{"id":2510,"date":"2017-05-30T16:55:22","date_gmt":"2017-05-30T14:55:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.unilim.fr\/culture\/?p=2510"},"modified":"2017-05-30T16:55:22","modified_gmt":"2017-05-30T14:55:22","slug":"2510","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/2017\/05\/30\/2510\/","title":{"rendered":"R\u00e9sultats de l&rsquo;Atelier Ecriture &#8211; Didier Ayres"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\">Retrouvez les textes issus des travaux de l&rsquo;atelier d&rsquo;\u00e9criture de fiction de Didier Ayres, men\u00e9s au sein de l&rsquo;Universit\u00e9 de Limoges pour l&rsquo;ann\u00e9e 2016\/2017<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">\u00ab\u00a0Avec mes remerciements pour le service culturel et pour les \u00e9tudiants tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans le projet.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Merci donc \u00e0 Coline, Philom\u00e8ne, Kallyst\u00e9, Nicolas, Corentin, Aissatou, Julien, Camille, Emeline, B\u00e9r\u00e9nice, Robin, D\u00e9borah, Harriet, Morgane, X\u00e9na, Mathilde, Antoine, Yves, Quentin, Georgia, Muhammed, Mathias, El\u00e9a, Julie, Julie, Justine, Edeline, Chlo\u00e9, Quentin, Pauline, Zia, Laura, Jean-St\u00e9phane, Justine, No\u00e9mie, Manon, Houssouna, Sa\u00efna, Daniella, Jeanine, Alexandre, Khady Dia et Didier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">DIDIER AYRES<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">\n<p style=\"text-align: center\">Sud, sud.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">I<\/p>\n<p>Le soleil me fixe, au milieu de l\u2019automne grandiose, le silence de toute la terre, le bois \u00e0 moiti\u00e9 sec, l\u2019apr\u00e8s-midi, dans la fen\u00eatre de la chambre, soleil dans la maison du verseau.<\/p>\n<p>Ainsi parla-t-il de cette nouvelle aventure. Il avan\u00e7a vers la proue. On vit un \u00e9clair et on entendit le tonnerre au loin. Les marins reprirent leur poste, le capitaine et l\u2019homme entr\u00e8rent dans leur cabine.<\/p>\n<p>Les courants l\u2019ont charri\u00e9e jusqu\u2019ici. Elle se perdait dans les m\u00e9andres des cris des marins. Elle coulait dans leur \u00e2me. Leur vision devenait floue. Les embruns obstruaient leur vue.<\/p>\n<p>Oubliez vos appr\u00e9hensions mes fr\u00e8res, et voyez cette \u00e9pave flottante. Embarquez-vous sans crainte et laissez-vous porter par le vent de la libert\u00e9. Hissez les voiles et voyagez. Aussi l\u00e9ger qu\u2019un \u00e9pi de bl\u00e9.<\/p>\n<p>Un navire qui se retrouve seul au milieu de l\u2019oc\u00e9an. Une \u00eele d\u00e9serte. Une \u00eele o\u00f9 l\u2019on n\u2019entend pas le chant r\u00e9p\u00e9titif des oiseaux, le bruit des feuilles mortes sur le sable.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 bord de <em>L\u2019Annoncier<\/em>. Ce n\u2019\u00e9tait que le d\u00e9but du voyage. Nouveau continent ont-ils dit, t\u00e2che amusante ont-ils dit. L\u2019\u00e9pave d\u2019un navire gisait, sa coque tr\u00e8s certainement \u00e9clat\u00e9e en mille morceaux. Voyager ont-ils dit.<\/p>\n<p>Un nouveau pays, une nouvelle vie. Devenir qui l\u2019on veut. Commencer tout \u00e0 z\u00e9ro. Marcher dans les rues. Ce nouveau monde, loin de tout, est l\u00e0 pour nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Un acrobate qui monte\/sur une corolle rouge\/pour regarder le monde\/le microcosme de chacun\/les petites lumi\u00e8res autour\/cette \u00e9toile a beaucoup voyag\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9couvrir le monde. J\u2019aimerais pouvoir faire des voyages, un moyen de comprendre ce qui m\u2019entoure, le c\u0153ur des choses. Savoir \u00e9couter et se perdre pour comprendre.<\/p>\n<p>Tes yeux contemplent la mer\/et le regard vague\/nous voyageons\/l\u2019une et l\u2019autre\/l\u2019une sans l\u2019autre\/toi avec la mer\/frappant et renversant.<\/p>\n<p>La coque dont il ne reste plus que le squelette, ce radeau qui s\u2019effrite en mille morceaux sans que l\u2019on sache. Le parquet pourri et grin\u00e7ant de cette machine maritime. Cette \u00e9pave flottante dans l\u2019oc\u00e9an atlantique.<\/p>\n<p>Encore quelques milliers d\u2019ann\u00e9es, et peut-\u00eatre verrons-nous surgir de l\u2019\u00e9cume. Il y aurait une proue avec un visage de lion qui s\u2019\u00e9lancerait vers le ciel. Il y aurait les restes d\u2019un \u00e9quipage.<\/p>\n<p>Vous \u00eates charg\u00e9s du salut de leur \u00e2me. Offrez-leur la paix, la civilisation et du travail. Prouvez-leur qu\u2019ils ont besoin de lances, du feu ou de l\u2019anthropophagie. Montrez-leur le chemin de la lumi\u00e8re, du beau, du juste et de la foi.<\/p>\n<p>Ici et l\u00e0, une barque. Tant de choses qu\u2019il faut vivre. On peut continuer \u00e0 voyager.<\/p>\n<p>On tangue tant et plus sur l\u2019onde du rouleau qui vient se pr\u00e9cipiter sur la c\u00f4te et qui renvoie avec brusquerie sa lame de retrait. Implacables le\u00e7ons, flottements incertains, vertiges probl\u00e9matiques. L\u2019\u00e9cume des grandes mers.<\/p>\n<p>Force bleut\u00e9e du soir, un r\u00eave, des n\u00e9buleuses et le silence, le soleil qui envahit le n\u00e9ant et toutes les nudit\u00e9s, le chaos magn\u00e9tique, le myst\u00e8re, et tout ce qui se jette sur le ruisseau de glace de minuit.<\/p>\n<p>Ma t\u00eate \u00e9tait enti\u00e8rement pench\u00e9e en arri\u00e8re. Les fen\u00eatres \u00e9taient hautes, \u00e9troites. L\u2019homme n\u2019est rien. Que se passerait-il si j\u2019avan\u00e7ais encore d\u2019un pas\u00a0? la beaut\u00e9 n\u2019est pas une qualification qui lui convient. Il repousse et attire en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>L\u2019eau coulait doucement depuis le bec des oiseaux. La jeune fille recula. Se cachant avec les arbres dans la p\u00e9nombre. M\u00eame la robe de satin rouge \u00e9tait parfaite.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re heure de la matin\u00e9e. Tout d\u00e9pend de notre organisation. L\u2019effet de la pr\u00e9voyance, de l\u2019anticipation dans la vie quotidienne. Ainsi cette premi\u00e8re heure, nous appartient.<\/p>\n<p>Des chants d\u2019oiseaux. Au loin un magnifique ch\u00e2teau, qui avait accueilli des rois, des reines, des princes. Il y a quelques ann\u00e9es cette cour \u00e9tait le centre de toutes les activit\u00e9s du village.<\/p>\n<p>Petites fleurs s\u2019approchent\/le ciel rempli de petites lumi\u00e8res\/tout le soul\u00e8vement psychique et spirituel\/un vieux ch\u00e2teau.<\/p>\n<p>Quoi de plus enchanteur \u00e0 la vue d\u2019un esprit impressionn\u00e9 par la beaut\u00e9 des choses, que ce havre de douceur bucolique. Qu\u2019importe, cette nuit, il dormira comme un prince.<\/p>\n<p>Maison de fer, maison de peuplier rouge, bateau de couleur, b\u00e2timent de carbone, une fen\u00eatre dans la chambre de jade, le silence trois fois au milieu de cette demeure.<\/p>\n<p>Pourtant, une fen\u00eatre est un regard sur le monde. On s\u2019\u00e9l\u00e8ve vers une meilleure condition de nos perceptions. Comme un pr\u00e9dateur. Celui qui vous rendra riche et pur, respectable et vaillant, humble et servile.<\/p>\n<p>Des feuilles mortes tout le long du trottoir. Les chiens qui aboyaient au loin. Cela devenait presque inqui\u00e9tant. Il se rappelle d\u2019une Espagne festive, conviviale.<\/p>\n<p>Que faisait-elle l\u00e0 toute seule, triste et abandonn\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame\u00a0? La ville morte. Que faire alors dans cette ville jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours\u00a0?<\/p>\n<p>Je leur invente une vie. Amant fra\u00eechement \u00e9conduit, ma\u00eetresse drap\u00e9e dans sa dignit\u00e9. C\u2019est une prison. Echec et mat.<\/p>\n<p>J\u2019entre, j\u2019entends et ressens alors une musique apaisante. Quand il frotte son front contre le mien.<\/p>\n<p>Une rue\/l\u2019ombre du soir\/un soir comme les autres\/l\u2019air rouge\/les danses animales\/soleil espagnol.<\/p>\n<p>La maison \u00e9tait grande et elle se sentait petite. L\u2019hiver avait d\u00e9ploy\u00e9 son manteau de neige. Tout \u00e9tait sombre autour d\u2019elle. Et puis ce l\u00e9ger parfum de cannelle qu\u2019il laissait dans son sillage. Cette odeur qui certains jours lui faisait tant de mal.<\/p>\n<p>Un endroit o\u00f9 rien ne peut nous atteindre. Et les murs contiennent des secrets. C\u2019est dr\u00f4le comment cet espace de convivialit\u00e9 peut devenir solitaire, comment une demeure peut devenir une prison.<\/p>\n<p>C\u2019est chaleur\/c\u2019est la ville en f\u00eate\/des talons qui traduisent une allure press\u00e9e\/des gens qui se h\u00e2tent\/lacets d\u00e9faits\/sur les th\u00e9ories de Saussure.<\/p>\n<p>Ce vieux b\u00e2timent \u00e9tait chez moi\/feu, couleurs, r\u00eaves et un c\u0153ur chaud\/mais les ann\u00e9es passent dites-vous\/qu\u2019est-ce que c\u2019est une maison\u00a0?<\/p>\n<p>Cette porte renferme un secret. Cette forteresse en fer forg\u00e9 laisse entendre un grincement strident \u00e0 son ouverture. C\u2019est une multiplication d\u2019escaliers lugubres menant \u00e0 des pi\u00e8ces exigu\u00ebs, \u00e9troites.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre un couple est-il en train de se lancer des injures sans r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cause de quelque chose de futile qui se serait \u00e9chapp\u00e9 de la bouche du jeune homme. Ou peut-\u00eatre que\u2026<\/p>\n<p>Il fixe quelque chose. C\u2019est le d\u00e9sordre. Des meubles partout, des dizaines de feuilles et de pinceaux \u00e0 m\u00eame le sol, des taches de peinture et des d\u00e9chets \u00e7\u00e0 et l\u00e0.<\/p>\n<p>Cette lourde porte donne sur une chambre, entour\u00e9e de quatre murs \u00e9pais recouverts de graffitis en tout genre. Le silence qui y demeure semble contenir toute la charge \u00e9motionnelle du lieu, toute son histoire.<\/p>\n<p>Deux adultes boivent du th\u00e9 autour de la chemin\u00e9e d\u2019o\u00f9 se d\u00e9gage une fum\u00e9e. Des enfants s\u2019interpellent en riant. Le cheval \u00e0 bascule. Le m\u00e9lange des odeurs de b\u00fbches. Ce genre de No\u00ebl.<\/p>\n<p>Il se leva, s\u2019\u00e9tira, alla chercher des morceaux de pain et un verre d\u2019eau. Heureusement la fen\u00eatre de sa cellule donnait sur une vue large de Barcelone. Rien ne lui permettait de distinguer les visages.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019obscurit\u00e9 qui avait envahi la ruelle, on pouvait distinguer \u00e0 travers les barreaux un visage poupin qui se dessinait. La fen\u00eatre se dressait, b\u00e9ante. Le calme avait envahi la ruelle.<\/p>\n<p>Il fait chaud. Je regarde la rue. J\u2019attends. Je ne veux pas qu\u2019il voie que je l\u2019attends. Je secoue la t\u00eate. Le d\u00e9sir des Tartares.<\/p>\n<p>Un lente combustion plastique, la nuit, le jour, la constellation du chien, l\u2019\u00e9clatante production de pierres et de fer, l\u2019absence et le signe de l\u2019oiseau.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait fantastique. Elle donnait la certitude d\u2019une puret\u00e9 cristalline, d\u2019un monde libre, sans conflits. Ce spectacle me laissait sans voix, l\u00e0 ces montagnes romanesques.<\/p>\n<p>Les branches craquaient. Lui, au fil d\u2019une escalade, devenait un fin connaisseur de ces savoirs r\u00e9serv\u00e9s aux enfants. Sur mille et une \u00e9tendues, un minuscule point \u00e0 l\u2019horizon. Il prenait place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Magnifique coucher de soleil tachant la surface des nuages de rose et d\u2019orange d\u00e9licats. Des d\u00e9serts. Des dunes. Une for\u00eat luxuriante. La plaine. Enfin ils suivirent le trajet du soleil jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre derri\u00e8re d\u2019abruptes montagnes.<\/p>\n<p>Les poissons avaient investi la fontaine. Ils plongeaient dans l\u2019eau fra\u00eeche. L\u2019eau \u00e9tait claire, doucement azur\u00e9e comme on voit les voiles de Chine moir\u00e9es qui ondulent sur les reflets des rayons du soleil. Poissons d\u2019argent. Pr\u00e9tentieux.<\/p>\n<p>Un ciel d\u2019encre. Son \u00e9paule frissonne. Le vent emporte son parfum. Le ciel est maintenant rempli d\u2019\u00e9toiles. Et tout s\u2019emm\u00eale\u00a0: les cheveux et les \u00e9toiles. Les oiseaux ensommeill\u00e9s sortent des montagnes sous la lune claire.<\/p>\n<p>Je ne souhaitais rien perdre de ce spectacle. Il \u00e9tait temps. Je d\u00e9posais les lunettes sur mon nez puis allumait ma cam\u00e9ra et mon micro. Une forme humaine s\u2019assit au milieu de la plaine. La flamme s\u2019arr\u00eata. C\u2019\u00e9tait termin\u00e9.<\/p>\n<p>Une atmosph\u00e8re glaciale. Des silhouettes qui semblaient se d\u00e9battre entre elles. Des bruits \u00e9tranges et r\u00e9p\u00e9titifs. C\u2019\u00e9tait le trou noir. Il se dirigea vers les montagnes romanesques qu\u2019il voyait au loin vers ces terres qui lui \u00e9taient inconnues.<\/p>\n<p>De ce simple sentier de terre, au fur et \u00e0 mesure, jour apr\u00e8s jour, cette majestueuse cha\u00eene de montagnes, l\u2019\u00e9loignement et l\u2019homme pour contempler tout ce monde. Pour rentrer en connexion avec son propre for int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Je ne fais pas attention aux alentours. Je suis endormie. Ma bouche s\u2019\u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement entrouverte. Les muscles de mes jambes \u00e9taient endormis \u00e0 cause du voyage. Je continuais et plusieurs pass\u00e8rent.<\/p>\n<p>Elle s\u2019assoit, les jambes pli\u00e9es, enlac\u00e9es par ses bras, la t\u00eate baiss\u00e9e en appui sur ses genoux. Alors, elle se d\u00e9tend, rel\u00e2che ses bras.<\/p>\n<p>Je vois le royaume. Des terres sublimes. On y r\u00e9pand le fer, le feu \u00e9t\u00e9 le sang. Bient\u00f4t l\u2019or des lauriers viendra se fondre sur mon cr\u00e2ne. Je sais l\u2019issue de cette guerre in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais l\u00e0, pench\u00e9e sur le sommet d\u2019une montagne romanesque. Et c\u2019\u00e9tait tant mieux. C\u2019est ce que je cherchais, la solitude, cette soir\u00e9e d\u2019une puret\u00e9 cristalline, ce paysage qui me paraissait comme une \u0153uvre d\u2019art.<\/p>\n<p>Si on y regarde de plus pr\u00e8s pourtant, on peut voir qu\u2019il y a des indices, de subtiles traces qu\u2019il aurait pu rep\u00e9rer. Qui savait la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 son sujet\u00a0?<\/p>\n<p>Je me demande comment les gens me voient\u2026 s\u00fbrement pas comme je me vois moi-m\u00eame. J\u2019attends mon bus sous la pluie. Pour eux je suis un myst\u00e8re. Dans ma vie j\u2019ai \u00e9t\u00e9 orpheline, criminelle, romantique.<\/p>\n<p>Du haut de cette plaine rocheuse, un saule pleureur. La Castille o\u00f9 la faune et la flore sont en parfaite symbiose. C\u2019est dr\u00f4le en y pensant comment cet arbre peut-il offrir un tel niveau de vie\u00a0? c\u2019est l\u2019arbre de tous les secrets.<\/p>\n<p>Il observe\/c\u2019est la colline depuis l\u00e0-haut\/la nuit\/l\u2019histoire d\u2019un jour\/un son qui ne peut exister\/ils se retrouvent chaque soir\/quand il fait noir.<\/p>\n<p>Un site parmi les arbustes bas d\u2019o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre une vaste \u00e9tendue. Unique chance de conserver tant de douceur avant que la lune et le froid de la nuit ne volent son idylle. J\u2019embrasse mon aim\u00e9 pour la derni\u00e8re fois. Je tombe et je m\u2019endors.<\/p>\n<p>Ce changement rapide, la fra\u00eecheur se fit ressentir sur l\u2019ensemble du groupe. Moi-m\u00eame je ne me fis pas prier pour m\u2019emmitoufler sous une \u00e9paisse couverture de laine. Je d\u00e9cidais de le rejoindre. Il me vit et me lan\u00e7a un regard bienveillant. Je m\u2019assis \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Je suis \u00e9berlu\u00e9, impressionn\u00e9 par ce paysage castillan. Voici que m\u2019assaille un sentiment de profondeur, de puissance et de domination de cette nature.<\/p>\n<p>Le ciel devenu rouge, juste le petit go\u00fbt de gaz de ville, la pointe aigu\u00eb du gaz, oui, ce go\u00fbt de gaz, cette sorte de go\u00fbt de r\u00e9glisse comme quelque chose qui se d\u00e9double.<\/p>\n<p>Je trouve que mon p\u00e8re avait raison, mais pour moi la vie est une guerre. Elle est compos\u00e9e de multitudes de batailles. Je vais mourir, cela est certain.<\/p>\n<p>D\u00e9barrasser les discours de leur robe d\u2019apparat. Cela avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait il y a onze ans, lorsque son p\u00e8re plein d\u2019espoir \u00e9tait parti brave et plein de convictions.<\/p>\n<p>Nous nous r\u00e9jouissions \u00e0 mesure que notre caravane se rapprochait de cette masse verte et luxuriante qui \u00e9tincelait telle une \u00e9meraude. D\u2019autres plus observateurs, allaient se jeter dans une mare qui s\u2019\u00e9tendait un peu plus profond\u00e9ment dans ces bois. Mais tous venaient d\u2019outrepasser le tertre fun\u00e8bre d\u2019une bataille pass\u00e9e.<\/p>\n<p>J\u2019avance. J\u2019essaie de me faire invisible. Je ne ressens que de la tristesse. Tout devient trop bruyant. Je ne ressens plus que de la rage. Je deviens un autre.<\/p>\n<p>Phrase anodine. D\u2019abord \u00e7a peut peut-\u00eatre commencer par un avertissement. Une sonnette d\u2019alarme. \u00c7a peut-\u00eatre aussi de l\u2019inqui\u00e9tude. Et s\u2019il s\u2019agit de trahison, le sch\u00e9ma peut \u00eatre aussi diff\u00e9rent. Toute la v\u00e9rit\u00e9. La plus sale. La plus triste.<\/p>\n<p>On a du mal \u00e0 distinguer ce bruit. Je ne comprends pas. Je me rapproche te je crie de ma voix fluette\u00a0: \u00ab\u00a0Que dis-tu, toi, spectre des bois\u00a0?\u00a0\u00bb J\u2019ai hurl\u00e9 avec le peu de souffle qui me restait.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui c\u2019est la r\u00e9volte. A votre avis\u00a0: c\u2019est qui le sexe fort\u00a0?<\/p>\n<p>Au commencement, les ch\u00eanes \u00e9taient verdoyants. Au commencement, les roseaux ont lev\u00e9 la t\u00eate vers le ciel. Au commencement, les oiseaux chantonnaient des petites m\u00e9lodies douces, m\u00e9lodieuses et joyeuses. Au commencement, il y avait la vie.<\/p>\n<p>Il vient d\u2019y avoir une bataille d\u2019une rare violence. Dans ce cas, notre passivit\u00e9 ainsi que notre na\u00efvet\u00e9 peuvent nous conduire loin d\u2019o\u00f9 nous sommes. Ainsi, soyons des \u00eatres responsables de nos actes, car nous seuls en tireront cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>Je ne peux pas encore sentir la nervosit\u00e9 et l\u2019excitation de ma monture. Je reste immobile, incapable de bouger, de desserrer mes doigts autour des r\u00eanes, de formuler une phrase coh\u00e9rente.<\/p>\n<p>Par l\u2019ombre de la mort sur toute la terre. Par trop de morceaux de cadavres en feu. Un membre fait de vent. L\u00e0 o\u00f9 la terre \u00e9tait meuble. Partout il voyait ses pens\u00e9es entre les arbres, dans le creux d\u2019une vall\u00e9e.<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait d\u2019une bataille sans merci. Il paraissait jeune. Il tenait \u00e0 la main une \u00e9p\u00e9e \u00e9tincelante. Le cavalier puis le dragon furent tu\u00e9s sous les coups sans avoir pu esquisser la moindre d\u00e9fense. Fin de la bataille.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit que l\u2019on fait est digne de l\u2019\u00e9poque des Vikings. On parle d\u2019une bataille sans fin d\u2019une extr\u00eame violence. Le ciel \u00e9tait couvert par un nuage de fum\u00e9e. Plus de diff\u00e9rence entre le jour et la nuit.<\/p>\n<p>Les hyacinthes et les ch\u00e8vres-feuilles, les tilleuls et les h\u00eatres, les n\u00e9nuphars et les violettes, les saules pleureurs. La couleur du sang. La violence de la bataille. Et il ne restait plus rien.<\/p>\n<p>Les guerriers des deux camps ont d\u00e9j\u00e0 emport\u00e9 les morts et les bless\u00e9s. On pouvait presque croire que la bataille n\u2019avait pas eu lieu. Seuls, des roseaux fendus, juste un arbre mutil\u00e9, renvers\u00e9. On aurait pu croire que la guerre n\u2019avait pas eu lieu.<\/p>\n<p>Donc un ordre de bataille\u00a0: est-ce que parce que quelqu\u2019un d\u2019avis\u00e9 a fait un signe de d\u00e9marrage des hostilit\u00e9s\u00a0? Ou bien est-ce une allusion, le mat\u00e9riel avou\u00e9 de s\u2019entretuer avec ordre.<\/p>\n<p>Et le fleuve orange qui se jette dans le delta, les eaux du fleuve vers une sorte de n\u00e9ant jusqu\u2019\u00e0 la mer immense, l\u2019obscurit\u00e9 des abysses, des couleurs froides et m\u00e9talliques et des iris phosphorescents.<\/p>\n<p>Cet air de la mer\/les couleurs\/les esprits fragiles\/les petites ou les grandes vagues qui donnent l\u2019impression du mouvement\/la place de l\u2019auberge\/la solitude quand tu te trouves \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019eau\/l\u2019obscurit\u00e9 du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Maxime contemplait la mer. De ses yeux bleus, il regardait le gris du ciel surplombant cette col\u00e8re oc\u00e9anique. En hiver ou en \u00e9t\u00e9, il ne saurait l\u2019oublier.<\/p>\n<p>On s\u2019y retrouvait tous\u00a0; tous les marins d\u2019Europe, tous les marins des Am\u00e9riques, tous les marins d\u2019Asie\u2026 dans l\u2019odeur \u00e9paisse de la cire d\u2019abeille, de la sueur, du poisson frais ou frit. L\u2019auberge \u00e9tait situ\u00e9e sur la falaise.<\/p>\n<p>La pluie \u00e9tait torrentielle et frappait furieusement les fen\u00eatres de la petite auberge dans laquelle nous avions trouv\u00e9 refuge. Par l\u2019une de ces fen\u00eatres, nous pouvions voir la mer qui n\u2019\u00e9tait plus que chaos. La falaise sur laquelle se trouvait l\u2019auberge s\u2019\u00e9croulait totalement emportant avec elle la petite baraque qui, dans sa chute, fut frapp\u00e9e par un \u00e9clair et s\u2019embrasa.<\/p>\n<p>Son regard bleu impatient de voir un bateau appara\u00eetre \u00e0 l\u2019horizon &#8211; l\u2019horizon flou mais plus net que la terre ferme \u2013 des marins entrent et sortent dans l\u2019auberge. La mer, les m\u00eames nuances, l\u00e9g\u00e8res ou profondes\u00a0: nostalgie, m\u00e9lancolie, d\u00e9sespoir, tristesse\u2026 toutes bleues.<\/p>\n<p>Le pavillon o\u00f9 les clients passaient \u00e9tait rev\u00eatu d\u2019or et \u00e9clair\u00e9 par une lumi\u00e8re si forte qu\u2019on pensait que le soleil ne se couchait jamais. La m\u00e9lodie des vagues, le bruit du vent, les feuilles. Les fontaines. Aujourd\u2019hui c\u2019est un lieu abandonn\u00e9 et livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>De ma fen\u00eatre j\u2019entends les vagues qui s\u2019acharnent sur le sable, le frappent encore et encore. C\u2019est monotone, c\u2019est r\u00e9gulier, c\u2019est pr\u00e9visible. La seule chose qui change ici, ce sont les gens.<\/p>\n<p>Livre et imagination\/la magie quand on ouvre son placard\/tout un monde\/des exp\u00e9riences \u00e9tranges\/une personnalit\u00e9\/deux en fait\/le duo par excellence\/nuit, soir, apr\u00e8s-midi, matin\u2026<\/p>\n<p>Pendant les p\u00e9riodes estivales, il \u00e9tait possible de profiter de belles terrasses fleuries en d\u00e9gustant une bonne tasse de th\u00e9. Car Libreville, ma ville, est une ville tr\u00e8s festive.<\/p>\n<p>Un jardin rempli d\u2019orangers. Une petite fontaine de fa\u00efence bleue sous les arbres. Rien ne venait tacher ce tableau idyllique. A ses yeux admiratifs, il est devenu l\u2019\u00e9loge de la libert\u00e9, de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et de la paresse.<\/p>\n<p>Avec ce temps apocalyptique, j\u2019avais cru que le lieu serait bond\u00e9, que l\u2019on se battrait pour du pain ou un breuvage chaud. Il n\u2019y avait que des marchands qui n\u00e9gociaient s\u00fbrement. Rien de fameux.<\/p>\n<p>De l\u2019ext\u00e9rieur, ce lieu paraissait lyrique, presque magique. Mais en entrant, on pouvait y ressentir un mal \u00eatre, une atmosph\u00e8re pesante.<\/p>\n<p>L\u2019auberge se donne \u00e0 voir \u00e0 des passants qui marchent sur une plage de galets noirs. La r\u00e9sonnance des vagues. Nous nous levons pour une promenade paisible. La nuit tombe. La Grande Ourse a disparu.<\/p>\n<p>Des jours pluvieux\/des soir\u00e9es bris\u00e9es\/des douleurs, des chagrins\/la merveilleuse trag\u00e9die\/la mer\/l\u2019amer\/la m\u00e8re\/la merveille.<\/p>\n<p>L\u2019auberge \u00e9tait comme une \u00e9pine sur ce littoral. Elle \u00e9tait comme un flambeau au milieu de la brume. Et l\u00e0, dans la grande pi\u00e8ce principale, pr\u00e8s de l\u2019\u00e2tre, des prisonniers racontaient des histoires.<\/p>\n<p>Cette mer qui s\u2019\u00e9crase sur les rochers en faisant un mouvement de va et vient sous le soleil triomphant, laisse percevoir un lieu hors du commun, un lieu hors du temps. Que pouvait bien \u00eatre la suite de ce X\u00a0? Peut-\u00eatre une auberge qui recueille des enfants n\u00e9s sous X\u00a0? Ou encore une croix pour indiquer le lieu d\u2019un tr\u00e9sor\u00a0? Mon c\u0153ur est touch\u00e9 de plein fouet.<\/p>\n<p>J\u2019essaie d\u2019imaginer ce lieu\/notre lieu\/notre endroit\/mais je ne peux pas\/je suis malade\/tu es ma vague\/tu es mon courant\/alors, allons-y.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait au bord d\u2019un pr\u00e9cipice, \u00e0 un endroit que l\u2019on ne conna\u00eetra jamais. Je l\u2019ai connu mais je ne l\u2019ai jamais retrouv\u00e9. C\u2019\u00e9tait une falaise domin\u00e9e par un mistral aux sonorit\u00e9s persanes. Je voyais mille choses et pourtant je n\u2019en voyais qu\u2019une. La fin des navigations des navigateurs.<\/p>\n<p>J\u2019ai eu une m\u00e8re agit\u00e9e, stress\u00e9e et obnubil\u00e9e par les tracas que je lui causais. Elle \u00e9tait m\u00e8re protectrice d\u2019une suite d\u2019enfants soutenue par une abondance d\u2019amour qu\u2019elle distribuait avec tendresse et g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p>\n<p>Non, moi, j\u2019aimerais parler de mes amis au c\u0153ur battant. \u00catres anim\u00e9s de vie, d\u2019entrain, d\u2019altruisme. Vous avez reconnu la grande famille animale. Ces fameuses cr\u00e9atures appel\u00e9es b\u00eates.<\/p>\n<p>Il est soucieux et comme on pourrait dire, il est tout retourn\u00e9. Il est sens dessus dessous d\u2019avoir grev\u00e9 son budget et fait tant d\u2019abus sur le petit bout de sous qu\u2019il lui restait. Il se soigne au sak\u00e9, sur da\u00efquiri coco, peppermint au th\u00e9 vert.<\/p>\n<p>Un nautonier, des sortes de petites statues ouvrag\u00e9es, de grands oiseaux blancs qui d\u00e9chirent la pierre, des nuages de verre, un papillon, une apocalypse, des fl\u00e8ches, la joie, la fin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">II.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quelque chose qui ressemble \u00e0 une pr\u00e9sence, des petites lumi\u00e8res fragiles qui font penser \u00e0 une soir\u00e9e de novembre, sur le bord de la fen\u00eatre, la profonde m\u00e9lancolie, une image, juste une fois.<\/p>\n<p>Un ange nu. Il para\u00eet nu. Il brille tellement. La lumi\u00e8re flamboyante s\u2019att\u00e9nue. J\u2019ose m\u2019approcher. Je vois son visage si inquiet et je lui demande\u00a0: \u00ab\u00a0qui es-tu\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mon sommeil, j\u2019y \u00e9tais embourb\u00e9 jusqu\u2019au cou. Un marais. J\u2019\u00e9tais tir\u00e9 vers les enfers. Je sentais l\u2019eau sal\u00e9e si proche. J\u2019aurais pu l\u2019atteindre. C\u2019\u00e9tait le refrain jusqu\u2019\u00e0 cette aube. La nuit.<\/p>\n<p>Assis sur la lune\/vent frais\/la lune est pleine\/c\u2019est stable\/c\u2019est une question d\u2019\u00e9quilibre\/des \u00e2mes vagabondes\/il r\u00eave\/d\u00e9compte\/assis sur la lune\/vivant\/aimant\/\u00e9perdument.<\/p>\n<p>Les anges. Ils me regardent. Je les regarde. Yeux bleus comme le ciel. Pourquoi moi\u00a0? est-ce que j\u2019ai fait du mal autour de moi\u00a0? je n\u2019ai pas eu le temps de r\u00e9fl\u00e9chir davantage. Ronces. V\u00e9g\u00e9taux qui entourent ce ravin dans la profondeur des t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>Comme une lumi\u00e8re surplombant cette terre et ces oc\u00e9ans terrifiants, l\u2019ange appara\u00eet. Cet endroit b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une protection. Cette farandole d\u2019anges qui planent myst\u00e9rieusement au-dessus de cette c\u00f4te.<\/p>\n<p>Il s\u2019est p\u00e9niblement tra\u00een\u00e9 jusqu\u2019au bord du gouffre, haletant, vacillant, les paumes sur les ar\u00eates tranchantes des tessons des bouteilles. Que s\u2019est-il pass\u00e9\u00a0? Il n\u2019aurait pas d\u00fb venir.<\/p>\n<p>Ange. Quel pr\u00e9nom saugrenu\u00a0! Il se tenait l\u00e0, droit, les ailes repli\u00e9es dans le dos. On ne distinguait que sa sombre silhouette se d\u00e9tachant d\u2019un ciel blanc laiteux et bas. Grand, majestueux, terriblement stup\u00e9fiant, Ange avait la capacit\u00e9 de rendre muettes les fleurs.<\/p>\n<p>Au plus profond et au plus noir de la for\u00eat. Lichens et arbustes. Paniqu\u00e9, il avait couru, et couru encore. Tout autour de lui, la for\u00eat semblait se resserrer, les arbres s\u2019effondrer. Le nouvel ange gardien combattait du tranchant de son \u00e9p\u00e9e.<\/p>\n<p>Celui-ci le fixait d\u2019un \u0153il anthracite froid. La nuit transformait cet endroit. Il guettait, portant son attention sur tout ce qui l\u2019entourait. Le bruit l\u00e9ger du vent faisait frissonner les arbres. Tout disparaissait dans le brouillard.<\/p>\n<p>Les gens retombent souvent sur des principes de paradis et d\u2019enfer. Je n\u2019ai jamais cru \u00e0 ces histoires. Quand on grandit on oublie tout \u00e7a, on oublie. Arr\u00eatez. Arr\u00eatez tout.<\/p>\n<p>L\u2019ange gardien ne ressemble pas \u00e0 tous ces anges dont on a tant entendu parler dans les contes. Il est grand, fort et robuste. Il inspire la crainte. Son visage raconte toute une histoire. Les aventures, les voyages\u2026<\/p>\n<p>Il n\u2019essayait jamais de parler ni m\u00eame d\u2019attirer son attention. Il ne bougeait pas pour ainsi dire. Il baissa les yeux. Cela dura quelques jours. C\u2019\u00e9tait un monde ang\u00e9lique. C\u2019\u00e9tait la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9ternel.<\/p>\n<p>Pourquoi aimer un autre que lui\u00a0?\/pourquoi se mettre au service d\u2019un autre que lui\u00a0?\/le prince\/le gu\u00e9risseur\/le messager\/guerre, mort, famine.<\/p>\n<p>L\u2019ange de marbre est l\u00e0, tr\u00f4nant au sommet de tout, toisant les mortels. Il est grand. Il se recule et contemple, lui aussi. L\u2019\u00e9p\u00e9e.<\/p>\n<p>Il n\u2019a pas boug\u00e9. Un ange gardien, un ange guerrier\u2026 il est l\u00e0, sans bouger. La situation est troublante, \u00e9trange. D\u00e9sagr\u00e9able ce sentiment d\u2019incompr\u00e9hension\u00a0! Pourquoi cet ange\u00a0? Tu ne sauras pas.<\/p>\n<p>Deux \u00e9poques se rencontrent et s\u2019entrechoquent. C\u2019est confus. Je ne me souviens plus de rien. Le voyage m\u2019a donn\u00e9 soif. Je me mets \u00e0 lire les mots suivants\u00a0: le voyage est termin\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019ange savait que ce sourire n\u2019\u00e9tait pas d\u00fb \u00e0 un bon repas. Non, ce sourire satisfait \u00e9tait sadique. Cet homme avait tu\u00e9. L\u2019ange l\u2019avait vu essuyer le sang de son \u00e9p\u00e9e. L\u2019ange continua de l\u2019appeler, invisible aux yeux des humains.<\/p>\n<p>Alors je chute, je tombe et n\u2019essaye pas de l\u2019\u00e9viter. Alors je scrute ma tombe, j\u2019ai l\u2019impression de l\u2019\u00e9viter. La temp\u00eate retentit, la pluie, la boue. C\u2019est s\u00fbrement le seul moment o\u00f9 il faut implorer le Christ.<\/p>\n<p>La nuit plastique et neuve, comme un lit de narcisses sauvages au milieu de la clairi\u00e8re, le cr\u00e9puscule, l\u2019aurore pareille \u00e0 de petites noctuelles de pierre, le sommeil.<\/p>\n<p>Il pleuvait depuis plusieurs jours. Ils vivent maintenant de chasse, de p\u00eache et de quelques fruits et l\u00e9gumes qu\u2019ils font pousser dans leur petit potager. Ils n\u2019interviendront pas et ils attendront patiemment.<\/p>\n<p>Le paysage est magnifique. La for\u00eat pourrait \u00eatre l\u2019incarnation du calme et de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Un lieu familier. Voil\u00e0 peut-\u00eatre la raison pour laquelle ces hommes sont l\u00e0, ces bandirantes pour pouvoir peut-\u00eatre ressentir un sentiment de bien-\u00eatre.<\/p>\n<p>Trente-sept, c\u2019est le nombre de jours pass\u00e9s seul dans cette \u00eele du Pacifique depuis mon naufrage. J\u2019ai cherch\u00e9 vivres et eau, j\u2019ai subvenu \u00e0 mes besoins comme par miracle. Je p\u00eachais, je chassais.<\/p>\n<p>Amarr\u00e9s sur un port tout pr\u00e8s d\u2019un estuaire de la c\u00f4te ouest, les pirates remplissaient un bateau avec leur pillage. Le perroquet.<\/p>\n<p>Un mot me vient \u00e0 l\u2019esprit\u00a0: le paradis. L\u00e0 o\u00f9 mes compagnons ne voyaient qu\u2019or et richesse, j\u2019observais tout autre chose. Pourtant, ici les rivi\u00e8res chantent sans fin. Qu\u2019avait-il bien pu arriver \u00e0 ces Midas aveugl\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient dispers\u00e9s tout au long de la rive. Beaucoup de sang coula et les deux groupes se s\u00e9par\u00e8rent. Il pensait au campement mais ils \u00e9taient bien trop loin et perdus.<\/p>\n<p>Des hommes montent des tentes alors que d\u2019autres organisent et rangent. Un homme se tient au milieu. C\u2019est p\u00e9rilleux et l\u2019homme le sait. Cependant, il est pr\u00eat \u00e0 utiliser tous les moyens possibles afin de mener son projet \u00e0 bien.<\/p>\n<p>Il y a de temps en temps un mot, une expression qui nous rappelle des souvenirs venant parfois de notre enfance. Pirate est un de ces mots. L\u2019aventure dans les yeux, le vent sal\u00e9 dans les cheveux, leur bo\u00eete en carton qui leur sert de navire\u00a0; je ne peux m\u2019emp\u00eacher de sourire.<\/p>\n<p>La nuit \u00e9tait tomb\u00e9e depuis plusieurs heures d\u00e9j\u00e0. Les images d\u00e9filent comme sur une vieille pellicule. Il est debout. Il referme les yeux, serein, il est temps de retrouver l\u2019\u00eele au tr\u00e9sor.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une grande bataille. C\u2019\u00e9tait un affrontement gigantesque. C\u2019\u00e9tait aussi sanglant et ravageur. Mille navires d\u00e9barquaient. Tous les soirs, cet enfant somnolait.<\/p>\n<p>Au milieu du camp, tr\u00f4ne un vieil arbre enlac\u00e9 de lianes d\u2019un vert \u00e9meraude. Tout est calme. Seuls quelques cacato\u00e8s, toucans et colibris emplissent le silence de quelques battements d\u2019ailes. La jungle ronronne. Les hommes dorment.<\/p>\n<p>L\u2019orage se d\u00e9cha\u00eenait mais pourtant la mer \u00e9tait calme. L\u2019eau \u00e9tait claire et le vent soufflait. Les rayons du soleil frappaient.<\/p>\n<p>Sur les bords de la rivi\u00e8re se trouvaient des roseaux encore verts malgr\u00e9 la forte chaleur. Certaines feuilles commen\u00e7aient quand m\u00eame \u00e0 jaunir aux extr\u00e9mit\u00e9s. Soudain dans la for\u00eat, un cri retentit.<\/p>\n<p>Les cris des hommes cohabitent avec ceux des oiseaux. Le vent s\u2019est tu\u00a0; seul le bruit du torrent demeure encore, seul son \u00e9clat peut \u00e9pouser le soleil, seule sa fra\u00eecheur temp\u00e8re cette nature sauvage.<\/p>\n<p>Les yeux ferm\u00e9s, ils voient des vagues les entourer. Imaginent aborder de grands navires. Piller de beaux tr\u00e9sors. Et pourtant lui, derri\u00e8re ses paupi\u00e8res, il construit un ch\u00e2teau.<\/p>\n<p>Depuis quelques heures l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait devenue \u00e9touffante. De lourdes gouttes de sueur perlaient au front du jeune Henri. Les autres l\u2019avaient charg\u00e9 de calfater un tonneau de rhum.<\/p>\n<p>La for\u00eat \u00e9tait grande, paisible et silencieuse. Au loin, on apercevait une vieille cabane abandonn\u00e9e. Autour, il y avait les pi\u00e8ges qui servaient \u00e0 capturer les animaux. Mais o\u00f9 \u00e9taient pass\u00e9s l\u2019\u00e9quipage, les hommes qui voyageaient \u00e0 bord de ce navire\u00a0? Que sont-ils devenus\u00a0?<\/p>\n<p>Cette clairi\u00e8re avait pour lui un doux parfum de paradis et l\u2019apaisait profond\u00e9ment. Il \u00e9tait content de sa trouvaille. Puis la lune avait point\u00e9 le bout de son nez et le temps se rafra\u00eechissait.<\/p>\n<p>Les pieds li\u00e9s, avachi dans un coin sombre de la hutte, il tra\u00e7ait inlassablement les m\u00eames caract\u00e8res sur la terre sablonneuse \u00e0 l\u2019aide d\u2019une branche noir\u00e2tre.<\/p>\n<p>Quelque chose d\u2019archa\u00efque et de doux, de plus grand que la for\u00eat elle-m\u00eame qui tourbillonnait et dansait dans l\u2019incendie \u00e9trange de la nuit, et qui formait de hautes sph\u00e8res coniques.<\/p>\n<p>De loin on aurait cru \u00e0 la valse de la fum\u00e9e d\u2019une bougie \u00e0 peine \u00e9teinte. Comme une colonne s\u2019\u00e9levant jusqu\u2019au ciel. Et peu \u00e0 peu une odeur \u00e2cre emplissait les poumons. Et au centre, les corps gisaient.<\/p>\n<p>Que se passe-t-il\u00a0? A-t-elle surv\u00e9cu\u00a0? Je me suis cach\u00e9e dans un placard. J\u2019ai vu des hommes avec des armes alors j\u2019ai couru. Mes yeux se ferment.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait ma vie, ma maison, mon univers. Tout a p\u00e9ri par le feu. Je ne veux pas bouger, parler ou m\u00eame murmurer. Mon c\u0153ur bat rapidement. Soudain, je crie, il n\u2019y a rien.<\/p>\n<p>Piller, rapporter, voler. J\u2019ouvris une bouteille de vin. Je sortis de ma grotte. Elle n\u2019avait rien dit, ses yeux parlaient pour elle. J\u2019y voyais des feux br\u00fblants.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9paisse brume jaun\u00e2tre se l\u00e8ve, tandis que l\u2019essentiel de ma vie reste intact. A un kilom\u00e8tre de l\u00e0, les c\u00f4tes br\u00fblent, les petites maisons de paille s\u2019embrasent comme des torches.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir parcouru quelques kilom\u00e8tres le feu \u00e9tait encore visible. Je revois ces maisons br\u00fbler, ces arbres en cendre.<\/p>\n<p>Plus le vaisseau s\u2019approchait des terres, plus le capitaine s\u2019effondrait. Un feu gigantesque engloutissait des villages entiers.<\/p>\n<p>\u00c7a cr\u00e9pite. C\u2019est chaud. Je ressens toute la col\u00e8re des incendiaires. C\u2019est agr\u00e9able. Je devrais aider\u00a0?<\/p>\n<p>D\u2019\u00e9paisses et denses flammes recouvraient l\u2019immensit\u00e9 des plaines. Depuis des mill\u00e9naires, le feu donne la vie. Le feu d\u00e9truit et d\u00e9cime aussi.<\/p>\n<p>Il avan\u00e7ait vite, ne laissant derri\u00e8re lui que les ombres de ce qui avait exist\u00e9. Les villages n\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 plus que des amas de ruines. Peut-\u00eatre que quelques survivants se jetaient-ils dans l\u2019eau pour \u00e9chapper aux flammes\u00a0?<\/p>\n<p>Tout est plong\u00e9 dans d\u2019\u00e9paisses et oppressantes t\u00e9n\u00e8bres. Cette fum\u00e9e, si elle ne br\u00fble pas, est tout aussi dangereuse. Comme la mort.<\/p>\n<p>Un l\u00e9ger grondement se faisait entendre comme si deux grosses pierres \u00e9taient frott\u00e9es l\u2019une contre l\u2019autre. Ce gar\u00e7on aux lunettes rondes m\u2019observait.<\/p>\n<p>Elle regardait les c\u00f4tes et ces feux qui s\u2019\u00e9loignaient. Les hommes avaient tout pill\u00e9, tout d\u00e9truit. Il ne restait qu\u2019elle. Puis elle se retourna, laissant son ancienne vie derri\u00e8re elle.<\/p>\n<p>La for\u00eat br\u00fblait. Les sapins cr\u00e9pitaient. Le dragon. La puissance divine des montagnes avait r\u00e9pandu sa col\u00e8re. L\u2019odeur de br\u00fbl\u00e9 enveloppait les alentours.<\/p>\n<p>Enivrant, funeste et d\u00e9routant, tels sont les mots qui d\u00e9finissent cet \u00e9v\u00e8nement. Les larmes des femmes, les efforts des hommes rompus, et la position triomphante de leur fort.<\/p>\n<p>Une s\u00e9rie de villages qui br\u00fblent et qui partent en fum\u00e9e. Qui d\u00e9truisent tout sur leur passage, les plantations coloniales, les champs de bl\u00e9 et de ma\u00efs.<\/p>\n<p>Nu\u00e9e d\u2019oiseaux\/boule de laine\/qui s\u2019effiloche\/le vent souffle\/sur les flammes\/flaque boueuse et huileuse\/nous sautons dedans.<\/p>\n<p>Au milieu de ce d\u00e9sastre, elle apparaissait comme soulev\u00e9e par une force souterraine. Belle. Je ne pouvais rien faire.<\/p>\n<p>Les reflets de l\u2019eau \u00e9clatent et des flots paisibles \u00e9tincellent comme des milliers de saphirs et de diamants. L\u2019Or\u00e9noque.<\/p>\n<p>Les flammes s\u2019amenuisent, laissant place aux cendres et la haine vient remplacer la peine. Le feu, et les cr\u00e9pitements.<\/p>\n<p>Sur le pont de notre navire, diff\u00e9rents regards. Certains contemplant le spectacle, d\u2019autres plus circonspects, plus touch\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements sanglants du jour. L\u2019alcool.<\/p>\n<p>Entendre le cr\u00e9pitement du bois en train de br\u00fbler est bouleversant, non seulement pour les yeux, mais \u00e9galement pour les sens emport\u00e9s par cette chaleur. La v\u00e9ritable beaut\u00e9 des flammes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des jours interminables pass\u00e9s en mer, nous sommes enfin arriv\u00e9s \u00e0 destination. Avec tout l\u2019\u00e9quipage, nous apercevons la c\u00f4te, le sable fin, les plantations verdoyantes et les b\u00e2timents coloniaux.<\/p>\n<p>Le commis aux caisses annonce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9volte d\u2019esclaves comme dans le belle Guyane de ses parents. Il faisait noir.<\/p>\n<p>Le sommeil o\u00f9 r\u00e9sonnent les heures et la complexit\u00e9 du temps, le silence immense, une grande robe de fer, la vision d\u2019un monde plus grand que moi.<\/p>\n<p>Une satisfaction bien maigre pour les esprits fragiles. De pauvres h\u00e8res en d\u00e9sh\u00e9rence attir\u00e9s par la facilit\u00e9 de la gloire devant les cam\u00e9ras d\u2019une pseudo-r\u00e9ussite artistique.<\/p>\n<p>La t\u00eate enfouie. Perdue. Les embruns du bout du monde. Le cri des mouettes. Pourquoi cette nuit est-elle si douloureuse\u00a0? Pourquoi le vent ne m\u2019emporte-t-il pas avec lui\u00a0? Il faut que je marche.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la jeune nuit. Le spectacle d\u2019un Gauguin danseur. Et moi qui dormais les yeux ouverts. Les pens\u00e9es claires. Comme l\u2019eau de mer.<\/p>\n<p>Jeune et morose, les cheveux dans un turban, elle s\u2019agrippe \u00e0 un sentiment de paix. Car dans ce lieu si sombre mais si rassurant, elle est de nouveau elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait personne\u00a0; elle entendait juste le bruit des vagues\u00a0; elle courait dans le noir. Y a -t-il quelqu\u2019un\u00a0? Vous m\u2019entendez\u00a0? Vous \u00eates mon sauveur.<\/p>\n<p>Je me suis sentie \u00e0 ma place d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 je suis rentr\u00e9e. J\u2019ai eu l\u2019impression de faire partie de nouveau de ce monde. A l\u2019int\u00e9rieur, une chambre qu\u2019\u00e9claire faiblement une lampe pendue.<\/p>\n<p>L\u2019air qui portait en lui l\u2019odeur de la mer s\u2019engouffra \u00e0 son tour dans les voiles que nous peignons \u00e0 maintenir en place. Un monticule d\u2019objets n\u00e9cessitait un abri sur la plage. Enfin, \u00e0 force de lutte, nous parv\u00eenmes \u00e0 dresser l\u2019imposante tente o\u00f9 nous avions vaincu la nature.<\/p>\n<p>Au centre se dressait un chaudron o\u00f9 br\u00fblaient des \u00e9corces d\u2019arbres et des branches. Une odeur bois\u00e9e. Une femme pr\u00e9parait dans un coin des poissons p\u00each\u00e9s de l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>Cette lampe suspendue\/la repr\u00e9sentation mentale de ce palais\/des colonnes grav\u00e9es\/tout au fond dans l\u2019obscurit\u00e9, cach\u00e9, un temple\/un grand secret.<\/p>\n<p>Il s\u2019est endormi si vite. Il est tomb\u00e9 de fatigue. De quoi r\u00eave-t-il\u00a0? Je ne sais pas. Mon regard se pose sur lui doucement. Je vois sa nuque d\u00e9gag\u00e9e. Il est mon refuge.<\/p>\n<p>Je jette un regard vers le ciel rouge tournant au carmin alors que la nuit tombe. Avant la m\u00e9t\u00e9orite, avant les \u00e9meutes. Cette nuit quasi permanente pour se livrer au pillage, \u00e0 la destruction et finalement au chaos.<\/p>\n<p>Refuge. Je suis venu ici pour \u00eatre seul. Partir un jour, et ne jamais regarder en arri\u00e8re. Nous serons toujours seuls, un jour ou l\u2019autre.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore j\u2019ai pass\u00e9 ma journ\u00e9e \u00e0 scruter l\u2019horizon aux aguets. J\u2019avais pourtant jet\u00e9 des bouteilles \u00e0 la mer pour oublier la solitude, et j\u2019ai maudit cent fois Pos\u00e9idon, et tous les dieux d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>On peut entendre le bruit du vent. C\u2019est un refuge, un lieu paisible et isol\u00e9. Toujours ces \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb sans r\u00e9ponse. Il voulait faire bien. Il voulait cr\u00e9er, hurler, pleurer.<\/p>\n<p>Des tapis par terre. Des habits sur les cordes au gr\u00e9 des vents marins. La lumi\u00e8re filtr\u00e9e par le toit. Quel spectacle\u00a0? Au loin, cette teinte aux lueurs faibles mais vari\u00e9es.<\/p>\n<p>Il est calme. Il regarde vers le ciel. Il peut presque s\u2019amuser \u00e0 compter les \u00e9toiles. Il ressent tout ce qui l\u2019entoure. Les ombres r\u00e9apparaissent et dansent autour de lui. Il dit qu\u2019ici, sous cette tente, il n\u2019y a rien \u00e0 craindre.<\/p>\n<p>C\u2019est un lieu o\u00f9 tout me fait peur. Oui, le sentiment d\u2019angoisse, d\u2019excitation, de peur, de malaise, de terreur et une certaine euphorie me guette. Respiration saccad\u00e9e. Refuge carc\u00e9ral.<\/p>\n<p>Le paysage, la chaleur quand elle se dissipe au fur et \u00e0 mesure quand les heures passent, c\u2019est la nuit. Nous entendons des voix.<\/p>\n<p>Puis du vent fort. On a peur du danger. On se rappelle la sensation v\u00e9cue quand nous f\u00fbmes engloutis et que tout \u00e9tait sombre. Et pourtant, en s\u2019enfon\u00e7ant dans les terres int\u00e9rieures, rien ne nous an\u00e9antit.<\/p>\n<p>La nouvelle s\u2019est vite r\u00e9pandue. Elle excitait et r\u00e9jouissait bien du monde. Nous pr\u00eemes la mer sans plus attendre. Des jours, des semaines, des mois pass\u00e8rent. Une petite \u00eele pour se ravitailler.<\/p>\n<p>J\u2019ai appris \u00e0 comprendre la valeur du peu. Je me souviens aussi avoir perdu espoir d\u2019\u00eatre heureux un jour. D\u2019\u00eatre la personne la plus entour\u00e9e au monde. Je n\u2019ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre comme tout le monde.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de deux courageux explorateurs partis \u00e0 l\u2019aventure dans une \u00eele deux jours durant. C\u2019est donc un emplacement strat\u00e9gique qu\u2019ils ont choisi.<\/p>\n<p>Un affrontement entre nos sentiments et notre esprit\/un match entre fuir et refouler\/un refuge\/insomnies\/trace ton chemin.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un long moment, le marquis ajouta\u00a0: \u00ab\u00a0\u00catre ici loin des hommes avec une tente sur le sable et une seule lampe, \u00e9loigne les hommes de leur mesquinerie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La vision \u00e9clat\u00e9e de ces arbres, des particules de cendre dans le ciel, comme des sources, du sang, des flocons, de la neige.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor importe peu. Sous la tente protectrice, blottis en cercle, ils r\u00e9alisent que des \u00eatres perdus, errants et d\u00e9boussol\u00e9s, peuvent se retrouver accueillis dans un refuge fait pour eux.<\/p>\n<p>C\u2019est souvent dans les toutes petites choses que l\u2019on se rend compte que l\u2019on a chang\u00e9. J\u2019ai chang\u00e9, tout comme monde autour de moi. D\u00e9gradation\u00a0? Alt\u00e9ration\u00a0?<\/p>\n<p>Une pi\u00e8ce \u00e9trange, compos\u00e9e de bric et de broc, o\u00f9 cohabitent des chaises en plastique. Un mur avec des moulures, la fen\u00eatre, un miroir.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 au plus profond de moi-m\u00eame et ma psych\u00e9 en a souffert. Ai-je \u00e9t\u00e9 transform\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Il fallait pers\u00e9v\u00e9rer. Quelques mois auparavant, elle disait qu\u2019elle voulait bien l\u2019\u00e9couter, que rien ne la ferait renoncer. Ne jamais aller au bout des choses, abandonner avant d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7u.<\/p>\n<p>Un soir je me levais pour visiter une pi\u00e8ce aux murs un peu moisis. Arriv\u00e9e devant la pi\u00e8ce, j\u2019ai trouv\u00e9 la porte ouverte et j\u2019ai cri\u00e9.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 je p\u00e9n\u00e9trai dans ce lieu, j\u2019eus l\u2019impression d\u2019\u00eatre t\u00e9l\u00e9port\u00e9e dans un autre lieu. Le chaos s\u2019\u00e9tait abattu dans cette chambre. La temp\u00e9rature avait d\u00fb chuter.<\/p>\n<p>Tu peux te sentir dispara\u00eetre avant de rebondir et de briller. Tu ne brilleras jamais avec la m\u00eame intensit\u00e9, mais tu garderas une lueur. Plus vite tu accepteras que la vie est un ascenseur \u00e9motionnel, mieux tu g\u00e8reras la tristesse d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Sur la droite, une vieille commode. On distingue quelques rayures. Trois tiroirs sont ouverts. Dans cette chambre, au milieu de ce chaos, la seule chose qui semble garder son sens se trouve dans le dernier tiroir de la derni\u00e8re commode.<\/p>\n<p>La lumi\u00e8re s\u2019intensifie et se consume. Au gr\u00e9 des ondulations de la flamme, on d\u00e9couvre la poussi\u00e8re accumul\u00e9e sur le modeste plancher.<\/p>\n<p>Je me r\u00e9veille dans cette pi\u00e8ce et comme tous les jours j\u2019examine les d\u00e9g\u00e2ts. Depuis je suis seul, je n\u2019ai plus go\u00fbt \u00e0 la vie. Je suis perdu.<\/p>\n<p>Cette pi\u00e8ce avait v\u00e9cu, on le sait, de belles histoires. Ce palais lui-m\u00eame avait connu nombre de personnes.<\/p>\n<p>C\u2019est une vaste pi\u00e8ce aux murs un peu moisis, comme laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon. Dans un coin sombre, un petit gar\u00e7on aux cheveux noirs. Malgr\u00e9 la froideur du lieu, l\u2019isolement du petit gar\u00e7on, on per\u00e7oit au loin des cris.<\/p>\n<p>Je me sens faible. Mes genoux tremblent. J\u2019attends en esp\u00e9rant que la jeune fille trouve une solution. Je seule dans ce taudis aux faux airs clinquants. Je rel\u00e8ve la t\u00eate, la jeune fille est partie.<\/p>\n<p>L\u2019homme fut impressionn\u00e9. Par la qualit\u00e9 de la minute. La sensation de lourdeur. La porte s\u2019ouvrit seule. Le voyageur n\u2019eut m\u00eame pas le temps d\u2019apercevoir le fond de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>C\u2019est un curieux m\u00e9lange de styles. Sur un mur, des cadres. Des portraits. Des dessins, des croquis, des photographies. C\u2019est un gigantesque p\u00eale-m\u00eale.<\/p>\n<p>Les fen\u00eatres sont bris\u00e9es. Des gros blocs de pierre au sol. C\u2019est la m\u00eame sc\u00e8ne dans les deux autres chambres de l\u2019\u00e9tage.<\/p>\n<p>Voici la pi\u00e8ce qui m\u2019\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e. La pi\u00e8ce o\u00f9 j\u2019allais s\u00e9journer quelques jours le temps d\u2019\u00e9tablir un accord marchand. La chambre sentait le renferm\u00e9. Une lampe br\u00fblait.<\/p>\n<p>Sur le mur me faisant face, une peinture repr\u00e9sentant la ville \u00e0 son apog\u00e9e. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019aper\u00e7us le vice-roi errant dans la cour du palais d\u00e9sert. \u00ab\u00a0Fuyez\u00a0! Fuyez, avant que la guerre ne voue emporte\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Enfin, il prit place sur son tr\u00f4ne, fi\u00e8rement. Son sang coulait et tombait sur le sol.<\/p>\n<p>En marche, les soldats montent les escaliers de l\u2019immeuble. Les armoires ouvertes, la vaisselle, Rome ville ouverte.<\/p>\n<p>Pourtant j\u2019avance. Toujours plus loin. Dans ce d\u00e9dale au triste parfum. J\u2019approche \u00e0 petits pas mais la flamme ne me br\u00fble pas.<\/p>\n<p>Je commence \u00e0 me diriger vers la porte de sortie. Le poids de mon corps fait grincer le parquet noirci par le temps. Mon regard est fix\u00e9 sur cette porte. Mon c\u0153ur palpite. La porte s\u2019ouvre. Bienvenu dans l\u2019inconscient.<\/p>\n<p>Un service \u00e0 th\u00e9 en porcelaine orn\u00e9 de fleurs mauves et mi\u00e8vres, tr\u00f4ne sur une table branlante. Le jour entre maintenant. La lumi\u00e8re est grise. Ses mains sont rouges.<\/p>\n<p>La lumi\u00e8re avait des allures de spirales. Chaudes et froides. Venues de cette chambre.<\/p>\n<p>Ce qui fut autrefois d\u2019une luxueuse splendeur est aujourd\u2019hui sans pudeur. Et quel luxe\u00a0! Ce plafond aujourd\u2019hui d\u00e9cr\u00e9pi n\u2019avait rien \u00e0 envier \u00e0 la parure d\u2019une femme le jour de son mariage.<\/p>\n<p>Une lampe br\u00fble, des portes claquent, le vent siffle. Il est t\u00e9tanis\u00e9 et immobile et ne comprend pas ce qui lui arrive.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retrouvez les textes issus des travaux de l&rsquo;atelier d&rsquo;\u00e9criture de fiction de Didier Ayres, men\u00e9s au sein de l&rsquo;Universit\u00e9 de Limoges pour l&rsquo;ann\u00e9e 2016\/2017 \u00ab\u00a0Avec mes remerciements pour le service culturel et pour les \u00e9tudiants tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans le projet. Merci donc \u00e0 Coline, Philom\u00e8ne, Kallyst\u00e9, Nicolas, Corentin, Aissatou, Julien, Camille, Emeline, B\u00e9r\u00e9nice, Robin, D\u00e9borah, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":2511,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[29,304,8],"tags":[306,305],"class_list":["post-2510","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-atelier","category-ecriture","category-vie-etudiante","tag-atelier","tag-ecriture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2510","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2510"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2510\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2511"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2510"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2510"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unilim.fr\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2510"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}