Visioconférence avec Théo Ananissoh

FSLH de l’université de Limoges :

La promotion du Master TRM M2 dialogue avec l’écrivain Théo Ananissoh.

Avec Didier Tsala-Effa (professeur des universités, Limoges).

C’est un « projet tutoré » animé par Jean-Michel Devésa.

En suivant ce lien vous pourrez suivre la discussion :

Je veux ici féliciter les étudiants du M2 du Master « Texte et représentation du monde ». Et remercie chaleureusement mon collègue Didier Tsala-Effa d’avoir participer à cet échange.

Et avec toute ma reconnaissance  et mon affection à l’endroit de Théo Ananissoh.

 


Exercices pédagogiques (des CR rédigés par des étudiants de la promotion) :

 

***Flora Magnard

Le mercredi 5 mai 2021, nous, étudiants en deuxième année de Master « Textes et Représentations du Monde » avons pu rencontrer en visioconférence l’auteur togolais Théo Ananissoh pour parler de son dernier roman Perdre le corps publié en France le 13 janvier 2021 aux Éditions Gallimard dans la collection « Continents Noirs ». Nous avons eu la chance d’être accompagnés dans ce projet par notre professeur Jean-Michel Devésa, spécialiste de la littérature francophone. Ce roman est composé de 280 pages et nous raconte l’histoire d’un homme d’une cinquantaine d’années se prénommant Jean Adodo, celui-ci va proposer à Maxwell Sitti un homme beaucoup plus jeune que lui de séduire sa jeune compagne Minna en échange d’une grosse somme d’argent. En acceptant ce pari, Maxwell au-delà de la découverte de l’amour va (re)découvrir avec Jean le Togo dans toute sa diversité ainsi que la famille et l’amitié.

Théo Ananissoh a souhaité devenir écrivain en lisant de la littérature africaine, il se retrouve dans un « carcan africain », pour lui un romancier africain développe une sensibilité particulière dans les romans qu’il écrit.

Le titre du roman évoque l’impuissance de Jean Adodo à la suite de son accident vasculaire cérébral, qui est une préoccupation de beaucoup d’hommes d’un certain âge mais il s’agit également d’un titre métaphorique puisque, pour les Africains, la colonisation coïncide avec la perte de la possession de soi, quand les colonisateurs ont envahi les colonies ils se sont approprié les pays et également les êtres humains, leurs corps ne leur appartenaient donc plus.

Plus tard, pendant de la visio-conférence, nous avons eu l’honneur d’avoir avec nous M. Didier Tsala-Effa, professeur des universités à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges, professeur de Sciences du Langage et spécialiste de sémiotique et de linguistique, membre par ailleurs du CeReS, le Centre de Recherches Sémiotiques. Celui-ci a pu ainsi discuter avec l’auteur de Perdre le corps, la lecture de cet ouvrage lui ayant permis de redécouvrir une littérature africaine qu’il avait abandonnée par lassitude.

Dans l’écriture de son roman, M. Ananissoh a travaillé l’espace et la topographie du Togo pour être à même d’être en « familiarité » avec ce dernier, pour ce faire il a décidé de voyager dans tout le pays afin de le décrire de la manière la plus réaliste possible, puis il a lu des ouvrages sur la géologie et la végétation, apprenant encore davantage sur son pays.

Théo Ananissoh a précisé avoir entremêlé une part de fiction et une part de réalité, cette dernière se reflète dans les lieux historiques évoqués comme Grand-Popo, ville dans laquelle s’est déroulé un épisode de la traite négrière. Pour l’auteur, il convient de toujours bien connaître l’Histoire du pays dans lequel se passe l’histoire ou le récit ; pour la part fictionnelle, il a imaginé les personnages et les liens qui les unissent entre eux. Le roman parle ainsi à tout le monde et permet de dépasser les frontières actuelles du Togo qui sont des inventions purement coloniales.

Dans ces pages le thème de la femme est très présent, pour l’auteur ce sont les enfants et les femmes qui souffrent le plus des actions des hommes ; il considère que, dans son ouvrage, la femme n’est pas une victime mais y est vénérée et admirée même si, pour nuancer son propos, il a fait du personnage de Minna un objet de désir et de transaction pour et entre les hommes (Max ne s’est intéressé à elle que parce qu’il a eu une proposition rémunérée de la part de Jean).

Le thème de l’habitation est tout aussi présent, Max le personnage principal est en effet agent immobilier, il se pose des questions sur comment les gens sont logés aujourd’hui au Togo.

Pour Jean-Michel Devésa, l’auteur construit une œuvre, un échafaudage et le bâtiment : chaque livre est comme une pierre pour construire l’œuvre, c’est ce que fait Ananissoh, il a une écriture, une pensée, un regard minutieux, sa phrase est une phrase classique ; l’écrivain tend à un corps à corps avec la langue et l’écriture. L’écriture de ce roman est fluide, elle permet une description à la Zola et une référence à son naturalisme, et aussi une évocation de l’écologie avec le bord de mer et une référence à la « naturalité » avec Chateaubriand, et bien sûr une « peinture » du monde, Jean Adodo allant bientôt le quitter.

Pour ce qui est de la structure du livre, il est inutile de trop raisonner en termes de topographie : c’est un roman, une fiction qui se passe dans un endroit donné, le roman n’est pas géomètre et le romancier géographe.

Enfin, le roman évoque le vaudou et la peur qu’il suscite, en particulier auprès de Minna qui ne connaît rien de cette pratique, en général les gens du Nord du Togo en ont peur, comme elle.

 

*** Medoune Mbengue :

La promotion du Master 2 TRM a rencontré l’écrivain togolais Théo Ananissoh le 5 mai 2021 en visioconférence pour parler avec lui de son ouvrage Perdre le corps. C’est un roman dont l’intrigue repose sur un sujet très « existentiel », sensible, qui émeut et qui attriste.

L’auteur choisit pour narrateur un agent immobilier, un démarcheur nommé Maxwell, qui nous confie dès les premières lignes sa rencontre avec Adodo, le personnage impuissant, qui raconte à son jeune interlocuteur son histoire, la mort de sa mère, celle de sa tante. Le déclic intervient lorsqu’Adodo raconte à Maxwell l’histoire de Minna, une jeune femme de 25 ans, dont il est tombé amoureux. Être amoureux dans une certaine mesure, c’est aussi être apte à assurer ses responsabilités d’homme. Or retournement de la situation ! Un coup de théâtre ! Une situation très romanesque : Adodo se rend compte qu’il est impuissant. Le jeune Maxwell le perçoit comme un drame : « Monsieur, Je comprends ton drame ! Oui, un drame c’est pourquoi les gens n’aiment pas en parler ? » (p. 139) Que peuvent les richesses de Monsieur Adodo face à ce malheur qui réduit l’homme à paraître un être inexistant ? Adodo estime avoir trouvé une parade : mettre en contact les deux jeunes, Maxwell et Minna, Maxwell a pour métier d’être démarcheur, il exercera aussi celui de « démarcheur de fille »… De cette histoire (insolite) d’amour, va naître une aventure qui conduit les protagonistes jusqu’au nord et à l’est du Togo.

L’une des premières questions posées à l’écrivain, prenant appui sur la mention au sein de la narration de sites historiques comme ceux d’Aneho, de Grand Popo et Petit Popo, a visé à mieux cerner la part accordée à la réalité de celle relevant de la fiction. Pour Ananissoh, tout est fiction même si les noms et les lieux présents dans le roman correspondent à ceux du monde réel, même s’ils ont un référent dans le réel.

Pour l’auteur, le titre du livre fait allusion à la maladie qui a frappé le personnage, Jean Adodo, un a.v.c. après lequel « il s’est retrouvé assez diminué », le plongeant dans un état à l’opposé de celui jeune Maxwell. Avec l’impuissance qui le frappe, il a littéralement « perdu le corps ».

Recourant à une écriture visuelle, presque comme dans un film, le roman accorde dans un autre cadre une place de choix à la femme, en dénonçant les problèmes et difficultés subis par les Africaines et en célébrant leur rôle dans et pour la société : la femme est socialement méprisée, dévalorisée, comme Minna qu’on prétend échanger « contre un congélateur de fabrication chinoise »… Comme on ne peut pas être insensible à la situation des femmes et des enfants en Afrique, le roman cherche à sensibiliser et à attirer l’attention des lecteurs sur les phénomènes sociaux qui en font des victimes.

À l’image de ce qu’a fait Senghor avec et pour le Sénégal, avec son roman Théo Ananissoh a voulu « valoriser » le Togo. Non seulement le pays y est décrit de sorte que le lecteur peut se le représenter mais le texte s’applique à interroger l’avenir et à déterminer ce qu’il peut être pour le Togo et l’Afrique.

Ce riche échange entre les étudiants du M2 de TRM et Théo Ananissoh a duré plus de deux heures.

 




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