction peut être notamment intersémiotique (traduction en langue des signes) ou interlinguale (traduction d’une langue à l’autre). Les discours médicaux traduits ou en cours de traduction sont donc affectés d’une double difficulté : remédier et traduire à la fois. Ces deux actes concomitants définissent alors un faisceau de questionnements auxquels l’axe est consacré.

Dans quelle mesure la traduction induit-elle des modifications, voire des pertes d’information, lors de la transmission de l’information médicale ?

Du fait du fort aspect culturel de la langue, comment traduire les métaphores et autres procédés analogiques ? Comment traduire les raisonnements médicaux eux-mêmes, qui peuvent parfois être informés, contraints, façonnés par la culture de la langue source ?

L’intervention d’un traducteur implique la présence d’une tierce personne dans la relation de soin, particulièrement intime. En termes de confidentialité et d’éthique, quel rôle le traducteur joue-t-il au sein de la relation soignant/soigné ? Peut-il influer sur l’intercompréhension des deux autres rôles discursifs en présence (médecin et patient) ?

Contact : aurore.famy@unilim.fr ; aline.delsart@uca.fr

Langue de publication : français et anglais 

Comité scientifique :

  • Abdelhadi BELLACHHAB (Université de Nantes)

  • Ana-Maria COZMA (Université de Turku, Finlande)

  • Olga GALATANU (Université de Nantes)

  • Dominique LAGORGETTE (Université de Savoie Mont Blanc)

  • Annabelle SEOANE (Université de Lorraine)

  • Nathalie GARRIC (Université de Nantes)

  • Driss ABLALI (Université de Lorraine)

  • Marion COLAS-BLAISE (Université du Luxembourg)

  • Maria Giulia DONDERO (Université de Liège)

  • Frédéric PUGNIERE-SAAVEDRA (Université Bretagne Sud)

  • Emmanuèle AURIAC-SLUSARCZYK (Université Clermont Auvergne)

  • Rovena TROQE (Université de Genève)

Modalités de soumission des contributions :

L’article soumis fera entre 35 000 et 55 000 signes (espaces, notes, figure, résumés, texte compris). Les consignes éditoriales sont disponibles à cette adresse : https://www.unilim.fr/espaces-linguistiques/125

Pour la première soumission (anonyme), merci de faire parvenir à espaceslinguistiques@unilim.fr les documents suivants :

  • Un fichier avec le résumé de l’article en français et en anglais + les mots-clés à la fin de chaque résumé ; l’article entier avec son titre en français et en anglais (une version format .doc(x) et une version format .pdf)

  • Un fichier séparé qui comportera le prénom et le nom de l’auteur, son rattachement institutionnel (Université, laboratoire) et son adresse mail professionnelle, le titre de l’article soumis ainsi qu’une notice bio-bibliographique de 500 caractères maximum en français et en anglais (une version format .doc(x) et une version format .pdf)

Calendrier :

  • Date limite de soumission des contributions : 30 septembre 2020

  • Date de notification d’acceptation : fin octobre 2020