Interview de Cécile Welker

SigmadocX a organisé une conférence grand public le 7 mars 2013 à la BFM intitulée « L’histoire de la synthèse d’image en France et dans le monde »  et animée par Cécile Welker, doctorante à l’Ircav (Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel), Université Paris 3. À cette occasion, Cécile a bien voulu répondre à une interview.

Bonjour Cécile et merci d’avoir animé cette conférence ! Tout d’abord, peux-tu nous préciser ton statut et ton laboratoire/université de rattachement ?

Cécile Welker : Bonjour, je suis doctorante en esthétique et sciences de l’art en troisième année à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 (Ircav, Institut de recherche sur le Cinéma et l’Audiovisuel). De plus, je suis étudiante chercheur à l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, où je viens d’obtenir une allocation de recherche.

Peux-tu nous résumer en quelques mots ton cursus universitaire ?

Cécile Welker :  En fait mon parcours a d’abord été pratique. J’ai fait les Beaux Arts de Marseille où j’ai obtenu un DNAP (diplôme national d’arts plastiques), cela m’a permis de découvrir de nombreuses techniques plastiques (céramique, photo, gravure par exemple) et d’approfondir ma formation en histoire de l’art contemporain. Mais cette expérience a plutôt conforté mon intuition que je voulais assister, suivre la création contemporaine, plutôt que d’être moi-même artiste. Je passais plus de temps à critiquer mon travail qu’à le réaliser pleinement. C’est donc tout naturellement que j’ai rejoint l’université pour un master recherche puis un doctorat. Dans l’écriture, mes doutes et mes questions trouvent toute leur place pour établir des démonstrations.

Quel est ton projet professionnel ?

Cécile Welker :  Il est double, comme ma formation. J’ai travaillé dans des centres d’art en tant que médiatrice ou chargée de production. Ces expériences étaient très stimulantes et enrichissent mes recherches. Aujourd’hui, j’ai laissé la création de côté pour me concentrer sur la recherche, et j’aimerai bien pouvoir en faire mon métier. Je fais tout pour avoir un poste de maître de conférences, même si on sait que les places sont chères. J’enseigne l’histoire de l’art numérique et la muséologie à Paris 3 et dans des écoles comme Georges Méliès. Je publie et participe à des conférences nationales et internationales, je suis active dans mon université. A l’avenir j’espère arriver à articuler les trois, recherche, enseignement et aide à la création, pour ne pas être enfermée dans une seule institution. C’est tellement enrichissant d’observer les choses en train de faire. Et puis je me laisse porter par les rencontres, donc on verra bien ce qui s’offre à moi.

Sur quel sujet de recherches travailles-tu actuellement ?Quelles en sont les perspectives?

Cécile Welker :  Je participe à un programme de recherche aux Arts déco sur l’histoire de l’image de synthèse en France (1970-1990). Dans ce cadre, je fais surtout un travail d’archives. Je rassemble des documents d’époque (journaux, magazines), je recueille des témoignages de pionniers, je numérise, indexe et analyse les premières productions faites en images de synthèses (courts métrages, publicités, vidéoclips, making of, etc.). Et c’est une partie de ce corpus que je vais utiliser pour ma thèse. Car même si l’histoire de l’informatique est assez bien documentée, cela concerne l’histoire des ingénieurs, des grandes sociétés, des banques, des réseaux. Aucun ouvrage ne dresse l’histoire française de l’image de synthèse. C’est complexe puisque je ne suis pas technicienne. Mais je vais utiliser ces documents pour comprendre l’évolution des images. Comment et pourquoi s’est formé ce milieu de l’image de synthèse. Comment les artistes et réalisateurs ont tiré parti de ces technologies ? Comment sommes nous passés de la 2D à la 3D ? En gros, à travers une approche historique et formelle des images de synthèse, j’aimerai mettre en évidence les conséquences esthétiques induites par les changements techniques de ce moment que je considère comme pivot dans la représentation. Et cela nous permettra de placer les productions numériques dans un contexte plus large, de les articuler avec l’histoire de l’art.

Tu nous as précisé que tu occupes d’autres fonctions? Peux tu nous dire lesquelles et en quoi elles consistent?

Cécile Welker :  Tout à fait. Je suis chargée de mission auprès de la directrice d’une école doctorale, secrétaire en gros ! Nous sommes très peu à être financés en SHS (pas plus de 5%), donc nous sommes nombreux à travailler en parallèle de notre thèse. Ce job d’appoint est une bonne alternative car il me permet de connaître un peu mieux les rouages de l’université. C’est un atout. Par ailleurs je suis investie dans deux associations. En fait, cela est aussi lié à ma situation de doctorante. Nous ne travaillons pas en labo, et même si nous sommes rattachés à des équipes ou instituts, nous n’avons pas de lieux où travailler. Nous devons donc être très réactifs et débrouillards pour inscrire nos recherches dans une communauté. Partant de ce constat nous avons créé l’association des doctorants de Paris 3 (BDP3) pour faire lien entre tous les doctorants. J’ai été chargée de communication de cette association, vice-présidente et aujourd’hui présidente. Cela m’a amenée à être élue représentante des doctorants au Conseil Scientifique de mon université.

Par ailleurs comme mon sujet de recherche est sur la 3D j’ai rejoint l’association Paris ACM SIGGRAPH, chapitre français du SIGGRAPH, un évènement majeur en informatique graphique. Cela me permet de rencontrer les professionnels et chercheurs de la discipline.

Ça fait un peu cumulard comme ça ! Mais ces efforts sont nécessaires si je ne veux pas rester un chercheur anonyme et si je veux espérer un jour obtenir un poste de maitre de conférences, et ces différents cadres me permettent d’échanger autour de mes recherches de manières très différentes et complémentaires.

Quelles sont les conférences auxquelles tu as participé ? As-tu rencontré des doctorants ou des chercheurs d’Xlim lors de ces conférences?

Cécile WelkerJ’ai participé à quelques conférences déjà, notamment à des conférences sur l’histoire des images numériques ou sur l’histoire du cinéma et des effets spéciaux. C’est encore une différence entre les SHS et les sciences dites dures. On nous pousse à publier un maximum en notre nom propre, du nombre et de la qualité de nos interventions dépendra notre qualification. Les deux dernières en date, « Faire vivre l’informatique graphique » au Cnam Paris pour le colloque Vers un musée de l’informatique et de la société numérique en France, le 8 novembre 2012, et « Le volume de l’image numérique », pour le colloque Images numériques : techniques, esthétiques et idéologies, le 29 novembre 2012 à l’Université d’Aix-Marseille.

Mais si on s’est connectés, c’est parce que j’ai représenté mon laboratoire et l’association Paris ACM SIGGRAPH lors des journées AFIG qui regroupent toute la communauté française en informatique graphique, qui se sont tenues cette année à Calais, où j’ai rencontré des chercheurs d’Xlim.

Est-ce la première conférence grand public que tu animes? Quel est ton ressenti suite à cette conférence ?

Cécile WelkerJ’ai tenu le même genre de propos lors de conférences à Supinfocom Valenciennes, une école d’animation. Mais oui, on peut dire que c’était ma première conférence grand public. C’est la première fois que je suis reçue dans un lieu public pour présenter mes recherches, et pas seulement fasse à des étudiants ou à des chercheurs de ma discipline. C’est une formidable expérience pour un chercheur de se confronter à un public varié, de faire vivre la recherche en dehors des cercles avertis, de faire vivre la cité. Je vous félicite d’avoir eu cette initiative de partage, et je sais grée à l’école doctorale de vous soutenir dans ce projet. Je remercie toute l’équipe de SigmadocX, vous m’avez merveilleusement accueilli, la salle de la BFM est très belle, les spécialités et les bières locales sont fameuses, je garderai un très bon souvenir de mon passage à Limoges ! Je remercie tout particulièrement Romain et Richard (Bézin) qui ont pris le temps de me faire partager leurs recherches, et spécialement Richard puisque c’est grâce à lui que cet échange a pu se faire. Toute ma gratitude aussi à ceux qui ont suivi la conférence, ils m’ont fait des retours précieux.

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