Parution du volume collectif « Les Francophonies ‘noires' »


« Dans les années 1970 et 1980, l’argumentaire de ces journées eût exposé ses rédacteurs à une critique comparable à celles qui épinglaient Léopold Sédar Senghor pour sa conception ontologique de la négritude (qu’on songe à Négritude et négrologues de Stanislas Spero Adotevi) et égratignaient Aimé Césaire, pourtant crédité d’une approche plus culturelle, en raison de sa fidélité à l’idée qu’il s’en faisait, « mesurée au compas de la souffrance » (au théâtre, Daniel Boukman l’a étrillé avec Chants pour hâter la mort d’Orphée). Cependant, après réflexion, ce texte m’est apparu au diapason de notre époque, laquelle occulte maints travaux qui, à la charnière des Indépendances et de l’insurrection mondiale de la jeunesse estudiantine de 1968, incitaient à interpréter et à transformer le monde, en fonction d’un antihumanisme théorique perçu comme la condition pour ne pas perdre de vue « les hommes concrets », ce qui impliquait de substituer une épistémologie du procès, de la construction, de la différence et de la répétition aux leurres des racines, des origines et du sang. Et qui, sous couvert de modernité et de définitions identitaires de soi en prise avec les réalités et phénomènes sociaux surexposés dans les media, réactive le trompe-l’œil de la famille (telle que le XIXe siècle bourgeois l’a célébrée), la nostalgie des territoires, des frontières et des lignages, bref voudrait ravaler l’édifice brinquebalant de l’ancien monde avec les ors et le clinquant de la mondialisation et de la globalisation, alléguant qu’elle s’efforce de l’en préserver alors qu’il s’agit d’araser les cultures en faisant des individus des consommateurs, des exclus et des migrants, et de leur agiter, en guise d’idéal, au seuil du triomphe des robots, lequel est destiné à supplanter celui des objets, la perspective radieuse d’un new age posthumaniste, brouillant les limites du vivant et de la mort, de l’existant qui passe et de l’éternité, et ce, sur fond d’une catastrophe écologique sans précédent. » Jean-Michel Devésa




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