Annales Scientifiques du Limousin

Des araignées en Limousin 1ère Partie
Spiders in the Limousin region (1st part)

Marcel CRUVEILLIER

Publié en ligne le 24 novembre 2017

DOI : 10.25965/asl.374

L’inventaire des araignées en Limousin a véritablement commencé à la fin des années 1980. Cette première partie a pour objet d’indiquer les conditions dans lesquelles cet inventaire a débuté et de présenter les résultats de la recherche de ce qui pouvait exister dans la littérature attestant d’observations d’espèces d’araignées dans cette Région avant 1982. Toutes les espèces concernées par cette recherche, qui ont constitué ainsi les premières informations de la base de données arachnologiques du Limousin, sont présentées ici avec mention de la source bibliographique, en distinguant celles qui n’avaient pas encore été revues à la date du 31/12/2010 de celles, plus nombreuses, qui ont fait l’objet d’observations récentes. Il est donné en conclusion quelques indications sur les collaborations ayant permis de rassembler les informations actuelles sur les araignées limousines ainsi que des éléments chiffrés sur l’état actuel de ces connaissances. Le catalogue commenté de toutes les espèces recensées en Limousin fait l’objet de la deuxième partie de cette présentation.

This first section presents part one of a two part work concerning the inventory of spiders in the French Limousin region, which we initiated in the late 1980s. In this first part, we describe the conditions which prevailed at the onset of this inventory work and we report on an exhaustive historical literature research of spider species sightings in the region before 1982. All the species involved in this research, which constituted the first data in the Limousin arachnological database, are presented here with a reference to the source publication, in two lists : one including those species which had not been cross-referenced by sightings as of December the 31st 2010 ; and a second list which includes those – in higher number - which have been confirmed by recent sightings. We conclude with information on the collaboration that has allowed this work on limousin spiders to be carried out, as well as with some figures on the current state of this knowledge. The unabridged annotated catalogue of all known species in Limousin will be the subject of the second part of this work.

Sommaire

Texte intégral

Introduction

C’est en 1982 que je conçus le projet d’inventorier le vivant dans le petit coin de mes origines où je venais de remettre le pied après une trentaine d’années passées hors de France.

Et, bien sûr, je n’étais pas en mesure de tout identifier seul mais, par chance, notre Limousin héberge de nombreux naturalistes qui m’apportèrent leur aide, y compris dans des domaines où j’avais cru pouvoir m’en passer.

Si je pus sans trop de difficultés, et grâce à une bibliothèque naturaliste importante, parvenir à traiter assez convenablement les plantes vasculaires et les vertébrés, le monde des arthropodes, pour ne citer que lui, m’obligea très vite à admettre que mon projet comportait une bonne part d’utopie et je dus me résoudre à en limiter la portée.

Il se pourrait bien que le souvenir de quelques beaux textes de Colette ait pesé dans ma décision de ne pas en exclure les araignées, que je connaissais pourtant fort mal à l’époque, mais dont la variété et l’omniprésence s’imposaient à chacune de mes sorties.

Mais ma surprise fut grande de constater que notre Limousin du début des années 80 ne comptait aucun arachnologue.

Je ne saurais dire pourquoi j’ai toujours trouvé stimulant de se lancer dans une entreprise qui ne promet ni célébrité ni richesse mais c’est sûrement à cette disposition particulière que je dois de m’être considérablement investi dès lors dans des études arachnologiques.

Et mon premier travail, en même temps que de me familiariser avec une science assez nouvelle pour moi, fut de rechercher, dans les diverses publications auxquelles je pouvais avoir accès, les éventuelles traces que des araignées limousines auraient pu y laisser.

La récolte fut assez maigre.

Historique

Note de bas de page 1 :

Selon Pierre Bonnet, Latreille serait né le 29 novembre 1762. (Bibliographia araneorum Tome I page 31)

Il semble bien que le premier arachnologue limousin ait été Pierre-André Latreille, né en Corrèze, à Brive-la-Gaillarde, le 20 novembre 17621, qui fut surnommé « le prince de l’entomologie » et qui occupa au Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), où il succéda au célèbre Lamarck, la première chaire d’entomologie créée au monde.

Latreille a décrit de nombreux genres et au moins 18 espèces d’araignées de France ou de l’Ouest paléarctique. Mais je n’ai pas trouvé de mention d’une espèce qu’il aurait décrite à partir d’une récolte provenant avec certitude du Limousin.

Voici la liste des espèces d’araignées d’Ouest paléarctique décrites par Latreille :

- (…) = : le genre de description de l’espèce

1798

- (Aranea) Nemesia caementaria (espèce mygalomorphe présente en France)

1798

- (Aranea) Arctosa perita (espèce observée en Corrèze et en Haute-Vienne)

1802

- (Aranea) Scytodes thoracica (espèce observée en Haute-Vienne)

1804

- (Aranea) Meta menardi (espèce observée en Corrèze et en Creuse)
- (Aranea) Oxyopes heterophthalmus (espèce observée en Corrèze, Creuse, Haute-Vienne)

1806

- Uloborus walckenaerius (espèce observée en Corrèze et Haute-Vienne)
- Oxyopes lineatus (espèce observée en Corrèze et Haute-Vienne)
- (Aranea sericea) Araneus sericinus re-décrite en 1942 par Roewer, et qui est une espèce de la péninsule ibérique.

1809

- Episinus truncatus (espèce observée en Corrèze et Haute-Vienne)

1817

- Eresus cinnaberinus frontalis (espèce non présente en France)
- (Eresus) Stegodyphus lineatus (espèce non présente en France)
- (Epeira) Araneus truncorum (espèce non valide)
- (Lycosa) Alopecosa accentuata (espèce observée en Corrèze, Creuse, Haute-Vienne)
- (Lycosa) Hogna radiata (espèce observée en Corrèze)

1818

- (Mygale) Nemesia carmineus (aujourd’hui N. carminans) (mygalomorphe de France)

1819

- (Thomisus) Philodromus histrio (espèce observée en Creuse)
- (Thomisus) Heriaeus hirtus (espèce observée en Corrèze)
- (Salticus) Carrhotus xanthogramma (espèce observée en Corrèze et Haute-Vienne)
- Selenops radiatus (espèce présente en Espagne mais non présente actuellement en France)

Or, Latreille a quitté la Corrèze définitivement pour Paris en 1788, soit dix ans avant sa première description d’araignée. On ne peut donc pas assurer que des types de cet ordre d’arachnides décrits par ce naturaliste puissent provenir de ce département.

Note de bas de page 2 :

Merci à Frédéric Leblanc qui possède un exemplaire de cet ouvrage et m’a permis de le consulter

Cependant, dans son ouvrage : Histoire naturelle générale et particulière des crustacés et des insectes An XII (1803), Tome VII, (Dufart, Paris)2 on peut lire, page 222, et s’agissant d’une araignée qu’il appelle « Araignée mélanogastre » Aranea melanogaster : « je l’ai trouvée sous des pierres dans le département de la Corrèze. Elle ressemble à l’araignée lucifuge de Walckenaer ».

Dans la mesure où il déclare connaître la Gnaphosa lucifuga de Walckenaer mais ne lui reconnaît avec celle qu’il a observée qu’une « ressemblance » nous ne pouvons tirer de conclusion certaine concernant l’espèce de Gnaphosa qu’il a observée.

C’est plus clair en revanche pour l’autre espèce citée page 280, qu’il appelle « Araignée hétérophthalme , Aranea heterophthalma », qui est à l’évidence Oxyopes heterophthalmus dont il sera question plus loin.

Note de bas de page 3 :

Eugène Simon (30/04/1848 - 17/11/1924), qui commença à écrire sur les araignées à l’âge de seize ans, est considéré comme l’un des plus grands arachnologues au monde et ses ouvrages font encore partout autorité. Son importante collection se trouve au département de Systématique et Evolution du MNHN.

La plus grande partie des données concernant notre Région, retrouvées dans la littérature, provient des notes d’Eugène Simon3 dans le tome VI en 5 volumes de ses « Arachnides de France » dont une partie fut publiée après sa mort (voir la bibliographie).

Aux vingt et une espèces limousines citées par Eugène Simon et à deux citations dans la Revue Scientifique du Limousin de 1927 par le Dr Léon Dunoyer, viendra s’ajouter en 1985, la mention par Ute Grimm, dans son livre « Die Gnaphosidae Mitteleuropas » (voir la bibliographie), d’une espèce de Haute-Vienne figurant dans les collections du MNHN sans indication de récolteur ni de la date de la récolte.

Pour ce qui est des notes de Simon, on peut penser que beaucoup de spécimens qui lui furent remis et qui auraient pu provenir du Limousin se retrouvèrent sans plus de précision dans l’expression « toute la France » qu’il employait fréquemment pour les espèces à répartition large.

La base de données aranéologiques du Limousin a donc commencé son aventure avec les 24 espèces de la littérature citées ci-après, affectées du signe OA (observation ancienne).

1 - Les citations anciennes d’espèces qui, en décembre 2010, n’avaient toujours pas été retrouvées en Limousin et qui étaient au nombre de sept :

Arctosa figurata (Simon, 1876) – famille des Lycosidae

Note de bas de page 4 :

Henri d'Orbigny (1845-1915), ne doit pas être confondu avec Alcide d'Orbigny, son père (1802-1857), ni avec le frère de ce dernier Charles Henry d'Orbigny (1806-1876) tous deux naturalistes de renom. Moins connu que les deux précédents, qui sont les seuls cités par Pierre Bonnet dans sa « Bibliographia araneorum » (tome I p. 492), Henri était entomologiste, membre de la Société entomologique de France. Les 3 autres observations d'espèces attribuées par E. Simon à d'Orbigny sans mention de prénom, ont été faites dans le même secteur, près de Limoges et ne peuvent que se rapporter à ce même Henri d'Orbigny. Il s'agit de Dicymbium tibiale, Heliophanus auratus et Oxyopes ramosus, toutes les trois revues en Limousin après 1982.

Cette espèce a été observée par H. d'Orbigny4 à St-Just-le-Martel en Haute-Vienne et citée sans indication de date par E. Simon dans le tome VI des Arachnides de France p. 1139.

Heimer et Nentwig dans leur ouvrage « Spinnen Mitteleuropas » (voir la bibliographie) indiquent qu'on la trouve dans les bois de conifères et la signalent comme rare.

Atypus piceus (Sulzer, 1776) - famille des Atypidae

Il s’agit de l’observation du Dr Léon Dunoyer, au Moulin du Thot, dans la commune de Dinsac, au nord de la Haute-Vienne, et qui fait l’objet d’un article de la Revue Scientifique du Limousin (1927, 341, 88) où cette araignée est nommée Atype de Sulzer.

Conformément à la pratique maintenant adoptée par la communauté internationale des arachnologues, cette observation figure dans notre base de données comme se rapportant à Atypus piceus, dans la mesure où cette espèce est considérée, dans le catalogue international tenu à jour par Norman Platnick, puis par WSCA, comme synonyme senior d’Atypus sulzeri qui fut l’un des nombreux alias de l’état civil de cette espèce.

Mais l’histoire taxinomique des Atypus est assez complexe.

Il se trouve que ce genre, justement créé par Latreille en 1804, n’a longtemps comporté dans la littérature qu’une seule espèce en France, et si l’Atypus sulzeri décrit par Latreille en 1806 semble bien correspondre à l’Aranea picea décrite par Sulzer en 1776, ce ne serait pas le cas de l’Atypus sulzeri décrit par Hahn quelques années plus tard et qu’Eugène Simon avait considéré comme un synonyme d’Atypus affinis lequel ne fut décrit par Eichwald qu’en 1830, soit 54 ans après celui de Sulzer.

Note de bas de page 5 :

Il est fort possible que le Dr Dunoyer ait pu disposer à cette époque de l’ouvrage de Louis Planet sur les Araignées, Chernètes, Scorpions et Opilions , publié en 1905 et dans lequel le seul représentant des Atypidae mentionné pour la France est « l’Atype brun » qui portait déjà le nom scientifique d’Atypus piceus.

Or, on ne sait pas à quel auteur5 se référait le Dr Dunoyer. Un doute subsiste donc sur la présence ancienne en Limousin d’Atypus piceus, doute qu’une prospection à Dinsac en 2004 de M. Cruveillier ne parvint pas à dissiper.

Entelecara erythropus (Westring, 1851) - famille des Linyphiidae, sous-famille des Erigoninae. (on verra plus loin que l’espèce sera retrouvée en 2014 par M. Cruveillier).

Note de bas de page 6 :

Louis Fage, né à Limoges le 30/09/1883, décédé à Dijon en 1964, fut directeur du laboratoire de zoologie (vers et crustacés) au MNHN. Les données du Limousin qu’il transmit à Eugène Simon dont il fut l’ami et, pour ce qui concerne les araignées, le disciple, proviennent majoritairement de la région de Verneuil-sur-Vienne où son père, René Fage, avait une propriété au Mas du Puy, ou de Lussac-les-Eglises où je pus encore contacter son fils, pilote de ligne à la retraite, qui n’avait malheureusement pas conservé de traces des travaux de son père.

On trouve à la page 511 de l’ouvrage déjà cité d’Eugène Simon la mention de l’observation de cette espèce en Haute-Vienne, sans indication plus précise de lieu ni de date, par Louis Fage6 lequel avait en Haute-Vienne des attaches familiales.

Lathys sexpustulata (Simon, 1878) - famille des Dictynidae, citée de Haute- Vienne en 1914 par Eugène Simon (selon B. Le Péru (2007).

Neon levis (Simon, 1871) famille des Salticidae.

Observée par Louis Fage en 1918 en Hte-Vienne (87) : citée par E. Simon, sans indication plus précise de lieu, p. 1254.

Sibianor tantulus (Simon,1868) - famille des Salticidae.

Une femelle immature fut récoltée à Lussac-les-Eglises par Louis Fage en mars 1921. (Eugène Simon, ouvrage cité page 1265).

A l’époque, cette espèce était connue sous le nom de Bianor aenescens tantulus et Eugène

Simon, qui l’avait d’abord décrite dans le genre Attus, écrivait qu’elle était commune dans les marais. Or, pendant une bonne quinzaine d’années, nos inventaires ont beaucoup ciblé les milieux humides de notre région sans que cette espèce ait pu être retrouvée.

Xysticus ferrugineus Menge, 1875 - famille des Thomisidae.

Louis Fage a observé cette espèce à Lussac-les-Eglises (87) en mars 1921 (citée par Eugène Simon, p. 875).

Certes, elle figure parmi les araignées présentes en France, mais il s’agit d’une espèce dont la biologie et l’écologie sont mal connues et qui est donc à rechercher notamment dans des zones calcaires ensoleillées qu’elle semblerait adopter de préférence si on en juge par quelques publications en langue allemande qui rapportent sa présence outre-Rhin.

2 - Les citations anciennes d’espèces qui ont fait l’objet d’une nouvelle observation après 1982 et qui étaient au nombre de dix-sept à la fin de 2010 :

Alopecosa inquilina (Clerck, 1757) - famille des Lycosidae.

Espèce observée par L. Fage en1918 au Chalard, Hte-Vienne : (citée par E. Simon). Heimer et Nentwig écrivent qu'il s'agit d'une espèce des bois d'altitude aérés et ensoleillés, jusqu'à 1500 m.

Elle a été retrouvée en 2007 dans la hêtraie de Lissac , commune de Saint-Merd-les- Oussines en Corrèze (B. Le Péru) et en 2009 dans la tourbière de Marcy dans la même commune (F. Lagarde).

Clubiona diversa O.P. Cambridge,1862 - famille des Clubionidae.

Un mâle adulte fut observé par Louis Fage en mars 1921 à Lussac-les-églises (87) : (cité par E. Simon p. 967).

Cette espèce fut retrouvée par M. Cruveillier en 1995 au village de Chavagnac, commune de Meuzac, Hte-Vienne. Elle a fait depuis l’objet de treize citations (M. Cruveillier, E. Duffey, F. Lagarde, F. Leblanc) en Limousin où elle est présente dans les trois départements de la Région.

Clubiona subsultans Thorell, 1875 - famille des Clubionidae.

L’observation d’un mâle par Dalmas en septembre 1916, à Eygurande, en Corrèze, est rapportée par E. Simon p. 963.

L’espèce n’a pas encore été retrouvée en Corrèze, mais F. Lagarde récoltera un mâle en Creuse en juillet 2008.

Clubiona trivialis C.L.Koch,1841 - famille des Clubionidae.

Observée par L. Fage à Lussac-les-églises (87) : (citée par E. Simon p. 966 sans autre détail).

Cette espèce, très largement répandue en Europe a été retrouvée le 02/06/1996 dans la Lande du Cluzeau, commune de Meuzac, en Hte-Vienne, par M. Cruveillier. En 2010, elle avait fait l’objet de treize autres fiches d’inventaire couvrant les trois départements de la Région Limousin et provenant de plusieurs naturalistes : M. Cruveillier, E. Duffey et F. Lagarde.

Dicymbium tibiale (Blackwall, 1836) - famille des Linyphiidae, sous-famille des Erigoninae.

Observée par d'Orbigny à Saint-Just-le-Martel Hte-Vienne : (citée par E. Simon, sans indication de date, page 503).

Cette espèce, pourtant signalée comme commune par Heimer et Nentwig n’a été revue que 2 fois. Retrouvée par Eric Duffey au village de Chez Gouillard, dans la commune de Bussière-Poitevine (87) le 20/01/2002 elle a fait l’objet d’une seconde observation en 2009 par F. Lagarde à la Ferme de Lachaud, dans la commune de Gentioux-Pigerolles, en Creuse.

Ero cambridgei Kulczyński, 1911 - famille des Mimetidae.

Observée par Louis Fage en 1921 à Lussac-les-églises (87) : (citée par E. Simon p. 777 sans autre détail).

Cette famille est actuellement représentée en Limousin par trois espèces sur les cinq qu’elle compte en France. Elles ont la particularité de se nourrir d’autres araignées qu’elles chassent le plus souvent dans leurs toiles.

L’espèce E. cambridgei a été retrouvée et citée à 5 reprises dans quatre tourbières du Plateau de Millevaches (F. Lagarde).

Heliophanus auratus C.L. Koch, 1835 - famille des Salticidae.

E. Simon cite, p. 1249, une observation de cette espèce par d'Orbigny « dans la région de Limoges » sans autre précision.

Elle n’a fait l’objet que d’une observation nouvelle : un très beau spécimen mâle, le 10/08/2000, par M. Cruveillier, à Limoges, sur de gros galets de la rive gauche de la Vienne dans une. station ensoleillée près du pont Saint-Martial. (une 2e observation interviendra en 2011)

Metopobactrus prominulus (O. P.-Cambridge, 1872) - famille des Linyphiidae, sous-famille des Erigoninae.

Espèce observée par Louis Fage en Haute-Vienne (87) : (citée par E. Simon p. 489, sans indication de lieu ni de date).

Cette toute petite araignée d'environ 1,5 mm pour le mâle est de 1,6 à 1,7 mm pour la femelle est notée comme rare par Heimer et Nentwig.

Cependant, après l’avoir récoltée en 2006 dans les tourbières creusoises de La Mazure et de Ribières de Gladière , elle fut régulièrement trouvée en 2007 et 2009 dans la plupart des tourbières corréziennes et creusoises par F. Lagarde.

Oxyopes heterophthalmus (Latreille, 1804) - famille des Oxyopidae.

Latreille, à la page 280 de son livre déjà cité, écrit (orthographe de l’auteur respectée) :

« J’ai trouvé cette espèce dans le Limousin sur une fleur sèche de carline ; mais ayant négligé de la mettre dans l’esprit de vin, la dessication l’a rendue méconnoissable. Je ne puis donc en donner qu’une idée très imparfaite, telle que la mémoire me la fournit ».

On n’aura pas manqué de noter que Latreille a décrit cette espèce l’année qui a suivi la publication du livre dans lequel il cite son souvenir du Limousin, et comme il ajoute « Mon ami Dargelas m’en a envoyé de Bordeaux une seconde espèce », on peut supposer que la description de 1804 a été faite à partir de l’exemplaire bordelais et non sur la seule mémoire de l’auteur.

Cette araignée dont on reconnaît facilement le genre tant la disposition oculaire est caractéristique, avec des yeux médians antérieurs très petits, a été retrouvée en 1997 dans un talus de bord de route au moulin de Teignac, dans la commune de Saint-Genest-sur-Roselle par M. Cruveillier puis, comme on verra dans la deuxième partie de cet ouvrage, a fait l’objet de diverses mentions dans nos trois départements. Outre les talus herbeux, elle fréquente les milieux ouverts à végétation basse ou buissonnante comme les landes.

Oxyopes ramosus (Martini & Goeze, 1778) - famille des Oxyopidae. (citée par Simon en Haute-Vienne sans indication de date).

Une première femelle fut observée le 12/09/1996 sur une touffe d'Erica vagans dans la Lande du Cluzeau, commune de Meuzac (M. Cruveillier) puis en 2000 (B. Le Peru), errant sur le mur d’un jardin à la Gare de Savennes commune de St. Etienne-aux-Clos (19), et le 27/06/2004 (M. Cruveillier) dans un talus proche de l’étang de Chabannes, commune de Tarnac (19). Un mâle subadulte fut capturé par la suite le 28/09/06 (O. Villepoux) dans la tourbière de la Celle du Cluzeau, commune de Meuzac et, à partir de 2007, cette espèce fut l’objet d’une demi-douzaine d’observations sur le Plateau de Millevaches (F. Lagarde). Il s’agit donc d’une espèce qui, sans être abondante, est relativement commune en Limousin.

Note de bas de page 7 :

Saaristo & Tanasevitch ont créé en 2001, à partir de l'espèce type Lepthyphantes pallidus (O.P.-Cambridge, 1871), le genre Palliduphantes pour y regrouper certaines espèces - dont celle-ci - antérieurement classées dans le genre Lepthyphantes.

Palliduphantes ericaeus (Blackwall, 1853)7 - famille des Linyphiidae, sous- famille des Linyphiinae.

Espèce observée par Louis Fage à Lussac-les-Eglises (87) en mars 1921 : (citée par Eugène Simon).

Retrouvée pour la première fois par E. Duffey dans son village de « Chez Gouillard », commune de Bussière-Poitevine (87) le 30/11/1999, cette espèce a fait l’objet de plus de vingt citations depuis cette date (M. Cruveillier, E. Duffey, F. Lagarde, B. Le Peru). Elle est présente dans les trois départements du Limousin.

Silometopus reussi (Thorell, 1871) - famille des Linyphiidae, sous-famille des Erigoninae.

Espèce observée par Louis Fage en Haute-vienne (87) : (citée par E.Simon page 488 sans indication de lieu ni de date).

Cette toute petite araignée dont le mâle mesure environ 1,4 mm et la femelle jusqu'à 1,7 mm est notée comme rare par Heimer et Nentwig.

Elle a été retrouvée pour la première fois (1 mâle) par M. Cruveillier en mai 2004 dans une touffe de sphaignes, dans la lande tourbeuse de La Roubardie, au hameau des Garabœufs commune de Meuzac (87), puis en 2009 dans la tourbière de Clamouzat, dans la commune de Faux-la-Montagne (23) par F. Lagarde. Ce sont les deux seules citations récentes. La rareté de l’espèce semblerait donc confirmée. (on verra néanmoins plus loin une 3e citation en 2011).

Note de bas de page 8 :

Saaristo & Tanasevitch ont créé en 1996, à partir de l'espèce type Lepthyphantes tenuis (Blackwall, 1852), le genre Tenuiphantes pour y regrouper certaines espèces - dont celle-ci - antérieurement classées dans le genre Lepthyphantes.

Tenuiphantes mengei (Kulczyński,1887)8 - famille des Linyphiidae, sous-famille des Linyphiinae.

Note de bas de page 9 :

Le Comte Raymond de Dalmas est né en 1862 et mort à Paris en 1930. Naturaliste voyageur, il était l’ami d’Eugène Simon avec qui il partageait un intérêt pour l’ornithologie et pour qui il recueillit des araignées. S’étant lui-même passionné pour l’étude de ces arthropodes il profita d’un voyage en Nouvelle Zélande où il s’était rendu pour pêcher le saumon, pour rapporter la matière d’un excellent ouvrage sur les araignées de ce pays.

Observée par L. Fage à Lussac-les-églises (87) en 1918 : (citée par E. Simon) et observée par de Dalmas9 à Eygurande (19) en septembre 1916.

Retrouvée le 30/03/1999 par F. Leblanc au village de Pétillat, commune de Saint- Sulpice-les-Champs en Creuse, cette espèce est très présente dans les trois départements du Limousin où elle a fait l’objet par la suite d’une cinquantaine de citations par M. Cruveillier, E. Duffey, F. Lagarde et B. Le Peru.

Theonoe minutissima (O. P.- Cambridge, 1879) - famille des Theridiidae.

Cette espèce aurait été observée en Haute-Vienne (87) : (citée par E. Simon p. 314, sans indication de date ni d'auteur, à Mauzon ( ?) ou Mouzon ( ?).

Je n’ai pas retrouvé de commune, village ou lieudit portant l’un de ces noms en Haute- Vienne et il pourrait s’agir de Mouzon qui est une localité de Charente à quelques kilomètres à l’ouest de Rochechouart.

Retrouvée (ou trouvée ?) d’abord dans la réserve naturelle nationale de la tourbière des Dauges, commune de Saint-Léger-la-Montagne (87) par E. Duffey en mai 2000, cette espèce a fait l’objet par la suite de plusieurs observations par F. Lagarde dans divers sites du Plateau de Millevaches en Creuse, notamment dans les communes de Gentioux-Pigerolles et de Royère-de-Vassivière.

Walckenaeria atrotibialis (O. P.-Cambridge, 1878) - famille des Linyphiidae, sous-famille des Erigoninae.

Espèce observée par le Dr Léon Dunoyer dans la commune de Dinsac (87) au Moulin du Thot. (Revue scientifique du Limousin, 1927 citée plus haut).

Retrouvée en juin 2004 dans la tourbière des Dauges (E. Duffey) cette espèce a été observée en 2009 à l’étang de Tête de Bœuf, commune de Lussat (23) (M. Cruveillier) et a fait l’objet d’une vingtaine d’observations par F. Lagarde sur le Plateau de Millevaches. Elle est présente dans les trois départements du Limousin.

Walckenaeria furcillata (Menge, 1869) - famille des Linyphiidae, sous-famille des Erigoninae.

Espèce observée par Louis Fage en Haute-Vienne (87) : (Citée par E. Simon, sans indication de lieu ni de date p. 507). Elle est signalée comme « plutôt rare » par Heimer et Nentwig.

Cette araignée dont le mâle pourrait presque être identifié avec une loupe de terrain, malgré sa petite taille, tant la forme de son céphalothorax est caractéristique, a été retrouvée le 21 mars 1996 (M. Cruveillier) sur la commune de Meuzac (87) puis, à partir de 2000 elle a fait l’objet d’une dizaine de citations : Lande du Cluzeau (M. Cruveillier), Tourbière des Dauges (M. Cruveillier et E. Duffey), village de « Chez Gouillard », commune de Bussière- Poitevine (E. Duffey) et dans plusieurs stations du Plateau de Millevaches (F. Lagarde).

Zelotes erebeus (Thorell, 1871) - famille des Gnaphosidae

Le MNHN a, dans ses collections, deux spécimens de Zelotes erebeus provenant de Haute-Vienne : un mâle, du village de La Brégère (Cne de Saint-Hilaire-Bonneval), (noté par Ute Grimm, ouvrage cité plus haut p. 249), et une femelle de Verneuil-sur-Vienne où le père de Louis Fage, René Fage, avait une propriété au Mas du Puy. Il est vraisemblable que cette dernière vient de Louis Fage qui l'aurait remise à Eugène Simon.

Cette espèce a été retrouvée pour la première fois (M. Cruveillier) le 24/07/2000, dans une prairie mésophile faisant partie du site de l’Etang des Landes (aujourd’hui Réserve Naturelle Nationale), au lieudit Le Genévrier, commune de Lussat (23). Elle n’a fait l’objet par la suite que de trois observations dont deux à la tourbière des Dauges (M. Cruveillier et E. Duffey) et une à la Lande du Cluzeau (87) (M. Cruveillier).

La situation à la fin de 2010

Ainsi, des vingt-quatre espèces dont nous avions trouvé trace dans la littérature, dix- sept ont vu, au cours des années, leur signe OA se muer en OR (observation renouvelée) et nous ne désespérons pas de voir les sept autres suivre cette voie.

La base du Limousin, dont le catalogue commenté constitue la suite de cette contribution, comptait, à la fin de 2010, 544 espèces dont 537 effectivement recensées après 1982. Il a fallu pour cela le concours d’un petit groupe de naturalistes qui ont bien voulu m’accompagner dans cette entreprise et que je suis heureux de saluer ici.

Mes remerciements vont tout d’abord à Frédéric Leblanc, qui avait fait ses premières armes en arachnologie en Anjou avec le regretté Serge Braud et qui fut le premier à me rejoindre. La base lui doit la primeur d’observation pour 37 espèces. Nous espérons qu’il pourra retrouver du temps à consacrer aux araignées dont ses nouvelles obligations le tiennent momentanément éloigné.

Je remercie très affectueusement mon ami Eric Duffey, éminent spécialiste anglais de l’écologie des araignées qui eut la bonne idée de venir s’installer en Limousin avec son épouse Rita pour sa retraite et qui fut notre principal pourvoyeur de données pour le nord de la Haute-Vienne puis pour le sud de la Corrèze. Il fut le premier observateur de 87 espèces. L’âge l’a hélas contraint à rentrer dans son pays en 2009 pour se rapprocher des siens. Sa compétence alliée à sa grande modestie et surtout son amitié me manquent beaucoup.

Et je n’oublie pas cet autre ami, Frédéric Lagarde qui, au cours des prospections qu’il réalisait sur le Plateau de Millevaches dans le cadre d’un projet de recherches du CNRS, a fait profiter le Groupe d’Observation des Araignées du Limousin (GOAL) de ses inventaires et nous a fait progresser de 32 espèces nouvelles entre 2006 et 2009, ce qui est une performance si on considère qu’à son arrivée la base atteignait déjà plus de 480 espèces.

Je remercie également Bernard Le Péru, que je n’ai pas eu la chance de rencontrer mais qui m’a communiqué régulièrement les inventaires qu’il a réalisés dans une partie de la Corrèze qui jouxte le Chavanon sur sa rive droite, et dans quelques communes de Creuse. Nous lui devons la primeur d’observation de 27 espèces.

Quelques espèces ont également trouvé leur première mention dans la base grâce à quelques collaborateurs occasionnels comme Michel Barataud que ses diverses prospections, notamment sur les chiroptères, amenaient à observer des araignées et qui me confia ses carnets dans lesquels je puisais 13 espèces, Karim Guerbaa pour 3 espèces, Olivier Villepoux, éminent arachnologue, qui mit à profit une excursion en Limousin du Groupe d’Etudes des Tourbières en juillet 1998 pour enrichir notre base de 2 espèces nouvelles et enfin un arachnologue hollandais, Piet Tutelaers, qui me communiqua un inventaire réalisé dans la tourbière des Dauges du 18 au 21 mai 1999 et qui comportait 5 espèces que nous n’avions pas encore rencontrées à l’époque. Qu’ils sachent combien leur contribution a été appréciée. Enfin je ne saurais clore la première partie de cette présentation sans exprimer ma chaleureuse gratitude à Jean-Claude Ledoux qui fut le premier maître de beaucoup d’entre nous et sans la disponibilité, l’érudition et l’amitié duquel tout aurait été plus difficile.