Axe 1 – Médiations Sémiotiques (Signes et Supports)


Audrey Moutat

Maître de Conférence


1.1. Ecriture(s)

1.1.1. Etude des écritures, de l’écriture et du déchiffrement

(I. Klock-Fontanille)

A partir des écritures de l’Anatolie antique, un certain nombre de thématiques ont été abordées : entre autres, le déchiffrement des écritures inconnues, la question de l’origine/l’invention de l’écriture (les écritures anatoliennes, puis l’écriture en général), la question des supports de l’écriture. Si la perspective est au point de départ historique et si elle se fonde sur une connaissance de première main des écritures étudiées, les recherches sur l’écriture proposent une approche linguistique revisitée, sur la sémiotique et sur l’anthropologie. L’écriture, en tant que sémiotique graphique, est un déclencheur de transposition intersémiotique, du graphisme vers une ou plusieurs des pratiques du langage verbal, ainsi que vers d’autres pratiques associées. En projet, le développement d’une « grammatologie intégrationnelle », en s’intéressant, en particulier, aux écritures proto-(ou pré-)historiques, à savoir des systèmes qui ne sont pas considérées traditionnellement comme de véritables écritures. Voir les propositions dans le dossier Ecriture(s) des Actes Sémiotiquesn°119 (2016) : www.http://epublications.unilim.fr/revues/as/.


1.2. Perception sensorielle et énonciation

1.2.1. Enonciation et perception (J.-F. Bordron, A. Moutat)

Les travaux de ce sous-axe se fondent sur le projet inaugural greimassien de déterminer la continuité et la communauté d’organisation entre perception et langage. L’objectif de ces travaux est triple : il consiste à (i) enrichir une sémiotique de la perception en tâchant de démêler l’articulation sémiosique à partir de laquelle le monde sensible (niveau sémiologique) prend sens ; (ii) à ouvrir la réflexion sur la mise en discours de l’expérience sensible (niveau sémantique), et notamment sur leurs reconfigurations à travers divers systèmes énonciatifs (visuels, verbaux, plastiques) et procédures de textualisation ; (iii) à déterminer les principes de la connaissance sensible. Plusieurs objets d’études sont alors convoqués.

1.2.1.1. Perceptions olfacto-gustatives

À partir de corpus de commentaires de dégustation œnologiques, de critiques gastronomiques et d’intitulés de menus de restaurants, il s’agit explorer la détermination des structures phénoménologiques du goût d’une part, et la mise en discours de l’expérience gustative de l’autre ; l’objectif principal étant de mettre au jour une rhétorique polysensorielle fondée sur une communauté expérientielle entre les différents ordres sensibles.

1.2.1.2. Iconicité des croquis lors du processus d’idéation d’un travail de design

Dans la perspective de la théorie de l’énonciation, cette étude consacrée aux images artistiques et aux croquis de travail de designers suit deux orientations particulières : (1) Étudier les dispositifs énonciatifs mis en œuvre dans et par les images (énonciation visuelle) et confronter les propositions benvénistiennes au discours de l’image. (2) Étudier les modes procéduraux de la pensée à travers l’usage de croquis lors du processus d’idéation d’un travail de design.

1.2.1.3. L’énonciation visuelle dans les images de synthèse

L’objectif de ce travail est de montrer comment une sémiotique de la perception et une sémiotique visuelle sont en mesure de proposer des solutions innovantes dans le développement d’images et de dispositifs immersifs.


1.3. Métamorphoses et mémoire du sens

1.3.1. Reconstruction culturelle & histoire et sémantique de concepts culturels dans le domaine anatolien. (I. Klock-Fontanille)

Sont étudiées un certain nombre de figures, de concepts dans le domaine anatolien. Un des objectifs est de montrer que, si de toute évidence ces données renvoient au fonds indo-européen, elles ont été réinterprétées et réinvesties de valeurs propres à la culture hittite. Ont déjà été abordées dans cette perspective les questions du pardon, du temps, des passions, de la colère, du loup, des animaux domestiques, des fleuves, de la justice, de l’histoire, des couleurs, des sons, etc. Si le travail se fonde toujours sur une analyse philologique des données, celle-ci est subordonnée à quelque chose de plus essentiel qu’elle et qu’on pourrait appeler le dispositif axiologique/idéologique (au sens dumézilien) et structural du texte. L’approche relève donc à la fois de la philologie et de la sémiotique de la culture.

1.3.2. Traduction intralinguale, adaptation et réécriture, intermédialité : des œuvres  médiévales et/ou classiques espagnoles aux supports iconotextuels contemporains (T. Faye).

Cette recherche s’articule autour de  3 axes : le lien entre texte et contexte, renvoyant à la question de la genèse du sens, au statut et aux contours du texte ; l’approche littéraliste du sens à travers l’examen traductologique des textes pour éclairer les processus d’engendrement du sens et envisager l’élaboration de schémas de sens primitifs, en élargissant l’approche non plus aux seuls phénomènes de traduction (intralinguale, en particulier) mais également à ceux d’adaptation et de réécriture ; l’intermédialité en tant que forme du dialogisme à l’œuvre dans la genèse narrative de discours hétérogènes et la transmission des textes. Partant de l’étude du dialogue entre le texte et son contexte, entre le texte primitif et ses différentes réalisations, nous abordons également le dialogue médiatique au sein du texte (en particulier dans l’iconotexte) en tant que forme complexe de (re)construction des réseaux de sens du texte premier dont nous tentons de percevoir ainsi les limites.

1.3.3. Projet Mémoire de l’ANDRA  (resp. E. Mitropoulou)

L’ANDRA est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), opérateur de l’État pour la mise en œuvre de la politique publique de gestion des déchets radioactifs produits en France. Placée sous la tutelle des ministères en charge de l’énergie, l’environnement et la recherche, l’ANDRA est indépendante des producteurs de déchets radioactifs et met son expertise et son savoir-faire au service de l’État pour concevoir des solutions de gestion et exploiter des centres de stockage pour l’ensemble des déchets radioactifs produits en France, en protégeant à long terme l’Homme et l’environnement de l’impact de ces déchets.

Une des missions de l’ANDRA étant d’assurer la mémoire de futurs centres de stockage de déchets radioactifs sur de très longs pas de temps, l’agence a lancé le « projet mémoire » visant à étudier notamment comment développer les réflexions et les études sur la mémoire plurimillénaire. Dans ce cadre, deux types de travaux ont été confiés au CeReS, dans un premier temps de juin 2013 à décembre 2014 et ensuite d’octobre 2015 à septembre 2019 :

– Travaux de recherche bibliographique (réalisés par le Service Commun de Documentation de l’Université de Limoges) en vue de la constitution d’un fonds documentaire spécifique au projet mémoire de l’ANDRA et relatif à différents périmètres bibliographiques. Ce fond documentaire sera suivi d’un approfondissement des références par des notices bibliographiques.

– Travaux de recherche en sémiotique, en communication et en sémantique dans le cadre de la définition et de la mise en place d’un système de communication « modèle » inhérent au projet mémoire à partir de plusieurs études complémentaires et de deux thèses.

L’ensemble participe d’une même problématique transversale, relative à la conception, à la transcription, à la transmission, à la compréhension et à l’appropriation de messages de communication.

1.4. Dispositifs, médium et environnement

1.4.1. Programme Cultures Emergentes et Médiations Sémiotiques (CEMES, ANR CULT 005  – 2013-2017) (Coord. N. Couégnas)

L’ANR CEMES a pour ambition de décrire d’un point de vue sémiotique la façon dont les transformations médiatiques de l’ère numérique sont susceptibles de faire émerger de nouvelles cultures, manifestées par le biais de nouvelles pratiques signifiantes. L’objectif ainsi posé implique que l’on se limite aux manifestations discursives de la culture (textes, œuvres, interfaces, affiches, fichiers, blogs, communications mercatiques, réseaux sociaux, etc.) mais que l’on entend les traiter d’un point de vue relativement novateur dans les disciplines traitant du sens : celui du support, de ses contraintes et spécificités médiatiques. Dans ce cadre les médias ne sont pas considérés comme des choses qui existeraient en soi : pas de médias sans techniques ni sans contenus. Les médias, dont les médias numériques, doivent être tenus pour des formes d’expression qui participent, avec les discours et les genres qu’ils véhiculent, à la constitution et à la propagation des pratiques culturelles. C’est ce point déterminant qui justifie et rend nécessaire l’analyse sémiotique, et commande le développement d’une sémiotique de la médiation et de la médiatisation. Dans les deux premiers axes de recherche, la réflexion sémiotique sur les formats médiatiques contemporains aboutit à la notion centrale d’intermédialité. Des pratiques aux œuvres, l’analyse sémiotique décrit de manière systématique l’incidence de l’intermédialité sur la signification des productions culturelles actuelles.

1.4.2. Les dispositifs du sens.

1.4.2.1. La fonction de support des interfaces et l’incidence des dispositifs web/papier sur les énoncés et les usages (E. Mitropoulou, N. Pignier)

Etudier les styles d’écriture, de lecture, de travail  sur supports papier/numérique dans le domaine des journaux et de l’édition de livres. Il s’agit  d’analyser les règles expressives qui renvoient aux contraintes configurantes : 1. des interfaces dans leurs diverses fonctions de supports (support matériel d’affichage -mobile, tablette, ordinateur, papier- ; support formel ou structuration du contenu dans l’espace de la page ; support erghodique ou parcours de travail, fonctionnalités) ; 2. des dispositifs web ou papier qui ont des incidences sur les énoncés et les usages, ces dernières étant liées aux contraintes des environnements médiatiques. On se demandera comment le lien entre 1. les supports , 2. les dispositifs et environnements médiatiques configure l’expérience d’information et de communication, et comment il exprime une perception particulière des technologies numériques et des usages. Au niveau méthodologique, on mobilisera, tout en la faisant évoluer, la modélisation des interrelations des strates sémiotiques en jeu dans les technologies numériques et les usages  que nous avons mise en place ces dernières années (Pignier, 2014 ; Pignier, 2015) pour interroger la réversibilité des sémioses en jeu entre les spécificités des technologies numériques, des conceptions d’objets matériels et logiciels en lien avec les environnements médiatiques, des usages.

1.4.2.2. Communication et design numérique  (V. Lloveria, N. Pignier)

Etablissant le lien entre les théories du traitement graphique des informations et la sémiotique, nous mobilisons la sémiologie graphique de Bertin et le design d’information de Tufte dans la perspective de la visualisation des données (data visualisation), de leur design (data design) et de leur mise en récit (data storytelling). Les recherches portent également sur la conception de documentations techniques : 1) l’usage conjoint des ressources graphiques, visuelles et linguistiques dans la conception des modes d’emploi, 2) la structuration des données, les terminologies lexicales et les nomenclatures visuelles pour les les systèmes d’aides en ligne.