La préfiguration en tant que source de la manipulation :
Spéculations monétaires dans la société iranienne

Hamidreza SHAIRI

  • Université Tarbiat Modares
    Cercle de sémiotique de Téhéran

DOI : 10.25965/as.6731

Texte intégral

1. Introduction

La reconnaissance historique constitue un point de référence très approprié qui assure la décision pour tout acte narratif et pragmatique. Une telle reconnaissance prendra le nom de « préfiguration » tout au long de cet article. En effet, agir au nom d’une référence historique, c’est se laisser manipuler par ce qui a été déjà expérimenté par d’autres actants dans d’autres situations. Ceci signifie que trois éléments seront en jeu dans la préfiguration comme source de la manipulation : un point de référence dans l’histoire d’un fait ; l’autre comme un modèle de l’expérience auquel on peut faire confiance ; et enfin un croire qui serait un bon soutien pour la décision à prendre. Donc, la manipulation repose ici pour nous sur une préfiguration qui la prend en charge et prépare la décision à prendre. C’est ce qui d’ailleurs participe à un passage de l’état virtuel à l’état réel lors d’un acte qui provient d’un croire ayant pour origine les faits historiques. Cette étude aura ainsi pour objectif d’examiner le rôle de la préfiguration en tant que source de la manipulation.

Trois exemples nous permettront d’illustrer la manipulation préfigurée. Tout d’abord, nous nous appuierons sur le fameux conte du corbeau et du renard pour montrer en quoi la mythification réside à la base d’un acte de manipulation. Ensuite, nous présenterons un conte persan ancien à partir duquel il sera possible de voir le rôle du corps éveillé comme une préfiguration manipulatrice. Et enfin, nous examinerons plus précisément les conditions sémiotiques dans lesquelles le cours des devises évolue en Iran. Ce qui nous aidera à rendre compte de la référence historique comme une base importante de la manipulation et de la décision d’agir des actants sociaux. À​ ce sujet, nous serons conduits à identifier quelles instances économiques influencent le croire du peuple iranien en ce qui concerne la valeur de la devise étrangère. Il s’agira aussi de comprendre en quoi la préfiguration incite et pousse les gens à devenir des actants économiques et les manipulent de sorte qu’ils prennent une décision.

2. La préfiguration comme source de la manipulation

En quoi la question de la manipulation établit-elle un rapport avec l’histoire ? Le fameux conte du corbeau et du renard nous a bien appris que pour manipuler le corbeau, le renard avait besoin de le mettre en face d’une image mythique, celle du Phénix qu’il était impossible d’ignorer. On peut même avancer l’idée que toute légitimité des arguments avancés par le renard reposait sur cette source mythico-historique qui se servait d’un point de référence important dans la manipulation. Comme nous pouvons le constater, le « si » conditionnel proposé dans le discours s’inscrit dans une relation logique de type « si … alors ». Même si l’interaction relève d’un faire-vouloir (« si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix… »), elle n’hésite pas à construire une image de référence autour de laquelle s’organise toute la réalité de l’acte du corbeau. Une telle image présente deux avantages pour la structure modale du faire-croire : i) elle fonctionne par rapport à une beauté classique approuvée et préfigurée ; ii) elle est créative d’un rapport proactif étant donné qu’elle introduit le corbeau dans une nouvelle perspective où tout peut se mesurer en référence à un soi-ipse. Pour identifier l’identité et le devenir du corps-actant, J. Fontanille (2011) reconnaît trois zones de valences : celle du Moi (défini par des « schémas d’émergence axiologique ») ; celle du soi-idem (« dominé par la programmation du corps-actant ») et celle du soi-ipse (« caractérisé par la construction du corps-actant »). L’incitation douce conditionnée par le « si » magique du langage fait entrer le corbeau dans la zone du soi-ipse.

La zone où le Soi-ipse domine est celle de la construction en devenir du corps-actant, et la tension téléologique l’emporte à la fois sur les tensions individualisantes du Moi et sur les exigences de répétition et de similitude du Soi-idem. Le parcours de l’actant procède alors de la définition d’une visée et d’une attitude, qui, selon les cas, sera une image-but, un modèle, un simulacre, un espoir ou un idéal. Ce serait en quelque sorte la zone de l’éthique narrative, où se déploient les récits d’apprentissage, de conversion et de quête des idéaux. (Fontanille, 2011, p. 28)

Cependant, le « si » conditionnel qui est responsable de la construction de la zone du Soi-ipse ne peut être qu’un « si » nous plaçant au seuil à la fois du paradis et des enfers. Au seuil du paradis car il fait sonner, entendre, voir et sentir le corps du corbeau prêt à se transformer en phénix ; au seuil des enfers, étant donné que le retour au corps premier (le corps-idem) est inévitable. On comprend alors que le « si » conditionnel et esthétique du langage est un « si » préfiguré qui prend sens dans ce que l’on appelle une incitation douce. Cette douceur est due à tous les compliments qui permettent de comparer le corps du corbeau au corps mythique du phénix. Le discours d’appréciation avancé par le renard nous renvoie donc à une source mythique qui est responsable de cette initiation à la modalité de vouloir-chanter. Cela signifie que la manipulation peut trouver dans la préfiguration la source première de son existence. Pour approfondir cette dernière, nous nous référerons à l’ouvrage de Hans Blumenberg (2016), La préfiguration : quand le mythe fait l’histoire, traduit de l’allemand par Jean Louis Schlegel. Cette réflexion nous permettra d’établir une relation entre la préfiguration et la manipulation.

Selon Blumenberg, la préfiguration « confère de la légitimité à une décision qui peut être d’une contingence extrême, donc qu’il est impossible de fonder » (2016, pp. 9-10). La préfiguration renvoie aussi à un acte de reconnaissance, étant donné que le fait de se soumettre à une décision suivant une référence historique conforte ce choix. De même, le fait même de revenir sur un événement historique en tant que garant de la décision conduisant à un acte qui n’est pas encore accompli mais qui offre la possibilité de débuter le processus narratif de la réalisation, montre bien que, lors de la préfiguration, le sujet de la décision accorde sa confiance à cette dimension historique. Croire à un fait ou initier une action en se fondant sur une reconnaissance historique implique que tout sujet virtuel est susceptible de modifier sa position modale en prenant appui sur ce qui a une origine établie dans et par l’histoire.

3. La préfiguration comme force de prégnance

Comme la préfiguration est un instrument singulier de justification dans des situations d’action faiblement fondées, tout dépend de la force prégnante de la figure de référence ; en même temps, il devient difficile, à raison de la force de cette prégnance, de laisser tomber sans l’avoir utilisée la figure de référence dans des situations de décisions qui ne sont pas concrètement étayées, notamment parce qu’elle est toujours à la disposition d’autrui comme possibilité. (Blumenberg, 2016, p. 13)

Blumenberg croit au fait qu’il y a une procédure de mythification dans la préfiguration, puisque la prégnance du point de référence invite à rendre la décision à prendre non seulement signifiante mais aussi nécessaire, et promeut la répétition de cette figure d’origine tout en la faisant évoluer ou en la rectifiant.

Tout ceci nous mène à considérer la préfiguration comme une force manipulatrice qui pousse les sujets à agir par une décision qui n’est pas encore réalisée et qui devrait conduire à la réalisation. Cette manipulation devient donc quelquefois incontestable puisqu’on accède alors aux profondeurs de l’histoire.

Étant donné que la préfiguration nous met en présence de l’image de l’autre, qui pourrait agir avant nous et entrer donc dans la scène de l’action, elle a aussi une force de motivation. La préfiguration offre un accès à tout parcours ou action virtuels. Elle sert à ouvrir le champ de l’imagination à des représentations et à des scénarios qui se nourrissent du passé. Ainsi, on peut prétendre que la préfiguration nous éveille en tant qu’actants, et possède la capacité de nous transformer en sujets prometteurs. Elle change un actant « réactif » en un actant « proactif », la proactivité consistant pour un sujet à « faire réagir ses environnements de façon favorable aux objectifs qu’il poursuit » (Lugan, 2006, p. 67).

Note de bas de page 1 :

Michel Godet, Manuel de prospective stratégique, t. 1, Paris, Dunod, 2007, p. 9.

Face à l’avenir, les hommes ont le choix entre quatre attitudes : l’autruche passive qui subit le changement, le pompier qui attend que le feu soit déclaré pour le combattre, l’assureur préactif qui se prépare aux changements prévisibles car il sait que la réparation coûte plus cher que la prévention et, enfin, l’entrepreneur, voire le conspirateur proactif qui agit pour provoquer les changements souhaités.1

Dans l’ensemble, la préfiguration peut nous conduire vers une simulation. Cela montre qu’il est possible d’imaginer les conditions de l’action et même d’aller plus loin pour envisager les résultats ou les issues possibles. C’est pourquoi la préfiguration constitue en elle-même la manipulation, car la référence devient un point d’appui qui nous motive à ne pas rester indifférents à l’action en cours. La préfiguration nous invite à agir avant les autres puisqu’elle fonctionne par rapport à une origine qui non seulement serait garante de la décision, mais surtout lui servirait d’appui ontologique.

Tout ceci veut dire que la manipulation s’appuie sur l’histoire de manière plus ou moins précise, mais s’inscrit en même temps dans trois orientations : prolongement, continuité et prospective. Un fait déjà existant peut trouver un prolongement dans le présent tout en ouvrant sur l’avenir. La préfiguration peut aboutir à une décision selon une continuité éthique, pratique, ou en rapport avec des intérêts collectifs et individuels. On pourrait même aller plus loin et parler des expériences parfois liées à des habitudes et à des répétitions qui n’ont pas été prises au sérieux mais qui, au bout d’un certain temps, deviennent un centre d’intérêt pour le sujet.

Cependant, chez les sujets qui restent indifférents vis-à-vis de l’histoire et qui ne prennent pas au sérieux les leçons qu’il faudrait tirer de la préfiguration, il reste des remords qu’il est possible d’assimiler à la sanction. Dans ce cas, la sanction suppose un certain sentiment de culpabilité ou d’échec par rapport à des faits historiques omis ou oubliés qui plongent le sujet dans la dysphorie, l’amertume ou le désespoir. Il y a donc une possibilité d’apprendre à agir soit grâce à l’accumulation d’expériences et de sanctions liées à des sentiments préalables d’échec et de déception, soit grâce à un stimulus associé à un point de référence en tant que force prégnante trouvant sa source dans l’histoire. Ainsi, la préfiguration est capable de transformer tout sujet virtuel ou, pour le dire comme Jean-Claude Coquet, tout « non sujet » en un sujet potentiel ou réel. Par conséquent, elle se situe à l’origine d’une manipulation qui prépare les sujets ayant été des non-sujets dans le passé à décider et à agir. Cela nous conduit à avancer l’hypothèse selon laquelle toute préfiguration est susceptible de participer à la création de sujets de devoir agir.

Si les manipulations sont liées à des expériences, et si celles-ci prennent leur source dans les préfigurations, nous pouvons dire que ces dernières construisent des existences. Autrement dit, toute manipulation peut se manifester à travers des expériences qui seraient elles-mêmes le résultat de répétitions donnant lieu à des figures mythiques. Ces dernières sont en partie responsables de ce que nous appelons les existences.

La répétition est la figure mythique par excellence. Celle qui se maintient encore dans le raisonnement circulaire de l’identité ponctuelle. Cependant ce qui est répété ne devient un programme mythique qu’à travers la répétition, à travers cet acte contingent qu’est la sélection – dont il faut éliminer la contingence – pour réaliser le programme mythique. C’est là le point de vue du spectateur historien ou archéologue. Pour lui la chose ne s’établit que par des choses relatées. Celui qui vit dans le rituel perçoit immédiatement l’obligation de répéter dans la donnée préalable qu’il comprend. La bataille de Badr est naturellement, dans l’histoire nationale comme religieuse des arabes, une date importante. Mais elle n’a acquis sa pleine signification que par sa mise en relation avec le passage victorieux du canal de Suez, qui redonnait aux arabes leur fierté perdue. (Blumenberg, 2016, p. 11)

4. Le conte persan : vers une incitation douce

Note de bas de page 2 :

Djalāl ad-Dīn Mohammad Rūmī surnommé Mawlānā, qui signifie maître ou seigneur, est considéré comme le plus grand poète mystique de langue persane. Il est aussi l'un des plus hauts génies de la littérature spirituelle. Né le 30 septembre 1207 à Balkh, Rûmî fut obsédé par le désir de trouver la voie qui aboutirait à la fusion de l'âme en Dieu. C'est ce qui le conduit d'ailleurs à s'initier aux pratiques du soufisme, à la méditation jusqu'à l'expérience de l'état extatique. Sa vie bascule le 30 novembre 1244, lorsqu'il rencontre un derviche errant, originaire de Tabriz, le moine soufi Shams al-din. Pris d'une véritable passion pour celui-ci, Rûmî abandonne tout, pour vivre et travailler aux côtés de celui qui devint son initiateur ainsi que son maître. Son principal ouvrage s'appelle le « Masnavî » (« Mathnawî », « Mesnevi »), que La Fontaine traduira partiellement en français. Rûmî est décédé le 17 décembre 1273, à Konya, où son tombeau fait l'objet d'une grande vénération.

Note de bas de page 3 :

Rumi Djalāl ad­Dīn Mohammad, Masnavî, Téhéran, Esharat Talaee, 2012, p. 343.

Note de bas de page 4 :

Ibid., p. 343.

Pour préciser la question de la manipulation et l’effet d’illusion qu’elle est capable de produire, nous ferons également appel à un conte persan écrit par un auteur mystique, surnommé Mawlānā2. Ce conte porte sur un groupe d’élèves qui, lassés de l’école, cherchent à faire en sorte que les cours soient annulés pour avoir une journée de congé. Dans ce but, ils conçoivent un plan : quand le maître entre, le plus malin d’entre eux crie : « Ô maître que vous êtes pâle, vous devez avoir de la fièvre ». Au début, le maître refuse de l’admettre, mais lorsque, suivant le plan, tous les élèves font les uns après les autres la même remarque, il finit par le croire et s’allonge sur un matelas pour se reposer, tout en demandant aux élèves de s’occuper de la lecture de leur livre. Ces derniers constatent alors qu’ils ne sont toujours pas débarrassés de l’école. Ils conçoivent donc un nouveau plan, qui consiste à effectuer la lecture à haute voix. Cette deuxième machination est censée mettre un terme à la situation d’embarras dans laquelle ils se trouvent. De cette façon, la manipulation entre dans une nouvelle phase et se perfectionne. Pendant que les élèves lisent et répètent les leçons à voix haute, le plus malin d’entre eux crie : « Nous ne faisons qu’accroître la douleur de notre maître en faisant tous ces bruits ! »3. Le maître confirme aussitôt cette remarque : « Il a raison, il a raison ! Allez-vous-en, vous ne faites qu’accroître ma douleur. Légers comme des oiseaux, les enfants se sont envolés vers leur maison »4.

Mawlānā n’est pas un théoricien de la manipulation, mais son conte permet de réexaminer le fonctionnement de celle-ci à partir de la place qu’il attribue à l’incitation douce. On voit alors que la manipulation dépend non seulement de l’énonciation en acte et de l’expérience comme visée de sens, mais aussi et surtout d’une préfiguration déjà existante ou à faire exister en cours de route. En effet, pour pouvoir mettre fin à une journée d’école très chargée, les enfants s’appuient sur un fondement somatique : la pâleur du corps. Ce qui montre que la manipulation a toujours besoin de se référer à un élément pouvant la justifier. Vient ensuite la reprise du même propos par tous les autres ; reprise qui constitue l’équivalent des « like » que l’on trouve de nos jours sur les réseaux sociaux. Une personne propose et les autres suivent, en exprimant leur accord et en se montrant intéressées par la même question. Ainsi, pour pouvoir gagner leur liberté, les élèves doivent mettre en place deux programmes différents. Dans un premier temps, il faut qu’ils se transforment en sujet d’action. Il s’agit donc de transformer la situation d’échange entre un supérieur et un subordonné (maître/élève) en situation d’interaction d’égal à égal. Ensuite, ils doivent transformer le régime narratif de savoir et de pur apprentissage en régime de sensibilité. Ainsi, la stratégie manipulatoire est soumise à l’inversion des rôles. Ce changement de statut nous conduit du régime cognitif à ce régime que Landowski (2004) reconnaît comme étant celui de la sensibilité. En effet, pour pouvoir agir sur l’autre, les élèves doivent montrer un intérêt particulier pour le corps de leur maître. C’est ainsi que la préfiguration devient somatique, en prenant pour référence une partie du corps, qui permet de lancer le signal d’alarme. La manipulation douce relève surtout d’une co-sensibilité sémiotique. Il faut se mettre dans la peau de l’autre et, si nécessaire, souffrir avec lui. C’est ce qui pousse les élèves à ressentir en quelque sorte en eux-mêmes la douleur illusoire de leur maître. Deux préfigurations sont alors en jeu : la première se réfère à la pâleur du corps, tandis que la seconde renvoie à l’intensification d’une douleur préalablement constatée. En somme, le régime fondé sur un rapport hiérarchique et unilatéral (de type pédagogique) se transforme en régime d’interaction sensible. C’est alors qu’on peut parler de « manipulation douce ».

Note de bas de page 5 :

Rumi Djalāl ad­Dīn Mohammad, op. cit., p. 341.

Ô maître, que vous êtes pâle, vous ne semblez pas du tout en forme. On dirait que vous avez de la fièvre. Vous avez certainement mal à la tête.5

Cet exemple montre bien que, même dans le cas d’une manipulation programmée, on ne saurait ignorer le rôle de la préfiguration dans la création d’une illusion ou d’une sensibilité motivante. Denis Bertrand parle d’une « tensivité qui génère l’aspectualisation et l’intensification » (2000, p. 234). Dans notre cas, l’aspectualisation intervient, d’une part, dans le prolongement de la douleur et, de l’autre, dans la répétition de ses signes. Aussi peut-on rattacher le corps du maître à deux modes d’existence : le survenir (le maître découvre soudain qu’il a un corps) et le parvenir (il commence à en prendre soin). Selon Cl. Zilberberg,

le survenir détermine la saisie, c’est­-à-­dire le saisissement, la stupeur ; la grandeur objectale corrélée à la détonation du survenir est l’événement, cette défaite tantôt désastreuse, tantôt salutaire pour le sujet ; le parvenir, en ménageant la temporalité, permet au sujet la visée, c’est­-à-­dire l’actualisation d’un énoncé le conjoignant à des grandeurs validées comme bonnes ; la grandeur objectale corrélée au parvenir est l’exercice. (Zilberberg, 2011, p. 61)

Dans un article intitulé « Pour une sémiotique de l’alerte. Les conditions sémio-littéraires de l’éveil du corps » (Shairi et Kariminejad, 2014), à partir de l’analyse du même conte persan nous avons identifié et expliqué deux formes de manipulation :

La première [...] est rattachée à la visée des élèves et à la saisie du maître de son propre corps (soudain, il réalise qu’il est pâle et qu’il a de la fièvre). La deuxième forme de manipulation [...] suppose que la visée du maître devient son propre corps (trop de travail aboutit à l’ignorance du corps ; il faut donc se reposer). Il autorise donc les élèves à quitter l’école, puisque, percevant leur présence comme une atteinte à son corps, il redoute qu’elle provoque une aggravation de son état. Deux grandeurs doivent donc entrer en jeu pour que la manipulation puisse fonctionner et produire de la signification. La première relève de la saisie. Il faut que le corps s’éveille, en se mettant en état d’alerte. La seconde relève de la visée. Il est indispensable que cette alerte soit actualisée et validée, et donc gérée en fonction d’une attente équilibrante. De ce point de vue, la saisie du corps s’avère être ce qui met le sujet en état d’alerte, tandis que la visée apparaît comme ce qui actualise cette alerte tout en faisant du corps un lieu d’« exercice ». (p. 207)

L’éveil du sujet ne fonctionne-t-il pas comme une économie de son corps ? En effet, la manipulation met en place une sorte d’alerte préventive qui rappelle au maître qu’il a un corps et qu’il faut s’en occuper. Dans cette perspective, on constate que la manipulation intervient de deux manières différentes. D’une part, elle libère les élèves de la pression de l’école grâce à la stratégie de « tout le monde fait like » ; d’autre part, elle conduit le maître à prendre conscience de son corps et à s’en occuper. Dans les deux cas, le corps en tant que préfiguration se trouve à l’origine de la manipulation. Du côté des élèves, nous avons affaire à des corps fatigués qui souffrent et qui cherchent un soulagement ; et, du côté du maître, nous sommes en présence d’un corps qui s’éveille et qui découvre sa propre existence. En évoquant les propos de Greimas dans De l’Imperfection (1987, pp. 30-31), on peut dire qu’on se trouve devant un corps qui non seulement prend conscience de son existence en acquérant une certaine épaisseur, mais qui en plus apprend à « apprécier » sa manière d’être et d’exister. Cependant, comme le soulignent J. Fontanille et N. Couégnas (2018),  

les existences ne sont pas des données : elles sont à construire dans et à partir de l’expérience. Souriau choisit pour designer cette construction le concept d’instauration. Chaque mode d’existence est instauré spécifiquement, et il ne faut présupposer aucune autre règle générale et transversale pour l’instauration que celle de la persistance : les existants subsistent parce qu’ils sont instaurés chacun selon son mode d’existence. Il n’y a que des types d’instauration spécifiques, qui procurent à chacun des existants sa propre plénitude d’existence ; chacun de ces types fournit donc les conditions de persistances et de réalisation. (Fontanille et Couégnas, 2018, pp. 70-71)

Dans le cas qui nous intéresse, les élèves sont incités à construire leur existence à partir d’une préfiguration (l’école est épuisante). À son tour, le maître reconstruit son existence sur la base d’une autre préfiguration : celle de l’éveil de son corps.

5. Le rôle de la préfiguration comme sanction manipulatoire dans l’économie du marché iranien

La préfiguration, que nous considérons comme le fondement principal de la manipulation, joue un rôle important dans l’économie de marché en Iran, mais dans ce cas au sein d’une structure d’auto-sanction. En effet, la sanction peut fonctionner comme une mémoire des dommages antérieurs, donc comme un point de référence prégnant qui pousse le sujet social concerné à un devoir-agir dans des cas simulés afin de ne pas subir à nouveau des dommages. Cette observation nous permet d’examiner le comportement économique de la société iranienne face à l’évolution de la valeur des devises étrangères, depuis la chute du régime royal jusqu’à aujourd’hui.

En effet, nous avons remarqué que la décision des actants sociaux dépend d’une préfiguration due à une auto-sanction cognitive qui détermine non seulement leur manière d’agir (vouloir- et devoir-agir), mais aussi leur intégration dans les activités du marché financier (savoir-faire) et leur prise de position dans les affaires économiques (pouvoir-faire).

5.1. La devise étrangère comme valence

Pour développer notre argumentation, nous nous concentrerons sur un cas particulier : celui de l’évolution du marché de la devise étrangère en Iran. Nous essaierons de montrer en quoi la valeur de la monnaie étrangère est due en partie à une préfiguration qui joue un rôle considérable dans la manipulation des acheteurs potentiels de cette devise.

Il faut d’ailleurs préciser que la monnaie étrangère est ce qui permet de mesurer la valeur de tout objet du marché, notamment celle de la monnaie nationale en Iran. Ce qui signifie que la devise étrangère joue le rôle de valence, puisqu’elle détermine la valeur de toutes les autres valeurs. Or, il est tout à fait normal que les gens choisissent de maintenir ou d’augmenter leur réserve en dollars ou en euros. Les événements politiques, le coût des embargos et les crises économiques ont contribué pendant les 40 années de la vie de la république islamique à faire augmenter le prix de la monnaie étrangère.

Le rôle de la sanction consiste alors à transformer les individus en acteurs économiques et à les inciter à agir (faire-vouloir) et à intervenir (faire-pouvoir) sur la scène sociale. Ce changement de comportement s’explique par l’accès à une préfiguration qui sert de point de référence et qui relève d’un défaut de mémoire par rapport aux sanctions précédentes lors des différentes augmentations des devises. Pour le dire à la manière de Cl. Zilberberg (2011), concernant le mode d’efficience, ceux qui, face au survenir du marché de la devise, avaient choisi par le passé un tempo lent, se sont trouvés devant une perte importante de la valeur de leur revenu (visée faible et saisie faible) : un point de référence négatif.

La mémoire de ce comportement atone qui a provoqué des privations importantes fonctionne donc comme une force prégnante qui pousse les gens à choisir un tempo vif et un comportement tonique à chaque fois qu’ils ont le sentiment de se trouver face à une nouvelle explosion du prix de la devise internationale (visée forte et saisie forte). La mémoire des échecs modaux antérieurs, ainsi que le souvenir des conséquences d’un comportement atone, incitent les gens à devenir des actants actifs du marché et à adopter un nouveau comportement qui change énormément le rythme de leur vie économique. La question qui se pose maintenant est celle des instances qui influencent le cours des décisions et qui manipulent ainsi les sujets sociaux en les amenant à agir sur la base d’une préfiguration.

5.2. La complexité de l’espace de manipulation

Tout commence par l’existence d’un espace transhistorique ; un espace de référence auquel le sujet se rapporte. Cet espace est figuré par les expériences accumulées au cours de l’histoire, depuis le début du renversement du régime royal jusqu’à nos jours. Cet espace s’est transformé en un espace interactif caractérisé par des formes d’intelligence et d’auto-structuration cognitive capable de manipuler les actants sociaux. Selon les termes de J. Fontanille (2015, p. 179), il s’agit de « l’association du temps de l’existence et du temps de l’expérience pour constituer une sémiose temporelle, et donner lieu au temps social des formes de vie ». Ainsi, la manipulation sur laquelle repose l’évolution du marché des devises en Iran ne peut pas être envisagée sans prendre en compte l’interaction de ces deux temps, de l’expérience et de l’existence.

En effet, cette manipulation préfigurée fait appel aux traces négatives imprimées dans la mémoire qui réapparaissent sous la forme de remords (temps d’existence), de souvenirs et de rappels des implications du fait de ne pas avoir agi au bon moment (temps de l’expérience), pour inviter le sujet à se rattraper cette fois-ci face à l’évolution et aux transformations du taux de la devise étrangère. Ainsi, ces expériences historiques jouent le rôle d’un manipulateur qui pousse les gens à agir au moment où ils sentent que le marché commence à être soumis à une certaine instabilité économique. Il n’est pas inutile de souligner à ce propos les traces passionnelles que les retards dans l’action ont laissées dans la mémoire affective d’un grand nombre de sujets qui n’avaient pas agi à temps. Maintenant, il est possible d’examiner de plus près le rôle des manipulateurs qui participent à la mise en place des modalités du faire-vouloir et du faire-pouvoir.

5.3. Les instances de manipulation intervenant dans l’évolution du cours des devises

Dans la présentation de la hiérarchisation sémiotique des modes d’existence, Fontanille et Couégnas se réfèrent à la métamorphose dans les termes suivants :

Ce mode d’existence offre des mondes peuplés d’entités et de forces actantielles, y compris subjectivantes, de faitiches, qui fascinent, protègent, emportent ou structurent les individus. [...] Dans la délégation des actants, une force agissante (une force d’effectuation et d’instauration) se maintient, se projette et se transmet, s’incarne sous diverses substances, qui seule peut expliquer le fait que toutes les entités produites par les modes d’existence conservent leur poids existentiel, et qu’elles participent effectivement de l’existence. C’est l’altérité qui vient avec le mouvement de l’interaction. (Fontanille et Couégnas, 2018, p. 80)

Ce constat nous permet d’analyser les forces manipulatrices qui affectent le cours d’existence des individus et leur comportement socioéconomique. Il y a d’abord un manipulateur extérieur volontaire et pragmatique (notamment les Américains) qui intervient au moyen de résolutions de différents ordres et empêche le libre échange économique au sein du marché. Grâce à son pouvoir économique et politique, ce manipulateur influence donc le marché. Cela signifie qu’il bénéficie d’outils et de moyens divers pour exercer une pression incessante sur une économie déjà fragilisée par les conflits économico-politiques.

L’intervention symbolique des forces extérieures constitue le deuxième type de manipulation, qui change le regard que les actant sociaux portent sur les valeurs de la monnaie nationale, en les poussant à agir et à entrer en interaction transactionnelle pour maintenir la valeur de leur capital. Dans ce cadre, soit la fortune monétaire suit le cours du change en devise étrangère, soit elle se transforme en valeur matérielle et est échangée contre d’autres capitaux et investissements tels que des terrains, des propriétés immobilières ou des voitures.

Ce jeu de valeur et de contre-valeur ouvre lui-même un espace de transition où l’on passe d’une structure d’investissement à une nouvelle structure. Un exemple illustratif de cette force manipulatoire externe est celui de l’accord nucléaire. Dès l’annonce de la sortie des États-Unis de l’accord nucléaire, une certaine tension gagne le marché intérieur. L’incertitude se répand alors : en déréglant le cours du commerce, elle incite les gens à agir, à penser et à changer leur capital monétaire en devise étrangère. La forte intensité qui résulte du changement du rythme de la pratique économique atteint alors son point culminant. Cet éclat intensif correspond à l’explosion du marché de la devise et donc à l’augmentation de la valeur de la monnaie étrangère corrélée à la chute de la valeur de la monnaie nationale. Suivant les réflexions de Zilberberg (2011), en termes de fonction existentielle, on passe alors de l’état à l’événement.

Le troisième type de manipulation renvoie à une dynamique que l’on peut associer aux rumeurs qui circulent dans la société et qui sont responsables de la diffusion de certaines passions, telles que l’inquiétude. Or, ces passions sont très significatives dans la mesure où elles invitent les gens à agir vite par crainte de perdre leur pouvoir monétaire.

Le quatrième type de manipulation relève d’un espace imaginaire. En effet, lorsque les individus commencent à imaginer que la continuité préalable est la cause principale de l’instabilité du marché, l’intensité dans les rapports de force augmente. Plus l’imaginaire joue son rôle passionnel, plus de scénarios nouveaux s’ouvrent à la population. Le résultat de la prolifération de ces scénarios n’est rien d’autre que l’augmentation de la devise étrangère, étant donné la forte volonté d’accéder à celle-ci en échange de la monnaie nationale.

De fait, ce n’est pas un besoin authentique et réel qui est à l’œuvre dans le marché de la devise. Il s’agit tout simplement soit d’une préfiguration (celle des expériences précédentes), soit d’une configuration passionnelle nourrie par divers scénarios auto-inventés ou inventés par les grands manipulateurs du marché.

Le cinquième type de manipulation relève d’une instance surnommée « Les Sultans du marché ». Ils n’ont pas de figure manifeste, mais ils orientent l’émotion économique suivant leurs propres intérêts. Nous avons ici affaire à un manipulateur non manifeste et non authentique. Il s’agit en fait d’une ombre manipulatrice : des actants sans visage. Ces Sultans ont le pouvoir d’acheter la devise lorsque le cours du marché change, et de la revendre ensuite. Ils sont d’une part les producteurs inconnus et non identifiés des rumeurs manipulatoires, et de l’autre les vendeurs des devises au prix le plus élevé.

Une situation de transmutation se met ainsi en place où tout s’intègre en tout, et où tout se déplace pour s’insérer dans un autre ordre de structure. Ceux qui ont acheté leur monnaie étrangère à un prix intéressant doivent alors mener un nouveau jeu pour s’enrichir encore plus.

Enfin, une nouvelle manipulation intervient, fondée sur une nouvelle inquiétude qui se répand. En effet, les gens se mettent à croire que le coût de la devise va encore augmenter sur le marché, et que s’ils tardent à en acheter ils vont être perdants. Les plus démunis procèdent donc à l’achat. On le voit, les grands commerçants du marché sont de vrais manipulateurs : ils achètent la devise au prix le plus bas et la revendent au prix le plus élevé tout simplement grâce à la manipulation de l’imaginaire social. Cet imaginaire dépend lui-même d’une préfiguration qui instaure des points de référence par rapport aux expériences accumulées et aux existences multiples et répétées. En somme, tout le monde devient sujet de l’agir économique à partir d’une manipulation préfigurée. Mais tout le monde n’est pas gagnant, puisque l’imaginaire fonctionne selon une préfiguration qui est quelquefois déviante.

Conclusion

Au cours de cet article, nous avons pu constater que la préfiguration nous offre une image de l’autre comme un sujet qui risque d’agir avant nous et par conséquent de nous devancer sur la scène sociale. C’est pourquoi la préfiguration peut être considérée comme une source de motivation avant même de devenir un fondement de la manipulation. Les exemples que nous avons présentés ont montré que la manipulation repose sur un point de référence qui constitue une base solide pour la prise de décisions de tout sujet social ou individuel. De même, il a été question de la légitimité associée à la manipulation préfigurée. Ainsi, nous avons observé que la préfiguration offre une ouverture à tout parcours ou action se trouvant en état virtuel. Elle sert donc à ouvrir le champ de l’imagination à des représentations et à des scénarios qui se nourrissent du passé ; ce faisant, elle nous éveille et nous prépare à la prise de décisions sur la base de la confiance dans un fait historique. C’est pourquoi la préfiguration a la capacité de nous transformer en sujets prometteurs, sa fonction étant de changer un actant réactif en un actant proactif. Par la proactivité, nous sommes en mesure de mettre l’environnement au service de nos actes. Qui dit proactivité, dit préfiguration, et qui dit préfiguration, dit manipulation fondée sur une décision relevant du croire et de la légitimité.

Plusieurs questions demeurent néanmoins : peut-on toujours faire confiance à l’histoire ? Ne connaissons-nous pas des cas où l’histoire a trahi son peuple ? Avons-nous été confrontés à des cas où les actants sociaux ont été trompés par leur expérience historique ? Au cours de la révolution, le peuple iranien s’est-il transformé en un peuple de vrais hommes d’affaires sous la force prégnante des manipulations tensives et passionnelles ? Une seule réponse suffirait pour toutes ces questions : nous ne pouvons pas ne pas être influencés par l’imaginaire fondé sur la préfiguration. Cependant, l’imaginaire dépend aussi de notre mode d’existence. Il est donc important de considérer la manipulation comme un mode d’altérité et d’interaction.

Bibliographie

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Notes

1 Michel Godet, Manuel de prospective stratégique, t. 1, Paris, Dunod, 2007, p. 9.

2 Djalāl ad-Dīn Mohammad Rūmī surnommé Mawlānā, qui signifie maître ou seigneur, est considéré comme le plus grand poète mystique de langue persane. Il est aussi l'un des plus hauts génies de la littérature spirituelle. Né le 30 septembre 1207 à Balkh, Rûmî fut obsédé par le désir de trouver la voie qui aboutirait à la fusion de l'âme en Dieu. C'est ce qui le conduit d'ailleurs à s'initier aux pratiques du soufisme, à la méditation jusqu'à l'expérience de l'état extatique. Sa vie bascule le 30 novembre 1244, lorsqu'il rencontre un derviche errant, originaire de Tabriz, le moine soufi Shams al-din. Pris d'une véritable passion pour celui-ci, Rûmî abandonne tout, pour vivre et travailler aux côtés de celui qui devint son initiateur ainsi que son maître. Son principal ouvrage s'appelle le « Masnavî » (« Mathnawî », « Mesnevi »), que La Fontaine traduira partiellement en français. Rûmî est décédé le 17 décembre 1273, à Konya, où son tombeau fait l'objet d'une grande vénération.

3 Rumi Djalāl ad­Dīn Mohammad, Masnavî, Téhéran, Esharat Talaee, 2012, p. 343.

4 Ibid., p. 343.

5 Rumi Djalāl ad­Dīn Mohammad, op. cit., p. 341.

Pour citer ce document

Hamidreza SHAIRI, « La préfiguration en tant que source de la manipulation », Actes Sémiotiques [En ligne], 124, 2021, consulté le 24/09/2021, URL : https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/6731, DOI : 10.25965/as.6731

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