Séminaire de sémiotique 2014-2015

Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme

Maison Suger, 16, rue Suger 75006 Paris (M° Odéon, RER Saint-Michel)

Mercredi, 13h30-16h30

2014-2015

1) Texte d’orientation du séminaire

La question de la transmission : institution et histoire

Au cours des deux années passées, nous avons cherché à comprendre, de manière critique, comment une discipline construisait peu à peu les plans d’immanence nécessaires à sa théorisation, voire remettait en cause le monopole du principe d’immanence en introduisant un principe de réalité. Mais une discipline possède aussi une dimension syntagmatique qui structure son évolution historique et dont les enjeux tiennent à ses procédures de transmission, en particulier dans le domaine de l’enseignement. Ce problème concerne l’ensemble des champs disciplinaires, quelle que soit leur exigence d’élaboration théorique. C’est là une première justification pour que la question de la transmission, à laquelle la sémiotique ne s’est jamais frontalement intéressée, soit mise au programme du séminaire. Le premier champ d’investigation qui se présente est donc lié à la question de l’éducation sous tous ses aspects, tant institutionnels (de l’École aux MOOC) qu’anthropologiques (transmission par mimétisme et contagion) et philosophiques.

La deuxième justification de notre intitulé a trait à l’actualité socio-culturelle de l’enseignement et à son état de crise qui porte précisément tant sur la transmission des savoirs que sur leur légitimité. L’institution est en soi une structure sémiotique qui, comme toute structure symbolique, se comprend d’abord comme un régime de valeurs, un ensemble de rapports de positions à l’intérieur d’un espace sinon fermé, du moins soumis à diverses limites. Si l’on peut envisager de décrire ces valeurs, par exemple en ce qui concerne l’institution universitaire, il est en revanche beaucoup plus difficile de comprendre d’où provient l’espace à l’intérieur duquel elles s’articulent et qui leur donne une assise commune. Peut-être même un certain aveuglement est-il requis quant à cet espace, une certaine inconscience, du moins tant que la question ne vient pas à surgir malgré tout. Un état de crise est précisément le moment où la question se pose de savoir ce qui détermine l’existence d’une institution et son assise. Une réflexion sur ce point peut être du ressort de la sémiotique.

Si une institution suppose une certaine clôture, il est non moins vrai que les transmissions qui s’y opèrent ne vont pas sans générer une histoire. Qu’est-ce que l’histoire du point de vue sémiotique si l’on cherche à dépasser le strict niveau de la narration ? On a souvent pensé, sans doute à tort, qu’une épistémologie structuraliste rendait incapable de saisir la genèse historique des phénomènes, humains comme naturels.  On connaît par exemple le tabou frappant la question de l’origine des langues. Il y a pourtant une histoire des institutions. Il reste que la notion même d’historicité comprise comme étant par excellence le régime producteur de sens, reste relativement inexplorée du point de vue sémiotique. La notion de « raison syntagmatique » introduite pas Greimas est un point de départ possible.

La troisième justification concerne la transmission de la sémiotique elle-même. Son objet – le sens –, entité par définition transversale, la priverait de domaine propre. Si elle possède une fonction analytique dans les pratiques et les métiers (entreprises, médias), elle a en revanche une place très restreinte dans l’institution académique. Il semble ainsi, paradoxalement, que la sémiotique, science des valeurs structurales, soit vouée à l’étude des valeurs marchandes dont le régime, illimité celui-ci, et sans bords assignables, paraît pouvoir défaire par sa puissance même, toute identité structuralement comprise. Aristote opposait déjà « l’économie », comme ordonnance fondée et porteuse d’un sens, à la « chrématistique » illimitée de l’échange monétaire. La sémiotique semble ainsi, comme discipline, se situer à la croisée de deux régimes de valeurs dont il nous paraît essentiel de comprendre la réelle complexité pour envisager la problématique de sa transmission.

Cette question de la transmission de la sémiotique, dont on entrevoit la richesse et la complexité, ouvrant tout un champ non abordé durant l’année qui vient, pourra nourrir une seconde année toute entière du séminaire (2015-2016).

Programme des premières séances 2014 du Séminaire de Sémiotique

5 novembre 2014

  • Jean-François Bordron La transmission de l'histoire et le souvenir du présent
    (résumé ci-dessous)

  • Jacques Fontanille Sémio-anthropologie de la transmission
    (résumé ci-dessous)

19 novembre

  • Alessandro Zinna Retour sur l’immanence : présentation des travaux rassemblés dans le numéro spécial de Topicos del Seminario (Puebla), en prolongement du séminaire 2012-2014.(résumé ci-dessous)

  • Ivan Darrault Les rebelles à la transmission
    (résumé ci-dessous) 

3 décembre

  • Denis Bertrand Texte, lecture et transmission
    (résumé ci-dessous)

  • François Rastier Transmission et sémiotique des cultures
    (résumé ci-dessous)

18 décembre

  • Paolo FabbriL'histoire contrefactuelle : ce qui aurait pu se passer.

  • Isabelle Klock-Fontanille De quelques modalités et institutions symboliques de la transmission des catastrophes naturelles antiques. La mémoire à l'épreuve de l'histoire

7 janvier 2015

  • Boris CYRULNIK Les murmures des fantômes

  • Jean-Luc FABIANI La transmission des goûts culturels

21 janvier 2015

  • Jean PETITOT Les transmissions indirectes

  • Nicolas COUEGNAS Sémiose et hypnose : ce que l’hypnothérapeute transmet

4 février

  • Dominique JACQUES-JOUVENOT Socio-anthropologie de la transmission des savoirs professionnels

  • Pierluigi BASSO Transmettre par jeu, communiquer l’engagement : pédagogie, mobilité sociale et contre-rhétorique de l’Histoire

4 mars 2015

  • Bruno CANQUE Différenciation cellulaire et transmission diagonale

  • Per Aage BRANDT Langage et transmission du sens dans la perspective d'une sémiotique cognitive.

18 mars

  • Gian Maria TORE Le cinéma, institution pour la transmission du film ?
    Pistes pour un questionnement sémiotique des « réénonciations » et des « remédiations »

  • Jacques FONTANILLE La transmission chez Saussure, dans le CLG et les ELG.

8 avril

  • Jean LASSEGUE Écriture alphabétique, Monnaie frappée, Science : le cas de la Grèce ancienne.

  • Jean-Louis BRUN La transmission des pratiques ésotériques et rituelles

6 mai

  • Romain LAUFER Les cadres institutionnels de la transmission: Système de légitimité, droit et management.

  • Eleni MITROPOULOU Quelques propositions sémiotiques pour la transmission "à long terme"

20 mai

  • Veronica ESTAY Post-mémoire et transmission

  • Pauline HACHETTE Littérature : ce qui se transmet de l’émotion« du » texte

3 juin

  • Denis BERTRAND, Jean-François BORDRON, Ivan DARRAULT-HARRIS, Jacques FONTANILLE : Conclusions.

2) Résumés des interventions (novembre et décembre 2014)

La transmission de l'histoire et le souvenir du présent

Jean-François Bordron
Université de Limoges, CeReS

Dans son livre Lumière et matière, Richard Feynman soutient qu’il n’existe que trois sortes d’événements possibles dans l’univers : le déplacement d’un photon, le déplacement d’un électron, la rencontre d’un photon et d’un électron1 (auxquels il faut ajouter les phénomènes dus à la gravitation). Un historien ne pourrait sans doute pas se satisfaire de cette assertion, aussi poétique soit-elle, car comment situer alors ces autres événements que sont les grandes révolutions politiques ou culturelles comme les changements de régime ou l’invention de l’écriture ? Par ailleurs l’histoire, vue sous la perspective de la longue durée, offre de fascinantes permanences dans les usages et les pratiques, qu’il s’agisse de mythologies, de rituels, d’agriculture... On remarquera pourtant que la connaissance physique, l’histoire événementielle, la permanence de certaines pratiques doivent toutes, d’une façon ou d’une autre, être transmises pour assurer la relative continuité d’une culture. Mais s’agit-il dans ces trois cas du même régime de transmission ? Aristote distinguait déjà dans les actions humaines ce qui relève de la création d’œuvres (poesis), de la pratique centrée sur elle-même (praxis) et des actions de l’esprit (theoria). Il nous semble que ces trois domaines induisent des modes de transmission différents, même au niveau le plus simple de l’éducation, car ce n’est pas la même chose que d’apprendre à peindre un tableau, à comprendre une théorie ou à subir un apprentissage.

Par ailleurs, il peut sembler que la transmission se fasse par principe au présent, temps qui est, croit-on, celui de l’enseignement. Le présent pourtant n’est pas un temps simple mais plutôt le lieu de coordination d’une multiplicité de temps comme l’ont montré aussi bien Bergson qu’Althusser bien que dans des contextes théoriques différents.

Notre intention est de montrer comment la méthode sémiotique peut, sinon résoudre tous ces problèmes, du moins en préciser les difficultés et en éclaircir la formulation. Pourquoi la transmission, sous les trois formes mentionnées, est-elle une sémiose, pourquoi peut-on en approcher les structures profondes en en différenciant les différents régimes d’énonciation, quel type de syntaxe peut  décrire une transmission? Telles sont les questions que nous nous proposons d’aborder dans cette séance.


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Sémio-anthropologie de la transmission

Jacques Fontanille
µUniversité de Limoges, CeReS, et IUF.

L’un des résultats des travaux présentés lors du précédent séminaire de sémiotique est le principe selon lequel la sémiotique ne peut partager efficacement des problématiques avec les autres sciences humaines que si elle définit un « plan d’immanence » qui lui soit propre et qui en même temps soit adapté au dialogue et à la complémentarité avec les autres disciplines.

La transmission et l’éducation sont des sujets très largement traités depuis longtemps par d’autres champs disciplinaires, notamment l’anthropologie, l’histoire, la philosophie ou la sociologie. La sémio-anthropologie de la transmission consiste donc en cela : la définition d’un plan d’immanence sémiotique en complément des propositions de l’anthropologie contemporaine. Et pour cela, seront parcourus notamment les tensions entre communication et transmission dans les théories de la médiation (Debray), les « modes d’identification » et les « schèmes intégrateurs de la pratique » (Descola), les « modes d’existence » et « régimes d’énonciation » (Latour), l’épidémiologie des représentations (Sperber), et le fonctionnement du don et de la dette dans les processus de transmission.

La sémio-anthropologie de la transmission remet en question la prééminence des axiologies nature & culture et vie & mort, fondamentales pour la sémiotique narrative. Elle leur substitue les axiologies de l’existence collective, qui comprend autant de natures que de cultures, et bien plus de morts que de vivants : exister (persister & dépérir), répliquer (reproduire & innover), continuer (persévérer & bifurquer), etc. Elle s’intéresse tout particulièrement aux formes sémiotiques du temps long, à la mémoire des empreintes et à l’énonciation des traditions.

Tous les types de sémiotiques-objets sont concernés par la transmission : depuis les signes-symboles jusqu’aux formes de vie, en passant par les textes, les objets, et les pratiques. L’apport spécifique de la sémiotique, concernant la problématique partagée de la transmission, pourrait par conséquent intéresser : les transformations supportées par les différents types de sémiotiques-objets pour les rendre transmissibles, ou en faire des vecteurs de transmission, les paradigmes axiologiques et les schèmes syntagmatiques spécifiques de la transmission, et plus généralement les sémioses propres à la transmission, pour autant qu’elle soit susceptible d’être traitée comme une sémiotique-objet à part entière, avec son plan du contenu et son plan de l’expression.


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Les rebelles à la transmission

Ivan Darrault
Université de Limoges, CeReS

Dans le contexte international actuel de mouvements de protestations adultes inédits (Occupy Wall Street, Indignés espagnols, Mouvement des Tentes de Tel Aviv, etc. suscités dans la mouvance et la dynamique du Printemps Arabe, avec cette attitude partagée de non-réception, de non-assomption de la transmission d’un monde inégalitaire), il est une rébellion profonde à la transmission, plus diffuse dans ses effets, à bas bruit (quoique !) et bien moins médiatisée,  bien que tout aussi assembléiste et mondiale, celle du peuple adolescent, pour autant, bien entendu, que l’adolescence existe dans l’organisation sociale considérée.

La sémiotique doit identifier les actants, les valeurs en jeu et la syntaxe de cet échec de la transmission, les diverses formes de ce refus, d’autant plus que les adolescents, on le verra, résistent à accueillir ce au sein de quoi ils sont nés, ainsi le langage adulte et ce fait incontournable que tout un chacun est le fruit de la rencontre de ses géniteurs. Et, tout particulièrement, que l’on hérite d’un génome et d’un corps, voire d’une histoire familiale et d’un imaginaire, d’une économie psychique qui provient en grande part du fin fond des générations antérieures.

Si les Stoïciens faisaient un net départ entre les choses qui dépendent de nous et celles contre lesquelles nous ne pouvons strictement rien, tout se passe comme si les adolescents remettaient en cause, y compris dans leurs passages à l’acte auto- et hétéro-agressifs, cette distinction, tentant de réussir ce que nous avons appelé un acte d’auto-engendrement sur fond de création d’un langage nouveau.

Cette approche sémiotique de l’échec de la transmission et des actes de rébellion qui sont induits en permettrait une lecture originale et pourrait, par exemple, alimenter des programmes de prévention pertinents des conduites à risque par lesquelles les adolescents mettent en danger leur santé et leur vie même, dans une société, la nôtre, qui a peu à peu déconstruit tous les rites de passage.


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À propos du numéro de Tópicos del seminario « L’immanence en question » (vol. 1)

Alessandro Zinna
Université de Toulouse – Jean Jaurès
Equipe « Médiations sémiotiques »

Les responsables du séminaire de Paris, répondant à un débat commencé l’année précédente lors de la présentation de l’appel à communication de la revue Tópicos del seminario, avaient décidé de poursuivre cette discussion en ouvrant le débat, pour l’année 2013/14, sur la thématique de l’immanence. La parution du premier volume « L’immanence en question », est l’occasion de prolonger idéalement les conclusions par les articles édités dans la revue de l’Université Autonome de Puebla2.

L’invitation à réfléchir sur la thématique choisie se voulait, à ce moment, une réponse à l’exigence manifestée à plusieurs reprises par les mêmes chercheurs, à savoir, celle d’une mise à jour du concept d’immanence. En qualité d’éditeurs des trois numéros de la revue – Luisa Ruiz Moreno et moi-même – nous avions alors synthétisé ce débat tout en le résumant dans l’appel à communication par trois attitudes critiques : 1) le sens n’est pas immanent au texte car il se construit grâce au travail de l’interprétation ; 2) un retour à la phénoménologie de l’expérience et de la perception renvoie à la transcendance du vécu et de l’objet ; et, finalement, 3) le fondement de la praxis énonciative est considéré comme l’acte de production plutôt qu’un passage de l’immanence des structures narratives au discours. Les recherches menées en sémantique et en sémiotique interprétative, ainsi que celles en sémiotique de l’expérience et de la praxis énonciative, conduisant à se questionner sur la nécessité, selon les cas, de garder ou d’abandonner les fondements immanents ou plutôt de saisir la voie d’une nouvelle définition de l’immanence.

La centralité et la portée de ce concept dépassent en définitive la querelle sur le structuralisme ou le post-structuralisme, et cela non seulement grâce à fonction de soutien épistémico-méthodologique, capable d’indiquer par la méthode les objets de recherche propres à la sémiotique, mais aussi par le fait que le concept fait office de passerelle avec les autres disciplines. L’immanence, non seulement concentre sur elle-même des fonctions de connexion, mais elle relie historiquement notre discipline à d’autres domaines avec lesquels la confrontation est vitale pour l’évolution même de la discipline : d’une part, la Linguistique, de l’autre, la Philosophie, mais plus récemment aussi la Phénoménologie et les Neurosciences. Pourtant, pourrions-nous soutenir que, dans ces différents domaines de recherche, nous pensons tous à une définition univoque lorsque nous mentionnons l’immanence ? Et, si nous reconnaissons un plan ou un champ sémiotique de l’immanence, il y aurait-il aussi un horizon non-sémiotique de l’immanence ? Pour répondre convenablement à cette question, nous devons prendre en compte non seulement la complexité de sa définition, mais prévoir aussi les usages dans les autres sciences car ce concept non seulement intègre un ensemble de caractéristiques distinctes les reliant dans un champ sémantique commun, mais devrait nous permettre d’intégrer aussi la sémiotique dans l’horizon des autres sciences.

Aux conclusions déjà avancées lors de la dernière séance du séminaire en juin 2014 s’ajoutent maintenant les propositions recueillies par les nombreuses réponses à l’appel à contributions. Introduisant ces autres sources pour alimenter la réflexion, l’intervention souhaite esquisser une première synthèse de la recherche en cours sans oublier d’indiquer les points de convergence, les ouvertures et les lignes de fuite proposées par les différentes contributions des auteurs.


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Texte, lecture et transmission

Denis Bertrand
Université Paris 8

On se propose de rapporter les conditions de la transmission aux objets et aux pratiques qui la sous-tendent, et en premier lieu celles du texte et des formes de son appropriation. Au cours de son histoire, la sémiotique a développé plusieurs modes d’approche de la textualité jusqu’à la définition d’un concept de « textualisation ». On en proposera pour commencer une synthèse (cf. notamment Greimas, Rastier).

On s’attachera ensuite aux processus de légitimation des écrits et d’institutionnalisation de la lecture, traditionnellement fondés sur une segmentation et une hiérarchie des textes, en évoquant leur double capacité référentielle : celle de fixer des tranches de monde et celle de se constituer en référent interne, convocable dans les pratiques qui les dissémine depuis la citation jusqu’à la modélisation des savoirs (qu’il s’agisse d’apprentissage, de recherche, ou de fixation de la doxa comme dans la détermination générique). Les exemples ici seront puisés à la source des « grands textes » dont on interrogera du même coup la notion.

Cette approche nous conduira à une réflexion sémiotique sur les effets de la révolution numérique relative aux textes et à la lecture. Elle nous semble fondée sur la « vacillation taxinomique » qu’elle induit, et dont les implications demandent analyse. Ainsi, à partir de la question que pose R. Chartier, « un texte est-il le même quelle que soit la forme de son support ? », se redéfinissent les rapports entre les types d’objets (livres, revues, magazines, etc.), les formes de discours et les pratiques de lecture. De même, la relation entre accessibilité et mobilité, liée au support informatique désormais unique pour tous les livres (de la bibliothèque de Babel borgésienne à la bibliothèque universelle Google), conduit à interroger les mutations des modes d’appropriation. Enfin, la question des valeurs attribuées (hiérarchie, sacralité des textes, etc.) se trouve relancée par l’ébranlement des thématisations de l’écriture elle-même (cf. le problème du plagiat et de la propriété énonciative du sens) et, plus encore peut-être, de la lecture (du « braconnage » – M. de Certeau – à la fragmentation et à l’instabilisation de l’échange).

A travers quelques études de cas, culturellement remarquables comme Don Quichotte ou culturellement diffus comme les mises en abyme médiatiques, ces questions transversales conduiront à réinterroger certaines grandes modélisations de la sémiotique elle-même (comme le passage du récit au récitatif) ou, plus concrètement, à montrer comment « les formes d’inscription d’un texte délimitent ou imposent les possibilités de son appropriation » (R. Chartier) et, partant, de la transmission des savoirs et des croires.


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Transmission et sémiotique des cultures

François Rastier
Directeur de recherche
CNRS, INaLCO-ERTIM

En questionnant les conceptions implicites des langues et de la culture qui sont aujourd’hui de mise, l'exposé souligne les limites des théories de la communication et de la cognition qui entendent se partager sans reste l’enseignement et la recherche.

Une autre conception de la culture se dessine avec la richesse de l’enseignement des langues et la diversité des sciences de la culture. Pour empêcher l’idéologie managériale et les intérêts privés de contrôler et d’instrumentaliser l’éducation, un projet ambitieux doit promouvoir une conception cosmopolitique de la connaissance.

La transmission commande la communication, dépourvue en elle-même de contenu, et comme la séquence de la communication (émetteur > signal > récepteur) ne vaudrait que pour l’expression si elle était isolable du contenu, il nous paraît préférable de lui substituer un cycle de la transmission. C’est ainsi  à une réflexion sur la transmission, sur son temps propre, ses contenus et ses valeurs qu’invite cet exposé.


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L’histoire contrefactuelle ou ce qui aurait pu se passer

Paolo Fabbri
Université de Rome

Les études sémiotiques du récit ont transformé en profondeur le discours des historiens, ainsi que le débat théorique entre positivisme et phénoménologie, causalité et (pro-re-)tensivité (v. Dumézil, Kosellek, Ricœur, de Certeau, Lotman, etc.).

Sous le signe de Clio, de “nouveaux” problèmes ont été posés –  mémoire /oubli, progrès/décadence, post-modernisme, présentisme, anachronisme, invention de la tradition, négationnisme, etc., ainsi qu’une approche plus anthropologique (v. l’histoire de l’art). Et des notions passe-partout comme le storytelling, habitent une recherche cognitive volontiers ignorante de l’apport sémio-linguistique.

Une orientation récente, l’histoire contrefactuelle – uchronie/hétérochronie entre effet de réel et fiction – pose de nouvelles questions aux historiens et interroge en retour le modèle sémiotique de la narrativité (v. points de vue, linéarisation, etc.).


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De quelques modalités et institutions symboliques de la transmission des catastrophes naturelles antiques.
La mémoire à l'épreuve de l'histoire

Isabelle Klock-Fontanille
CERES-Limoges-IUF

Pourquoi et comment une communauté va-t-elle retenir ou oublier, transmettre ou modifier le souvenir d’événements exceptionnels tels que les catastrophes naturelles ? Je partirai de quelques exemples de catastrophes du passé : le Déluge, le changement climatique qui s’est produit à la fin de l’âge du Bronze, l’incendie qui a ravagé Rome en 390 avant J.-C., le tremblement de terre qui a ravagé Pompéi en 62 après J.-C., le plomb à Rome, etc. La thématique de la catastrophe naturelle – qui instaure une rupture et un temps de crise, et  crée un hiatus entre le temps de la catastrophe et le temps quotidien – est particulièrement intéressante pour la question de la transmission.

Pour chaque cas, j’étudierai comment les faits sont établis, comment les phénomènes sont perçus et de quelle manière se fait leur traitement sémiotique dans les discours, les figures, les monuments. Ensuite j’essayerai d’établir les modalités de la transmission en fonction des solutions sémiotiques choisies. Selon l’orientation (prospective ou rétrospective), la transmission pourra prendre la forme de la médiatisation, de l’instrumentalisation, de la scénarisation, du processus symbolique, de la commémoration ou de la ritualisation.


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Les murmures des fantômes

Boris Cyrulnik

Quand il y a eu un trauma non élaborable dans une famille, la souffrance muette provoque une étrange communication.

Les fantômes murmurent par le média du corps, biologiquement d'abord,  quand le cerveau est modifié par les émotions non traitées.

Rapidement, ce sont les objets qui deviennent les transporteurs de fantômes.

Quand la tragédie mal parlée est soutenue,  les fantômes cessent de provoquer le cryptage ou le clivage du monde mental.

La mémoire du passé douloureux ainsi remaniée ne transmet plus ce symbole étrange où se nichait le fantôme.


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La transmission des goûts culturels

Jean-Luc Fabiani

La théorie de la légitimité culturelle présuppose, sans toujours les identifier franchement, l’existence de dispositifs de transmission qui assurent la reproduction intergénérationnelle de ce qu’on pourrait appeler un « habitus cultivé ». Le déclin progressif de la forme concert, y compris au sein des couches dites cultivées, aujourd’hui relayée par des formules hybrides qui associent à la musique d’autres plaisirs, y compris de bouche, est un point de départ commode pour une réflexion sur cette forme de boîte noire que constitue la transmission de dispositions culturelles. Le retour sur les analyses des publics de festival, particulièrement celui d’Avignon, constitue un autre point d’appui pour compléter le questionnement. Les modes de production et de diffusion contemporains des formes symboliques conduisent-ils à des remaniements de la transmission intergénérationnelle ? Que reste-t-il dans ce cas des problématiques de la distinction ?


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Les transmissions indirectes

Jean Petitot
EHESS, Paris

En général une transmission directe est un transfert intentionnel d'un agent source vers un agent but. Ce concept est un aspect du schème de transfert orienté temporellement du passé vers le présent ou le futur, descendant de l'amont vers l'aval, procédant de la cause vers l'effet. Les transmissions indirectes relèvent du schème inverse de l'anti-transfert remontant de façon rétrograde vers l'amont, le passé et les causes. Nous en donnerons quelques exemples.


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Sémiose et hypnose : ce que l’hypnothérapeute transmet

Nicolas Couégnas
Université de Limoges
CERES

On peut considérer que la transmission n’est après tout qu’un simple procès de transfert, d’un objet possédant une valeur, informative ou économique dans la majorité des cas. Seules comptent alors les modalités du transfert, l’art et la manière du « transmetteur », et les bonnes conditions de réception de l’objet transmis. On peut aussi faire l’hypothèse, sémiotique, que la spécificité de la transmission, si l’on tente de lui en octroyer une, tient avant tout dans la nature de l’objet transmis. Il y alors quelque chose en plus dans l’objet à transmettre, un supplément d’âme, une dynamique interne à l’objet qui doit rendre possible son appropriation et la relative pérennisation de son contenu.

Pour caractériser ce supplément d’âme, on pourrait se satisfaire de la notion de texte, ou de textualité, pour indiquer que l’objet transmis est fondamentalement de nature interprétative et commande une réception active. Mais, quelle que soit l’extension attribuée à cette notion, ce serait encore limiter la transmission à un domaine d’exercice particulier. Nous proposons de lui substituer celle de sémiose, ou de schème sémiosique, pour partie inspirée par une réflexion sur les modes d’existence développés par Bruno Latour dans son Enquête. Dans cette acception, il n’y a pas une sémiose, mais des schèmes sémiosiques, en nombre fini, qui sont autant de dynamiques conférant à telle ou telle pratique son homogénéité sémiotique, et offrant à la transmission sa matière première.

Pour n’en pas rester à la seule proposition théorique, nous porterons la réflexion dans un champ pratique particulier : celui des séances d’hypnothérapie sous hypnose, pratiquées dans un cadre médical institutionnel, sur lequel a été entamée une recherche qui associe thérapeute et sémioticien. L’hypnose n’est évidemment pas le premier champ dans lequel on songerait à se poser la question de la transmission. Il y a pourtant bien, dans ces séances, un objet dynamique qui doit passer du thérapeute au patient, une « parole influente » dont le potentiel thérapeutique peut être comparé au procès de la transmission, tel que l’on tente de le définir. Reste à identifier quel type de sémiose est à l’œuvre dans ces séances et comment il se traduit, pratiquement, en une « efficacité physio-sémiotique », parente avouée de l’efficacité symbolique de l’anthropologie structurale.


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Socio-anthropologie de la transmission des savoirs professionnels

Dominique Jacques-Jouvenot
Professeure de sociologie (LASA-UFC)

L’acte de transmettre est considéré ici comme un acte fait des trois obligations anthropologiques donner-recevoir et rendre (M. Mauss). Dans cette perspective les contenus des savoirs sont toujours rapportés aux interactions dans lesquelles ils circulent. C’est le seul moyen  pour le sociologue d’aller au delà des rhétoriques professionnelles  des acteurs qui font une place très  grande aux savoirs naturalisés. Nous montrerons que  cette attitude leur permet de dissimuler les ressorts culturels de la transmission. Transmettre des savoirs ne se comprend donc qu’à partir de l’analyse de la transmission des places entre des acteurs sociaux : les donateurs et des donataires. Les faits de transmission résultent de processus qui articulent les générations les unes aux autres et ce, dans une temporalité longue.


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Transmettre par jeu, communiquer l’engagement : pédagogie, mobilité sociale et contre-rhétorique de l’Histoire

Pierluigi Basso
Université Lumière Lyon 2 /
Laboratoire ICAR – ENS de Lyon)

Le concept de transmission a deux acceptions qui semblent caractériser de manière opposée une sémiotique des cultures. D’une part, la transmission peut être vue comme un paradigme viral de la diffusion des valeurs, à travers une pénétration des messages qui traverse les filtres critiques des acteurs sociaux ; de l’autre, la transmission dénonce les efforts et les engagements d’une génération pour confisquer un patrimoine des savoirs et des œuvres pour la postérité. L’immédiateté et la peur de l’oubli sont paradoxalement les deux perspectives contraires de l’auto-observation de la postmodernité, vu que cette dernière est prise par une double contrainte démocratique : (i) permettre la liberté d’entreprise dans le monde de la communication, (ii) laisser aux acteurs de la communication la liberté d’interprétation.

Le grand spectacle de la communication n’est qu’une vaste confrontation des thérapies contraires pour aggraver cette double contrainte et porter jusqu’au bout les contradictions internes. D’un côté, la communication des loisirs est une industrie tellement importante qu’on accepte la transmission la plus envahissante et diffuse ;  de l’autre côté, on estime que la tâche de véhiculer les connaissances peut heurter la sensibilité des jeunes générations qui, libres d’apprendre ce qui est important dans leur vie – différente par définition –, peuvent être soumises à des décisions pédagogiques seulement à travers la médiation, pleine de contingence, du jeu. La sûreté de l’impact de la publicité peut aller de pair avec l’indétermination ludique de l’éducation.

Dans le théâtre du social, la face est la première forme d’implication dans l’interaction, mais on peut diffuser un nombre si élevé d’images de soi que finalement ce dernier a converti la prolifération publique des simulacres identitaires dans l’indétermination de l’identification (aucune image n’est « propre » – dans toute l’acception du mot). La liberté suicidaire sur le plan symbolique (je suis partout et nulle part à travers les images diffusées, disponibles pour l’usage le plus impropre) entre en résonance avec une société liquide (ou liquidée) qui fait confiance à la pédagogie dépersonnalisée, techno-environnementale, ludique. La transmission donne une assurance de profits à l’identité disséminée, qui utilise les médias pour dissiper chaque détermination attributive (voire « accusative», « incriminante »), tout comme l’industrie de la communication, qui trouve dans la consommation quantitative d’images une compensation à l’indétermination interprétative.

Si le hasard identitaire est bienvenu, le royaume des choses doit être en revanche « patrimonialisé ». Le patrimoine est la figure d’une transmission réussie qui n’a pas besoin d’efforts persistants (valeurs en stock). Le principe figural de la thésaurisation va de pair avec la perte de l’élaboration historique car, à la multifonctionnalité irréfléchie des patrimoines, va correspondre une incapacité d’assignation ferme et univoque aux évènements sociaux et à leurs protagonistes.

À ce propos, on peut enregistrer un autre paradoxe postmoderne de la transmission : la recherche des homologies entre différents plans de la société trouve une contradiction dans la spécificité du terrain de réalisation et dans les traces « humaines » des phénomènes structuraux. On a du mal à « continuer » l’Histoire si on ne comprend pas son indisponibilité figurale, ses ancrages inéchangeables ; l’Histoire ne peut pas être postmoderne, en souffrant de la désappropriation d’une transmission qui n’a plus de poids.


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Différenciation cellulaire et transmission diagonale.

Bruno CANQUE
E.P.H.E.

Les processus de différenciation sont des processus biologiques élémentaires intervenant tout au long du parcours de vie d’un organisme, depuis la cellule-œuf et les premiers stades du développement embryonnaire, jusqu’à l’âge adulte où ils se manifestent à travers les phénomènes d’homéostasie et de plasticité tissulaire. Ces processus regroupent l’ensemble des mécanismes par lesquels une cellule initialement dite « souche » génère une descendance diversifiée dont chacune des composantes présente un phénotype stable et possède une fonction spécifique. A partir des résultats récents issus de nos travaux sur le développement du système immunitaire humain, nous interrogerons la pertinence des concepts de transmission, de programme de différenciation, et de trajectoire cellulaire.


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Langage et transmission du sens dans la perspective d'une sémiotique cognitive".

Per Aage BRANDT

Si le sens doit pouvoir se transmettre entre individus pour que les cultures humaines puissent exister, et si le langage est grosso modo responsable de cette transmission, il faut comprendre comment le langage la rend possible. Aucune théorie du langage n’a réussi à le faire, même en principe. La théorie du signe est particulièrement inapte à en fournir une explication. Notre exposé discutera le problème et proposera une nouvelle conception du rôle de la grammaire dans le processus permettant de connecter l’expression temporelle “linéaire” et la pensée multidimensionnelle : il existe une sémio-syntaxe qui fabrique des simulations sémantiques. Cette même sémio-syntaxe détermine les linéarisations phrastiques (l’ordre des mots) et la délinéarisation nécessaire à la compréhension des phrases à la réception.


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Le cinéma, institution pour la transmission du film ?
Pistes pour un questionnement sémiotique des « réénonciations » et des « remédiations »

Gian Maria TORE
Université du Luxembourg

La sémiotique – toutes sensibilités et approches confondues – a longuement conçu et étudié le cinéma comme un « langage », et à la limite comme un « média » ou un « art ». Mais le cinéma est aussi une « institution ». Aujourd’hui, le cinéma, c’est par exemple un lieu d’où l’on transmet des opéras, des pièces de théâtre, des matches de football en direct depuis un autre lieu de spectacle ; c’est dire que tout ce qui est au cinéma n’est pas du cinéma. D’un autre côté, de plus en plus, le cinéma restaure, remonte et rediffuse de vieux films, qui ne sont plus sur leur support original : tout ce qui est film n’est donc pas en film, mais en une grande variété technologique de supports, dont, par ailleurs, le cinéma ne profite qu’en partie…

Il semble intéressant aujourd’hui d’ouvrir et tester un triple programme d’études : 1) analyser le cinéma en tant que véritable institution de transmission ; 2) opérer une série de distinctions sémiologiques entre supports (et plus en général techniques), langages, pratiques (voire praxis), valorisations ou statuts (p.ex. « artistique »), institutions… ; 3) faire place à un jeu complexe qu’on pourrait appeler de « réénonciations » ou de « remédiations ». Il semble intéressant de questionner, en général, l’étendue et les limites d’une véritable sémiotique des médiations.


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La transmission chez Saussure, dans le CLG et les ELG

Jacques FONTANILLE
CERES
Université de Limoges

"Saussure" est un auteur collectif de type « syntagmatique », dont l'activité s'étend sur plusieurs décennies : la construction de la théorie saussurienne du signe et de la linguistique structurale d’inspiration saussurienne est tributaire de ce parcours, ce qui incite à prendre quelques précautions. La question de la transmission y est étroitement liée à la place qui est accordée au temps, à la masse parlante et à l'action linguistique dans les définitions de la langue et du signe.

Il en résulte notamment que pour comprendre le processus de la transmission chez Saussure il est nécessaire d'examiner le traitement des dualités : signifiant/signifié, langue/parole, diachronie/synchronie, sujet parlant/masse parlante. Car la dualité est toujours chez lui une « étroite interdépendance » qu’il faut suspendre pour développer des méthodologies appropriées. Chaque dualité est alors saisie sous des « points de vue » complémentaires et alternatifs, et toute la question réside dans le point de bifurcation : si on se place juste avant, on ne voit pas encore la divergence des méthodes, et si on se place juste après, on ne voit plus l’interdépendance. C’est justement ce point de bifurcation qui se déplace selon que c’est tel ou tel acteur de l’actant collectif « Saussure » qui s’exprime. Quand les temps de l'action et de la masse parlante sont traités comme des propriétés internes de la langue et du signe, la transmission est inhérente à la constitution même du système de la langue et du signe. Dans le cas contraire, elle se confond avec toutes les autres formes de transmission sociale et culturelle.

Saussure tente de saisir notamment l'articulation entre ce qu'on appellerait aujourd'hui une transmission par propagation épidémiologique (la multitude des "exécutions" individuelles de la langue et du signe) et une transmission holistique (la praxis collective de la masse parlante).


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Écriture alphabétique, Monnaie frappée, Science : le cas de la Grèce ancienne

Jean LASSEGUE
EHESS de Paris

L’histoire et l’épistémologie marxistes des années 50 à 70 avaient tenté de penser l’apparition de la science grecque dans son rapport à certaines conditions sociales et techniques spécifiques. Elles avaient en particulier attiré l’attention sur l’apparition de la monnaie frappée conçue comme projection des nombres sur des objets naturels devenus marchandises, projection qui rendait ainsi possible l’apparition d’une quantification généralisée de la nature. Même si ces analyses paraissent datées, elles ouvrent aujourd’hui la voie à une reprise sémiotique de la question de l’apparition de la science grecque à l’époque classique : ce serait moins la monnaie en tant que telle que la mise en place d’un cadre sémiotique nouveau ayant pour fondement l’idée de répertoire fini d’éléments combinables qu’il faudrait plutôt prendre en compte. Il y aurait alors des rapports fonctionnels entre l’écriture alphabétique vocalo-consonantique, la monnaie frappée, la géométrie et l’atomisme qui permettraient de rendre compte non pas tant de l’apparition de la « science » mais d’une culture spécifique à laquelle la science participe. On essaiera de décrire ces rapports fonctionnels et d’en tirer quelques conséquences sur le concept de culture.


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Quelques propositions sémiotiques pour la transmission "à long terme"

Eleni MITROPOULOU
CERES
Université de Limoges

Lorsqu’une Institution interpelle la Recherche pour penser les solutions actuelles pour des productions humaines en termes d’enjeu pour l’avenir, très lointain, et les générations à venir, on pourrait se dire que la spéculation (basée sur l’arbitraire et l’invérifiable) est un danger imminent autant pour la recherche que pour les productions voire l’Institution en question. Si, en plus, ces productions et ces solutions sont hautement déterminantes pour les sociétés futures – comme le déchet nucléaire et son stockage en couches géologiques profondes – alors la Recherche assume une sorte de responsabilité collective.

Au-delà de ces considérations et de tout positionnement idéologique - relatif aux solutions et décisions institutionnelles liées à ces productions – nous exposerons l’intérêt de travailler la notion de transmission en fonction de la résistance des effets de sens dans le temps et dans l’espace dont, forcément, le chercheur ignore le devenir. Puisque la sémiotique est appelée à statuer sur la « bonne longévité » des processus de communication, des messages d’information et des ensembles signifiants, alors il s’agirait de penser ces productions et ces solutions comme valeur, comme rôle et comme acteur de la transmission qui inscrit l’Homme dans les systèmes de médiatisation et met à l’épreuve trans-générationnelle le « tout de communication »


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Littérature : ce qui se transmet de l’émotion « du » texte

Pauline HACHETTE
Université de Paris 8

On considère généralement que le texte littéraire, dans le cas d’une opération réussie, suscite chez son lecteur certaines émotions. On se penche souvent à ce propos sur des modalités de transmission empathiques ou par « contagion » (Landowski), supposant soit une identité de nature entre les émotions représentées dans le texte et celles que peut ressentir le lecteur, soit une « conversion eidétique » recatégorisant l’affect par le moyen des simulacres discursifs (Ouellet).

Nous envisagerons cette problématique à travers un affect, la colère, dont les configurations dans un corpus littéraire du 20ème siècle (Michaux) questionnent et thématisent la complexité en termes de transmission. Qu’est-ce qui se transmet de la colère présente et selon quelles modalités ? Dans quelle mesure sa dimension pathémique a-t-elle une efficience sur le lecteur ?


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Post-mémoire et transmission

Veronica ESTAY STANGE

« Une propriété remarquable des objets de transmission, observe René Kaës, est qu’ils sont marqués par le négatif ; ce qui se transmet, ce serait ainsi préférentiellement ce qui ne se contient pas, ce qui ne se retient pas, ce qui ne se souvient pas : (…) la honte, le refoulé, les objets perdus et encore endeuillés. » (Le générationnel, Paris, Dunod, p. 4) En interrogeant la problématique de la « post-mémoire » en tant qu’effet des traumatismes collectifs sur la seconde génération de survivants, nous tenterons de déceler les mécanismes de cette transmission du négatif. Nous développerons l’hypothèse que cette négativité – manifestée entre autres dans des séquences narratives inachevées ou dans des expériences non symbolisées ou verbalisées – se trouve au cœur du phénomène de la post-mémoire, dont la particularité est de ne pouvoir se référer à son objet que par la médiation de constructions imaginaires et fantomatiques.