Actes Sémiotiques https://www.unilim.fr/actes-semiotiques Actes Sémiotiques est une revue créée en 1977 par Algirdas Julien Greimas, et consacrée à l’analyse des faits de signification dans une perspective structurale. Dès sa création, elle affirmait sa dimension pluridisciplinaire et internationale. L’objectif des Actes Sémiotiques est de contribuer au développement et à la promotion des recherches sémiotiques en faisant notamment vivre l’héritage intellectuel de Greimas, qui, par-delà la diversité des objets, des options théoriques et des positions épistémologiques, se caractérise principalement par une exigence d’explicitation des choix théoriques, conceptuels, méthodologiques, et des procédures de démonstration dans la construction de la signification. Actes Sémiotiques encourage l’ouverture de la réflexion à des problématiques contemporaines, l’émergence de nouveaux champs d’investigation, en soutenant non seulement le dialogue entre les diverses approches possibles, mais aussi et surtout l’échange avec les autres « sciences du sens », quel que soit leur ancrage disciplinaire. fr Qui gardera les gardiens ? Sur certaines déclinaisons sémiotiques de la transparence en vue d’une évaluation critique des nudges https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6720 1. Introduction. Les nudges, un outil politique exportable comme d’autres ? Qui gardera les gardiens ? L’adage latin de Juvénal, qui reformule indirectement à son tour les suggestions platoniciennes de La République, semble condenser certains des thèmes que l’on cherchera à déployer ici par une approche sémiotique des nudges : la transparence et l’opacité dans la proposition et dans l’effectuation du choix, la négociation dans l’établissement d’une architecture de choix et de valeurs, les « outils » nécessaires pour que les citoyens puissent s’engager réellement dans leurs propres conduites et choix comportementaux. Comme l’atteste la vaste littérature scientifique de ce domaine d’études, les nudges, appelés également coups de pouce ou incitations douces, travaillent apparemment dans les zones grises du pouvoir et du vouloir, du faire et du sentir. D’une manière générale, ils sont présentés pour ainsi dire comme une solution économique et écologique à différents enjeux sociétaux dans des sociétés affectées par un nombre croissant de médiations, ainsi que par un état de crise permanent. D’un côté, il s’agirait d’une solution économique en termes de coûts politiques pour les décideurs, et de coûts cognitifs pour les citoyens/les usagers, etc. De l’autre côté, il s’agirait aussi d’une solution écologique dans la mesure où la promotion d’un style de vie – voire d’une forme de vie à part entière – se produirait sans solution de continuité, d’un point de vue aspectuel, entre une co Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6720 « Je vais lui faire une offre qu’il ne pourra pas refuser »Du hard power au soft power https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6714 1. Entre manipulation et incitation La question que nous aimerions traiter dans ce travail concerne le problème de la différence entre hardpower et softpower ou, si l’on reprend le titre du colloque, entre manipulation et incitation. Plus précisément, le problème sémiotique posé ici est celui des relations entre un faire-faire, précédé d’un faire-croire, et un faire…-quoi exactement ? Car la nature de l’incitation, de l’insinuation dans une certaine mesure, et des différentes formes de la coercition plus ou moins dures ou douces, est l’objet du colloque et de cette communication. Y-a-t-il une différence radicale entre les deux régimes sémiotiques qu’Éric Landowski distingue, entre ce qu’il appelle une sémiotique de la manipulation (de la jonction) et une sémiotique de l’union ? Ou, pour élargir la question, quelle est la différence, de nature ou de degré, entre une sémiotique de l’efficacité et une sémiotique de l’efficience (celle qui prend en compte les résultats du faire mais aussi ses coûts en termes de résistances, affronts, conflits, etc.) ? Éric Landowski (2005) présente ces formes de l’interaction comme relevant de deux sémiotiques différentes, car l’une procède par la circulation d’objets entre les sujets, sous des régimes de communication différents, et l’autre, par le simple contact corps à corps entre les sujets, sans médiation, ou par une médiation non contraignante. On peut se demander s’il ne s’agit pas de deux modes d’une même sémiotique car, finalement, pour Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6714 Communication non conventionnelle et nudging en contexte urbain1 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6710 Dans la théorie du nudging (Thaler et Sunstein, 2008), l’efficacité d’une « poussée douce » est toujours le résultat d’une vision préalable du bien-être collectif, de l’identification d’un enjeu critique, du choix d’un public précis de destinataires et des moyens à adopter pour les « toucher » et les inciter à modifier ou à mieux façonner leurs compétences et leurs comportements conséquents. Il faut aussi une réflexion préalable sur le sens commun qui guide ou entrave les comportements des sujets dans le déroulement de la vie quotidienne. Elle se manifeste dans le développement d’une architecture de choix stratégiques, c’est-à-dire visant à supprimer – ou à promouvoir – les éléments qui empêchent – ou favorisent – la réalisation d’actions orientées vers le bien-être de la communauté. Il est intéressant de s’arrêter un moment sur la sémantique de l’expression métaphorique utilisée dans la traduction française de « nudge » comme « poussée douce » : la « poussée », c’est l’action d’une force – donc d’un pouvoir – mais exercée de façon délicate. Les exemples donnés par les dictionnaires parlent de portes claquées (poussée excessive) ou bien fermée avec justesse : on a donc à faire à des « mobiles », des corps physiques sur lesquels s’exerce une force contrôlée. Une traduction alternative de nudge en français est celle d’« aiguillon », qui dans la plupart des contextes se réfère au guidage du bétail : choses ou bêtes à ranger dans un ordre pré-établi, presque une affaire de mécan Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6710 Vers une politique du nudge : l’instrument au service de l’incitation https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6699 1. Introduction Le point de départ de cette réflexion est fourni par la théorie greimassienne de la manipulation, en vertu de laquelle le destinataire-sujet manipulé est poussé vers une position de manque de liberté (devoir faire, ne pas pouvoir ne pas faire) (Greimas et Courtés, 1979, p. 220), et par la théorie des interactions développée par Éric Landowski (2007), quand il considère la manipulation comme un régime d’interaction fondé sur l’intentionnalité (compétence modale), en vertu de la stratégie du vouloir faire, et l’ajustement comme un régime d’interaction fondé sur la sensibilité (compétence esthésique), le faire faire prenant alors la forme du faire sentir. C’est à travers l’entrecroisement de ces deux modèles, mais aussi à travers leur dépassement qu’il est possible de penser la politique du nudge par l’incitation. L’on cerne d’emblée un des enjeux de la réflexion : l’incitation se distinguerait de la manipulation au sens étroit du terme par la part réservée au sentir et à la sensibilité d’une instance à la fois agissante et agie (mue), qui – tel est du moins l’imaginaire associé à la politique du nudge décrite par Richard H. Thaler et Cass R. Sunstein (2010) – échappe à tout rapport de coercition. D’autres filiations théoriques sont possibles. Paul Ricœur définit l’incitation en ces termes : « L’incitation est en moi en tant qu’être de manque et d’élan et peut se composer avec l’incitation du vouloir ; le lien involontaire du savoir-faire au signal concerne non Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6699 Introduction https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6684 Cet ouvrage collectif est issu d’un colloque intitulé « De la manipulation à l’incitation. Inflexion des comportements et politiques publiques » qui s’est tenu à l’Université de Limoges du 16 au 18 octobre 2019, et qui fait partie d’un programme de recherches consacré aux nudges, lui-même établi en réponse à un appel à projet1. Les nudges sont des dispositifs tactiques qui visent à infléchir, ou à modifier en profondeur les comportements des consommateurs, des usagers et des citoyens, dans le cadre d’une stratégie mercatique ou socio-politique. Ils agissent directement sur le processus d’action, en donnant des « coups de pouce » pour que les acteurs fassent le « bon choix » au moment même d’agir. Les théories psychologiques qui les fondent se sont développées à la fin du XXe siècle, et prennent leur source dans les travaux de l’École d’économie de Chicago sur l’architecture et la motivation des choix et des décisions. La théorie et les méthodes des nudges naissent au début du XXIe siècle, dans le champ de l’économie comportementale, et toujours au sein de l’École de Chicago. Ces deux ensembles de travaux ont été couronnés chacun par un prix Nobel (respectivement attribués à Daniel Kahneman et Richard Thaler). Au cours des vingt dernières années, ce sujet a été l’apanage des sciences économiques et de gestion, plus récemment des sciences de l’information et de la communication. En même temps, les nudges se sont répandus dans la plupart des pays, tout particulièrement en accomp Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6684 Transformations de l'action publique et dynamiques institutionnelles : quels changements dans les comportements ? https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6685 1. Introduction La question des transformations des comportements individuels est aujourd’hui omniprésente dans l’action publique. Comment améliorer le tri des déchets, favoriser la consommation de produits écoresponsables ou assurer le respect des normes dans les transports publics ? Ces questions acquièrent une prégnance particulière dans un contexte de crise sociale et environnementale. Les nudges permettent d’induire des actions moins coûteuses de manière non-coercitive. Ils sont conçus comme des instruments de transformation des politiques publiques. La crise actuelle et les faibles moyens dont disposent les pouvoirs publics pour conduire leurs actions peuvent expliquer le fait que les nudges ont été largement repris et associés à des stratégies politiques autour des années 2010, comme en témoigne notamment la création de nudges units1. L’avantage des nudges était notamment qu’ils s’avéraient être une « transformation silencieuse » (Jullien, 2009) à même de se faire oublier et de s’intégrer dans les routines sociales dans lesquelles nous sommes déjà plongés. Or, c’est précisément de cette force que provient leur potentiel manipulatoire. Considérant le caractère manipulatoire des nudges, Hansen et Jespersen (2013) en distinguent quatre types (cf. tableau 1). Tableau 1   Transparent Non transparent Système 1 – Émotionnel et intuitif Nudge 1 : Influence transparente (manipulation technique) du comportement Exemple : Illusion visuelle pour contrôler le trafic routier Nud Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6685 L’incitation douce dans la mise en œuvre des politiques linguistiquesLe cas des usages non sexistes1 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6692 La plupart des participants au colloque dont ces Actes sont le fruit, et sans doute également nombre de lecteurs de cette contribution, me connaissent comme sémioticien. C’est pourtant à un autre titre que j’interviens ici : comme l’un de ceux qui, depuis plus de trente ans, sont engagés dans la conception et dans la mise en œuvre de la politique linguistique de leur pays, et comme celui qui a, conjointement, mené une réflexion à la fois théorique et méthodologique sur la question2. Or, sans que nous connussions le mot, les nudges ont tenu une place importante dans cette action et dans cette réflexion, pour des raisons qui vont apparaitre. L’intérêt de traiter ce sujet dans cette perspective est double à mes yeux. D’un côté, la théorie des nudges est de nature à éclairer l’action des responsables des politiques linguistiques. En retour, la préoccupation pour celles-ci permet de questionner la théorie et même d’en établir certaines limites. Pour illustrer cette dialectique, nous nous servirons d’un dossier que nos fonctions nous ont amené à instruire à plus d’une reprise : la promotion d’une écriture non sexiste, particulièrement par l’adoption d’une terminologie féminisée en matière de noms de métiers, titres, grades et fonctions. 1. Introduction : des mésaventures dues à la langue Pour mieux faire comprendre quels peuvent être les objets d’une politique linguistique, commençons par invoquer trois petites mésaventures banales. Mon ami Albert Delmotte avait vraiment envie de Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6692 Praxis énonciative, habitude et résistance au changement https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6727 1. Introduction Quelques semaines avant le colloque sur les « nudges », moteur de la présente publication, plusieurs de ses participants étaient réunis à Istanbul, à la double initiative de Nedret Oztokat et de Jacques Fontanille, pour échanger sur « La ville et ses langages ». A bien des égards, nos réflexions d’aujourd’hui, centrées sur les comportements collectifs dans la cité et sur les modes de leur inflexion, peuvent être comprises comme un prolongement de celles qui les ont précédées en Turquie. Nous y avions présenté un exposé sur l’esthétique comportementale, intitulé « Esthétique urbaine, entre attractivité et répulsivité ». Il s’agissait de réfléchir sur les significations du mobilier urbain dit « hostile », sur les dispositifs repoussoirs, sur les techniques d’éloignement des indésirables et tout ce qu’en anglais on appelle l’« unpleasant design ». Certes, ce thème nous mettait à l’opposé de ce qui nous occupe aujourd’hui : nous nous interrogions sur les stratégies d’exclusion alors que nous examinons les stratégies d’inclusion, nous nous intéressions à la dureté du « faire ne pas faire » impérieux, alors qu’ici nous nous attachons à la douceur du « faire faire » qui, en s’avançant masqué, efface sa part coercitive pour mieux souder la communauté. On ne saurait donc reprendre le même exposé, pour des raisons qui ne sont pas que déontologiques ! Et pourtant nous voudrions, en introduction, évoquer un phénomène de recouvrement entre les deux thématiques. Nous avions Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6727 La préfiguration en tant que source de la manipulation https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6731 1. Introduction La reconnaissance historique constitue un point de référence très approprié qui assure la décision pour tout acte narratif et pragmatique. Une telle reconnaissance prendra le nom de « préfiguration » tout au long de cet article. En effet, agir au nom d’une référence historique, c’est se laisser manipuler par ce qui a été déjà expérimenté par d’autres actants dans d’autres situations. Ceci signifie que trois éléments seront en jeu dans la préfiguration comme source de la manipulation : un point de référence dans l’histoire d’un fait ; l’autre comme un modèle de l’expérience auquel on peut faire confiance ; et enfin un croire qui serait un bon soutien pour la décision à prendre. Donc, la manipulation repose ici pour nous sur une préfiguration qui la prend en charge et prépare la décision à prendre. C’est ce qui d’ailleurs participe à un passage de l’état virtuel à l’état réel lors d’un acte qui provient d’un croire ayant pour origine les faits historiques. Cette étude aura ainsi pour objectif d’examiner le rôle de la préfiguration en tant que source de la manipulation. Trois exemples nous permettront d’illustrer la manipulation préfigurée. Tout d’abord, nous nous appuierons sur le fameux conte du corbeau et du renard pour montrer en quoi la mythification réside à la base d’un acte de manipulation. Ensuite, nous présenterons un conte persan ancien à partir duquel il sera possible de voir le rôle du corps éveillé comme une préfiguration manipulatrice. Et enfin, no Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6731 Factitivité et manipulation douce : quelques leçons tirées de l’exposition d’objets de design https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6737 La sémiotique a réservé l’étude de la manipulation en premier lieu aux relations intersubjectives, avec pour point de départ les propositions de Greimas et Courtés dans Sémiotique 1 (1993), celles de Greimas dans Du sens II (1983), celles de Courtés dans son Analyse sémiotique du discours. De l’énoncé à l’énonciation (1991) qui furent suivies par plusieurs ouvrages et articles. Dans un second temps, ce cadre fut élargi aux relations objet-sujet sous l’impulsion de Michela Deni (2001, 2002, 2005) qui définit, à partir des déclinaisons initiales de Greimas, l’articulation entre une dimension communicative attentive à la forme de l’objet et une dimension opératoire centrée sur l’usage, et postule qu’« on comprend et on apprend à utiliser les objets pendant l’utilisation et non à partir de la seule observation des "invitations à l’usage" » (Deni, 2005, p. 84). Si l’intitulé du concept de factitivité (faire faire) recentre donc le cadre général de la manipulation associé à un faire faire, faire savoir et faire croire, les deux programmes sont induits par la factitivité. Désormais associée aux objets, celle-ci entre en dialogue avec le concept d’affordance de Gibson (1977, 1979) initialement associé à l’environnement et à l’interaction entre l’animal et le monde, puis revisité par Norman (1988) qui le rapporte aux objets. Le terme désigne alors une sollicitation, un appel fait au corps. Pour Norman, l’objet manifesterait une demande de contact qui contiendrait déjà tout un savoir p Mon, 11 Jan 2021 00:00:00 +0100 https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6737