Matières vivantes | Niche d’excellence
Mines, carrières, matières premières de l’Antiquité à nos jours (approches économiques, politiques, sociales et culturelles)


Environnement, Territoires, Circulations

Coordination

Gaëlle Tallet

Université de Limoges | France


Organisation

  • Programme ANR CRISIS (UMR 5600 EVS de Lyon)
  • Carrières de Feytiat
  • Musée de la mine Urêka
  • Musée Adrien Dubouché

Programme 2015 - 2018


« La matière est-elle inerte, brute, passive ? » Telle est la question que pose Jane Bennett, professeur de théorie politique à Johns Hopkins University, dès les premières lignes de son magistral essai, Vibrant Matter. A Political Ecology of Things (La vibration de la matière. Une écologie politique des choses, 2010). Son postulat est que la matière/les matières sont porteuses d’un dynamisme propre, d’une puissance créatrice, en terme de structuration économique et d’organisation politique. En conséquence, son propos est de penser et d’encourager des engagements plus durables et intelligents des communautés et des acteurs politiques au sein de leur environnement.

Le programme « matières vivantes » vise à développer une problématique de recherche fédératrice au sein de l’axe « Environnement, Territoires, Circulations » de l’EA 4270 CRIHAM et d’apporter un regard d’historiens, toutes périodes confondues, sur des matières premières structurantes, dynamisantes pour leur environnement et les communautés politiques qui l’habitent. Une série de dossiers a été sélectionnée, qui sont travaillés par les historiens du CRIHAM, en interaction avec des chercheurs d’autres institutions et des acteurs de la région Limousin. Ces matières vivantes, qui structurent leur environnement économique, reflètent la palette des compétences présentes au sein de l’équipe, puisqu’il s’agira aussi bien de développer un projet sur l’exploitation des aluns et des ocres d’une oasis égyptienne antique (G. Tallet), que d’aborder la société de la Caraïbe à l’époque coloniale sous le jour de l’économie du sucre et de l’indigo (V. Cousseau) ou encore l’économie du littoral atlantique en fonction des ressources halieutiques (Th. Sauzeau). Le Limousin, en particulier, est au cœur de nos travaux : mines d’or antiques, carrières de pierres de Feytiat, mines d’uranium, gisements de feldspaths et de kaolin seront intégrés à l’Atlas historique du Limousin (un post-doctorat d’un an est actuellement en cours) et feront l’objet d’études d’histoire économique de la part d’étudiants ( sous la direction d’A. Massoni, C. Druelle-Korn, G. Tallet, S. Guédon) et d’histoire des mouvements d’opinion et des associations (A.-C. Ambroise-Rendu, F. Archambault).

Le projet se place au cœur d’une réflexion émergente et tout à fait novatrice en sciences humaines, qui articule des considérations philosophiques, en réfutant l’opposition traditionnelle entre matière inerte, passive, « terne » et êtres vivants (en particulier humains), acteurs, « vibrants », et des problématiques sociologiques et géographiques contemporaines : que l’on songe à la définition récente proposée par Bruno Latour de « l’acteur » sociologique comme « une source d’action qui peut être humaine ou non-humaine » ; l’acteur selon Latour, c’est « ce qui a une efficacité », « peut faire des choses, altérer le cours des événements ». Les implications de cet angle d’approche en matière de théorie politique et environnementale ont été bien démontrés par Jane Bennett. Mais quel apport une telle réflexion pourrait-elle représenter pour des historiens en prise avec leur société ? Nous pensons qu’elle est susceptible de renouveler profondément l’histoire des territoires et de l’environnement. En effet, dans la lignée des travaux pionniers de Fernand Braudel et plus récemment de Nicholas Purcell et Peregrine Horden sur la Méditerranée antique et médiévale, nous considérons l’environnement et ses ressources non pas comme un cadre inerte de l’histoire, mais comme un acteur à proprement parler, dont il s’agit d’écrire l’histoire – la biographie, en quelque sorte – en intégrant étroitement les interactions entre les hommes et leur milieu.

 

Un programme de recherche transversal associant le CRIHAM et le Master d’Histoire

Dans le cadre des projets scientifiques développés au sein du CRIHAM, équipe de recherche en histoire de l’Université de Limoges, nous abordons la question du pouvoir structurant des matières premières, en particulier les mines et les carrières, sur une communauté ou un territoire. Ce programme présente un fort ancrage régional, mais ne se limite pas pour autant au Limousin.

Notre ambition est d’associer étroitement les étudiants de Master aux activités de recherche de l’équipe CRIHAM et de former un pôle dynamique de chercheurs. Dans cette perspective, un séminaire transversal thématique est proposé dans le cadre des enseignements de Master. Il a lieu en deuxième année du Master (S3) et permet d’aborder des dossiers sur les quatre périodes historiques, tout en proposant aux étudiants des mises au point méthodologiques et bibliographiques.

Le séminaire d’équipe du CRIHAM est l’occasion d’inviter des chercheurs et des acteurs en complément de ce séminaire de Master 2.

Ce programme débouchera à terme sur deux types de publications :

– la confection de dossiers pour l’Atlas du Limousin sur l’histoire des mines et des carrières ; sur l’histoire de la forêt Limousine ; sur l’industrie liée à ces matières premières.

– la mise en place d’une petite collection d’ouvrages sur les « matières vivantes » en Limousin, qui serait l’occasion de présenter le patrimoine régional sous divers angles : les carrières de pierre ; les kaolins et les feldspaths ; l’uranium ; les mines d’or ; la forêt ; …

 

C’est pour les étudiants une excellente opportunité de collaborer à des dossiers scientifiques impliquant des recherches aux archives (en s’appuyant notamment sur les dépouillements effectués dans un numéro de la Revue « Archives en Limousin », sur les imprimés et cartes des AD  Haute-Vienne et sur ceux que l’on pourrait trouver AD Creuse et Corrèze) et débouchant sur des publications ; de se former à l’ingénierie de la cartographie et des bases de données auprès de Catherine Xandry (« Atlas Historique du Limousin »), du post doctorant recruté dans le cadre du projet « Environnement en Limousin » (Anne-Claude Ambroise-Rendu) et du service de géomatique, et de ce fait d’acquérir des compétences à la fois scientifiques et professionnelles. Ces thématiques rencontrant des échos dans les problématiques développées dans d’autres équipes de recherche de l’université (GEOLAB, EHIC, le CRIDEAU et le CERES), des rencontres fructueuses seront organisées.