Résultats de l’Atelier Ecriture – Didier Ayres



Retrouvez les textes issus des travaux de l’atelier d’écriture de fiction de Didier Ayres, menés au sein de l’Université de Limoges pour l’année 2016/2017

« Avec mes remerciements pour le service culturel et pour les étudiants très impliqués dans le projet.

Merci donc à Coline, Philomène, Kallysté, Nicolas, Corentin, Aissatou, Julien, Camille, Emeline, Bérénice, Robin, Déborah, Harriet, Morgane, Xéna, Mathilde, Antoine, Yves, Quentin, Georgia, Muhammed, Mathias, Eléa, Julie, Julie, Justine, Edeline, Chloé, Quentin, Pauline, Zia, Laura, Jean-Stéphane, Justine, Noémie, Manon, Houssouna, Saïna, Daniella, Jeanine, Alexandre, Khady Dia et Didier. »

DIDIER AYRES

Sud, sud.

I

Le soleil me fixe, au milieu de l’automne grandiose, le silence de toute la terre, le bois à moitié sec, l’après-midi, dans la fenêtre de la chambre, soleil dans la maison du verseau.

Ainsi parla-t-il de cette nouvelle aventure. Il avança vers la proue. On vit un éclair et on entendit le tonnerre au loin. Les marins reprirent leur poste, le capitaine et l’homme entrèrent dans leur cabine.

Les courants l’ont charriée jusqu’ici. Elle se perdait dans les méandres des cris des marins. Elle coulait dans leur âme. Leur vision devenait floue. Les embruns obstruaient leur vue.

Oubliez vos appréhensions mes frères, et voyez cette épave flottante. Embarquez-vous sans crainte et laissez-vous porter par le vent de la liberté. Hissez les voiles et voyagez. Aussi léger qu’un épi de blé.

Un navire qui se retrouve seul au milieu de l’océan. Une île déserte. Une île où l’on n’entend pas le chant répétitif des oiseaux, le bruit des feuilles mortes sur le sable.

J’étais à bord de L’Annoncier. Ce n’était que le début du voyage. Nouveau continent ont-ils dit, tâche amusante ont-ils dit. L’épave d’un navire gisait, sa coque très certainement éclatée en mille morceaux. Voyager ont-ils dit.

Un nouveau pays, une nouvelle vie. Devenir qui l’on veut. Commencer tout à zéro. Marcher dans les rues. Ce nouveau monde, loin de tout, est là pour nous-mêmes.

Un acrobate qui monte/sur une corolle rouge/pour regarder le monde/le microcosme de chacun/les petites lumières autour/cette étoile a beaucoup voyagé.

Découvrir le monde. J’aimerais pouvoir faire des voyages, un moyen de comprendre ce qui m’entoure, le cœur des choses. Savoir écouter et se perdre pour comprendre.

Tes yeux contemplent la mer/et le regard vague/nous voyageons/l’une et l’autre/l’une sans l’autre/toi avec la mer/frappant et renversant.

La coque dont il ne reste plus que le squelette, ce radeau qui s’effrite en mille morceaux sans que l’on sache. Le parquet pourri et grinçant de cette machine maritime. Cette épave flottante dans l’océan atlantique.

Encore quelques milliers d’années, et peut-être verrons-nous surgir de l’écume. Il y aurait une proue avec un visage de lion qui s’élancerait vers le ciel. Il y aurait les restes d’un équipage.

Vous êtes chargés du salut de leur âme. Offrez-leur la paix, la civilisation et du travail. Prouvez-leur qu’ils ont besoin de lances, du feu ou de l’anthropophagie. Montrez-leur le chemin de la lumière, du beau, du juste et de la foi.

Ici et là, une barque. Tant de choses qu’il faut vivre. On peut continuer à voyager.

On tangue tant et plus sur l’onde du rouleau qui vient se précipiter sur la côte et qui renvoie avec brusquerie sa lame de retrait. Implacables leçons, flottements incertains, vertiges problématiques. L’écume des grandes mers.

Force bleutée du soir, un rêve, des nébuleuses et le silence, le soleil qui envahit le néant et toutes les nudités, le chaos magnétique, le mystère, et tout ce qui se jette sur le ruisseau de glace de minuit.

Ma tête était entièrement penchée en arrière. Les fenêtres étaient hautes, étroites. L’homme n’est rien. Que se passerait-il si j’avançais encore d’un pas ? la beauté n’est pas une qualification qui lui convient. Il repousse et attire en même temps.

L’eau coulait doucement depuis le bec des oiseaux. La jeune fille recula. Se cachant avec les arbres dans la pénombre. Même la robe de satin rouge était parfaite.

La première heure de la matinée. Tout dépend de notre organisation. L’effet de la prévoyance, de l’anticipation dans la vie quotidienne. Ainsi cette première heure, nous appartient.

Des chants d’oiseaux. Au loin un magnifique château, qui avait accueilli des rois, des reines, des princes. Il y a quelques années cette cour était le centre de toutes les activités du village.

Petites fleurs s’approchent/le ciel rempli de petites lumières/tout le soulèvement psychique et spirituel/un vieux château.

Quoi de plus enchanteur à la vue d’un esprit impressionné par la beauté des choses, que ce havre de douceur bucolique. Qu’importe, cette nuit, il dormira comme un prince.

Maison de fer, maison de peuplier rouge, bateau de couleur, bâtiment de carbone, une fenêtre dans la chambre de jade, le silence trois fois au milieu de cette demeure.

Pourtant, une fenêtre est un regard sur le monde. On s’élève vers une meilleure condition de nos perceptions. Comme un prédateur. Celui qui vous rendra riche et pur, respectable et vaillant, humble et servile.

Des feuilles mortes tout le long du trottoir. Les chiens qui aboyaient au loin. Cela devenait presque inquiétant. Il se rappelle d’une Espagne festive, conviviale.

Que faisait-elle là toute seule, triste et abandonnée à elle-même ? La ville morte. Que faire alors dans cette ville jusqu’à la fin de ses jours ?

Je leur invente une vie. Amant fraîchement éconduit, maîtresse drapée dans sa dignité. C’est une prison. Echec et mat.

J’entre, j’entends et ressens alors une musique apaisante. Quand il frotte son front contre le mien.

Une rue/l’ombre du soir/un soir comme les autres/l’air rouge/les danses animales/soleil espagnol.

La maison était grande et elle se sentait petite. L’hiver avait déployé son manteau de neige. Tout était sombre autour d’elle. Et puis ce léger parfum de cannelle qu’il laissait dans son sillage. Cette odeur qui certains jours lui faisait tant de mal.

Un endroit où rien ne peut nous atteindre. Et les murs contiennent des secrets. C’est drôle comment cet espace de convivialité peut devenir solitaire, comment une demeure peut devenir une prison.

C’est chaleur/c’est la ville en fête/des talons qui traduisent une allure pressée/des gens qui se hâtent/lacets défaits/sur les théories de Saussure.

Ce vieux bâtiment était chez moi/feu, couleurs, rêves et un cœur chaud/mais les années passent dites-vous/qu’est-ce que c’est une maison ?

Cette porte renferme un secret. Cette forteresse en fer forgé laisse entendre un grincement strident à son ouverture. C’est une multiplication d’escaliers lugubres menant à des pièces exiguës, étroites.

Peut-être un couple est-il en train de se lancer des injures sans réfléchir à cause de quelque chose de futile qui se serait échappé de la bouche du jeune homme. Ou peut-être que…

Il fixe quelque chose. C’est le désordre. Des meubles partout, des dizaines de feuilles et de pinceaux à même le sol, des taches de peinture et des déchets çà et là.

Cette lourde porte donne sur une chambre, entourée de quatre murs épais recouverts de graffitis en tout genre. Le silence qui y demeure semble contenir toute la charge émotionnelle du lieu, toute son histoire.

Deux adultes boivent du thé autour de la cheminée d’où se dégage une fumée. Des enfants s’interpellent en riant. Le cheval à bascule. Le mélange des odeurs de bûches. Ce genre de Noël.

Il se leva, s’étira, alla chercher des morceaux de pain et un verre d’eau. Heureusement la fenêtre de sa cellule donnait sur une vue large de Barcelone. Rien ne lui permettait de distinguer les visages.

Malgré l’obscurité qui avait envahi la ruelle, on pouvait distinguer à travers les barreaux un visage poupin qui se dessinait. La fenêtre se dressait, béante. Le calme avait envahi la ruelle.

Il fait chaud. Je regarde la rue. J’attends. Je ne veux pas qu’il voie que je l’attends. Je secoue la tête. Le désir des Tartares.

Un lente combustion plastique, la nuit, le jour, la constellation du chien, l’éclatante production de pierres et de fer, l’absence et le signe de l’oiseau.

Elle était fantastique. Elle donnait la certitude d’une pureté cristalline, d’un monde libre, sans conflits. Ce spectacle me laissait sans voix, là ces montagnes romanesques.

Les branches craquaient. Lui, au fil d’une escalade, devenait un fin connaisseur de ces savoirs réservés aux enfants. Sur mille et une étendues, un minuscule point à l’horizon. Il prenait place à côté de l’enfant.

Magnifique coucher de soleil tachant la surface des nuages de rose et d’orange délicats. Des déserts. Des dunes. Une forêt luxuriante. La plaine. Enfin ils suivirent le trajet du soleil jusqu’à disparaître derrière d’abruptes montagnes.

Les poissons avaient investi la fontaine. Ils plongeaient dans l’eau fraîche. L’eau était claire, doucement azurée comme on voit les voiles de Chine moirées qui ondulent sur les reflets des rayons du soleil. Poissons d’argent. Prétentieux.

Un ciel d’encre. Son épaule frissonne. Le vent emporte son parfum. Le ciel est maintenant rempli d’étoiles. Et tout s’emmêle : les cheveux et les étoiles. Les oiseaux ensommeillés sortent des montagnes sous la lune claire.

Je ne souhaitais rien perdre de ce spectacle. Il était temps. Je déposais les lunettes sur mon nez puis allumait ma caméra et mon micro. Une forme humaine s’assit au milieu de la plaine. La flamme s’arrêta. C’était terminé.

Une atmosphère glaciale. Des silhouettes qui semblaient se débattre entre elles. Des bruits étranges et répétitifs. C’était le trou noir. Il se dirigea vers les montagnes romanesques qu’il voyait au loin vers ces terres qui lui étaient inconnues.

De ce simple sentier de terre, au fur et à mesure, jour après jour, cette majestueuse chaîne de montagnes, l’éloignement et l’homme pour contempler tout ce monde. Pour rentrer en connexion avec son propre for intérieur.

Je ne fais pas attention aux alentours. Je suis endormie. Ma bouche s’était légèrement entrouverte. Les muscles de mes jambes étaient endormis à cause du voyage. Je continuais et plusieurs passèrent.

Elle s’assoit, les jambes pliées, enlacées par ses bras, la tête baissée en appui sur ses genoux. Alors, elle se détend, relâche ses bras.

Je vois le royaume. Des terres sublimes. On y répand le fer, le feu été le sang. Bientôt l’or des lauriers viendra se fondre sur mon crâne. Je sais l’issue de cette guerre inévitable.

J’étais là, penchée sur le sommet d’une montagne romanesque. Et c’était tant mieux. C’est ce que je cherchais, la solitude, cette soirée d’une pureté cristalline, ce paysage qui me paraissait comme une œuvre d’art.

Si on y regarde de plus près pourtant, on peut voir qu’il y a des indices, de subtiles traces qu’il aurait pu repérer. Qui savait la vérité à son sujet ?

Je me demande comment les gens me voient… sûrement pas comme je me vois moi-même. J’attends mon bus sous la pluie. Pour eux je suis un mystère. Dans ma vie j’ai été orpheline, criminelle, romantique.

Du haut de cette plaine rocheuse, un saule pleureur. La Castille où la faune et la flore sont en parfaite symbiose. C’est drôle en y pensant comment cet arbre peut-il offrir un tel niveau de vie ? c’est l’arbre de tous les secrets.

Il observe/c’est la colline depuis là-haut/la nuit/l’histoire d’un jour/un son qui ne peut exister/ils se retrouvent chaque soir/quand il fait noir.

Un site parmi les arbustes bas d’où l’on découvre une vaste étendue. Unique chance de conserver tant de douceur avant que la lune et le froid de la nuit ne volent son idylle. J’embrasse mon aimé pour la dernière fois. Je tombe et je m’endors.

Ce changement rapide, la fraîcheur se fit ressentir sur l’ensemble du groupe. Moi-même je ne me fis pas prier pour m’emmitoufler sous une épaisse couverture de laine. Je décidais de le rejoindre. Il me vit et me lança un regard bienveillant. Je m’assis à ses côtés.

Je suis éberlué, impressionné par ce paysage castillan. Voici que m’assaille un sentiment de profondeur, de puissance et de domination de cette nature.

Le ciel devenu rouge, juste le petit goût de gaz de ville, la pointe aiguë du gaz, oui, ce goût de gaz, cette sorte de goût de réglisse comme quelque chose qui se dédouble.

Je trouve que mon père avait raison, mais pour moi la vie est une guerre. Elle est composée de multitudes de batailles. Je vais mourir, cela est certain.

Débarrasser les discours de leur robe d’apparat. Cela avait déjà été fait il y a onze ans, lorsque son père plein d’espoir était parti brave et plein de convictions.

Nous nous réjouissions à mesure que notre caravane se rapprochait de cette masse verte et luxuriante qui étincelait telle une émeraude. D’autres plus observateurs, allaient se jeter dans une mare qui s’étendait un peu plus profondément dans ces bois. Mais tous venaient d’outrepasser le tertre funèbre d’une bataille passée.

J’avance. J’essaie de me faire invisible. Je ne ressens que de la tristesse. Tout devient trop bruyant. Je ne ressens plus que de la rage. Je deviens un autre.

Phrase anodine. D’abord ça peut peut-être commencer par un avertissement. Une sonnette d’alarme. Ça peut-être aussi de l’inquiétude. Et s’il s’agit de trahison, le schéma peut être aussi différent. Toute la vérité. La plus sale. La plus triste.

On a du mal à distinguer ce bruit. Je ne comprends pas. Je me rapproche te je crie de ma voix fluette : « Que dis-tu, toi, spectre des bois ? » J’ai hurlé avec le peu de souffle qui me restait.

Aujourd’hui c’est la révolte. A votre avis : c’est qui le sexe fort ?

Au commencement, les chênes étaient verdoyants. Au commencement, les roseaux ont levé la tête vers le ciel. Au commencement, les oiseaux chantonnaient des petites mélodies douces, mélodieuses et joyeuses. Au commencement, il y avait la vie.

Il vient d’y avoir une bataille d’une rare violence. Dans ce cas, notre passivité ainsi que notre naïveté peuvent nous conduire loin d’où nous sommes. Ainsi, soyons des êtres responsables de nos actes, car nous seuls en tireront conséquence.

Je ne peux pas encore sentir la nervosité et l’excitation de ma monture. Je reste immobile, incapable de bouger, de desserrer mes doigts autour des rênes, de formuler une phrase cohérente.

Par l’ombre de la mort sur toute la terre. Par trop de morceaux de cadavres en feu. Un membre fait de vent. Là où la terre était meuble. Partout il voyait ses pensées entre les arbres, dans le creux d’une vallée.

Il s’agissait d’une bataille sans merci. Il paraissait jeune. Il tenait à la main une épée étincelante. Le cavalier puis le dragon furent tués sous les coups sans avoir pu esquisser la moindre défense. Fin de la bataille.

Le récit que l’on fait est digne de l’époque des Vikings. On parle d’une bataille sans fin d’une extrême violence. Le ciel était couvert par un nuage de fumée. Plus de différence entre le jour et la nuit.

Les hyacinthes et les chèvres-feuilles, les tilleuls et les hêtres, les nénuphars et les violettes, les saules pleureurs. La couleur du sang. La violence de la bataille. Et il ne restait plus rien.

Les guerriers des deux camps ont déjà emporté les morts et les blessés. On pouvait presque croire que la bataille n’avait pas eu lieu. Seuls, des roseaux fendus, juste un arbre mutilé, renversé. On aurait pu croire que la guerre n’avait pas eu lieu.

Donc un ordre de bataille : est-ce que parce que quelqu’un d’avisé a fait un signe de démarrage des hostilités ? Ou bien est-ce une allusion, le matériel avoué de s’entretuer avec ordre.

Et le fleuve orange qui se jette dans le delta, les eaux du fleuve vers une sorte de néant jusqu’à la mer immense, l’obscurité des abysses, des couleurs froides et métalliques et des iris phosphorescents.

Cet air de la mer/les couleurs/les esprits fragiles/les petites ou les grandes vagues qui donnent l’impression du mouvement/la place de l’auberge/la solitude quand tu te trouves à côté de l’eau/l’obscurité du réel.

Maxime contemplait la mer. De ses yeux bleus, il regardait le gris du ciel surplombant cette colère océanique. En hiver ou en été, il ne saurait l’oublier.

On s’y retrouvait tous ; tous les marins d’Europe, tous les marins des Amériques, tous les marins d’Asie… dans l’odeur épaisse de la cire d’abeille, de la sueur, du poisson frais ou frit. L’auberge était située sur la falaise.

La pluie était torrentielle et frappait furieusement les fenêtres de la petite auberge dans laquelle nous avions trouvé refuge. Par l’une de ces fenêtres, nous pouvions voir la mer qui n’était plus que chaos. La falaise sur laquelle se trouvait l’auberge s’écroulait totalement emportant avec elle la petite baraque qui, dans sa chute, fut frappée par un éclair et s’embrasa.

Son regard bleu impatient de voir un bateau apparaître à l’horizon – l’horizon flou mais plus net que la terre ferme – des marins entrent et sortent dans l’auberge. La mer, les mêmes nuances, légères ou profondes : nostalgie, mélancolie, désespoir, tristesse… toutes bleues.

Le pavillon où les clients passaient était revêtu d’or et éclairé par une lumière si forte qu’on pensait que le soleil ne se couchait jamais. La mélodie des vagues, le bruit du vent, les feuilles. Les fontaines. Aujourd’hui c’est un lieu abandonné et livré à lui-même.

De ma fenêtre j’entends les vagues qui s’acharnent sur le sable, le frappent encore et encore. C’est monotone, c’est régulier, c’est prévisible. La seule chose qui change ici, ce sont les gens.

Livre et imagination/la magie quand on ouvre son placard/tout un monde/des expériences étranges/une personnalité/deux en fait/le duo par excellence/nuit, soir, après-midi, matin…

Pendant les périodes estivales, il était possible de profiter de belles terrasses fleuries en dégustant une bonne tasse de thé. Car Libreville, ma ville, est une ville très festive.

Un jardin rempli d’orangers. Une petite fontaine de faïence bleue sous les arbres. Rien ne venait tacher ce tableau idyllique. A ses yeux admiratifs, il est devenu l’éloge de la liberté, de la légèreté et de la paresse.

Avec ce temps apocalyptique, j’avais cru que le lieu serait bondé, que l’on se battrait pour du pain ou un breuvage chaud. Il n’y avait que des marchands qui négociaient sûrement. Rien de fameux.

De l’extérieur, ce lieu paraissait lyrique, presque magique. Mais en entrant, on pouvait y ressentir un mal être, une atmosphère pesante.

L’auberge se donne à voir à des passants qui marchent sur une plage de galets noirs. La résonnance des vagues. Nous nous levons pour une promenade paisible. La nuit tombe. La Grande Ourse a disparu.

Des jours pluvieux/des soirées brisées/des douleurs, des chagrins/la merveilleuse tragédie/la mer/l’amer/la mère/la merveille.

L’auberge était comme une épine sur ce littoral. Elle était comme un flambeau au milieu de la brume. Et là, dans la grande pièce principale, près de l’âtre, des prisonniers racontaient des histoires.

Cette mer qui s’écrase sur les rochers en faisant un mouvement de va et vient sous le soleil triomphant, laisse percevoir un lieu hors du commun, un lieu hors du temps. Que pouvait bien être la suite de ce X ? Peut-être une auberge qui recueille des enfants nés sous X ? Ou encore une croix pour indiquer le lieu d’un trésor ? Mon cœur est touché de plein fouet.

J’essaie d’imaginer ce lieu/notre lieu/notre endroit/mais je ne peux pas/je suis malade/tu es ma vague/tu es mon courant/alors, allons-y.

C’était au bord d’un précipice, à un endroit que l’on ne connaîtra jamais. Je l’ai connu mais je ne l’ai jamais retrouvé. C’était une falaise dominée par un mistral aux sonorités persanes. Je voyais mille choses et pourtant je n’en voyais qu’une. La fin des navigations des navigateurs.

J’ai eu une mère agitée, stressée et obnubilée par les tracas que je lui causais. Elle était mère protectrice d’une suite d’enfants soutenue par une abondance d’amour qu’elle distribuait avec tendresse et générosité.

Non, moi, j’aimerais parler de mes amis au cœur battant. Êtres animés de vie, d’entrain, d’altruisme. Vous avez reconnu la grande famille animale. Ces fameuses créatures appelées bêtes.

Il est soucieux et comme on pourrait dire, il est tout retourné. Il est sens dessus dessous d’avoir grevé son budget et fait tant d’abus sur le petit bout de sous qu’il lui restait. Il se soigne au saké, sur daïquiri coco, peppermint au thé vert.

Un nautonier, des sortes de petites statues ouvragées, de grands oiseaux blancs qui déchirent la pierre, des nuages de verre, un papillon, une apocalypse, des flèches, la joie, la fin.

 

II.

 

Quelque chose qui ressemble à une présence, des petites lumières fragiles qui font penser à une soirée de novembre, sur le bord de la fenêtre, la profonde mélancolie, une image, juste une fois.

Un ange nu. Il paraît nu. Il brille tellement. La lumière flamboyante s’atténue. J’ose m’approcher. Je vois son visage si inquiet et je lui demande : « qui es-tu ? »

Mon sommeil, j’y étais embourbé jusqu’au cou. Un marais. J’étais tiré vers les enfers. Je sentais l’eau salée si proche. J’aurais pu l’atteindre. C’était le refrain jusqu’à cette aube. La nuit.

Assis sur la lune/vent frais/la lune est pleine/c’est stable/c’est une question d’équilibre/des âmes vagabondes/il rêve/décompte/assis sur la lune/vivant/aimant/éperdument.

Les anges. Ils me regardent. Je les regarde. Yeux bleus comme le ciel. Pourquoi moi ? est-ce que j’ai fait du mal autour de moi ? je n’ai pas eu le temps de réfléchir davantage. Ronces. Végétaux qui entourent ce ravin dans la profondeur des ténèbres.

Comme une lumière surplombant cette terre et ces océans terrifiants, l’ange apparaît. Cet endroit bénéficie d’une protection. Cette farandole d’anges qui planent mystérieusement au-dessus de cette côte.

Il s’est péniblement traîné jusqu’au bord du gouffre, haletant, vacillant, les paumes sur les arêtes tranchantes des tessons des bouteilles. Que s’est-il passé ? Il n’aurait pas dû venir.

Ange. Quel prénom saugrenu ! Il se tenait là, droit, les ailes repliées dans le dos. On ne distinguait que sa sombre silhouette se détachant d’un ciel blanc laiteux et bas. Grand, majestueux, terriblement stupéfiant, Ange avait la capacité de rendre muettes les fleurs.

Au plus profond et au plus noir de la forêt. Lichens et arbustes. Paniqué, il avait couru, et couru encore. Tout autour de lui, la forêt semblait se resserrer, les arbres s’effondrer. Le nouvel ange gardien combattait du tranchant de son épée.

Celui-ci le fixait d’un œil anthracite froid. La nuit transformait cet endroit. Il guettait, portant son attention sur tout ce qui l’entourait. Le bruit léger du vent faisait frissonner les arbres. Tout disparaissait dans le brouillard.

Les gens retombent souvent sur des principes de paradis et d’enfer. Je n’ai jamais cru à ces histoires. Quand on grandit on oublie tout ça, on oublie. Arrêtez. Arrêtez tout.

L’ange gardien ne ressemble pas à tous ces anges dont on a tant entendu parler dans les contes. Il est grand, fort et robuste. Il inspire la crainte. Son visage raconte toute une histoire. Les aventures, les voyages…

Il n’essayait jamais de parler ni même d’attirer son attention. Il ne bougeait pas pour ainsi dire. Il baissa les yeux. Cela dura quelques jours. C’était un monde angélique. C’était la lumière de l’éternel.

Pourquoi aimer un autre que lui ?/pourquoi se mettre au service d’un autre que lui ?/le prince/le guérisseur/le messager/guerre, mort, famine.

L’ange de marbre est là, trônant au sommet de tout, toisant les mortels. Il est grand. Il se recule et contemple, lui aussi. L’épée.

Il n’a pas bougé. Un ange gardien, un ange guerrier… il est là, sans bouger. La situation est troublante, étrange. Désagréable ce sentiment d’incompréhension ! Pourquoi cet ange ? Tu ne sauras pas.

Deux époques se rencontrent et s’entrechoquent. C’est confus. Je ne me souviens plus de rien. Le voyage m’a donné soif. Je me mets à lire les mots suivants : le voyage est terminé.

L’ange savait que ce sourire n’était pas dû à un bon repas. Non, ce sourire satisfait était sadique. Cet homme avait tué. L’ange l’avait vu essuyer le sang de son épée. L’ange continua de l’appeler, invisible aux yeux des humains.

Alors je chute, je tombe et n’essaye pas de l’éviter. Alors je scrute ma tombe, j’ai l’impression de l’éviter. La tempête retentit, la pluie, la boue. C’est sûrement le seul moment où il faut implorer le Christ.

La nuit plastique et neuve, comme un lit de narcisses sauvages au milieu de la clairière, le crépuscule, l’aurore pareille à de petites noctuelles de pierre, le sommeil.

Il pleuvait depuis plusieurs jours. Ils vivent maintenant de chasse, de pêche et de quelques fruits et légumes qu’ils font pousser dans leur petit potager. Ils n’interviendront pas et ils attendront patiemment.

Le paysage est magnifique. La forêt pourrait être l’incarnation du calme et de la sérénité. Un lieu familier. Voilà peut-être la raison pour laquelle ces hommes sont là, ces bandirantes pour pouvoir peut-être ressentir un sentiment de bien-être.

Trente-sept, c’est le nombre de jours passés seul dans cette île du Pacifique depuis mon naufrage. J’ai cherché vivres et eau, j’ai subvenu à mes besoins comme par miracle. Je pêchais, je chassais.

Amarrés sur un port tout près d’un estuaire de la côte ouest, les pirates remplissaient un bateau avec leur pillage. Le perroquet.

Un mot me vient à l’esprit : le paradis. Là où mes compagnons ne voyaient qu’or et richesse, j’observais tout autre chose. Pourtant, ici les rivières chantent sans fin. Qu’avait-il bien pu arriver à ces Midas aveuglés ?

Ils étaient dispersés tout au long de la rive. Beaucoup de sang coula et les deux groupes se séparèrent. Il pensait au campement mais ils étaient bien trop loin et perdus.

Des hommes montent des tentes alors que d’autres organisent et rangent. Un homme se tient au milieu. C’est périlleux et l’homme le sait. Cependant, il est prêt à utiliser tous les moyens possibles afin de mener son projet à bien.

Il y a de temps en temps un mot, une expression qui nous rappelle des souvenirs venant parfois de notre enfance. Pirate est un de ces mots. L’aventure dans les yeux, le vent salé dans les cheveux, leur boîte en carton qui leur sert de navire ; je ne peux m’empêcher de sourire.

La nuit était tombée depuis plusieurs heures déjà. Les images défilent comme sur une vieille pellicule. Il est debout. Il referme les yeux, serein, il est temps de retrouver l’île au trésor.

C’était une grande bataille. C’était un affrontement gigantesque. C’était aussi sanglant et ravageur. Mille navires débarquaient. Tous les soirs, cet enfant somnolait.

Au milieu du camp, trône un vieil arbre enlacé de lianes d’un vert émeraude. Tout est calme. Seuls quelques cacatoès, toucans et colibris emplissent le silence de quelques battements d’ailes. La jungle ronronne. Les hommes dorment.

L’orage se déchaînait mais pourtant la mer était calme. L’eau était claire et le vent soufflait. Les rayons du soleil frappaient.

Sur les bords de la rivière se trouvaient des roseaux encore verts malgré la forte chaleur. Certaines feuilles commençaient quand même à jaunir aux extrémités. Soudain dans la forêt, un cri retentit.

Les cris des hommes cohabitent avec ceux des oiseaux. Le vent s’est tu ; seul le bruit du torrent demeure encore, seul son éclat peut épouser le soleil, seule sa fraîcheur tempère cette nature sauvage.

Les yeux fermés, ils voient des vagues les entourer. Imaginent aborder de grands navires. Piller de beaux trésors. Et pourtant lui, derrière ses paupières, il construit un château.

Depuis quelques heures l’atmosphère était devenue étouffante. De lourdes gouttes de sueur perlaient au front du jeune Henri. Les autres l’avaient chargé de calfater un tonneau de rhum.

La forêt était grande, paisible et silencieuse. Au loin, on apercevait une vieille cabane abandonnée. Autour, il y avait les pièges qui servaient à capturer les animaux. Mais où étaient passés l’équipage, les hommes qui voyageaient à bord de ce navire ? Que sont-ils devenus ?

Cette clairière avait pour lui un doux parfum de paradis et l’apaisait profondément. Il était content de sa trouvaille. Puis la lune avait pointé le bout de son nez et le temps se rafraîchissait.

Les pieds liés, avachi dans un coin sombre de la hutte, il traçait inlassablement les mêmes caractères sur la terre sablonneuse à l’aide d’une branche noirâtre.

Quelque chose d’archaïque et de doux, de plus grand que la forêt elle-même qui tourbillonnait et dansait dans l’incendie étrange de la nuit, et qui formait de hautes sphères coniques.

De loin on aurait cru à la valse de la fumée d’une bougie à peine éteinte. Comme une colonne s’élevant jusqu’au ciel. Et peu à peu une odeur âcre emplissait les poumons. Et au centre, les corps gisaient.

Que se passe-t-il ? A-t-elle survécu ? Je me suis cachée dans un placard. J’ai vu des hommes avec des armes alors j’ai couru. Mes yeux se ferment.

C’était ma vie, ma maison, mon univers. Tout a péri par le feu. Je ne veux pas bouger, parler ou même murmurer. Mon cœur bat rapidement. Soudain, je crie, il n’y a rien.

Piller, rapporter, voler. J’ouvris une bouteille de vin. Je sortis de ma grotte. Elle n’avait rien dit, ses yeux parlaient pour elle. J’y voyais des feux brûlants.

L’épaisse brume jaunâtre se lève, tandis que l’essentiel de ma vie reste intact. A un kilomètre de là, les côtes brûlent, les petites maisons de paille s’embrasent comme des torches.

Après avoir parcouru quelques kilomètres le feu était encore visible. Je revois ces maisons brûler, ces arbres en cendre.

Plus le vaisseau s’approchait des terres, plus le capitaine s’effondrait. Un feu gigantesque engloutissait des villages entiers.

Ça crépite. C’est chaud. Je ressens toute la colère des incendiaires. C’est agréable. Je devrais aider ?

D’épaisses et denses flammes recouvraient l’immensité des plaines. Depuis des millénaires, le feu donne la vie. Le feu détruit et décime aussi.

Il avançait vite, ne laissant derrière lui que les ombres de ce qui avait existé. Les villages n’étaient déjà plus que des amas de ruines. Peut-être que quelques survivants se jetaient-ils dans l’eau pour échapper aux flammes ?

Tout est plongé dans d’épaisses et oppressantes ténèbres. Cette fumée, si elle ne brûle pas, est tout aussi dangereuse. Comme la mort.

Un léger grondement se faisait entendre comme si deux grosses pierres étaient frottées l’une contre l’autre. Ce garçon aux lunettes rondes m’observait.

Elle regardait les côtes et ces feux qui s’éloignaient. Les hommes avaient tout pillé, tout détruit. Il ne restait qu’elle. Puis elle se retourna, laissant son ancienne vie derrière elle.

La forêt brûlait. Les sapins crépitaient. Le dragon. La puissance divine des montagnes avait répandu sa colère. L’odeur de brûlé enveloppait les alentours.

Enivrant, funeste et déroutant, tels sont les mots qui définissent cet évènement. Les larmes des femmes, les efforts des hommes rompus, et la position triomphante de leur fort.

Une série de villages qui brûlent et qui partent en fumée. Qui détruisent tout sur leur passage, les plantations coloniales, les champs de blé et de maïs.

Nuée d’oiseaux/boule de laine/qui s’effiloche/le vent souffle/sur les flammes/flaque boueuse et huileuse/nous sautons dedans.

Au milieu de ce désastre, elle apparaissait comme soulevée par une force souterraine. Belle. Je ne pouvais rien faire.

Les reflets de l’eau éclatent et des flots paisibles étincellent comme des milliers de saphirs et de diamants. L’Orénoque.

Les flammes s’amenuisent, laissant place aux cendres et la haine vient remplacer la peine. Le feu, et les crépitements.

Sur le pont de notre navire, différents regards. Certains contemplant le spectacle, d’autres plus circonspects, plus touchés par les événements sanglants du jour. L’alcool.

Entendre le crépitement du bois en train de brûler est bouleversant, non seulement pour les yeux, mais également pour les sens emportés par cette chaleur. La véritable beauté des flammes.

Après des jours interminables passés en mer, nous sommes enfin arrivés à destination. Avec tout l’équipage, nous apercevons la côte, le sable fin, les plantations verdoyantes et les bâtiments coloniaux.

Le commis aux caisses annonce qu’il s’agit d’une révolte d’esclaves comme dans le belle Guyane de ses parents. Il faisait noir.

Le sommeil où résonnent les heures et la complexité du temps, le silence immense, une grande robe de fer, la vision d’un monde plus grand que moi.

Une satisfaction bien maigre pour les esprits fragiles. De pauvres hères en déshérence attirés par la facilité de la gloire devant les caméras d’une pseudo-réussite artistique.

La tête enfouie. Perdue. Les embruns du bout du monde. Le cri des mouettes. Pourquoi cette nuit est-elle si douloureuse ? Pourquoi le vent ne m’emporte-t-il pas avec lui ? Il faut que je marche.

C’était la jeune nuit. Le spectacle d’un Gauguin danseur. Et moi qui dormais les yeux ouverts. Les pensées claires. Comme l’eau de mer.

Jeune et morose, les cheveux dans un turban, elle s’agrippe à un sentiment de paix. Car dans ce lieu si sombre mais si rassurant, elle est de nouveau elle-même.

Il n’y avait personne ; elle entendait juste le bruit des vagues ; elle courait dans le noir. Y a -t-il quelqu’un ? Vous m’entendez ? Vous êtes mon sauveur.

Je me suis sentie à ma place dès l’instant où je suis rentrée. J’ai eu l’impression de faire partie de nouveau de ce monde. A l’intérieur, une chambre qu’éclaire faiblement une lampe pendue.

L’air qui portait en lui l’odeur de la mer s’engouffra à son tour dans les voiles que nous peignons à maintenir en place. Un monticule d’objets nécessitait un abri sur la plage. Enfin, à force de lutte, nous parvînmes à dresser l’imposante tente où nous avions vaincu la nature.

Au centre se dressait un chaudron où brûlaient des écorces d’arbres et des branches. Une odeur boisée. Une femme préparait dans un coin des poissons pêchés de l’après-midi.

Cette lampe suspendue/la représentation mentale de ce palais/des colonnes gravées/tout au fond dans l’obscurité, caché, un temple/un grand secret.

Il s’est endormi si vite. Il est tombé de fatigue. De quoi rêve-t-il ? Je ne sais pas. Mon regard se pose sur lui doucement. Je vois sa nuque dégagée. Il est mon refuge.

Je jette un regard vers le ciel rouge tournant au carmin alors que la nuit tombe. Avant la météorite, avant les émeutes. Cette nuit quasi permanente pour se livrer au pillage, à la destruction et finalement au chaos.

Refuge. Je suis venu ici pour être seul. Partir un jour, et ne jamais regarder en arrière. Nous serons toujours seuls, un jour ou l’autre.

Aujourd’hui encore j’ai passé ma journée à scruter l’horizon aux aguets. J’avais pourtant jeté des bouteilles à la mer pour oublier la solitude, et j’ai maudit cent fois Poséidon, et tous les dieux d’ailleurs.

On peut entendre le bruit du vent. C’est un refuge, un lieu paisible et isolé. Toujours ces « pourquoi » sans réponse. Il voulait faire bien. Il voulait créer, hurler, pleurer.

Des tapis par terre. Des habits sur les cordes au gré des vents marins. La lumière filtrée par le toit. Quel spectacle ? Au loin, cette teinte aux lueurs faibles mais variées.

Il est calme. Il regarde vers le ciel. Il peut presque s’amuser à compter les étoiles. Il ressent tout ce qui l’entoure. Les ombres réapparaissent et dansent autour de lui. Il dit qu’ici, sous cette tente, il n’y a rien à craindre.

C’est un lieu où tout me fait peur. Oui, le sentiment d’angoisse, d’excitation, de peur, de malaise, de terreur et une certaine euphorie me guette. Respiration saccadée. Refuge carcéral.

Le paysage, la chaleur quand elle se dissipe au fur et à mesure quand les heures passent, c’est la nuit. Nous entendons des voix.

Puis du vent fort. On a peur du danger. On se rappelle la sensation vécue quand nous fûmes engloutis et que tout était sombre. Et pourtant, en s’enfonçant dans les terres intérieures, rien ne nous anéantit.

La nouvelle s’est vite répandue. Elle excitait et réjouissait bien du monde. Nous prîmes la mer sans plus attendre. Des jours, des semaines, des mois passèrent. Une petite île pour se ravitailler.

J’ai appris à comprendre la valeur du peu. Je me souviens aussi avoir perdu espoir d’être heureux un jour. D’être la personne la plus entourée au monde. Je n’ai jamais réussi à être comme tout le monde.

Il s’agit de deux courageux explorateurs partis à l’aventure dans une île deux jours durant. C’est donc un emplacement stratégique qu’ils ont choisi.

Un affrontement entre nos sentiments et notre esprit/un match entre fuir et refouler/un refuge/insomnies/trace ton chemin.

Après un long moment, le marquis ajouta : « Être ici loin des hommes avec une tente sur le sable et une seule lampe, éloigne les hommes de leur mesquinerie. »

La vision éclatée de ces arbres, des particules de cendre dans le ciel, comme des sources, du sang, des flocons, de la neige.

Le décor importe peu. Sous la tente protectrice, blottis en cercle, ils réalisent que des êtres perdus, errants et déboussolés, peuvent se retrouver accueillis dans un refuge fait pour eux.

C’est souvent dans les toutes petites choses que l’on se rend compte que l’on a changé. J’ai changé, tout comme monde autour de moi. Dégradation ? Altération ?

Une pièce étrange, composée de bric et de broc, où cohabitent des chaises en plastique. Un mur avec des moulures, la fenêtre, un miroir.

J’ai été transformé au plus profond de moi-même et ma psyché en a souffert. Ai-je été transformé ?

Il fallait persévérer. Quelques mois auparavant, elle disait qu’elle voulait bien l’écouter, que rien ne la ferait renoncer. Ne jamais aller au bout des choses, abandonner avant d’être déçu.

Un soir je me levais pour visiter une pièce aux murs un peu moisis. Arrivée devant la pièce, j’ai trouvé la porte ouverte et j’ai crié.

Au moment où je pénétrai dans ce lieu, j’eus l’impression d’être téléportée dans un autre lieu. Le chaos s’était abattu dans cette chambre. La température avait dû chuter.

Tu peux te sentir disparaître avant de rebondir et de briller. Tu ne brilleras jamais avec la même intensité, mais tu garderas une lueur. Plus vite tu accepteras que la vie est un ascenseur émotionnel, mieux tu gèreras la tristesse d’aujourd’hui.

Sur la droite, une vieille commode. On distingue quelques rayures. Trois tiroirs sont ouverts. Dans cette chambre, au milieu de ce chaos, la seule chose qui semble garder son sens se trouve dans le dernier tiroir de la dernière commode.

La lumière s’intensifie et se consume. Au gré des ondulations de la flamme, on découvre la poussière accumulée sur le modeste plancher.

Je me réveille dans cette pièce et comme tous les jours j’examine les dégâts. Depuis je suis seul, je n’ai plus goût à la vie. Je suis perdu.

Cette pièce avait vécu, on le sait, de belles histoires. Ce palais lui-même avait connu nombre de personnes.

C’est une vaste pièce aux murs un peu moisis, comme laissée à l’abandon. Dans un coin sombre, un petit garçon aux cheveux noirs. Malgré la froideur du lieu, l’isolement du petit garçon, on perçoit au loin des cris.

Je me sens faible. Mes genoux tremblent. J’attends en espérant que la jeune fille trouve une solution. Je seule dans ce taudis aux faux airs clinquants. Je relève la tête, la jeune fille est partie.

L’homme fut impressionné. Par la qualité de la minute. La sensation de lourdeur. La porte s’ouvrit seule. Le voyageur n’eut même pas le temps d’apercevoir le fond de la pièce.

C’est un curieux mélange de styles. Sur un mur, des cadres. Des portraits. Des dessins, des croquis, des photographies. C’est un gigantesque pêle-mêle.

Les fenêtres sont brisées. Des gros blocs de pierre au sol. C’est la même scène dans les deux autres chambres de l’étage.

Voici la pièce qui m’était réservée. La pièce où j’allais séjourner quelques jours le temps d’établir un accord marchand. La chambre sentait le renfermé. Une lampe brûlait.

Sur le mur me faisant face, une peinture représentant la ville à son apogée. C’est à ce moment-là que j’aperçus le vice-roi errant dans la cour du palais désert. « Fuyez ! Fuyez, avant que la guerre ne voue emporte ! »

Enfin, il prit place sur son trône, fièrement. Son sang coulait et tombait sur le sol.

En marche, les soldats montent les escaliers de l’immeuble. Les armoires ouvertes, la vaisselle, Rome ville ouverte.

Pourtant j’avance. Toujours plus loin. Dans ce dédale au triste parfum. J’approche à petits pas mais la flamme ne me brûle pas.

Je commence à me diriger vers la porte de sortie. Le poids de mon corps fait grincer le parquet noirci par le temps. Mon regard est fixé sur cette porte. Mon cœur palpite. La porte s’ouvre. Bienvenu dans l’inconscient.

Un service à thé en porcelaine orné de fleurs mauves et mièvres, trône sur une table branlante. Le jour entre maintenant. La lumière est grise. Ses mains sont rouges.

La lumière avait des allures de spirales. Chaudes et froides. Venues de cette chambre.

Ce qui fut autrefois d’une luxueuse splendeur est aujourd’hui sans pudeur. Et quel luxe ! Ce plafond aujourd’hui décrépi n’avait rien à envier à la parure d’une femme le jour de son mariage.

Une lampe brûle, des portes claquent, le vent siffle. Il est tétanisé et immobile et ne comprend pas ce qui lui arrive.

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